samedi 25 avril 2009
LA DOULEUR DES SEUILS....Extrait
«l'élan le souffle le silence
le rêve de l'âme l'instant d'éternité
l'ombre transfigurée de ma mort
ce qui en moi vainement te cherche
tout commence et meurt avec les racines
calcinées du soleil sur le monde
car de toi me vient une part de lumière
mirage d'île sur l'écume de la mer
ainsi je ne dis pas, je chante
je brise la lumière pour que de toi elle se multiplie
je peins mes paupières aux couleurs de la terre
mes yeux se ferment sur une idée de la beauté
que tu portes comme une pudeur intime
je sème les pierres blanches de ma mort
je vole une minute de vie
à la courbe légère du temps
car de toi me vient une part de lumière
mirage d'île sur l'écume de la mer
je suis au monde comme un fruit
triste et heureux de la bouche qui l'embrasse
la voix de l'aube se mêle à la tienne
ainsi je ne dis pas, je chante
ce qui en moi vainement te cherche
depuis le jour où mes ombres
s'éparpillèrent autour de moi
crépuscule ébloui de la face d'un dieu barbare
le jour où une théorie d'oiseaux innocents
survola le mirage de mon île
rêve pur incisé dans la chair du temps
ainsi libre captive je m'achève et renais
avec la nuit ses miracles lumineux
*
apparu disparu avec l'impétuosité du printemps
comme un corps nu dans la lumière éteinte
une étoile lyrique dans la nuit ensorcelée
tu me gratifias d'une esquisse de sourire
depuis je célèbre le tumulte intérieur
ma folie de femme lentement détruite
puis reconstruite le profil d'un sourire
qui s'étend sur le silence de mon poème
femme de peu de mots qui écrit
qui écrit comme si elle savait comment
mon histoire a la tristesse à fleur de corps
l'aérienne innocence des ténèbres »
.
AMINA SAÏD
.
dimanche 26 octobre 2008
LA DOULEUR DES SEUILS...Extrait
"nous sommes les hôtes inconnus
dans la maison du monde
la mer la vague l'écueil
le navigateur découvrant
l'absence de balises
nous sommes l'œil qui voit l'œil
et la vision qui nous efface
nous sommes ce que nous regardons
au fond des yeux
et qui sait que nous sommes
nous sommes le nombre et l'unique
la chose et son contraire
la multiplication du visible
l'œil ouvert sur l'invisible
nous sommes l'ombre de l'ombre
qui dans l'obscure clarté du rêve sommeille
nous sommes la trace sur le sable
nous sommes chaque lettre de l'alphabet
nous sommes l'oracle et l'hommage
le masque suspendu à l'arbre
le temple et l'objet offert
à la lumière morte du temple
nous sommes la question
qui n'appelle pas de réponse
nous sommes la question et la réponse
lorsqu'elles ne font qu'un
nous sommes le cercle
qui se crée lui-même à l'infini
nous arpentons dans les deux sens
le calendrier des hommes
telle une échelle d'horizon
avant d'être invités à franchir
d'un bond le vide qui nous sépare
de notre naissance"
.
AMINA SAÏD
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dimanche 20 juillet 2008
LA MER ...Suite
" Quitter le monde connu, pour les mondes inconnus, (...) parcourir la distance permettant d’atteindre le merveilleux, voir s’abolir les frontières entre réel et imaginaire, affronter la succession des jours et des nuits, une mort symbolique sans savoir si l’on parviendra quelque part, rester enclos dans la nef étroite ballottée sur l’immensité marine comme dans l’attente d’une renaissance future, telle est l’aventure vécue par le héros, qu’un enchaînement de métamorphoses va transformer. Une nécessité impérieuse le pousse à s’en aller chercher hors de lui-même, parfois très loin, l’image qui domine son monde intérieur ".
.
