EMMILA GITANA

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

jeudi 27 août 2009

PASSANT AU LOIN

Passant au loin entre la vigne et les loups
Qui es-tu, toi, petit devant la porte
Sous la substance de ce vent devenu dur
D’avoir brisé contre le ciel une colombe
D’avoir ailé, enfant hanté de nuit,
À ras de feu et jusque dans le feu
Celui qui subtilisa notre réponse

Oui, qui es-tu, devant ta mort ? Elle parle
Bien autre langue que la tienne, homme nu
Debout inexplicablement parmi les plantes
Écoutant pleurer un enfant en d’autres rues
Ruisseaux venus de loin à ta mémoire
Grandissant fleuve dans ta chambre entre ses rives
Bientôt là-bas, à ce tournant, disparu...

L’enfant resté, ses mains sur ta figure,
Pleure avec toi devant la table de ta vie
Devenue bougeante forêt et langue tue

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SALAH  STETIE

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L'EAU FROIDE GARDEE...Extrait

Il faut dormir ma tête il faut t'accoutumer
Aux branches de la nuit serrées sur ton destin
Jusqu'à l'anxiété de finir dans la mer
Allumée de grands voiliers sauvages

Il faut dormir et désancrer le coeur
Lui en habit de mer et toi profonde
Avec tes escaliers joyeux encore
Des instruments de la sanglante fête

Il faut dormir et que tes escaliers
Versent leur cargaison dans l'eau nocturne
Et retourner avec le coeur dans le sein
De toute fête sans voiliers ni instruments

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SALAH  STETIE

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Oeuvre Tadeusz  Gazda

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vendredi 9 janvier 2009

SALAH STETIE

Dans les filets du vent

Il y a les mots des hommes

Leurs mots d'amour leurs mots

De sang leurs mots de rêve

Et parfois le vent tendrement

Se désaltère à leurs syllabes :

Mots de sable, de terre

Chant égorgé d’alouette

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SALAH  STETIE

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EN ATTENDANT

Cet homme nous vient du fond des terres, du fond des âges,
Cela fait des milliers d’années qu’il est Juif
et cela fait des siècles qu’il est Arabe,
Il vient de Bagdad, entre Tigre et Euphrate,
sous les palmiers, ville abbasside, ville éternelle,
Il a écrit d’abord en arabe, puis, parce que
Paris est Paris et que la France est ce qu’elle est,
le cœur de la culture, le cœur du monde,
Il a écrit comme beaucoup de ceux dont le
cœur bat au rythme du monde et sous le
déploiement dans le grand ciel du monde
des étendards brillants et flambant neuf de
toutes nos fêtes,
En français, il a écrit en français, et,
de son cœur à sa plume, le français est arrivé
comme un nouveau flux de sang doublant
le beau sang rouge de l’origine,
Idées, souvenirs, enfance, personnages, poésie et
rêve sur la poésie, tout lui est arrivé d’un seul
coup, sur un demi-siècle d’étalement
créateur, dans cette langue, la sienne désormais,
et la mienne,
Sans que ni lui ni moi n’ayons renié, lui sa
judéité, moi mon arabité, dans cette langue qui
nous est convergence,
Et dans la convergence, il y a l’amitié et la foi,
la confiance dans ce qui va, dans ce qui doit venir :
Paix dans le cœur et l’esprit, fraternité
inaltérable, au-delà de la stupidité des massacres,
parce que la vérité et la justice sont plus fortes
et plus conséquentes que le déchirement, le délabrement
des consciences, et la brutalité de ceux dont la
mâchoire est lourde et le front bas,
Et que la main de l’homme juste ne peut que
reposer dans la main de l’homme juste, pour que
cessent le cactus des barbelés et l’affreux crachat des canons,
Abraham-Ibrahim, l’Ami de Dieu dans ton cœur,
Naïm Kattan, du Québec, et dans mon cœur, moi qui
suis le fils d’un Liban dont nous est venue la Fiancée,
Abraham pleure sur la Palestine en deuil, et qui
resplendira plus tard, cher Naïm, parce que deux hommes
d’amitié ont vécu, rêvé et souffert en même temps, et
qu’ils n’ont pas perdu confiance l’un dans l’autre,
Hommes seulement présents à la vérité de l’Esprit qui est une
et indéfectible, quand elle existe, là où elle existe,
Deux hommes seulement, mais représentatifs de beaucoup
d’autres, et qui croient comme eux, avec eux,
que la parole est fondement, fondation et refondation,
Et qui attendent dans le salut promis et donc en marche,
nécessairement en marche, l’achèvement de la longue
nuit stérile et la sortie, au vif tranchant de l’aube
et du livre, du premier jumeau délivré.

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SALAH  STETIE

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ARBRE

mardi 11 mars 2008

L'AUTRE SEL

Quand le navire s'engloutit, sa voilure se sauve à l'intérieur de nous. Elle mate sur notre sang. Sa neuve impatience se concentre par d'autres obstinés voyages. N'est-ce pas vous qui êtes aveugle sur la mer ? Vous qui vacillez dans tout ce bleu, ô tristement dressée aux vagues les plus loin ?
René Char (Les Matinaux)

