EMMILA GITANA

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

mercredi 28 octobre 2009

LA PETITE FILLE

C’est moi qui frappe aux portes,

Aux portes, l’une après l’autre.

Je suis invisible à vos yeux.

Les morts sont invisibles.

Morte à Hiroshima

Il y a plus de dix ans,

Je suis une petite fille de sept ans.

Les enfants morts ne grandissent pas.

Mes cheveux tout d’abord ont pris feu,

Mes yeux ont brûlés, se sont calcinés.

Soudain je fus réduite en une poignée de cendres,

Mes cendres se sont éparpillées au vent.

Pour ce qui est de moi,

Je ne vous demande rien :

Il ne saurait manger, même des bonbons,

L’enfant qui comme du papier a brûlé.

Je frappe à votre porte, oncle, tante :

Une signature. Que l’on ne tue pas les enfants

Et qu’ils puissent aussi manger des bonbons

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NAZIM  HIKMET

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nagasaki

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dimanche 24 mai 2009

IL NEIGE DANS LA NUIT ET AUTRES POEMES....Extrait

Aujourd’hui c’est dimanche.
Pour la première fois aujourd’hui
ils m’ont laissé sortir au soleil,
et moi,
pour la première fois de ma vie,
m’étonnant qu’il soit si loin de moi
qu’il soit si bleu
qu’il soit si vaste
j’ai regardé le ciel sans bouger.
Puis je me suis assis à même la terre, avec respect,
je me suis adossé au mur blanc.
En cet instant, pas question de gamberger.
En cet instant, ni combat, ni liberté, ni femme.
La terre, le soleil et moi.
Je suis heureux.

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NAZIM  HIKMET

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nature_soleil_vert

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samedi 6 septembre 2008

LES ENNEMIS

Ils sont les ennemis de l'espoir ma bien-aimée

De l'eau qui ruisselle, de l'arbre à la saison des fruits,

            de la vie qui pousse et s'épanouit.

Car leur front marqué du sceau de la mort,

            - dent pourrie,  chair décomposée -

            ils vont disparaître à jamais.

Et bien, sûr ma bien-aimée, bien sûr,

            Sans maître et sans esclaves

Ce beau pays deviendra un jardin fraternel!

Et dans ce beau pays la liberté

Ira de long en large

                     Magnifiquement vêtue

                              de son bleu de travail.

Ils sont les ennemis de Redjeb, tisserand à Brousse,

Les ennemis de Hassan, ajusteur à l'usine de Karabuk,

Les ennemis de la vielle Hatdjen , la paysanne pauvre,

Les ennemis de Suleyman, l'ouvrier agricole,

Les ennemis de l'homme que je suis, que tu es,

Les ennemis de l'homme qui pense.

Mais la patrie est la maison de ces gens-là,

Ils sont donc ennemis de la patrie, ma bien-aimée.

 

Nos bras sont des branches chargées de fruits,

L'ennemi les secoue, l'ennemi nous secoue jour et nuit,

Et pour nous dépouiller plus facilement, plus tranquillement,

Il ne met plus la chaîne à nos pieds,

Mais à la racine même de nos têtes, ma bien-aimée.

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NAZIM  HIKMET

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dimanche 10 août 2008

ANGINE DE POITRINE


 

Si la moitié de mon cœur ici, docteur,
                  L’autre moitié est en Chine,
                  Dans l’armée qui descend vers le Fleuve Jaune.

 

Et puis tous les matins, docteur,
                  Mon cœur est fusillé en Grèce.

 

Et puis, quand ici les prisonniers tombent dans le sommeil
                  quand le calme revient dans l’infirmerie,
                  Mon cœur s’en va, docteur,
                  chaque nuit,
                  il s’en va dans une vieille
                  maison en bois à Tchamlidja
                  Et puis voilà dix ans, docteur,
                  que je n’ai rien dans les mains à offrir à mon pauvre peuple,
                  rien qu’une pomme,
                  une pomme rouge : mon cœur.
                  Voilà pourquoi, docteur,
                  et non à cause de l’artériosclérose, de la nicotine, de la prison,
                  j’ai cette angine de poitrine.

 

Je regarde la nuit à travers les barreaux
                  et malgré tous ces murs qui pèsent sur ma poitrine,
                  Mon cœur bats avec l’étoile la plus lointaine.

