mercredi 14 octobre 2009
DEUX HEURES ET DES POUSSIERES
A constater l'ampleur du vide et du silence... à nous voir manquer, et fléchir, nous abîmer. A éprouver nos attentes jamais comblées, nos espoirs trompés, nos ombres trahies de lumière.
On se demande toujours où ça va, tout ça. Le défilé des heures, pourquoi ? Le germe des crépuscules, comment ? Et avec quelle ration de doutes appréhender l'histoire? Quand nous avons pour provisions, des souvenirs que nous ne savons plus lire et ces quelques sillons semant nos trames au coin des yeux teintés de ciel.
A nous reprendre et à goûter la sève des rencontres qui chaque jour ajoute aux rameaux de nos êtres. A battre de plus en plus vite, à cogner, là au creux de soi, le pouls d'une destinée quand nous n'avons que l'âge de nos hasards.
A nous composer de rêves et d'appas. Quand dans tes yeux, j'ai vu des mirages. Quand à tes lèvres, j'ai tenté l'impossible. Quand tout toi m'éternisait.
Parce qu’il est un moment où le corps de l’autre fait exister le notre un peu plus. Où disant oui à ce rêve on dit oui à tous les rêves du monde. Ceux des errants, ceux des nomades et ceux des désespérés. On s’en souvient. On a frémi, on a tremblé, et puis on a souri. Quelque chose du temps des hommes s’est arrêté.
A murmurer. A écrire. A s’enlacer. A choisir. A s’éprendre. A repenser l’amour : cette part d’âme rescapée de notre solitude.
Deux heures et des poussières.
A contempler la nuit emmêlée de lune, et mes yeux parmi des kyrielles,
A choisir de vivre par utopie.
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SONYA SANDOZ
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dimanche 9 août 2009
SOUPIRS
Nous sommes tout cela. Nous sommes ce qui s'efface. Nous sommes les évadés d'un autre songe.
Nous sommes ces coeurs parfaits dessinés dans le sable, légués à la barbarie des vagues.
L'ombre nous honore, parfois. Le silence nous emporte, toujours.
Et toute sa vie on se demande, comment habiter ce temps. Courir ou marcher ? Fuir ou rester ?
Croire ou apprendre à finir ?
Choisir d'être libre ou décider d'être sauf ?
On se raccroche aux heures, on se raccroche aux visages, le regard de l'autre est notre douce pénitence.
Tu me parcours l'âme. Je traduis ta peau.
Nous forgeons peu à peu tout ce qui nous meut, l'âpre et tendre amour.
Nous sommes tout cela. Nous sommes ce qui s'efface. Nous sommes les oubliés de nos propres traces.
Et pourtant, nous vivons.
Quelque chose de mélodieux nous accompagne, chaque soir, vers le mystère du lendemain.
Car chaque jour, de plus belle : la lumière qui flirte avec le vent, la mer qui danse dans le sourire des femmes, les mots qui renaissent de leur chute,
le ciel dont la blessure est notre dernière bonté.
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SONYA SANDOZ
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Photographie Sylvain Lagarde
dimanche 12 juillet 2009
LA TRAVERSEE DE SOI
Que l’on vive les lueurs désincarnées des nuits citadines,
Ou bien le silence assassin des îles,
Jusqu’à la rumeur minérale des roches,
Le seul lieu que l’on cherche à traverser c'est soi.
Nous sommes sans port, sans gare
Sans escale
Nomades de songe en songe
Nous sommes d’un lieu qui n’existe pas encore,
La vie.
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SONYA SANDOZ
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Oeuvre Edmond Aman-Jean
mercredi 10 juin 2009
UN COUP DE DE ABOLIT LE HASARD
Ce sont des instants opaques dont le mystère a embrassé tous les présages. De ces jours longs, de ces espérances vaines perforées de petites joies, de ces sourires modelés de circonstances, de ces silhouettes bancales, redressées pour l’image et qui vous font paraître hommes, femmes, passagers du même train. Pris dans cette attente qui n’attend rien que certains nomment chagrin.
Sur votre corps l’absence se répand comme l’ombre du crépuscule sur la ville en pleurs. Doucement. A allure d’homme. Et elle vous plonge dans cette vie qui fait semblant de vivre, portée dont personne n’aurait écrit la musique.
