André Laude, né le 3 mars 1936 à Paris où il est mort le 24 juin 1995, est un poète et journaliste français.

On a écrit d’André Laude qu’il était un « soleil noir de la poésie ». Noir d’une existence. Noir du refus anarchiste de se soumettre. Noir du désespoir qui a souvent accompagné son existence et qui a contribué à sa fin. Soleil de la révolte qu’il a toujours porté très haut. Soleil de l’éclairage qu’il a donné de l’œuvre des autres : amis et compagnons trop méconnus, artistes emprisonnés et bâillonnés. Soleil des mots qu’il a aimés.

André Laude n’avait qu’une seule passion : la poésie. Il connaissait des milliers de vers par cœur et était à lui tout seul une anthologie. Voici ce qu’il en disait :

« L’activité poétique pour moi a toujours été liée à l’expérience vécue. J’ai toujours eu pour objectif de rapprocher l’expérience vécue du texte écrit. Je ne conçois pas une poésie qui soit seulement le produit d’une activité mentale. Elle est le produit d’une activité générale qui met en cause l’esprit, les sens, le sexe, la peau, et aussi l’histoire de l’individu, l’histoire collective. Toute mon expérience poétique s’articule autour de cette perspective : la poésie doit changer la vie.  »

L’engagement poétique de Laude c’est la volonté de bouleverser l’ordre établi. Ordre social et ordre culturel. Il fera ses apprentissages de poète dans la mouvance du groupe surréaliste des années 1950, puis tous ses engagements à caractère politique appartiendront à des courants d’ultra gauche : mouvement anarchiste, marxistes révolutionnaires et autres groupes d’extrême gauche. Il fut également un compagnon de route des situationnistes durant de nombreuses années. Il se revendiquera toujours comme un poète révolutionnaire qui prône le désordre contre l’aliénation et l’exploitation. Par là il redonne à la poésie engagée des lettres de noblesse. Celles qu’avaient su lui donner les poètes lorsqu’ils mêlaient dans leur existence, l’écriture, la littérature et l’aventure politique ou journalistique.

Dans le langage il perçoit encore l’aliénation de la culture dominante et il veut y insuffler sa violence pour tenter de donner aux mots ce qu’il pense être leur vrai sens. Alain Bosquet a écrit : « La vertu exceptionnelle d'André Laude est précisément, malgré la brutale clarté de ses textes, de leur garder une charge d'enchantement, de mélodie et de pureté intacte. Le message passe chaque fois, non point parce qu’il est un message, mais parce qu’il en dépasse la portée immédiate. (...) Une sorte de sourde magie et perfection artisanale y sont pour beaucoup. »

Des mots pour tout dire. Dire l’amitié. Dire la ville, particulièrement celles de certains quartiers de Paris. Dire la mémoire qui pour lui se référait à l'Occitanie et à la Bretagne, civilisations dont il s’est toujours réclamé parlant de quête et de civilisations natales pour lui. Dire aussi le monde hispanique qui fut toujours très important dans son univers.

Sa poésie exprime en permanence une révolte dans laquelle il s’est tant engagé qu’il en est mort. Serge Wellens saluera sa mort par ces mots : « Il mourut comme proscrit pour avoir été un trop parfait amant de la liberté. »

À la fin de l'année 2008, les éditions La Différence ont publié un volume regroupant l'intégralité de l'Œuvre poétique de André Laude. Cette édition est le fruit du travail d'un collectif de proches et d'amis à l'initiative de Yann Orveillon et Abdellatif Laâbi. « Ne pas oublier André Laude ! Ultrasubjectif et ultraengagé, avec cette langue d'objurgations et de violences qui se fait aussi bouleversante de dénuement personnel, il a souvent quelque chose de mystérieux dans ses alliances de mots,dans ses références. Et en même temps il écrit avec une pureté et une simplicité persuasives. » écrit Marie-Claire Bancquart sur le site Poezibao. Et Patrice Delbourg : « André Laude était un «riverain de la douleur» dont la voix incandescente et l'inquiétude couleur d'homme épousaient les hésitations de son rythme cardiaque. » dans le Nouvel Observateur.

