EMMILA GITANA

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

mardi 18 août 2009

L'OFFRANDE AU CREPUSCULE

O Silence, berceau de toute chose, silence où même les galaxies se meuvent comme nefs en océan. Silence plus subtil que les voiles évanescents des déesses imaginées au coeur de l'aube.
Ce soir, il n'est ni tempête, ni grondement de tonnerre, ni lacération fulgurante d'éclairs, ni même d'inquiétude sur le sort de l'univers. ...
De la terre endormie, des berceuses en toutes langues se sont élevées vers les nuées, mêlées de sonorités, de parures, de gémissements, de chagrin, de félicité ou d'enfantement.
Et vous voici, femmes en vigilance, maîtresses des grandes gerlinations, vous êtes parmi nous, filles du cosmos, porteuses des cadences lunaires. .. Vous êtes racine unique nourrissant de multiples rameaux déployés sur le monde.

Où vas-tu ainsi chamelle solitaire au pas résolu franchissant les haies d'épineux, les murs de feu et les dunes ensommeillées de siècles ? D'horizon en horizon, sur les chemins de nécessité, ceux-là même qu'empruntent ces femmes glaneuses ou ces autres, ployées sous les fagots de bois desséchés.
Elles ouvrent de leurs têtes, en proues obstinées, les vastes manteaux d'inertie et se dissolvent lentement dans la patience des jours.
Senteur d'effort, senteur de parfums sauvages, cliquetis de parures de métaux, chocs sourds de l'ambre, crépitement de coquillages et, parmi cela, des regards de braise parfois endoloris, qui nous brûlent de leurs fugitifs éclairs...
C'est ainsi que je veux ma nature tissée à la tienne, trame et chaîne confondues sur le grand métier du destin. Car il n'est pas de complaisance dans ce chant, mais vérité du coeur. Tu es racine de vie...
Tandis qu'en la glèbe germent les lendemains, un sein s'exhibe d'ébène, d'ivoire, de cuivre ou d'or, pour nourrir la grande roue allant à l'avenir...

Peut-être devons-nous demander, en un dernier courage, aux femmes gardiennes de l'eau, du feu, de la terre, de la vie, de gravir les grandes éminences sacrées et faire offrande au crépuscule du reste de notre ferveur, pour que demain ne soit pas sans lumière...

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PIERRE  RABHI

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FEMMES

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PIERRE RABHI

" La terre, être silencieux dont nous sommes l'une des expressions vivantes, recèle les valeurs permanentes faites de ce qui nous manque le plus:

la cadence juste,

la saveur des cycles et de la patience,

l'espoir qui se renouvelle toujours car les puissances de Vie sont infinies.

Il nous faudra sans doute, pour changer jusqu'aux tréfonds de nos consciences, laisser nos arrogances et apprendre avec simplicité les sentiments et les gestes qui nous relient aux évidences.

Retrouver un peu du sentiment de ces êtres premiers pour qui la création, les créatures et la terre étaient avant tout sacrées..."

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PIERRE  RABHI

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t_H_aux_01

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dimanche 15 mars 2009

POUR UNE EDUCATION A LA BEAUTE ET A LA MAGIE DE LA VIE

Peut-on changer de société sans changer d'éducation ? Jamais cette question ne s'est posée d'une façon aussi cruciale et décisive qu'aujourd'hui. Cruciale parce qu'elle est sous-tendue par la souffrance de nombreux jeunes en désarroi face à un avenir sans visage. Décisive parce qu'une réponse erronée dans la complexité et les mutations rapides de notre époque aurait des conséquences quasi irrattrapables.

Il semble que dans l'espace du "décisionnel" rien de vraiment nouveau n'apparaît hormis quelques aménagements inspirés par les attentes de quelques personnes militant pour le changement. Ces personnes se trouvent d'ailleurs en partie parmi celles à qui la nation confie ses enfants, c'est à dire certains enseignants. On se demande alors si ce magistère que représente l'éducation peut être résolu par des ministères dont le rôle se limite à la transmission des fondements de l'idéologie dominante qui semble avoir besoin de citoyens-soldats de l'économie sur fond de PNB et de la consommation plus que d'individus accomplis. Accompli signifie selon nous déployé selon toutes ses dimensions. Avant que d'être un citoyen, l'enfant humain n'est-il pas un complexe de virtualités qui nécessitent d'être éveillées et élevées ? Ce magistère qu'est l'éducation ne peut être le domaine réservé de l'Education Nationale, chargé de la diffusion du savoir : la cellule familiale est théoriquement la pourvoyeuse des valeurs fondamentales mais est-elle encore en mesure d'assumer ce rôle ?

