EMMILA GITANA

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

jeudi 27 août 2009

XAVIER GRALL

Le pire des crimes, c'est le surplace, ne pas avancer, rester là comme ça, collé aux chaises et aux villes comme une chose stagnante, une glaire de vieux. Moi, je marche, je nomadis, j'erre, je vais. Toute marche est une marche spirituelle.

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XAVIER  GRALL

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samedi 30 mai 2009

SOLO 2...Extrait

(...)

Stèle et fanal
flamme
amer du litttoral
signe vertical
de la raison
face aux fatales démences
de la mer et des lames

J’aurais aimé chanter le triomphe
des marées à la corne des caps
et la douceur des plages
dans les criques pélagiennes
un orchestre de pianistes
et de harpeurs
eût repris le thème de l’antienne
car je portais dans mon sang
mystique
des hymnes marins
et des fureur liturgiques
j’aurais aimé chanter
les varechs verts
les germons bleus
les daurades d’or
les couleurs et les chaos
par la harpe et le saxo
mon Dieu je vous adore

Orgues de Benjamin Britten
Cuivres de Ludwig Van Beethoven
Les symphonies fusent
dans les rocs d’Ouessant
les tintamarres furieux
fracassent les brisants
qui dira les sonorités multicolores
dans la gorge des rias
les corps morts dansent
les cormorans fustigent les amarres
les coques des naufrages
cognent dans les baies
des oiseaux hurleurs
descendent dans mes veines
mon âme est cette porte battante
ouverte sur la mer
j’attends la fuite des vents
à la renverse
paix sur les noyés et les goémons
paix sur les îles et les quais
mon cœur
tranquille caboulot
à la bonne brise
au-dessus des limons
affiche son enseigne
« Au repos du marin »

Solo
Solo de mes noyades
solo de mes sanglots
j’agite des violons brisé
sur mes amours mortes
mes barques chavirées
accrochent des grelots
aux chagrins sourds
qui lentement m’emportent

Solo
Solo d’oraisons ferventes
il m’arrive de prier
dans les églises défuntes
Notre-Dame des poètes
mère des Atlantes
pitié pour ce voilier perdu
au large des pâles limbes

Solo
Solo de mes années passantes
haleurs et musiciens
désertent les bordées
mon âme est cette Marie-Galante
que défoncent les vins
et les rhums boucanés

Solo
Solo de mes pensées dolentes
musiques enfuies motets anciens
tout périt dans les marées violentes
l’Océan tracasse des pianos
à la gueule des chiens

Seigneur me voici c’est moi
je viens à vous issu d’un pays de mer
les tempêtes ont réjoui mon amère jeunesse
la liesse des alizés roulait dans les collèges
les goélands croisaient dans mes classes latines
des Maris Stella à matines
éclataient dans les nefs
les noroîts jouaient de l’harmonium
délirium du graduel
cantique des grèves ivres
O les navires et les chapelles
Etoile de la mer
Qu’ai-je fait de ma chère jeunesse ?

(....)

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XAVIER  GRALL

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A L'ONDINE

« Je te prendrai dans l’émotion des landes
muettement tu embrasseras ma terre
Je te prendrai dans la clarté des fontaines
avidement je te boirai

Tu portes mes amours mauves
dans la source des prunelles
écoute
les ajoncs et les plantes
vont chanter pour nous deux
la nuit fertile, la plage fraternelle

Nous referons cette Cornouaille mortelle
secrètement
dans le lit des hautes herbes
je te prendrai dans la grange verte
et ton corps aux semences mélangé
concevra tout un pays de fougères
et de genêts.

