dimanche 15 novembre 2009
MOT- ÎLE
Un mot est tombé
Dans la mer
Il n'a pas fait de bruit
Mais je sais qu'il grandit
Qu'il grandit dans ma nuit
Et que j'irai un jour dans mon île
Incognito solo
Et sans prendre le bateau
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PAUL VINCENSINI
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samedi 14 novembre 2009
A PRIX D'OMBRE
Loin des autres, il se trouble. La solitude l'effraie,
elle lui apprend qu'un homme n'est jamais seul.
Il se salit dans un duel sans adversaire dont la
fatigue corrompt les traits qu'on lui voit. Sueur
et souillures, il a le goût du mal qu'il fait et n'a
même pas le mal dans le sang.
On l'a rencontré nu-tête, couvert de sciures et
de salives, il courait en hésitant, les yeux vides.
Personne ne reconnaît les chemins où il s'est
perdu. Il veut être partout à la fois comme pour
y devancer quelque espérance. Vêtu à tâtons dans
sa hâte de gagner la rue avant l'aube ; il ne voit
pas plus le jour que s'il en était la chute. Avec la
fureur d'exister, il ne craint rien autant que d'apparaître.
Il fuit la lumière parce que la lumière lui ressemble ;
et, lui-même, il est né de cette ressemblance.
Pourquoi se masquerait-il, à tout ce qui s'enfonce,
ce lutteur est lié par la haine de ce qui grandit. A
peine seul, il sent une menace ; il se cherche, ne
se trouve personne. Il retrouve sa vie et elle se
passe de lui. S'il veut courir son existence lui fait
obstacle.
Marche, on dirait qu'il va faire beau.
Rivage ourocher, lave du flot ou la pierre à ton cou, même
un baiser des mers, tout ce qui prend une forme
se pénètre d'un devoir.
Tu as craint l'eau dont on n'apercevait pas le fond
et les endroits où le jour s'était noyé pour te donner tes jours.
Pleure,pleure ta nuit blanche de larmes, tu portes ton
mal sur le visage et le matin que tu déchires est
entré dans ton cour.
Pleure, forme qui brille sur l'ombre humaine
que tu es, tes yeux pleurent une autre clarté de
qui ton visage et ton corps promènent l'ombre
tremblante.
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JOE BOUSQUET
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mercredi 11 novembre 2009
LA CONNAISSANCE DU SOIR
« Nul amour n'aura chanté
Sans mourir de son murmure
Qu'on n'est plus d'avoir été
Le frisson de ce qui dure ».
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JOE BOUSQUET
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LE CHANT DE L'ENFANCE...Suite
Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.
Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seule tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.
Sur chaque montagne, il avait le désir d’une montagne encore plus haute,
Et dans chaque ville, le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.
Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises , exalté
Comme aujourd’hui encore,
Etait intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.
Lorsque l’enfant était enfant il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours. “
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PETER HANDKE
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Oeuvre John Russel
vendredi 6 novembre 2009
LA MARCHE A L'AMOUR....Extrait
Ta lumière n'a pas fini de m'atteindre
ce jour-là, ma nouvellement oubliée
je reprendrai haut bord et destin de poursuivre
en une femme aimée pour elle à cause de toi
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GASTON MIRON
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CARNAC...Extrait
Mer au bord du néant,
Qui se mêle au néant,
Pour mieux savoir le ciel,
Les plages, les rochers,
Pour mieux les recevoir.
Femme vêtue de peau
Qui façonnes nos mains,
Sans la mer dans tes yeux,
Sans ce goût de la mer que nous prenons en toi,
Tu n’excéderais pas
Le volume des chambres.
La mer comme un néant
Qui se voudrait la mer,
Qui voudrait se donner
Des attributs terrestres
Et la force qu’elle a
Par référence au vent.
J’ai joué sur la pierre
De mes regards et de mes doigts
Et mêlées à la mer,
S’en allant sur la mer,
Revenant par la mer,
J’ai cru à des réponses de la pierre.
Ils ne sont pas tous dans la mer,
Au bord de la mer,
Les rochers.
Mais ceux qui sont au loin,
Égarés dans les terres,
Ont un ennui plus bas,
Presque au bord de l’aveu.
Ne te fie pas au goémon: la mer
Y a cherché refuge contre toi,
Consistance et figure.
Pourrait s’y dérouler
Ce qu’enroula la mer.