La problématique de l'éducation a depuis longtemps hantée de nombreuses consciences. Des réponses ont été tentées dans et hors institution avec plus ou moins d'ambiguïté. Car derrière toutes les éducations prédomine consciemment ou inconsciemment une intention souvent qualifiée de bonne, même quand elle n'est qu'endoctrinement, conditionnement et reproduction d'un immuable schéma que les diverses cultures se transmettent avec quelques modifications imposées par les conjonctures. Nous sommes de ceux qui pensent que le changement de société ne peut être sans changement d'éducation, mais une éducation fondée sur la libération de l'être et l'instauration de l'enthousiasme de grandir et de connaître et non la peur de l'échec.

Les enfants sont le don extraordinaire que se fait toute société pour se perpétuer et construire l'avenir.? Il ne peut y avoir par conséquent de changement de société sans changement d'éducation. L'enfant est mystérieusement l'être qui se conçoit avec une facilité déconcertante. On peut même dire qu'il n'est rien de plus banal que de faire un enfant. Il peut résulter d'un authentique élan amoureux comme d'une rencontre hâtive ou fortuite. Il peut se concevoir dans la griserie momentanée d'un couple éméché, d'une routine hygiénique, ou du viol le plus épouvantable... Il n'est besoin pour procréer d'aucune compétence : l'intégrité physiologique et l'instinct de plaisir suffisent. Cette condition a quelque chose d'effrayant par rapport à l'enjeu qu'elle détermine, qui n'est rien moins que la mise en route d'une destinée, une aventure faite de joie, de douleur, un parcours aléatoire aux probabilités multiples et si peu prévisibles. Tandis qu'un cheminement s'accomplit dans l'opulence, l'autre se fait dans la misère, même si parfois les uns souffrent dans la richesse et que les autres éclatent de bonheur dans la frugalité. Il n'est rien de plus extraordinaire que ces "coups de dés" régissant l'histoire de l'homme. Rien n'est jamais acquis au sein des probabilités, et rien n'obéit à des règles absolues, dans cette sorte de contingence, peut-on faire la distinction entre ce qui découle de la nature et ce qui dépend de nos choix ?

A présent, il suffit d'ouvrir les manuels scolaires d'histoire pour s'apercevoir que les batailles, les appropriations de territoires, les invasions, les massacres, constituent l'élément "dynamique" de l'évolution. Châteaux forts, muraille de chine et inventions offensives ou défensives donnent la mesure de l'angoisse de notre espèce, en même temps que les monuments religieux expriment d'autres aspirations divines censées constituer les antidotes, et tout aussi responsables d'horreurs infinies.

Avant la Jérusalem-célete, ville des conflits, de monuments et de discordes entre les religions du même livre, cette lecture du destin suscite tout de même une interrogation : honnêtement, à quoi cela rime-t-il ? Nous voici à l'entrée du 3ème millénaire avec le sentiment de n'avoir pas beaucoup évolué. Bien au contraire, au plan mondial, une personne du Nord consomme autant que quatre personnes du Sud. Jamais l'humanité n'a vécu une telle crise de l'équité que la morale religieuse était chargée de promouvoir. Les inégalités mondiales, les famines, le suréquipement de guerre, la dégradation du support biologique sont autant de signes de nos échecs et nos régressions. Il semblerait même que nous arrivions à l'ultime question : l'humanité a-t-elle un avenir ?

