EMMILA GITANA

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

dimanche 6 décembre 2009

LA HUITIEME ECORCE...Extrait

nous étions là avant l’histoire

toi qui t’étends sur l’arbre comme texte de mémoire

tatouage de prières sur rumeurs du jadis

moi enlisé dans tous mes noms

qui me creuse en bas dans la chair

les larmes sont souffles quand la terre se tourne

nous nous guettons chacun dans ses insomnies

nous épions le commencement de l’autre

la bouche d’où sort la nuit nous dénonce

nous pousse à faire amitié comme fougères

à devenir lien pour la complicité des tueurs d’oubli

tes conquêtes montent haut au-delà du bruit

toi la huitième écorce tu auras fait de moi une rumeur

mes écritures me rejettent jusqu’à l’absence

me frotter sang contre mousse a fait de moi ton ombre portée

tu te suffis à toi-même

avec moi enclos dans mes tremblements

depuis longtemps

nous étions là avant l’histoire

qui va céder le premier

qui va commencer l’oubli

qui va lire l’autre jusqu’au blanc

la confiance s’est perdue dans les météores

le premier qui s’endort est mort

nous partageons un seul miroir

une seule peau

vieux couple lié par la ténèbre

dans le même lieu

par le seul mot

la même patrie de ciel

à quelle distance intérieure dois-je me tenir de toi ?

rends-moi l’ombre d’où je viens

laisse-moi instant de passage

je ne veux plus être durable

meurs avant moi

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GIL PRESSNITZER

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Oeuvre Gloria  Antezana

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samedi 5 décembre 2009

A TOUS LES RECONDUITS...Extrait

Nous n'avons rien à déclarer sinon la faim
      la faim n'a pas de passeport
      Nous n'avons rien à déclarer sinon la vie
      la vie n'est pas une marchandise
      Nous n'avons rien à déclarer sinon l'humanité
      L'humanité n'est pas une nationalité

.

ERNEST  PEPIN

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mardi 1 décembre 2009

POEMES INEDITS...Extrait

Il est l'heure enfin

de rassembler l'écume

de lier les coïncidences

..

l'heure de l'astre égorgé

près de la porte

fermée par la pluie

..

l'heure transparente

du silex et de la poussière

..

l'heure de la quête

sur le chemin d'épine

non loin du double

et de la frontière

..

il est l'heure enfin

de rassembler l'écume

de lier les coïncidences.

.

MICHEL  COSEM

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L'ENFANCE AU BORD DES MOTS, LA RUMEUR DES ÂGES...Extrait

Ses mains sont feuilles persistantes
d’un arbre venu de si loin
que l’écriture aux cent chemins
lui doit d’être forêt d’enfance.

Elle sait déchiffrer les sources,
calculer le poids des saisons,
lire les traces des prénoms
des sept petits de la Grande Ourse.

Son cœur est un coquelicot
apprenant, dans le blé qui lève,
à trier le grain des poètes
pour l’héritage des oiseaux.

et le pollen de sa parole
transforme en ruche son école.

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DANIEL  REYNAUD

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CHEMIN DE PLAIN CHANT

Longtemps il a marché pour rencontrer l'automne. Souvenir de parfums. Entrailles bouillonnantes. Violines anciennes craquant de miel baveux. Rondeurs provocantes. Le figuier salue. Souffrance. Les figues se dessèchent. Tombent. Oubliées. Où sont vos ventres larges craquant de miel ? Seuls crissent quelques grains de mémoire au croisement des jours. Une mouette s'est posée sur le magnolia du jardin. Elle venait de là-bas où tout est vérité. Les hommes ont dit, il faut choisir. Ses doigts glissent. Ils dessinent des toiles d'araignée. Des voiles pour pleurer sans vergogne. Femme figue. Blancheur du lait qui parle encore de vie.

A l'envers des mots, à l'envers du temps nos impatiences surgissent de l'hiver. Echo des confusions. Vagues proximités effleurant la conscience. Intranquillité d'un ventre. L'attente sera sans rire.
A l'envers du vent, à l'envers des os. Il est tendre et pensif. La mort sera. Indifférente aux rigueurs des hommes. Il l'aime multiple.

Au lait des agnelles la liberté se souvient. Aubes rouges. Odeurs de térébenthine. Fleuve sauvage qui défiait l'espace. Battent nos désirs.
Les agnelles ont tari. Les sources n'abreuvent plus que des anges muets. La falaise où nichent les étoiles n'abrite aucun oiseau. Les cailloux y forment de vagues tâches. Le hasard n'y a plus de place.
Des mondes intérieurs comme une ruche. Insolence des interdits. Insoumission des langues. Conte du matin de mai quand les femmes décident d'aimer.

