jeudi 20 août 2009
COMMENCEMENT DU CORPS FIN DE L'OCEAN...Extrait
Il paraît, que le rocher de mon amour a erré dans le désert de
[mes veines.
Qui roule, qui s'élève en elles ? est ma question.
Que serai-je, quelle heure sera-t-il quand l'amour me
[reviendra
assasiné, en forme de gazelle à l'étroit même dans le
[désert ?
Je reconnais
avoir besoin d'une autre vie pour être digne de cet amour
comment le raconter à Astarté et porter mon aveu à des
[coqueliquots
rouge et noir qui ne croissent que dans son temple
je reconnais
avoir besoin d'un amour grand comme la mer pour laver
mon indigence
je reconnais
avoir dispersé ma vie à tout vent
passant le reste
dans l'obscurité de cette indigence
Seul
ADONIS
.
Oeuvre Zao Wou-Ki
MEMOIRE DU VENT ...Extrait
Je suis celui qu’un désert à créé – les hardes de mes rêves
ont des bois de palmiers,
il était était vain de jouer aux dés avec la lune, de voyager
sur un tapis de soie
il était vain de croire aux prophéties
de mon soupçon- rapace
ni aux promesses des destructions
ô poésie, cocher fou emmène-moi – emmène-nous
pour doubler notre mort
pour voir et chanter ce qui va venir
pour être à l’aube de la première strophe.
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ADONIS
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lundi 13 juillet 2009
LE THEATRE ET LES MIROIRS...Extrait
J'entends la voix du temps :
Le poème - une main de-ci, de-là
Le poème - deux yeux qui interrogent
L'églantier a-t-il fermé
la porte de sa cabane
L'homme a-t-il ouvert
une brèche nouvelle
Une main ici, là-bas
Et la distance oscille entre enfant
et victime
Afin que vienne l'étoile cachée
Et que le monde retourne
à la transparence
.
ADONIS
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vendredi 12 juin 2009
ADONIS
Je vous ai dit -- j'ai écouté les mers
réciter leurs poèmes
j'ai écouté la cloche qui sommeille
dans les coquillages
Je vous ai dit -- J'ai chanté aux noces du diable
au banquet des fables
Je vous ai dit -- j'ai vu dans la pluie de l'Histoire
dans les éclairs lointains
une démone et une maison
Parce que je navigue dans mes yeux
vous ai-je dit
j'ai vu toute chose
dès le premier pas
dans la distance
.
ADONIS
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mercredi 1 avril 2009
L'AUBE COUPE SES FILS
L'aube coupe ses fils
dépose les paupières sur la terre
Mes bras : deux mâts pour étreindre
les voiles de l'absence
Mes fenêtres sont parties
Il ne reste ni fleur ni livre
rien que moi et les recoins
avec mes fils usés
avec mon corbeau
***
Dans le cancer du silence, dans l'encerclement
j'écris mes poèmes sur l'argile
avec la plume du corbeau
Je le sais : pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière
Je m'assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m'assieds dans l'attente
d'une rencontre oubliée
***
Peu m'importe le possible
joie ou douleurs
Dans mes hymnes j'invente un évangile
je cherche un refuge
un monde qui commence
à la pointe du monde
.
ADONIS
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lundi 23 mars 2009
OU LA FOUDRE TOMBE
Pour saluer Jacques Berque
A Beyrouth, soeur d'Antioche, amie d'Athènes
Un poète est debout
Face aux portes de la mer
Son ami Jacques Berque à ses côtés
Je le vois canne en main
Il imagine que sa voix est une flûte
Qui se brise dans sa gorge
Et sa gorge un feu du nom d'Allah
Poète
Dans sa chair profonde
Et dans ses mots, à chacun de ses pas
L'histoire se divise
En pluies de sang
Tel un drapeau aux armes du ciel
O déesse du doute
Née de la Méditerranée notre mère
Pourquoi ne pas dire l'amitié du poète
Pourquoi ne pas dire l'invisible à tes yeux
Ce qui bouscule le temps
Ce qui hisse le vent sur la pointe de son pas
Ce qui jette la cendre muette
Sur les mots en flammes
Levés par le monde en ses paroles ?
Dis aussi Déesse dans le doute
La fatigue aux cils
Les mains tranchées
Le jour usé
Dis
Si la lampe est vain espoir ou lendemain
Si le foulard couvre la tête ou expose la gorge
Comment reconnaître aujourd'hui
L'insecte de la rose ?