( wikipedia )

Michel Pérelle écrivait : "Ce qui nous réjouit chez André Laude, c’est la fraîcheur, la spontanéité et son envoûtante petite musique. Il est sincère au-delà des mots, il ne s’embarrasse pas de vers mesurés, il dit tout, comme ça, à cru, et ça vibre, ça nous émeut. Voudrait-il écrire un méchant poème qu’il ne le pourrait pas. André est pauvre, malade, mais il n’est jamais amer. Il a l’orgueil des grands : la grâce. Ne nous y trompons pas, il sait tirer à boulets rouges (et noirs) sur la saloperie des hommes. Il est du Sud (Occitanie) mais il est né et vit à Paris, et il a hérité de la "douleur polonaise". Il sait, dans le Grand Nord, apprivoiser la ronde des loups, et, au Mexique, faire chanter les veuves noires. D’aucuns diront qu’il y a quelque naïveté à écrire, par exemple des journaux de voyages. D’aucuns diront qu’au fond de son désespoir, il est furieusement optimiste comme les grands révoltés. Qu’il sait que l’Humanité renaîtra de ses cendres."

.

 

 

si j'écris c'est pour que ma voix d'un bond d'amour

atteigne les visages détruits par la longue peine le sel de la fatigue

c'est pour mieux frapper l'ennemi qui a plusieurs noms.

(André Laude, Comme une blessure rapprochée du soleil, La pensée sauvage, 1979)

 

 Ainsi parlait André Laude, homme blessé, calciné, qui aura vainement tenté de changer le monde pour sauver les rêves. Mais ce monde est plus désenchanté que réenchanté et André Laude se sera brisé sur le granit des cynismes. De Cuba à Israël, de son don vers l’ouvert à ses blessures intimes, il a tout tenté, il a tout perdu, et il s’est naufragé intérieurement. Et lui le poète est mort, suprême dérision, lors du marché de la poésie.

 

Toujours enclos dans ses nostalgies lendemains qui chantent, il n’aura pu attendre ni l’aube, ni l’homme.

 

Malgré ses lassitudes, ses abandons il écrivait pour que sa voix nous parvienne par-dessus les illusions. De ses rêves de paix israélo-palestinien, de Shalom à Salam il aura pu voir le rouleau compresseur du réel bafouait ses utopies. Et le cauchemar des murs est bien dressé encore maintenant, dru et plus haut que le ciel. Ses bonds d’amour n’auront pas troublé la froide et lisse surface des consciences.

 

D’André Laude il ne reste que des traces et quelques amis qui maintiennent la lampe allumée. André Laude, ses laudes à lui furent des cris d’écorché contre les injustices, des javelots contre la bêtise. Certes l’ennemi est toujours debout, mais Laude est toujours vivant....( Gil Pressnitzer sur http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/laude/laude.html )

 

 

Par lui nous pouvons dire :

laude,,

 

 

« …Nous sommes à jamais présents au monde

 

logiquement situés entre la mer et le soleil les nuages

 

et les moissons. »

 

 

 

 

mardi 17 janvier 2017

NE PARLE PAS AUX SOLEILS GRIS

Ne parle pas d’amour aux oiseaux des murs Tiens-toi tranquille ne dérange pas l’horizon du silence Sois secret comme l’île peuplée de totems et de lances Retiens ce qu’il reste de nuit sous tes paupières En cas de détresse danse danse danse Jusqu’à ce que Mère Terre écoute ta blessure Danse jusqu’à ce que tes dents blanches rient Mais ne parle pas d’avenir infini aux soleils gris aux lunes de tristesse et d’errance.   .   ANDRE LAUDE   .   Oeuvre Qin Tianzhu

vendredi 16 décembre 2016

KAMIKASE KETCHUP...Extraits

dans quelques mois j’aurai quarante ansj’ai peur je serre les dentsj’enfonce un mouchoirdans ma gorgepour ne pas hurlerdans quelques mois j’aurai quarante ansje ne sais pas qui je suisje ne sais pas où je vaisTerrorisé d’avancepuisque ce sont les ordressupérieurs secretsAutrefois j’avais une maman.Autrefoisparce qu’elle est morte j’avais trois ans je croisil n’y a personne pour me renseignerexactementMon père ne parle plus de tout celail s’est remarié il y a longtempsil a fait deux enfantsque je n’aime pasil vieillit malil respire... [Lire la suite]
vendredi 2 décembre 2016

ANDRE LAUDE... Extrait

Jetons d'absence Olga Katz, ma mère, juive polonaise, morte à Auschwitz. Parfois les sombres vents venus de Pologne, me ramènent l'odeur maternelle. Une odeur de peaux, de dents, de crânes, de tibias, d'omoplates carbonisés. Alors je pleure comme un enfant dans le noir. Absent à moi-même, je descends et monte les rues sans identité. Rue Pelleport, rue Etienne-Marcel, rue des Abbesses, rue François 1er ... Quand un flic m'arrête brutalement, c'est, forcément, qu'il m'a pris pour un autre. Un autre que j'ignore, et qui... [Lire la suite]
vendredi 23 septembre 2016