Tout penser des fleurs et des ombres. Paroles errant sur la lande. L'argent des lunes coulant entre les genévriers. Désert de graviers où trébuchent les voix. Une aurore enchaîne l'autre. Et nos amours. Ebréchées par le vent qui désaccorde nos saisons. L'éternité se glisse par dessus les moulins où des sabots jetés signent le secret.
La pierre du moulin écrase le grain. Capuchons sages. Meunière silencieuse.
La pierre du moulin écrase le grain. Corps brisés. A l'envers du décor.
La pierre du moulin écrase le grain des innocents des mères porteuses.
La pierre du moulin écrase le grain le vernis craquelé les cris arrêtés.

Nos solitudes habitent des moulins où les eaux s'écoulent goutte à goutte. Un grain crisse sous sa peau. Fouiller les creux d'oubli. Les vides. Tâtonnements. Grelots. Cris. Néant Des langues de terre s'allongent. Nues. Se creusent des tranchées. Quelques épluchures de soleil tombent sur la ville. Des silences d'hommes parsèment le champ de taches de couleurs. La terre lèche déjà les plaies d'un enfant. Un court instant un caillou roule comme une bille pour rejoindre un petit tas plus bas. Au fond la terre se teinte de rouge. Indélébile.

Matin. Petit tas de noix cassées. Sans objet. Les jouets rangés ne font plus de bruit. Les passants de nouveau emboîtés dans leur cadre laqué. Il n'y a plus d'objet à la vie. Un monde lisse s'étire sous les pieds de l'homme. Il avance sans peine. La légèreté de Pair allège son corps. Ses mains laissent place au vide. A l'étonnement. Le silence efface toute pensée. Il s'étire. Un éclair le traverse. Sans souci des présents d'un geste il balaye les cercles parfaits des autres. Des femmes. Des enfants. Des bêtes et des plantes.

Retourner aux lisères du temps. A mi-lieu du souffle et du néant. Retrouver un chemin oublié. Habiter son corps et son chant. Devenir l'Ermite de ce matin d'automne. D'ors de bleus et de glace. La parole tâtonne. Des flots soudain moins encombrés. Nos barques accostent aux rires du présent. Ironie. Désespoir. On referme la boite. Son être éparpillé. Des lambeaux de chair arrachés. A vif. Son cœur. Et la pluie.

La pierre du moulin. Son mat des gouttes. La pluie entraîne l'eau du moulin. Les cercles se referment sur les corps. Le feu et les hommes. Les plantes et les bêtes. Un bûcher est au centre des terres. La pierre du moulin livre son secret. Résurgence. Des mots et du sang. Caresse à peine osée. Les yeux d'un enfant découvrent la mort et la vie et le temps et le chant. Une femme trace un cercle de ses pas. Un second cercle croise le premier. Un troisième dévale le chemin sans voix. La flèche du silence murmure au cœur des pyramides comme une source. Longtemps il suivra le fil tissé par la main de l'enfant.

Alors l'oubli sera. Masque sans yeux. Premier signe du temps. Lame de fond. Gravité du moment. Joie pressentie. De rupture en rupture les éléments s'assemblent. Le rythme jamais tu s'amplifie. Déborde. Inonde les lieux. Plain chant.

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ANNIE  GLEYROUX

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lundi 30 novembre 2009

ICI, IL N'Y A PLUS RIEN...Extrait

Je ne devrais pas rompre la nuit

Me souvenir de ces jours

Qui ne laissaient rien dans leur marge.

C'était trop comme "Il était une fois"

Dans ces contes qui jamais ne finissent

Je ne devrais pas respirer de ton souffle

T'entendre marcher, dire ces mots

Que sans aimer

On ne sait s'ils existent

Je devrais fuir la chaleur

Qui s'emparait de la ville

Lorsque je te serrais dans mes bras

Je ne devrais pas voir tes yeux rire

Ton corps faire bouger le soleil

M'emporter en ces ailleurs

Où les marelles n'ont aucune prudence

J'ai parcouru la vie

Sans qu'en moi ait cessé de mourir

Ce qui aurait dû être

Ombre imbécile et cruelle

J'ai parcouru la vie

Sans ne plus t'entendre dire que tu m'aimes

Comme Oedipe qui, au bras d'Antigone

S'en est allé

Dans la nuit

Le cœur vide, je vais à la découverte

Sans cesse vociférante

De la plus grande des pauvretés

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PAUL  MARI

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ZAO5

Oeuvre Zao Wou-Ki

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dimanche 29 novembre 2009

L'UNE OU L'AUTRE...Extrait

La lampe de la chambre à travers les vitres de la porte avait regardé tout le soir, la triste lampe de tous les vents.
Une voix voulait atteindre on ne sait quoi en elle-même et soudain hors de toutes les paroles
Domine son amour comme s'il n'y avait autour d'elle qu'un ciel vivant où le moindre geste tirerait des larmes de tout.
Mais où donc est l'espace qui lirait l'exil dans les larmes.