AMINA SAID
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mercredi 21 mai 2008
LA DOULEUR DES SEUILS...Extrait
« je dois marcher longtemps encore
embrasser l’espace intérieur
m’élever de cercle en cercle
murmurer ce qu’il y a en moi
de plus pur que l’amour de plus nu
que la vie de plus vaste que la mort
je dois marcher longtemps encore
naître vivre mourir revivre
chaque instant de ma naissance
à mes renaissances survivre
au désir immense de la terre et du ciel
à celui que j’ai de ton corps
je dois marcher longtemps encore
pour arriver jusqu’à toi
attendre un nouveau printemps peut-être
car je ne sais aimer
que dans le temps de la lumière
les yeux fixés sur une autre forme de soleil »
.
AMINA SAÏD
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DE DECEMBRE A LA MER....Extrait
je n’existe dit le vent
que par ma folie
le sable dans mes veines
est rouge
preuve de vie
l’oiseau en mes courants
est mené par mon souffle
je loge en la plus haute tour
berce le fruit prolixe
de vos jours doux-amers
je ranime l’éternelle flamme
pousse les océans vers la terre
rien ne m’arrête
je suis le même en chaque lieu
sous d’autres noms on me révère
l’écho
naît de la vibration qu’il engendre
et moi colportant l’écho
sur le silence je prends
ma revanche
j’anime le cerf-volant des âmes
car l’âme vit
à tous les étages du monde
le temps du rêve est sa demeure
d’où elle sourit aux étoiles
qu’elle croit s’absenter
veille le fil tendu »
.
AMINA SAÏD
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mardi 6 novembre 2007
AU PRESENT DU MONDE
Au commencement qui est dans toute fin
à l’espoir en tout commencement
aux longs quais sombres de l’absolu
à toutes les choses évanouies
à ton regard où s’est réfugié l’instant
à la nuit qui est un acte, à la lumière
à la vertu des lignes nues
à l’étranger qui marche vers le fleuve
à celle qui dort seule dans ses veines
au glaive du temps qui te prête sa mort
à ta seconde naissance
au lieu longtemps cherché
avant que de songer au seuil
au poète qui crée son propre monde,
à qui offre une image à la vie
à ceux qui dans l’obscure apprennent l’éclat
aux soleil aux chèvrefeuilles de l’enfance
au langage des étoiles qu’allume le soir
à la lune qui se noie dans la citerne du ciel
à ce que le temps sculpte d’un visage
à la femme brune dans la déraison des miroirs
à toute vraie rencontre
à l’insaisissable en toi
à qui le premier oubliera l’autre
à la beauté de ce qui en nous demeure
à ce que je cherche de l’autre côté des mots
à la main qui se posera sur ta main
à ceux qui naissent dans des pays en guerre
à la pierre de lune sertie dans mon cœur
aux jardins enchaînés à mes paumes
aux fruits abandonnés dans la mémoire des arbres
à tous les points cardinaux
aux nouvelles de mort que diffuse la radio
à la deuxième vie du poème, qui le renouvelle
à ceux que le temps entraîne hors du temps
aux suicides de la lumière dans des vases de cendres
aux remparts de ma ville délaissée par la mer
à ceux qui, l’ultime porte franchie, viennent
partent et n’ont pour patrie qu’un chemin
à l’infinie distance entre le seuil
et ce qui ferait un lieu acceptable
aux lettres d’amour que personne ne reçoit
aux êtres et aux choses que je nomme
à ceux qui résistent à la prose du monde
à qui prend soin de la terre de l’arbre de la pierre
aux raisons que chacun a de vivre et de mourir
à cet automne où tu apparus à mes étés
au dialogue silencieux des saisons
aux blessures qui rongent nos écorces
aux paroles que ne dément pas le regard
aux voyages à la frontière de l’inconnaissable
aux chemins qui tous ramènent au même lieu
à ceux que j’aime, à ceux que tu n’aimes pas
à tes yeux grands ouverts sur le soleil de juin
à la poésie qui nous fait humains
et embrasse l’espace et le temps
dans le poing fermé du monde
Amina Saïd
Au présent du monde
lundi 22 octobre 2007
LE SOLEIL FAIT DANSER LA TERRE
.
le soleil fait danser la terre
les étoiles s'éteignent entre chair et ciel
.