Dis
S'il est une voie
Pour habiter la voie des nuages
Et dis cela enfin :
Combien la Méditerranée aspire
A renaître dans l'enfance de son alphabet
Alphabet !
Vives sont les cigales
Innombrables de tes moissons
Et féroce l'esprit
qui te couche dans l'oubli
Où donc est la foudre
René Char ?
Et pourquoi le poème
Est-il toujours l'allié des vagues
Quand le ciel ne garde de l'Histoire
Que des statues aux sexes mutilés ?
Le poète s'appuie sur sa canne
Face aux portes de la mer
Son ami Jacques Berque à ses côtés
A voix basse il lui dit et chuchote aux vagues
"S'il est un ciel
Il doit être migration."
Et son ami répond
Lui aussi d'un murmure
"Non là n'est pas le miracle
C'est la terre en sommeil dans ses retirements d'herbe."
J'ai oublié les heures. Les aiguilles tournent sans recours
Avec sur leur bord le bourdon de deux ou trois mouches
O poète, fais de ce spectacle un poème, le mur
Où l'heure pend le rideau déchiré sous la niche
La fenêtre noire dis-toi moderne
On te placera à l'avant-garde mais surtout ajoute
A ce décor un escarpin usé, abandonné sous l'horloge
Attendant que revienne le pas qui l'y laissa
Eloigne-toi des grandes causes
- Des choses, la poésie capte
L'effritement -
Que tes mots soient documents.
Couverte de nuages
La lune s'enfonce dans un lit de tristesse
Le poète se courbe sur sa canne
Son ami Jacques Berque à ses côtés
La nuit venue il compte les papillons noyés
Au bord des flammes
Allumées sur le rivage par les enfants
Eux qui veillent l'écume et poursuivent les vagues
Car la nuit de Beyrouth souffrait
Comme à genoux un mendiant supplie l'espace
Joue contre joue, avec Ulysse
Nous les vivants du bord de la mer
A peine sommes-nous les bergers des étoiles
Une rose porte intacte la nuit
Entre ses bourgeons
Se penche sur le sein de Beyrouth
Ouvre sa hanche aux bras du large
La vie couve ses oeufs
Un pied aux marches de l'avenir
Est-ce cela le monde ?
Espérer ? Se désoler ?
Je préfère chanter
Terre, avec qui voudrais-tu danser cette nuit ?
Adonis
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dimanche 22 février 2009
ADONIS
A Paris, dans une triste chambre,
j'ai voulu asseoir mon pays
sur mes genoux.
Ce n'était pas pour imiter Rimbaud,
sa manière de traiter la beauté, mais pour fonder d'autres droits
de l'homme que j'avais peur de
déclarer.
Combien la vieillesse de la langue
a besoin de l'enfance de
l'alphabet.
L'univers ne cessera de pleurer . ADONIS .
et de sécher ses larmes
avec les corps assassinés,
jusqu'au jour où tu donneras
ton corps, ô ma terre,
aux bras de l'aube.
samedi 21 février 2009
Ô AMI, Ô FATIGUE
Après que le poème eut déchiré le vêtement des jours
J'invitai le vent et lui montrai la voie
Pour que ses doigts se fassent aiguilles
Et qu'il couse l'espace avec les restes du temps.
.
ADONIS
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mercredi 18 février 2009
ROI DES VENTS
L’extrême limite est ma bannière
sans fraternité ni rencontres
L’extrême limite est mon chant
Me voici mobilisant les fleurs
donnant l’alerte aux arbres
Je déploie les colonnades du ciel
et j’aime, je vis, je nais dans mes paroles
Me voici ameutant les papillons
sous l’étendard du matin
faisant croître les fruits
séjournant avec la pluie dans les nuages et leurs cloches
dans les mers
Et voici que je largue les étoiles
laissant tomber l’ancre
et m’intronisant
roi des vents
.
ADONIS
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MEMOIRE DU VENT...Extrait
Pars, éloigne-toi
Étreins les vagues et l’air
Emporte sur tes cils les nuages, les éclairs
Qui se brise derrière toi notre miroir
Qui se brise l’amphore des ans
Et laisse pour nous dans ton sillage…
Non ! ne laisse plutôt que les vestiges d’un soupir
et de l’argile
que le sang desséché dans les veines
Ah ! éloigne-toi ! Non, attends encore
Bientôt tu disparaîtras
Alors laisse-nous tes yeux
ou ton cadavre brun ou ta tunique
poèmes au monde étrange
au monde qui viendra avec la nostalgie
portant ton ciel sur ses cils
.
ADONIS