La modernité qui n'a cessé de s'autosuggestionner en s'attribuant la lumière, la raison, est tout aussi impuissante. Et pourtant, parallèlement à une gabegie démesurée, combien d'acquisitions de cette même modernité pourraient nous aider à sortir de l'impasse ? Cependant rien, à notre avis, ne changera si les fondements de l'éducation ne changent pas. Entre les manuels scolaires d'histoire faisant implicitement l'apologie de la force à travers le catalogue de violence des champs de bataille, et un monde où l'avidité, les ambitions individuelles sont de règle, l'enfant entre en angoisse. On quitte le liquide amniotique pour plonger dans un monde "champ de bataille" où il faut se battre, gagner, être premier, dominateur, victorieux Il suffit d'observer ses propres enfants pour se rendre compte qu'ils évoluent bien plus sous la terreur de l'échec que l'enthousiasme d'apprendre, et c'est là une défaillance que les phraséologues ou phraséocrates politico-pédago-psycho-techniciens, s'ils ne sortent du carcan de la société du productivisme efficace, ne corrigeront jamais. Ce qui manque le plus cruellement à notre temps sont les coeurs libres de leurs pulsations liées à une raison intuitive. Nous sommes tous piégés, car la plupart de ceux qui détiennent les leviers sont eux-mêmes "produits" du système qu'ils sont censés infléchir.

Du cursus scolaire à l'entrée en fonction, ils évoluent dans le canal hermétique de leur conditionnement et s'imaginent que leur construction théorique et l'élégance de leurs propos sont valeur de changement. Une vie faite de concepts, une inaptitude à confronter les lois du réel, laisse la place à la griserie des abstractions... Car, au fond, le changement ne peut être que radical. Il faut réussir avant tout des personnes et non s'acharner à réussir des fonctions. Toute personne réussie est un atout extraordinaire pour la société toute entière. Cette personne saura d'instinct répondre à sa vocation et acquérir le savoir ou le savoir-faire pour l'exercer. L'éducation dont s'est dotée la modernité pour se perpétuer est anxiogène. Le taux de suicide d'enfants japonais nés pour servir cette modernité, témoigne du caractère implacable d'un destin artificiel où la moindre défaillance signifie exclusion. Entre la pression qu'exerce sur lui l'ambition des parents et l'aiguillon de l'institution soucieuse de résultats statistiques, l'enfant se trouve prisonnier d'un monde tétanisé par la compétition et dont la finalité est de porter cette compétition au plan international pour le plus grand échec de l'humanisme planétaire.

L'agroécologie n'est évidemment pas la panacée, mais elle permet à l'enfant de recevoir les messages essentiels à travers les fondements de la vie. Un simple tas de compost peut faire l'objet d'une méditation active. Réunir les déchets de la matière organique morte, végétale et animale, les engager dans un processus de transformation pour développer des ferments microbiens et libérer des substances nutritives dans un premier temps ; nourrir ensuite cette terre avec l'humus obtenu et constater que cette terre restitue notre effort en nourriture et bien-être est une première leçon de réalisme en même temps que le retour raisonné à la relation nourricière initiale entre l'homme et la nature.

Cette initiation doit à notre avis s’appuyer fortement sur l’analyse scientifique, la compréhension des processus physiques et biologiques. Nos connaissances actuelles permettent cette lecture essentielle, contrairement aux primitifs dont les perceptions se limitent à des constats élémentaires et “mystérieux”. Notre raison peut s’aventurer dans la complexité des phénomènes. C’est d’ailleurs l’une des grandes acquisitions du monde moderne, de l’astrophysique au vertige de l’infiniment petit, certains scientifiques atteignent à l’émerveillement en même temps qu’une certitude. Aussi loin que l’on repousse les frontières de la connaissance, elle baignera toujours dans un océan d’ignorance et de mystère. Par ailleurs, il n’est guère de scientifique lucide qui ne témoigne de l’indispensable alliance pour notre temps, de l’écologie et de l’humanisme. Lorsque cette voie d’investigation atteint ces limites et nous livre au mystère, celui-ci doit-il forcément nous angoisser ? N’avons-nous pas encore la dimension poétique, avec le délire de l’émerveillement face à la beauté infinie qui ne s’adresse plus à la raison mais à l’émotion ? “Que c’est beau !” s’exclamait sans autre commentaire le Ravi provençal. Une éducation sans éveil à la beauté est un handicap et une mutilation graves. Le délire d’émerveillement n’est pas, selon nous, ce délire mystique échafaudant des hypothèses refuges à nos interrogations impossibles. L’éducation à l’agroécologie doit absolument permettre de saisir clairement ce que signifie la légitimité de toute vie. Il faut prendre conscience de l’unité physique et biologique de la planète terre, une et indivisible en même temps que diverse, apprendre à la considérer au-delà de tous les nationalismes qui l’ont si misérablement fragmentée, morcelée, défigurée jusqu’au plus profond de nos consciences.