trois vieilles femmes mâchonnent
des pierres en surveillant le siecle
.
les morts meurent une heure avant l'aube
et tombent dans un trou de lumière
.
il est encore une fois midi
dans le battement des coeurs
.
notre amour grandit sans objet
fort de promesses non tenues
il photographie son propre regard à l'infini
.
dans nos rêves les morts sont toujours jeunes
ils répètent leurs paroles de vivants
alors qu'ils n'ont plus de bouche pour parler
.
notre amour ne sait à quoi il ressemble
lui non plus n'a pas de bouche
et parle une autre langue
.
il est encore une fois minuit
dans le battement des coeurs
.
les morts meurent une seconde fois
et tombent dans un trou de ténèbres
.
ils reviennent dans nos rêves
en remontant du puits du temps
par l'échelle double du temps
.
nous piétinons les horloges masquons les miroirs
derrière de grands écrans fiévreux
et marchons sur des silences suicidés
.
AMINA SAÏD
Au présent du monde
vendredi 10 août 2007
SENTIER DE LUMIERE
Sentier de lumière
j'ai dormi trois siècles sur un lit de rochers
j'ai vu des choses oubliées des hommes
j'ai mesuré la distance qui sépare le ciel de la terre
j'ai lu les lignes de la main j'ai rendu les oracles
une voix qui n'était pas la mienne a parlé par ma bouche
j'ai disparu dans une ville elle-même disparue
des cavaliers en armes ont envahi nos plaines
nous sommes restés dans l'attente d'autres barbares
la mer s'est retirée des portes de ma ville
je me suis concilié les fleuves de la terre
j'ai orné le jour du tatouage de mes rêves
mon visage a vu mon autre visage
je n'ai pas entendu la voix qui m'appelait
la main qui me cherchait ne m'a pas trouvée
je suis née plusieurs fois de chaque étoile
je suis morte autant de fois du soleil des jours
j'ai pris très tôt des bateaux pour nulle part
j'ai demandé une chambre dans la patrie des autres
je n'avais rien accompli avant nos adieux
j'ai habité le couchant le levant et l'espace du vent
j'étais cette étrangère qu'accompagnait le soir
deux fois étrangère entre nord et sud
j'ai gravé des oiseaux tristes sur des pierres grises
j'ai dessiné ces pierres et les ai habitées
j'ai construit des radeaux où il n'y avait pas d'océans
j'ai dressé des tentes où n'étaient nuls déserts
des caravanes m'ont conduite vers un rêve d'orient
mes calligraphies ont voyagé sur le dos des nuages
je me suis souvenue de la neige des amandiers
j'ai suivi la route aérienne des oiseaux
jusqu'au mont de la lune aux duvets des naissances
j'ai appris et oublié toutes les langues de la terre
j'ai fait un grand feu de toutes les patries
j'ai bu quelques soirs au flacon de l'oubli
j'ai cherché mon étoile dans le lit des étoiles
j'ai gardé ton amour au creux de ma paume
j'ai tissé un tapis avec la laine du souvenir
j'ai déplié le monde sous l'arche des commencements
j'ai pansé les plaies du crépuscule
j'ai mis en gerbes mes saisons pour les offrir à la vie
j'ai compté les arbres qui me séparent de toi
nous étions deux sur cette terre nous voilà seuls
j'ai serré une ceinture de mots autour de ma taille
j'ai recouvert d'un linceul l'illusion des miroirs
j'ai cultivé le silence comme une plante rare
lueur après lueur j'ai déchiffré la nuit
la mort un temps m'a courtisée
j'ai cherché dans le soleil la direction du soleil
je me suis couchée dans ma tombe et me suis relevée
je me suis égarée puis retrouvée d'une genèse à l'autre
je t'ai attendu sans t'attendre
jusqu'à ce que tu deviennes poème
j'ai mêlé la chair à l'argile et à la lumière
j'ai mêlé le souffle à ce qui était déjà souffle
j'ai habité la maison chaude de ta voix
