mardi 27 juin 2017

LUIS CERNUDA...Extrait

J'étais étendu et j'avais dans mes bras un corps comme de la soie. Je lui baisai les lèvres, car le fleuve passait au-dessous. Alors il se moqua de mon amour. Ses épaules semblaient deux ailes repliées. Je lui baisai les épaules, car l'eau bruissait au-dessous de nous. Alors il pleura en sentant la brûlure de mes lèvres. C'était un corps si merveilleux qu'il s'évanouit entre mes bras. Je baisai sa trace: mes larmes l'effacèrent. Comme l'eau continuait à couler, j'y laissai tomber un poignard, une aile et une ombre.   .   ... [Lire la suite]
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mardi 27 juin 2017

LES JARDINS DE L'ARTHROSE ‒ Extrait 1 et 2

Van Gogh a peint ce soleil qui répand son soufre sur les jardins de l'arthrose Comment en verrions-nous la lumière aveuglante Mais nous savons que c'est ici à des fractures mal scellées à des divorces de jointures à de froides incandescences Il m'arrive l'image noire de buissons retournant contre eux-mêmes leurs épines greffes de la folie Les oiseaux ne se posent pas ils s'accrochent à quelque défaut de paroi à quelque frottement de branches contrefaites ils ne jouent de la flûte ni du violon mais du bec cela fait ... [Lire la suite]
mardi 27 juin 2017

INSUBORDINATION DES CHOSES

Ce n'est pas tant ta maladresse ce sont les choses qui se refusent et qui t'agressent le café qui se renverse le savon qui glisse entre tes doigts l'horloge qui te ment le stylo qui fait des taches la fenêtre qui n'accepte pas qu'on l'ouvre ou qu'on la ferme Et dans la brume de ton miroir fêlé le vieil homme au regard triste qui te demande son chemin. .     SERGE WELLENS     . Photographie Amédée Besset
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mardi 27 juin 2017

SERGE PEY - 2013 -

« Malgré le thème du rire du Printemps des poètes, pour la poésie il n'y a pas de rires ni de sourires. La poésie n'a pas d'acheteurs. Les librairies réduisent leurs surfaces de vente. À part certains libraires courageux et militants de la parole, les recueils s'empilent dans les réserves et chez certains éditeurs finissent au pilon. On n'en rit pas. Les grands éditeurs n'éditent que les valeurs accomplies. Il n'y a pas d'aventure populaire de l'édition de poésie. Le rire en poésie, malgré Prévert, renvoie à l'idéologie dominante et... [Lire la suite]
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mardi 27 juin 2017

VOLEES D'ACTES DE PAROLES EN EPANCHEMENTS

Le temps accumulant compulsivement les années, l’homme égare ses valeurs qu’en principe, il « discerne » ; le mirage de sa raison trop hantée par l’écho n’éprouve estime et patience que pour ce qui le leurre... Marée retirée : maintenant se trouve presque vide la maison qui grouillait de nos vies et de nos objets, à la commode près et sa lourde plaque de marbre s’excusant d’être là, dérive sans affectation... Je sais la terre : j’en garde tous les jours sous les ongles. La pensée d’être mis sous elle ne m’effraie en rien. De la... [Lire la suite]
mardi 27 juin 2017

JONAS

Jeu dérisoire de celui - d'une espèce oubliée sans doute - qui d'un chaos de lettres continue à faire des mondes qui désire écrire limpide comme vient un simple bonjour comme tinte un matin toscan & qui dans les ténèbres du grand poisson biblique fait clignoter son morse obstinément - pour qui? - Pour quelques enfants que fascinent d'étranges robots occupés à pulvériser des planètes Ou pour le dieu omniscient qui a tout conçu de travers & qui cherche à tâtons dans son fouillis céleste ses lunettes qu'il a une fois de plus... [Lire la suite]
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lundi 26 juin 2017

SOUFFLES ET SONGES...Extrait

L’air m’enveloppe, me berce comme l’eau maternelle douce et sauvage au fond du rêve Je suis sans nom Aigle et poisson dans la tentation du vide et le bouillonnement des choses… Pierre dissoute Liquéfiée dans le vent Le solide n’a plus de base Plus de mémoire Éclatement Pierre torche dans le bouillonnement du monde… Le poème est un court-circuit qui porte l’incendie jusqu’au cœur de nos plus lourds sommeils Rapt et ravissement Il fonce, rapace au bec de braise, sur la vie léthargique…   .     ... [Lire la suite]
dimanche 25 juin 2017

JEAN LAVOUE

J’ai cru que le jour était videJ’ai demandé pourquoiJ’ai cru que la nuit était videJ’ai demandé pourquoiJ’ai cru que le cœur était videJe l’ai pris dans mes mainsJe l’ai vu s’éclairer et brûler peu à peuAlors j’ai cru que l’homme un jour enfin vivraitNon par quelque miracle venu du bout des cieuxMais par cette chaleur qui tremble dans ses mainsAlors j’ai fait ce rêve d’une terre habitéeOù l’arche et la colombe enfin seraient sauvéesJ’ai cru que chaque oiseau promettrait le soleilJ’ai cru que chaque enfant annonçait le matin   .... [Lire la suite]
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dimanche 25 juin 2017

LE DESERT ECLAIRE DU MINOTAURE

Je sais de l’Europe que son nom est grec, il veut dire Grands Yeux. Je sais qu’elle fut enlevée dans une région de l’actuel Israël par le roi des Dieux, Zeus, qui l’emmena en Crète. Je sais qu’elle fut la mère de Minos, constructeur du plus célèbre labyrinthe de l’histoire. Ce parcours à reculons m’aide à savoir que l’Europe d’aujourd’hui est apparentée à un édifice labyrinthique aux nombreuses entrées et sans issue. Avant tout, sans issue : du format Europe on ne revient pas en arrière. Son union monétaire retient ses membres, comme... [Lire la suite]
samedi 24 juin 2017

EXPRESSION DU VOYAGE INTERIEUR

«Aux dernières tables de la nuit Et pour en être là que faut-il Je rêve à des femmes comme des poèmes Dans l’alphabet des oiseaux Lorsque l’amour est une momie Les gens qui dorment comme des oiseaux Chacun un cristal de nuit Sont des petits jardins Plongés dans l’eau des rêves Où tout est fou Rêves  à de grandes lunes Qui les éclairent  du dedans A perte de vue Et l’amour est une allée Jonchée de baisers  Et d’aube Ne réveillez pas l’enfant qui dort La folie est aux cimes des arbres belle de... [Lire la suite]