Un tas de compost, un arbre, un animal, un homme, une femme, un enfant, compris et respecté, une terre pressentie comme matrice active, subtile, mystérieuse et non une masse minérale inerte, peuvent ouvrir à l’enfant de nouveaux espaces de réflexion, à la vitalité qui, au-delà de nos agitations stériles, perpétue une volonté déterminée et tranquille, avec les saisons comme cadence, les floraisons comme jubilation, la fructification comme contre-poison au conditionnement militaire. Comprendre la cohésion et la cohérence de la biosphère doit lui permettre de retrouver sa juste place dans le grand fleuve du réel. Il est des gestes simples qui, mieux que toute théorie ou savoir encyclopédique, peuvent aider l’enfant d’homme à prendre la mesure de sa responsabilité et à assumer son rôle premier d’intendant attentif au message que le monde vivant dont il est membre tente de lui transmettre. Tout cela pourrait tempérer les effets d’un monde de brutalité mécanique, de pensée géométrique et de confusion des plans...

Nous souhaitons donc de toute notre raison et notre coeur une éducation qui ne se fonde pas sur l’angoisse de l’échec, mais l’enthousiasme d’apprendre. Une éducation qui révèle l’enfant à lui-même tout en lui révélant les richesses, l’énergie et la beauté qu’offre le monde à son alliance vitale et non à son avidité insatiable et destructrice. Une éducation qui abolisse le “chacun pour soi” pour exalter la puissance de la solidarité. Une éducation où le pouvoir de chacun soit au service de tous. Car demain ne pourra pas être sans la coalition des forces positives et constructives dont chacun de nous est le dépositaire.

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PIERRE  RABHI

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jachresai6

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samedi 24 janvier 2009

RESPECTER LA VIE SOUS TOUTES SES FORMES

Base d'une autre éducation et

d'une autre culture


Nous savons que la culture

de certains

peuples montre les signes

.

d'une gratitude

à l'égard des ressources

vivantes que

leur offre la nature. Nous

sommes bien loin

de cette attitude. Les exactions

et les

souffrances que l'être

humain inflige

aux créatures qui accompagnent

son destin

ne sont plus tolérables.

Il n'est plus possible

de voir la condition animale

située soit dans

l'excès d'adulation soit dans

la cruauté la

plus injustifiable.

La logique du vivant que

nous préconisons nous

fait obligation de

considérer toute créature

vivante comme

représentative d'un ordre

à respecter pour

lui-même, mais aussi dans

notre propre

intérêt bien compris.

Toutes les injustices

et exclusions inadmissibles

que subissent

nos semblables ne doivent

pas nous faire

oublier celles que nous

infligeons à d'autres

espèces que la nôtre.

La vie sur terre est un

tout qu'il faut protéger,

soigner et aimer.

.

L'enthousiasme d'apprendre


Il ne peut y avoir de changement

d'orientation

de la société sans changement

de l'éducation.

Comme en économie,

il nous faut renoncer

à la compétitivité en

éducation pour

instaurer la complémentarité,

la réciprocité,

la solidarité entre les enfants.

La peur d'échouer

doit faire place à l'enthousiasme

d'apprendre.

Cette option n'est pas

seulement morale,

elle est profondément réaliste.

Le rapport à la nature doit

être enseigné à tous

les âges. Il est indispensable,

car il permet

de comprendre la complexité,

la fragilité et

la cohérence des fondements

de la vie.

Mais il serait tout aussi

insensé de se

défausser de nos responsabilités

sur les

nouvelles générations.

La meilleure

éducation que nous pouvons

donner à

nos enfants est l'exemplarité

de notre capacité

à remettre en cause nos choix de vie.