 

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NAZIM  HIKMET

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dimanche 20 juillet 2008

L'EPOPEE DE LA GUERRE D'INDEPENDANCE

Telle une caravane venue au grand galop de l'Asie lointaine,
la tête tendue vers la mer,
ce pays est le nôtre.

Poignets ensanglantés, dents serrées, pieds nus,
et cette terre qui est un tapis en soie,
Cet enfer, ce paradis, sont les nôtres.

Que les portes des maîtres se referment pour ne plus jamais s'ouvrir,
supprimez l'esclavage de l'homme par l'homme,
cette invitation est le nôtre...

Vivre seul et libre comme un arbre,
et fraternellement comme une forêt,
cette nostalgie est la nôtre.
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NAZIM  HIKMET

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SEUL

LA PLUS BELLE DES MERS...

La plus belle des mers

est celle où l'on n'est pas encore allé.

Le plus beau des enfants

n'a pas encore grandi.

Les plus beaux de nos jours

sont ceux que nous n'avons pas encore vécus.

Et les plus beaux des poèmes que je veux te dire

sont ceux que je ne t'ai pas encore dits

Ils nous ont eus :

moi à l'intérieur des murs,

toi à l'extérieur.

Ce qui nous arrive n'est pas grave.

Le pire: c'est de porter en soi la prison

conscient ou inconscient.

La plupart des hommes en sont là,

des hommes honnêtes, laborieux et bons,

dignes d'être aimés comme je t'aime



La vie n'est pas une plaisanterie         

Tu la prendras au sérieux,

Comme le fait un écureuil, par exemple,

Sans rien attendre du dehors et d'au-delà

Tu n'auras rien d'autre à faire que de vivre.

La vie n'est pas une plaisanterie,

Tu la prendras au sérieux,

Mais au sérieux à tel point,

Qu'adossé au mur, par exemple, les mains liées

Ou dans un laboratoire

En chemise blanche avec de grandes lunettes,

Tu mourras pour que vivent les hommes,

Les hommes dont tu n'auras même pas vu le visage,

Et tu mourras tout en sachant

Que rien n'est plus beau, que rien n'est plus vrai

que la vie.

Tu la prendras au sérieux

Mais au sérieux à tel point

Qu'à soixante-dix ans, par exemple, tu planteras

des oliviers

Non pas pour qu'ils restent à tes enfants

Mais parce que tu ne croiras pas à la mort

Tout en la redoutant

mais parce que la vie pèsera plus lourd

dans la balance.

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NAZIM  HIKMET

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Prison


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LE NOYER

Je suis tout imprégné de mer et sur ma tête écument les nuées
Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer
Un vieux noyer tout émondé, le corps couvert de cicatrices
Nul ne le sait, ni toi, ni même la police.

Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer
Et tout mon feuillage frémit comme au fond de l'eau le poisson
Et comme des mouchoirs de soie, mes feuilles froissent leurs frissons
Arrache-les, ô mon amour, pour essuyer tes pleurs.
Or mes feuilles, ce sont mes mains, j'ai justement cent mille mains
De cent mille mains je te touche et je touche Istanbul
Mes feuilles ce sont mes yeux, et je regarde émerveillé
De cent mille yeux je te contemple et je contemple Istanbul
Et mes feuilles battent et battent comme cent mille coeurs

Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer
Nul ne le sait, ni toi, ni même la police.

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NAZIM  HIKMET

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NOYER

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mercredi 18 juin 2008

LE GLOBE

Offrons le globe aux enfants, au moins pour une journée.
Donnons-le leur afin qu'ils en jouent comme d'un ballon multicolore
Pour qu'ils jouent en chantant parmi les étoiles.
Offrons le globe aux enfants,
Donnons-le leur comme une énorme pomme
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu'une journée au moins ils puissent manger à leur faim.
Offrons le globe aux enfants,
Qu'une journée au moins le globe apprenne la camaraderie,
Les enfants prendront de nos mains le globe,

Ils y planteront des arbres immortels.

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NAZIM  HIKMET

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BILLE

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samedi 15 mars 2008

SUR LA VIE

La vie n’est pas une plaisanterie
Tu la prendras au sérieux,
Comme le fait un écureuil, par exemple,
Sans rien attendre du dehors et d’au-delà
Tu n’auras rien d’autre à faire que de vivre.