COULEUR D'HOMME...Extrait

Merci André ( Chenet )   Le petit homme gris a tout envahi Il prolifère vermine inexpugnable Le petit homme dicte la loi Poisson froid singe hurleur je le croise partout sous divers masques Il a tué ma joie mon rire d'enfant Il a brisé mes élans purs vers les hauteurs là où l'on peut toucher la transparence Il a noirci mes matins Ses crimes sont innommables mais nul trouble en lui Depuis la nuit des temps je fais la guerre totale au petit homme gris C'est sans doute lui qui l'emportera Mais cette guerre-là vaut mieux, bien... [Lire la suite]
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lundi 11 juillet 2016

LE BLEU DE LA NUIT CRIE AU SECOURS...Extrait

A force d’attendre j’oublie qui j’attends Oiseau ou femme blessure ou bûcher je scrute la plante j’exige son secret avec des gestes humbles des mots qui apaisent vague me parvient cette rumeur de métamorphose qui travaille mes mains au plus obscur j’épelle ton visage O futur inscrit dans le pas d’aujourd’hui dans l’absence éprouvée dans le silex d’un cri qui résonne au fond dans cette humide patrie des regards et des mots Ce peu de mort qu’obstinément je fouille repousse mes limites jusqu’au soleil du fenouil jusqu’à ce mystère... [Lire la suite]
mardi 3 mai 2016

ENTRE LE VIDE ET L'ILLUMINATION...Extrait

C’est une présence brûlante que je nommedans la fleur d’eau qui tremble entre les feuillesdans l’acier rigide du pont dans la pommeL’agenouillement du soleil au bord du fleuveC’est une présence brûlante que je nommequand s’avance puissant comme une étraveParmi la houle brutale des hommesdouleur contre douleur sang contre sangSous la paupière lourde de l’étoileAu fond du limon obscur qui râledéchiré par les crocs du feu et de la pierreÀ l’heure où s’éternise en moi la note graved’une flûte de berger ligoté dans la toiled’araignée des... [Lire la suite]
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dimanche 23 août 2015

ANDRE LAUDE

Ne me cherchez pas dans les musiques de foireNe me cherchez pas dans la lumière des meetingsOù les hommes composent une seule et vaste et mouvanteTapisserie d'yeux de poing de coeursOù les femmes protègent les roses de l'avenirDans les serres chaudes du sangNe me cherchez pas sous les pierresDans la foule qui rit et tonneJe ne suis pas l'homme qui reposeLa paume évanouie comme une étoile de merSur le ventre de son amourJe ne suis pas l'adolescent aux doigts rougis par le gelQui arrive deux heures trop tôt au rendez-vousPour la douce... [Lire la suite]
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jeudi 25 juin 2015

DANS MA MAISON

Dans ma maison le repas du soir n’a pas été servi De toute façon dans ma maison il n’y a pas de table il n’y a ni couverts ni poivre et sel ni femme fidèle De toute façon Il n’y a pas de maison     Ma maison est un rêve un rêve en carton déchiré à chaque instant par la meute des vents   ceux qui viennent de Russie et ceux qui viennent du Horn.   Dans ma maison cette nuit je ne dormirai pas. Je dormirai sur l’aile d’un grand goéland qui vole lentement au-dessus des quarantièmes hurlants. ... [Lire la suite]
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mercredi 19 novembre 2014

NOMADES DU SOLEIL

Tout vient des mainsInfirmes de lumièreLe chant d'un ocarinaLe feu du printempsEt le visage d'une femmeÉgaré dans les roseaux de l'aubeTout vient des mainsLe sel et l'amourLe rire des blésL'insecte qui tourne autour de son ombreComme un fou dans la celluleOù la liberté écrit sur les mursTout vient des mainsLa porcelaine du jour et la glaise de la nuit. . ANDRE LAUDE " Oeuvre poétique " .   Photographie Mark Markov Grinberg
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mardi 11 novembre 2014

FEUX,CRIS ET DIAMANTS...Extrait

Ne parle pas d'amouraux oiseaux des mursTiens-toi tranquillene dérange pas l'horizon du silenceSois secret comme l'îlepeuplée de totems et de lancesRetiens ce qu'il reste de nuitsous tes paupièresEn cas de détresse dansedanse danseJusqu'à ce que Mère Terreécoute ta blessureDanse jusqu'à ce que tes dentsblanches rientMais ne parle pas d'avenir infiniaux soleils grisaux lunes de tristesse et d'errance. .   ANDRE LAUDE   .   Photographie Violaine Poron        
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