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EUGENE GUILLEVIC
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L'HOMME RAPAILLE ...Extrait
Jamais je n'ai fermé les yeux
malgré les vertiges sucrés des euphories
même quand mes yeux sentaient le roussi
ou en butte aux rafales montantes des chagrins
Car je trempe jusqu'à la moelle des os
jusqu'aux états d'osmose incandescents
dans la plus noire transparence de nos sommeils
Tapi au fond de moi tel le fin renard
alors je me résorbe en jeux, je mime et parade
ma vérité, le mal d'amour, et douleurs et joies
Et je m'écris sous la loi d'émeute
je veux saigner sur vous par toute l'affection
j'écris, j'écris, à faire un fou de moi
à me faire le fou du roi de chacun
volontaire aux enchères de la dérision
mon rire en volées de grelots par vos têtes
en chavirées de pluie dans vos jambes
Mais je ne peux me déprendre du conglomérat
je suis le rouge-gorge de la forge
le mégot de survie, l'homme agonique
Un jour de grande détresse à son comble
je franchirai les tonnerres des désespoirs
je déposerai ma tête exsangue sur un meuble
ma tête grenade et déflagration
sans plus de vue je continuerai, j'irai
vers ma mort peuplée de rumeurs et d'éboulis
je retrouverai ma nue propriété
.
GASTON MIRON
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lundi 2 novembre 2009
LA PETITE LAMPE SUR LA MER
«Pour que sur ton coeur de mouette»
pour que sur la rose des vents
sur la bonté sur ses songes
le travail le faire l'amour
cesse de régner l'injustice
cette petite lampe sur la mer
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RENE DEPESTRE
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vendredi 30 octobre 2009
HEROS-LIMITE...Extrait
La beauté de ton sourire
Ton sourire en cristaux
Les cristaux de velours
Le velours de ta voix
Ta voix et ton silence
Ton silence absorbant
Absorbant comme la neige
La neige chaude et lente
Lente est ta démarche
Ta démarche diagonale
Diagonale soif soir soie et flottante
Flottante comme les plaintes
Les plantes sont dans ta peau
Ta peau les décoiffe
Elle décoiffe ton parfum
Ton parfum est dans ma bouche
Ta bouche est une cuisse
Une cuisse qui s’envole
Elle s’envole vers mes dents
Mes dents te dévorent
Je dévore ton absence
Ton absence est une cuisse
Cuisse ou soulier
Soulier que j’embrasse
J’embrasse ce soulier
Je l’embrasse sur ta bouche
Car ta bouche est une bouche
Elle n’est pas un soulier
Miroir que j’embrasse
De même que tes jambes
De même que tes jambes
De même que tes jambes
De même que tes jambes
Tes jambes jambes du soupir
Soupir du vertige
Vertige de ton visage
J’enjambe ton image
Comme on enjambe une fenêtre
Fenêtre de ton être et de tes mirages
Ton image son corps et
son âme ton âme
Ton âme et ton nez
Etonné je suis étonné
Nez de tes cheveux
Ta chevelure en flamme
Ton âme en flammes et en larmes
Comme les doigts de tes pieds
Tes pieds sur ma poitrine
Ma poitrine dans tes yeux
Tes yeux dans la forêt
La forêt liquide
Liquide et en os
Les os de mes cris
J’écries et je crie de ma langue déchirante
Je déchire tes bras
Tes bas délirant
Je désire et déchire tes bras tes bas
Le bas et le haut de ton corps frissonnant
Frissonnant et pur
Pur comme l’orage
Comme l’orage de ton cou
Cou de tes paupières
Les paupières de ton sang
Ton sang caressant palpitant frissonnant
Frissonnant et pur
Pur comme l’orange
Orange de tes genoux de tes narines
De ton haleine de ton ventre
Je dis ventre mais je pense à la nage
A la nage du nuage
Nuage du secret
Le secret merveilleux
Merveilleux comme toi-même
Toi sur le toit somnambulique et nuage
nuage et diamant
C’est un diamant qui nage
Qui nage avec souplesse
Tu nages souplement dans l’eau de la matière
De la matière de mon esprit
Dans l’esprit de mon corps
Dans le corps de mes rêves
De mes rêves en action
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GHERASIM LUCA
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jeudi 29 octobre 2009
L'HOMME RAPAILLE ...Extrait
Ce que la mer chante à des milles d’ici
la force de ton ventre, le besoin absolu
de m’ériger en toi
voici que mes bras de mâle amour s’ébranlent
pour les confondre en une seule étendue
ce que la terre dans l’alchimie de ses règnes
abandonne et transmue en noueuses genèses
de même je l’accomplis en homme concret
dans l’arborescence de l’espèce humaine
et le destin qui me lie à toi et aux nôtres
j’étais mort avant de te connaître
ma vie n’aurait jamais été que fil rompu
pour la mémoire et pour la trace
je n’aurais jamais rien su de mon corps d’après la mort
ni des grands fonds de la durée
rien de la tendresse au long cours de tes gestes
cette vie notre éternité qui traverse la mort
et je n’en finis pas d’écouter les mondes
au long de tes hanches…
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GASTON MIRON