La vie n’est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
Mais au sérieux à tel point,
Qu’adossé au mur, par exemple, les mains liées
Ou dans un laboratoire

En chemise blanche avec de grandes lunettes,
Tu mourras pour que vivent les hommes,
Les hommes dont tu n’auras même pas vu le visage,
Et tu mourras tout en sachant
Que rien n’est plus beau, que rien n’est plus vrai que la vie.
Tu la prendras au sérieux
Mais au sérieux à tel point
Qu’à soixante-dix ans, par exemple, tu planteras des oliviers
Non pas pour qu’ils restent à tes enfants
Mais parce que tu ne croiras pas à la mort
Tout en la redoutant
mais parce que la vie pèsera plus lourd dans la balance

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NAZIM HIKMET
traduit par Hasan Gureh

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toile7

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samedi 5 janvier 2008

AUTOBIOGRAPHIE

Nâzim HIKMET
Autobiographie

Je suis né en 1902
Je ne suis jamais revenu dans ma ville natale
Je n'aime pas les retours.
A l'âge de trois ans à Alep, je fis ma profession de petit-fils de pacha
à dix-neuf ans, d'étudiant à l'université communiste à Moscou
à quarante-neuf ans à Moscou, d'invité du Comité Central,
et depuis ma quatorzième année, j'exerce le métier de poète
Il y a des gens qui connaissent les diverses variétés de poissons
moi celles des séparations.
Il y a des gens qui peuvent citer par coeur le nom des étoiles,
moi ceux des nostalgies.
J'ai été locataire et des prisons et grands hôtels,
J'ai connu la faim et aussi la grève de la faim et il n'est pas de mets dont j'ignore le goût.
Quand j'ai atteint trente ans on a voulu me pendre,
à ma quarante huitième année on a voulu me donner le Prix mondial de la Paix
et on me l'a donné.
Au cours de ma trente-sixième année, j'ai parcouru en six mois quatre mètres carrés de béton.
Dans ma cinquante-neuvième année j'ai volé de Prague à La Havane en dix-huit heures.
Je n'ai pas vu Lénine, mais j'ai monté la garde près de son catafalque en 1924.
En 1961 la mausolée que je visite, ce sont ses livres.
On s'est efforcé de me détacher de mon Parti
ça n'a pas marché
Je n'ai pas été écrasé sous les idoles qui tombent.
En 1951 sur une mer, en compagnie d'un camarade, j'ai marché vers la mort.
En 1952, le coeur fêlé, j'ai attendu la mort quatre mois allongé sur le dos.
J'ai été fou de jalousie des femmes que j'ai aimées.
Je n'ai même pas envié Charlot pour un iota.
J'ai trompé mes femmes
Mais je n'ai jamais médit derrière le dos de mes amis.
J'ai bu sans devenir ivrogne,
Par bonheur, j'ai toujours gagné mon pain à la sueur de mon front.
Si j'ai menti c'est qu'il m'est arrivé d'avoir honte pour autrui,
J'ai menti pour ne pas peiner un autre,
Mais j'ai aussi menti sans raison.
J'ai pris le train, l'avion, l'automobile,
La plupart des gens ne peuvent les prendre.
Je suis allé à l'opéra
la plupart des gens ne peuvent y aller et en ignorent même le nom,
Mais là où vont la plupart des gens, je n'y suis pas allé depuis 1921 :
à la Mosquée, à l'église, à la synagogue, au temple,
chez le sorcier,
mais j'ai lu quelquefois dans le marc de café.
On m'imprime dans trente ou quarante langues
Mais en Turquie je suis interdit dans ma propre langue.
Je n'ai pas eu de cancer jusqu'à présent,
On n'est pas obligé de l'avoir
je ne serai pas Premier ministre, etc.
et je n'ai aucun penchant pour ce genre d'occupation.
Je n'ai pas fait la guerre,
Je ne suis pas descendu la nuit dans les abris,
Je n'étais pas sur les routes d'exode,
sous les avions volant en rase-mottes,
mais à l'approche de la soixantaine je suis tombé amoureux.
En bref, camarade,
aujourd'hui à Berlin, crevant de nostalgie comme un chien,
Je ne puis dire que j'ai vécu comme un homme
mais le temps qu'il me reste à vivre,
et ce qui pourra m'arriver
qui le sait ?

Nâzim HIKMET


Berlin-Est, le 11 septembre 1961

Nazim_Hikmet_Bursa_Cezaevinde

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