Une eau chuchote. La dernière parole raisonnable est pour dire qu'on a fait mourir la raison.
S'ouvrant à travers toi un regard pénètre tes yeux, déshabille ta chair de celui que tu es.
Ta bouche dans la nuit blanche d'un sourire ta face, tous les gages de ta pensée
Visage descellé aux mains de tes secrets, pluie d'argent où boire au silence
Un frère pâle à travers le bonheur regardait tristement la route du bonheur. Ton coeur a pris toute sa peine, ses yeux prendront toute sa vie.
Qu'auras-tu fait toi qui voulus à ton innocence d'avant les jours ouvrir avec tes mains, toute l'étendue du désir.

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JOE  BOUSQUET

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QUÊTE...Extrait

Ce corps? Est-ce moi,
Ou suis-je lui?

Je regarde ma main
presque transparente
sous la lumière crue
de la lampe.
- Ces doigts inégaux et obtus!
Je regarde ma main;
Elle me demeure étrangère.

Ce visage dans ce miroir,
- Ce front trop haut
Ces yeux trop fixes,
À qui sont-ils?

Je marche, je mange et je bois,
Je fais l'amour et je dors
Je jouis de la vie
Et je jongle avec la mort.

À tout ceci mon corps
Demeure étranger.
Ne se teinte-t-il jamais
de ma pensée?

Est-il trop moi
Ou suis-je trop lui?
Ainsi que ces objets familiers
Qu'on ne remarque plus
Tant on les a vus,
Tant ils sont en nous.


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ROSAIRE  DION-LEVESQUE

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Oeuvre de FOLON

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LA VIE IMMEDIATE...Extrait

La hache la façon de tenir un verre brisé

La négation d’une fausse note les clous les fards

Le sens commun des algues les ravins l’éloge tout ou rien

La pourriture astrale et le reflet de son délire

La lune de rosée et beaucoup d’animaux gaillards

Dans cette ville disparue dans cette ville camarade

L’orage vagabond ses prunelles éclatées son feu virtuel

Le brassage des graines des germes et des cendres

Coin des Acacias masqué d’odeurs le sable fait la moue

Lune la feuille fleur le sein et les paupières lourdes

Les longs baisers de la balafrée aux cheveux pâles

Qui m’accompagne toujours qui n’est jamais seule

Qui m’oppose le flot des non quand les oui ne pleuvent pas

Elle a pour elle sa faiblesse machinale

Les gémissement incessants de l’amour

L’introuvable gorgée d’eau vive

La décevante gorgée d’eau neuve

Elle a pour elle les premières et les dernières fumées

Légères les fourrures mortes de chaleur

Le sang des crimes qui défait les statues négatives

Elle est pâle et blessée et taciturne

Elle est d’une grande simplicité artificielle

Velours insondable vitrine éblouie

Poudre impalpable au seuil des brises du matin

Toutes les images obscures

Perdues dans l’étendue de sa chevelure diurne.

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PAUL ELUARD

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Oeuvre Srecko  Raguz

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mercredi 25 novembre 2009

LA VOIE RETROUVEE

La route est juste
Bordée de tulipes et de pêchers en fleurs
Bordée de pins de chênes de ronceraies

La route est neuve
Son élan guide jusqu'aux pierres ruinées
Son élan montre qu'on ne s'est pas égaré

La route est sûre
Elle mène sagement vers une histoire
Elle mène doucement vers un pays

La route s'abrège et s'ouvre

Le réfectoire donne sur le cloître
Des figures de pierre sourient
La salle capitulaire étonne

De grands arcs épousent le ciel limpide
L'escalier du dortoir s'incline contre le mur
Le vivier poissonneux tutoie la porte des oiseaux

La pierre nue étincelle
L'herbe a son printemps
Le soleil parle tout haut

Tout ici est superflu
Tout est pauvre et nu

La voie droite
Enfin retrouvée

Silence
du chant
de l'âme

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JEAN-PAUL  CHARLUT

Abbaye de Villelongue (mars 2001)

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