Elle est

aussi l'affirmation de notre

volonté à faire

évoluer notre société.

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PIERRE  RABHI

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.......

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dimanche 28 décembre 2008

LA TRAGIQUE CONDITION ANIMALE DANS LA MODERNITE

Nous n’avons pas la prétention de traiter d’une question aussi vaste dans les limites de cette chronique. Notre intention n’est pas non plus de réactiver le débat sur le végétarisme ou non-végétarisme qui prend de l’ampleur. Nous voulons seulement avec sensibilité et non sensiblerie contribuer à ce que la problématique animale ne disparaisse pas dans la banalité quotidienne. Il s’agit là d’une grande question et qui doit le demeurer tant qu’une réponse satisfaisante pour la raison, l’esprit et le cœur ne lui aura été donnée…

 

Chaque jour, des millions de tonnes de protéines animales sous forme de viande, de poisson, œuf, lait, beurre…etc. transitent à travers les estomacs du genre humain. Rien de plus banal que cette consommation millénaire que nous devons à nos « frères inférieurs ». Au sein du monde moderne, ces créatures sont virtualisées ; nous ne les percevons plus dans leur intégralité, leur intégrité et sensibilité, ils sont beefsteak, côtelettes, gigot, boudin, jambon, cuisses, ailes, filets…etc. Ils constituent un peuple de fantômes grouillant derrière le voile d’un anonymat destiné probablement à nous éviter le difficile spectacle de la souffrance que nous leur infligeons.

 

Le productivisme, fidèle à la logique de la rentabilité coûte que coûte, a appliqué à ces créatures la règle industrielle du maximum de production dans le minimum de temps et le minimum d’espace. C’est à cette équation que nous devons l’invention des fameux « hors-sol », à savoir une concentration, un confinement qui condamne l’animal à ne jamais connaître les conditions de vie que la Nature lui a définies depuis les origines.

 

Avec ces considérations, notre intention n’est pas de désigner des boucs émissaires, car il s’agit d’un des phénomènes d’une société qui ne sait plus exister sans les critères absolus de l’offre et de la demande, des plus-values pour les producteurs, du moindre coût pour le consommateur. Cette règle est pathétique et ressemble à un traquenard faisant de la croissance économique sans limite un sable mouvant où l’agitation condamne plus qu’elle ne sauve. Tout cela ne dédouane pas pour autant chaque individu de la part de responsabilité qui lui incombe. Nous avons le pouvoir d’orienter l’histoire à condition d’être conscient de ses dérives.

 

La condition qui est faite aux animaux est pour nous une grave dérive. On se demande si de vieilles considérations métaphysiques attribuant à l’homme une primauté et souveraineté absolues sur tout ce qui vit, renforcées par les propos scientifiques de Monsieur Descartes affirmant que l’animal n’est qu’une mécanique biologique, ne seraient pas à l’origine de la considération aussi préjudiciable que nous avons de la gent animale. Comment en est-on arriver à oublier à ce point que les animaux ont été pour l’espère humaine à la fois ressources de survie alimentaire mais aussi des auxiliaires sans lesquels notre évolution eut été bien handicapée. Que serait devenu le bédouin sans les dromadaires, l’esquimau sans les chiens pour ne citer que ces deux conditions extrêmes. Bien des cultures humaines ont été inspirées par les animaux. Cette aventure commune pour le meilleur et pour le pire constituait une sorte d’alliance qui a été vivement rompue par le monde industriel grisé par ses « chevaux vapeur ».

 

L’animal a comme déserté la société du temps-argent. Cela a quelque chose de poignant. En plus d’une simple source de protéines, l’animal n’est plus qu’objet d’expérimentation, de curiosité ou de divertissement. En contrepartie, il a acquis le statut de consommateur contribuant à l’élévation du PIB et du PNB des nations prospères grâce à une adulation souvent excessive et dispendieuse dans notre désert affectif. Désert dans lequel les tentatives de reconstituer du lien social avec des outils de communication de plus en plus perfectionnés prennent les allures d’une mutualisation des solitudes.