Dans cette vie où chaque mur renvoit un silence sans écho. Dans cette ville où ma voix s’épuise à te chercher. Toi. Un double de ton ombre. Une odeur. N’importe quoi. Une preuve du temps passé.
Mais la brume enveloppe le pavé des histoires mortes. Et la nuit repart avec nos valises d’espoirs sous son manteau ambré de lune.
Tout se mue sous le coup de la perte.
Les choix qu’on a donnés à l’autre, les moments de soi légués au vent, cette enfance à laquelle on a soustrait nos rêves… Ce parchemin qu’on a oublié d’écrire et qui nous laisse sans mot, et qui nous laisse sans voix, errance dépossédée de son exil.
Quand un soupçon, une parole, un silence, séparent votre amour de votre colère. Une fin, une petite fin de rien du tout, tout juste une fêlure et ce que vous étiez fier d’avoir accompli devient ce que vous regrettez d’avoir aboli. Ces histoires serties de hasards qui vous disaient de les suivre… Ces bris de vie sans avenir, qui continuent de tourner, sous vos yeux, souvenirs : oiseaux cloîtrés dans vos têtes.
Ce qui nous précède est trop mort pour qu’il ne soit pas urgent de vivre…
Alors, il faut ouvrir la cage aux souvenirs. Laisser s’envoler les sourires que l’histoire a déçus, ces jours sans lendemain comme des poèmes sans dédicaces. Rendre leur liberté aux inséparables qu’une alouette a déliés.
A chaque chagrin que nous quittons, un monde nous attend, avec ses visages, ses bateaux, les yeux de la mer et ses bagages pour demain.
De ces ciels démesurément humains.
Pour qu’à l’aube du dernier voyage, nos yeux aient cet éclat de ceux qui ne regrettent rien.
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SONYA SANDOZ
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dimanche 24 mai 2009
L'INTEMPOREL ILLUMINE L'ENFANCE
C’est l’absence de temps qui protège l’enfance, de notre mélancolie.
L’enfance flotte et se prolonge. Elle est sans idée d'avenir, sans histoire et sans regret. Demain n’existe pas. Il n’y a qu’un opéra d’instants. Le suc d’un monde offert sans attente ni repentir.
L’enfance migre, sans montre, elle traverse les plaines, le soleil pour boussole, la lumière pour horizon.
L’enfance est sans idée du chemin, c’est ainsi qu'elle l’invente.
Plus tard, nous rechercherons la grâce de cette époque sans temps.
Son émerveillement, sa fluidité, cette poésie faite évidence au frôlement de chaque chose.
Plus tard, nous écrirons des livres, nous composerons des récitals, nous tremperons nos pinceaux aux palettes à imaginer l'aurore
Nous sèmerons ces cailloux à réinventer le chemin de nos marelles dépourvues de ciel.
Puis, c’est au détour d’un amour, au bras de l’étonnement d’être deux, que parfois, nous retouverons le pouls de l'enfance, de deux doigts palpant la perpétuité de l'instant.
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SONYA SANDOZ
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Photographie Anne Geddes
mercredi 6 mai 2009
MEMOIRE
Elle ne sait plus exactement quel port il habite en elle.
Sa mémoire le cherche, comme mise à part sa vie, le réinvente ou se souvient, l’assiège aux tours indomptables : citadelles d’ivoires mnésiques.
Ce sentiment d’avoir gardé quelques fleurs de leurs friches ensemencées malgré le vent.
Elle n'est que cette mémoire, vive comme les eaux, engloutie comme les terres.
Elle n'est que cette mémoire... quand se souvenir est précaire comme écrire.
Elle se demande ce qu’est la vie, sinon ce flux d’images déroulées dans le temps, comme se déroule la mer dans les roulis de l’éternité.
Le passé va et vient. Il ne reste pas, il n’est pas fait pour rester. Déjà, le présent qui arrive est une plage désertée. Une absence. Un rêve. Une solitude.
Une île délaissée au cœur de l’océan.
A l'instant elle n'est faite que de cela. Du départ d’hier et de celui de demain. Des allers et venues de l’onde sur son corps de mémoire.
Nous demeurons la mémoire que nous avons choisi d’habiter…
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SONYA SANDOZ
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lundi 20 avril 2009
RETOUR
Reprisées, mes voiles…
Recousu mon corps d’étoiles…
Réinjectée l’écume au cœur de mon rêve…
Retissée ma vie, mon amour et mon exil.