j'ai fait naître les souvenirs avant qu'ils n'aient vécu
j'ai caché mon amour sous les pudeurs de l'ombre
je me suis demandé comment le dire avant de le dire
et pourquoi je ne le disais pas
j'ai dit qu'il était temps que j'aille vers toi
j'ai rampé jusqu'à tes lèvres sur un lit de ronces
j'ai cru que ce qui nous unissait
était ce qui nous ressemblait
je me suis cherché en toi un pays une langue
en m'éloignant du rêve je m'en suis approchée
j'ai noirci des pages avec la nuit du poème
l'oiseau noir du silence les froissait une à une
j'ignore encore quelle langue me parle et m'absout
j'ai pris un sentier de lumière qui mène à l'horizon
mon pays : un bouquet d'adieux cueillis au fil du temps
j'ai déroulé ses rives comme une natte d'alpha
j'ai trouvé un nom pour ce gui reste de l'enfance
pour fleurir entre tes bras
j'ai jeté les oranges du souvenir dans un puits
j'ai dessiné mon amour à la craie sur une muraille d'eau
rien ne demeure dans la mémoire des hommes
je marchais en moi et loin de moi
une ombre parfois épousait mon ombre
à chaque départ je tranchais un lien
libérais l'oiseau de feu des cendres de la mémoire
je marchais en toi et loin de toi
je me suis alliée à l'alphabet du sable
aux ondulations de la vague
à la paix qui clôt tes paupières
mon chant sera à l'image de cette paix
j'ai reconnu l'aube à l'aube dans son regard
j'ai voulu le jour à l'image de ceux que j'aime
j'ai apprêté la nuit pour la moisson du rêve
j'ai courtisé le visible j'ai étreint l'invisible
j'ai tout lu de la terre dans le grand livre de la terre
j'ai témoigné de l'éphémère et de l'éternité de l'instant
je me suis attardée au seuil de chaque seuil
nos morts appelaient de l'autre rive
les lignes de leur monde sillonnaient nos mains
l'écho de leurs voix s'épuisait dans la distance
les suicides du sang étaient autant de pierres
dans les remparts du temps
j'ai fait mes premiers pas dans le limon des fleuves
on m'a ensablée vive sous un amas de dunes
on a obstrué la caverne - que mon sommeil s'éternise
on a exilé mon corps à l'intérieur de mon corps
on a effacé mon nom de tous les registres
jusqu'aux épousailles des deux rives
j'ai porté en moi le vide comme la bouche d'un noyé
décembre a disparu derrière l'horizon
j'ai appelé - seul le silence était attentif
j'ai vu les siècles s'égarer jusqu'à nous
le grenadier refleurissait entre les stèles
ma ville changeait de maîtres comme de parure
ma terre : un nuage en marge du levant
pourquoi chercher un lieu quand nous sommes le lieu
mon ombre a gravi un long chemin jusqu'à moi
un jour je suis entrée dans la maison de la langue
j'ai niché deux oiseaux à la place du cœur
j'ai traversé le miroir du poème et il m'a traversée
je me suis fiée à l'éclair de la parole
j'ai déposé un amour insoumis dans le printemps des arbres
et délivré mes mains pour que s'envolent les colombes.
AMINA SAID
mercredi 8 août 2007
LA DOULEUR DES SEUILS
" Il y a quelque chose en toi
d'une lumière apaisante
quelque chose
comme un trésor de silence
qui n'a pas de nom
j'ai moi-même pour mémoire
une infinité de jours et de nuits
j'ai pour mémoire le silence
mais le silence
-ce qu'il laisse entendre -
est-il un lien
un seuil
le lieu extrême de notre solitude
dans la poussière
toujours neuve
d'une parole habitée
nous avons tenté d'aller
comme le soleil
de l'autre côté de soi
nous avons lutté
pour conquérir notre être
trouver le Lieu
le meilleur des deux mondes
exprimer l'indicible
tel un arbre qui chante
il nous faut désormais œuvrer
à conquérir le néant ".
Amina Saïd, " La douleur des seuils ", extrait.