 

A l’évidence, la présence et la beauté animales nous manquent. En considérant parfois les fresques des pyramides égyptiennes où elles figurent déjà, je songe particulièrement à ces vaches zébus, porteuses de lyres en guise de cornes. Elles parcourent encore la brousse sahélienne, généreuses, patientes et tranquilles comme un hymne vivant à la majesté d’une création qui nous est devenue si étrangère…

 

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PIERRE  RABHI

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samedi 20 décembre 2008

QU'EST-CE QUE VIVRE ?

Il ne faut pas s’accrocher aux alternatives en se disant qu’elles vont changer la société. La société changera quand la morale et l’éthique investiront notre réflexion. Chacun doit travailler en profondeur pour parvenir à un certain niveau de responsabilité et de conscience et surtout à cette dimension sacrée qui nous fait regarder la vie comme un don magnifique à préserver. Il s’agit d’un état d’une nature simple : J’appartiens au mystère de la vie et rien ne me sépare de rien. Je suis relié, conscient et heureux de l’être.

C’est là que se pose la question fondamentale : qu’est-ce que vivre ? Nous avons choisi la frénésie comme mode d’existence et nous inventons des machines pour nous la rendre supportable. Le temps-argent, le temps-production, le temps sportif où l’on est prêt à faire exploser son cœur et ses poumons pour un centième de seconde… tout cela est bien étrange. Tandis que nous nous battons avec le temps qui passe, celui qu’il faut gagner, nos véhicules, nos avions, nos ordinateurs nous font oublier que ce n’est pas le temps qui passe mais nous qui passons. Nos cadences cardiaques et respiratoires devraient nous rappeler à chaque seconde que nous sommes réglés sur le rythme de l’univers.

L’intelligence collective existe-t-elle vraiment ? Je l’ignore mais je tiens pour ma part à me relier sur ce qui me parait moins déterminé par la subjectivité et la peur, à savoir l’intelligence universelle. Cette intelligence qui ne semble pas chargée des tourments de l’humanité, cette intelligence qui régit à la fois le macrocosme et le microcosme et que je pressens dans la moindre petite graine de plante, comme dans les grands processus et manifestations de la vie. Face à l’immensité de ce mystère, j’ai tendance à croire que notre raison d’être est l’enchantement. La finalité humaine n’est pas de produire pour consommer, de consommer pour produire ou de tourner comme le rouage d’une machine infernale jusqu’à l’usure totale. C’est pourtant à cela que nous réduit cette stupide civilisation où l’argent prime sur tout mais ne peut offrir que le plaisir. Des milliards d’euros sont impuissants à nous donner la joie, ce bien immatériel que nous recherchons tous, consciemment ou non, car il représente le bien suprême, à savoir la pleine satisfaction d’exister.

Si nous arrivions à cet enchantement, nous créerions une symphonie et une vibration générales. Croyants ou non, bouddhistes, chrétiens, musulmans, juifs et autres, nous y trouverions tous notre compte et nous aurions aboli les clivages pour l’unité suprême à laquelle l’intelligence nous invite. Prétendre que l’on génère l’enchantement serait vaniteux. En revanche, il faut se mettre dans une attitude de réceptivité, recevoir les dons et les beautés de la vie avec humilité, gratitude et jubilation. Ne serait-ce pas là la plénitude de la vie ?

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PIERRE  RABHI

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Nature_et_souvenirs

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jeudi 25 septembre 2008

DES SONGES HEUREUX POUR ENSEMENCER LA TERRE

Sachez que la Création ne nous appartient pas, mais que nous sommes ses enfants.
Gardez-vous de toute arrogance car les arbres et toutes les créatures sont également enfants de la Création.
Vivez avec légèreté sans jamais outrager l’eau, le souffle ou la lumière.
Et si vous prélevez de la vie pour votre vie, ayez de la gratitude.
Lorsque vous immolez un animal, sachez que c’est la vie qui se donne à la vie et que rien ne soit dilapidé de ce don.
Sachez établir la mesure de toute chose.
Ne faites point de bruit inutile, ne tuez pas sans nécessité ou par divertissement.
Sachez que les arbres et le vent se délectent de la mélodie qu’ensemble ils enfantent, et l’oiseau, porté par le souffle, est un messager du ciel autant que la terre.
Soyez très éveillés lorsque le soleil illumine vos sentiers et lorsque la nuit vous rassemble, ayez confiance en elle, car si vous n’avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage, sur ses pirogues de silence, jusqu’aux rives de l’aurore.
Que le temps et l’âge ne vous accablent pas, car ils vous préparent à d’autres naissances, et dans vos jours amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux, pour ensemencer les siècles.