Retrouvée la femme que je deviens.
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SONYA SANDOZ
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mardi 17 mars 2009
LUI DIRE
Il lui dit qu’il restera. Qu’elle n’avait pas à le choisir, tout juste à l’accepter. Qu’il demeurerait derrière, dans l’ombre des apparences, dans quelque endroit commun au rêve et au souvenir, dans la chambre du monde réconcilié.
Il lui dit que deux âmes blessées fondaient un presque corps.
Que deux errances pouvaient tracer quelque chose d’un parcours. D’un itinéraire. D’une quête.
Il lui dit qu’il l’accompagnerait : de la peur de perdre à la perte de la peur.
Il lui dit qu’ils prendraient soin ensemble de leur manque. Car tel est le lot de chacun. La plaie. Le trou béant qui fait de vivre ce merveilleux désir.
Elle avait connu trop d’adieux : il la rencontrerait cent fois le jour. Elle avait respiré trop de nuits : il tirerait sur la robe de l’aube, pour que la soie de soleil couvre son sourire et le ranime de lumière. Elle avait épousé trop de solitudes : il ferait de leur vie un peuple, de leurs peaux un territoire, de leur amour une immensité bleue.
Il lui dit que vivre c’est se risquer. Que chaque pas dépose sa fragilité. Que c’est l’empreinte qui fait la force. La marque de l’histoire. Le sceau de soi. La vie subjective, seule à être vie.
Puis il se tait. Il ne parle plus. Il écoute.
Les soupirs ailés de ce voyage.
La beauté de ce jour paré de son corps.
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SONYA SANDOZ
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mercredi 25 février 2009
LES CORPS CONTINUS
Nous ne mettrons pas de point à notre phrase Les mots d’amour sont sans fin L’étreinte est sans temps Juste des roulis de murmures, chute de soupirs et autres preuves d’éternité Des mots comme des billets doux offerts au vent
Nous déposerons des virgules sur la page à raconter l’amour Il faut effeuiller du songe les métaphores Enumérer les couleurs des villes Soulever le ciel pour voir d’un peu plus près, la peau d’après
Nous ne mettrons pas de point à notre phrase Nous durerons comme durent les oeuvres Nous durerons jusqu’au sans point du souvenir qui encre en soi, le monde Il n’y a que les hommes qui soient mortels, la vie elle…
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SONYA SANDOZ
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Oeuvre de Maria Amaral
mardi 24 février 2009
LA CARESSE DANSEE
(...) Parce que le geste du peintre est caresse. Forcément. On ne peint pas comme on se bat. On ne peint pas comme on se meurt. C’est un frôlement. Un glissement de peau sur les surfaces du monde. Matière contre matière. Cuir contre cuir. La main effleure le sol des pas. Progresse dans les cendres du jour pour ranimer le foyer d’enfance : cette braise encore chaude sous les rameaux. Mirage. C’est un cri confondu en murmure. Une étreinte enlacée dans un dernier soupir. Couleur : souffle éteint du peintre qui donne à sa main, le désir d’éterniser.
Parce que le mouvement de la danse est peinture. Allègement de soi. Eclaboussures de corps portant à leur traîne le poids des rois. Talent du vent à devenir grain.
Parce que la main du peintre danse. Fait crisser le plancher de la toile. Se courbe. S’appuie. S’éloigne. Entame la valse passionnelle de cette paume sur la toile, partie en exil, au-delà du cadre, au-delà d’elle-même, à la croisée des hommes. La main valse avec sa tendresse. De toute sa grâce et de toute sa violence. Combat de loups. Oiseau redevenu frêle entre les bras de la beauté.
Et la caresse peint sur l’étoffe des corps la fresque d’attente. La membrane mue. L’écorce est parchemin: hiéroglyphes des doigts qui l’ont composée. La caresse dessine ses paysages, encre sa mémoire dans le frisson qu’elle parcourt. Chorégraphie de tremblements. On ne peint jamais la même toile. Calligraphie du désir. On ne caresse jamais deux peaux de la même main.
Au fusain la folie d’être deux, du bout des doigts le boléro des aveux, et le souffle des jours sous la caresse dansée.
SON YA SANDOZ
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Gustave Klimt