Ma belle amie sur la grève allongée
comme moi désire la mer
laisse-toi chavirer sous le vent des navires
dans la laine fragile des pluies
je te prendrai encore
tes bras ruisselant de désirs
serreront la bruyère de mes veines

Je te prendrai dans l’allée des grands chênes
sous tes reins efface la peine des tombeaux
il faut vaincre la mort au lever du soleil
chaque matin prends la vie à belles mains
dans ton regard affamé de merveilles
recrée pour moi les paysages que j’aimais

Ô femme, ma bourgade de gamines
mon dimanche d’écolier, ma chaumine
mon amour mauve, mon beau gilet
brode des bleuets sur le lin des détresses
et couvre-moi de la liesse des grands arbres
afin que je t’aime encore, une prochaine fois »

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XAVIER  GRALL

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Oeuvre Annie Cuquel

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LES VENTS M'ONT DIT...Extrait

"Vents hurleurs, soleils jaunes, rocs et ressacs : éternels chants du monde. Ce pays est une province métaphysique : l'au-delà imprègne les brumes d'Ouessant et cogne dans les gouffres de la Pointe du Raz. Dieu ne se repose jamais. L'Univers n'est jamais fini. Quelle erreur de croire que tout en Bretagne est arrêté, figé, fixé pour toujours. Tout, au contraire, bouge ici : les paysages et les moeurs, les ciels et les nuages."
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XAVIER  GRALL

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LE CHEVAL COUCHE...Extrait

... Nous portons dans nos têtes des siècles sacrifiés. Nous ramons à contre-courant dans un lac obscur, nous sommes les rameurs malades d'un océan vaincu à reconquérir, nous sommes les Celtes morts qui s'en reviennent, les chiens bleus et brisés de la route latine, nous sommes les fugitifs de la grande ombre asilaire, nous sommes partis sur nos barques sensibles, nous sommes les boucaniers insolents et les pilleurs de nos propres épaves, nous savons les algues et les marées... Maudits sans doute, mais il nous faut aller jusqu'au bout de la malédiction, afin de toucher enfin, libres, aux rives radieuses d'innocence.

... Alors ceci: la bretonnité qui se tâte, s'éprouve, s'exaspère en se cherchant en dehors des règles et des parapets, serait-elle semblable à la négritude tragique de Harlem ou de Port-au-Prince?

... A la fin, qui sommes-nous donc? Des voyants ou des aveugles? Des êtres libres ou de pitoyables aliénés?"

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XAVIER  GRALL

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celtisme1

Oeuvre de Johlen

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lundi 26 janvier 2009

XAVIER GRALL

« Je m’assieds à ton quai
Que la rose étoile
Et je rêve l’amour
L’éternité, la vie
Sur le dit de tes eaux
Le vélin de tes toiles
Dépose là mon âme
Tes trop lourdes pensées
Sur les navires dormant
La mer reposée »

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XAVIER  GRALL

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samedi 24 janvier 2009

ALLEZ DIRE A LA VILLE


Découvrez Alan Stivell!

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Terre dure de dunes et de pluies
c'est ici que je loge
cherchez, vous ne me trouverez pas
c'est ici, c'est ici que les lézards
réinventent les menhirs
c'est ici que je m'invente
j'ai l'âge des légendes
j'ai deux mille ans
vous ne pouvez pas me connaître
je demeure dans la voix des bardes
0 rebelles, mes frères
dans les mares les méduses assassinent les algues
on ne s'invente jamais qu'au fond des querelles

Allez dire à la ville
que je ne reviendrai pas
dans mes racines je demeure
Allez dire à la ville qu'à Raguénuès et Kersidan
la mer conteste la rive
que les chardons accrochent la chair des enfants
que l'auroch bleu des marées
défonce le front des brandes

Allez dire à la ville
que c'est ici que je perdure
roulé aux temps anciens
des misaines et des haubans
Allez dire à la ville
que je ne reviendrai pas

Poètes et forbans ont même masure
les chaumes sont pleins de trésors et de rats
on ne reçoit ici que ceux qui sont en règle avec leur âme sans l'être avec la loi
les amis des grands vents
et les oiseaux perdus
Allez dire la ville
que je ne reviendrai pas

Terre dure de dunes et de pluies
pierres levées sur l'épiphanie des maïs
chemins tordus comme des croix
Cornouaille
tous les chemins vont à la mer
entre les songes des tamaris
les paradis gisent au large
Aven
Eden
ria des passereaux
on met le cap sur la lampe des auberges
les soirs sont bleus sur les ardoises de Kerdruc
O pays du sel et du lait
Allez dire à la ville
Que c'en est fini
je ne reviendrai pas
Le Verbe s'est fait voile et varech
bruyère et chapelle
rivage des Gaëls
en toi, je demeure.