Pierre Rabhi, Extrait du Recours à la Terre, Terre du ciel, 1995

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RETOUR A LA TERRE-MERE

"Regardez notre terre : les arbres y ont été nombreux du temps de nos ancêtres. Nos anciens savent que notre terre n'a pas toujours été ce demi-désert avec des arbres dispersés et condamnés à mourir. La mort des arbres est comme un cri de douleur que la terre mère lance aux êtres humains. La souffrance de la terre est la souffrance de toutes les autres créatures. Lorsque la faim, le manque de nourriture nous afflige, c'est toujours la souffrance de la terre mère qui nous traverse. Car nous ne sommes pas séparés de la terre, nous sommes nés de ses propres viscères. Nos bouches sont ses bouches, nos bras, ses bras. Nous sommes ses nerfs les plus sensibles. Nous sommes des parcelles de l'esprit constructeur et notre pensée se nourrit de ses dons. Lorsque la nourriture nous manque, notre pensée décline, car l'animal en nous prend force pour échapper à la mort.
L'autre principe qui prolonge notre comptéhension, c'est l'eau. Ce principe est étonnant, il est presque partout. Le froid en fait une roche lorsque la grêle tombe du ciel, le feu de la vapeur. Entre la grande chaleur et le grand froid, il est liquide. Le Grand Ordonnateur a mêlé l'eau à toute créature vivante, sans elle ni la terre, ni les plantes, ni les animaux, ni les êtres humains ne peuvent être. Lorsque notre corps cesse de vivre et que l'eau s'en retire complètement, il ne reste de nous qu'un peu de matière desséchée représentant le quart de ce que nous fûmes à l'état animé. Lorsque la tristesse ou le chagrin nous accable, l'eau s'écoule de nos yeux et la chaleur et l'effort la rejettent de notre corps sous forme de sueur. Nous sommes nous-mêmes eau.
L'eau remplit les vastes cavités de la terre et forme les mers. Les mers sont si profondes par endroits que nous ignorons ce qu'elles recèlent de créatures et de mystère. La chaleur du soleil hisse l'eau vers le ciel d'où elle nous revient en pluie. Elle dévale les montagnes, surgit des sources, se rassemble en ruisseaux, rivières et fleuves. Elle se réfugie dans l'obscurité des cavernes et des gouffres et devient silence et patience, ou bien se rue comme une troupe de buffles furieux au moment des crues et de l'agitation des océans. Elle est miroir limpide où se reflète notre image et celle du ciel, de la terre ou des arbres. Le murmure de la source s'écoulant entre les roches nous parle et dans la nuit tranquille apaise notre esprit. Lorsque la soif nous tourmente, l'eau nous hante comme un désir brûlant et nous n'avons de cesse qu'elle se soit écoulée dans notre corps qu'elle comble de satisfaction. À ce même corps enfiévré par la chaleur ou le vent, ou bien souillé par la sueur et la poussière, elle offre sa fraîcheur et sa pureté. Sur elle glissent nos pirogues, nos vaisseaux pour l'aventure, le voyage, la connaissance ou le commerce.
Grande servante de la vie, l'eau peut aussi servir la mort. Sa colère détruit parfois nos abris, emporte notre terre et anéantit nos corps. L'eau corrompue par les détritus, les excréments et l'urine des animaux et des êtres humains peut devenir fange. Des créatures, invisibles à l'oeil, y prolifèrent, pénètrent notre corps et y introduisent des maladies et de mauvais germes. Bien des souffrances sont dues à l'eau corrompue. Le lagon silencieux où rien ne bouge peut receler la mort la plus sournoise, une mort aux multiples visages. Ainsi toute chose s'offre au discernement des êtres humains, car en tout la vie et la mort sont mêlées."" ...

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PIERRE  RABHI

Parole de terre

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Photographie CYRIL  BRUNEAU

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