Allez dire à la ville
Je ne reviendrai pas.

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XAVIER  GRALL

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LE RITUEL BRETON...Extrait

[...]

dis-leur le poème de la mer
le prodige du matin
et le miracle du vent.
Et dis-leur la jubiliation des capitaines
qui s'en venaient de Madère
dans l'assomption d'une misaine.

[...]

Notre-dame des îles et notre-dame des goémons
notre-dame des navires et notre-dame des houes
notre-dame des marins et notre dame des forbans
priez pour moi, l'Infidèle, pélerin
de tous les océans
et priez pour moi dans vos pardons
au centre de vos étés
notre-dame des mimosas et notre-dame des genêts
priez pour moi à Raz, Molène et Douarnenez.

Ah quand je mourrai
enterrez-moi à Ouessant
avec mes épagneuls
et mes goélands
ah quand je mourrai
mettez-moi en ce jardin de gravier.

                                Ainsi soit-il.

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XAVIER  GRALL

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PHOTO ERWANN BALANCA

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jeudi 31 juillet 2008

CI-GIT ROBIN


Découvrez Carlos Núñez!



Aux poètes de Bretagne

Armand Robin
    Robin des nuits, Robin des bois et des rivières
    sans un mot tu t'en es allé dans la paisible mort
    des pierres du silence
    Tes yeux fermés sur le rêve libertaire
    tu gis, tranquille
    tel le mendiant sous le porche à Rostrenen et Langonnet.
   
    Robin, anarchiste du Poher
    épi trop mûr de la douleur paysanne
    résidu exilé aux durs pavés de Paris
    toi l'ami de Maiakowski, d'Essenine et de Calloc'h
    toi qui chantais la fraternité dans toutes les langues ouvrières
    il a fallu que tu voies les banquiers et les flics
    faire de cette terre bien-aimée une morgue et une salpétrière.
   
    Robin
    Robin des ruisseaux et des genêts
    Maudits soient qui t'écrouèrent
    Fresnes, Santé, Conciergerie, Bastille
    c'est fou comme on aime les geôles à Paris
    et c'est là qu'ils ont voulu que tu meures
    toi, l'homme des steppes et des collines
    et des libres espaces sous le vent
    là, au Dépôt, entre leurs mains pourries
    Dis, Robin, en quel caveau t'ont-ils enseveli
    qui a signé la levée d'écrou de ta dépouille
    quelle fripouille de leur République de nantis
    faut-il désigner aux partisans de colère ?
   
    Robin, poète des longs silences fiers
    vagabond des pluvieuses nuits, où dors-tu
    la bouche scellée sur l'indicible poème
    Dis, Robin
    en quel village danses-tu avec Ben Barka
    le jabadao des suppliciés
    si loin, si loin de Rostrenen et Langonnet ?
   
    Robin, je vais te le dire :
    ce n'est pas assez de vivre en fraude
    il faut que les Bretons meurent en maraude
    Cloportes, rats, rongeurs de rêves
    ce n'est pas assez d'être pauvres
    il faut encore crever sans trêve
    comme des truands dans les cul-de-basse-fosse
   
    Robin, je vais te le dire
    ce jour où les matons sonnèrent tes glas
    avec leur trousseau de clés
    les merveilleux haillonneux vagabonds
    récitèrent un Dies Irae
    là-bas, dans les prés de Kéranglaz

Robin

Robin des nuits, Robin des bois et des rivières
    les barricades auront un jour l'accent de Plouguernevel
    nous craquerons le silence avec des jets de pierres
    nous parlerons breton aux juges du Sanhédrin
    nous parlerons breton aux fêtes fraternelles
    Robin
    Robin des nuits, Robin des bois et des rivières
    je clamerai ta rime aux éoliennes
    et le vent de la mer dira aux hommes et aux pôles
    « en France, c'est sûr, on n'aime les poètes qu'assassinés »

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XAVIER  GRALL

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