Contrairement à ce que plusieurs en dirent, la Méditerranée n'est pas une mer heureuse. Elle est bleue, et c'est là, selon ses médecins, symptôme avant-coureur de sa mort. Les jeunes mers sont vertes. Elle n'est plus jeune, et cela commence à se savoir, l'antique maîtresse ruisselante de tant de ruffians et de rois. Le premier qui la découvrit dans toutes ses ruses et tous ses pièges et qu'elle mena en bateau pendant vingt ans était un roi, justement, et quel roi !
L'un des plus sages et de meilleur conseil qui fussent, dont le grand Homère lui-même prît sur lui de consigner les éphémérides et de conter les mille péripéties et hasards, Ulysse, et précisément le sage Ulysse, comme s'il fallait à la mer habile en mensonges et en songes ; ah! que cependant jeune elle était encore ! ah ; le plus équilibré des hommes pour exercer sur lui toute l'étendue de sa feinte. Circé, Calypso, les sirènes, ce n'est rien d'autre que Méditerranée dans certains de ses états : noire charmeuse. Car, de préférence, elle a l'oeil liquide des femmes afin de réussir à surprendre, à suspendre et à tenter de paralyser durablement la fébrilité voyageuse et conquérante de ceux sur qui elle a jeté son dévolu.
Cléopâtre, Zénobie, la Kahena, Méditerranée encore que celles-là qui sont les héritières d'Hélène de Troie et de Didon de Tyr, superbes et sanglantes. Poppée, Messaline... ah! que de vierges folles et, d'ailleurs, ces filles de chez nous, ont-elles jamais été vierges ? Isis, peut-être... Car la Méditerranée, dès toujours et si loin que remonte notre mémoire, est ce profond labour des hommes qui fit d'elle, radieuse et échevelée, celle qui se tourne et se retourne dans sa couche pour de puissantes sueurs partagées. Non point avec Ulysse partagées seulement, mais aussi avec Alexandre et César, et avec ceux qui eurent nom Ramsès, et ceux qui eurent nom Hannibal, et ceux qui eurent nom Tarek, et ceux qui eurent nom Napoléon. Et où donc leurs conquêtes et où leurs empires ? Mieux que quiconque la femme du plus vaste accueil sait que le matin des nocturnes sueurs est le plus triste : comment la Méditerranée ignorerait-elle que ses villes sont de celles que les marins quittent à l'aube à la façon des voleurs ? Elle n'aura donc été que lit et que draps de passage pour tous ceux qu'elle crut qu'ils l'aimaient, qui crurent qu'elle les aimait, qu'elle crut qu'elle aimait. Ô folie de la plus sage des mers!

Reste qu'on lui doit, cette folle, quelques-unes des figures les mieux achevées de notre art intellectuel. Au-dessus du berceau de cette fée délirante, de cette magicienne aboyeuse aux orages, luisent nos plus parfaites constellations mentales, filles de la mathématique vivante en qui cette chair hasardeuse qui est la nôtre sait reconnaître, projection de la nécessité qui l'anime, l'une de ses fins dernières et l'un de ses gués vers l'éternel. Car les fils de la Méditerranée sont les premiers à l'avoir démontré : à travers symétrie et syllogisme, nombre et règle, abstractions et codifications, c'est bien de permanence que l'homme rêve, c'est d'invariants qu'il a besoin parmi tant de variables qui l'entraînent, c'est de manque d'absolu qu'il souffre. La Méditerranée est pierre d'angle . Comme d'autres construisent sur le sable, les Méditerranéens, d'un rivage à l'autre de la mer commune, c'est sur l'élément que, chaque fois, ils jouent et Jouèrent leur va-tout. L'éternité, depuis l'Égypte rose et noire, basalte et granit, c'est ici, au point géométrique de tout cela, passions et songes, qu'elle a été trouvée une première fois, avant que d'être retrouvée. " La mer allée avec le soleil ", un homme du Nord, qui a tout vu et tout dit, choisira, l'ayant à son tour parcourue en vue d'y découvrir, lui aussi, sa part de vérité, choisira, dis-je, au bout de sa course essoufflée sur une seule jambe, de revenir mourir sur son bord – car où mourir ailleurs quand on est Arthur Rimbaud ? Mer de mensonge, mer de vérité, elle est la totalité du mensonge quand elle ment et la totalité de la vérité quand elle dit vrai. Ulysse lui-même s'y perdit qui se boucha les oreilles pour ne pas risquer de s'y perdre. Il y a parfois sur la Méditerranée, là où l'eau ne se confond plus qu'avec l'eau, loin des rivages et loin des îles, comme le passage d'un reflet terrible réverbéré par l'acier de l'air et qui est de nature froide et bleue comme le fer de la guillotine. J'ai vu ce reflet-là, métallique, en pleine mer, dans le tremblement distraitement Joyeux de la lumière. J'ai compris que, quelque part, cette mer fertile en dieux et féconde en hommes, toute réalité et tout faux-semblant enfin écartés d'un geste dur comme on fait d'un rideau de théâtre, savait ne réserver nul pardon aux hommes ni aux dieux. Ils y passèrent tous, qu'elle fêta et cajola, bâtisseurs d'empires ici et au-delà, jouets choyés puis brisés rageusement contre les mille âpres rochers, milliers de Charybde et de Scylla, car cette mer, sur le rivage de qui tant de philosophes et tant de prophètes et tant de poètes et tant de mathématiciens et tant d'architectes brillèrent et scintillèrent, pourquoi voudrait-on qu'elle choisît telle scintillation plutôt que telle autre, telle doctrine, telle pensée, telle créance, tel énoncé, tel mode ou tel style ? " II faut toujours avoir deux idées, l'une pour tuer l'autre ", un philosophe l'a dit qui n'est pas Héraclite. Héraclite a raison contre tous les Méditerranéens réunis. Et la Méditerranée, mer et marâtre, aura raison contre ce même Héraclite.

Alors, mer de tous les naufrages ? Oui, de tous. Le fouet de la colère de la vieille catin fit voler en poussière les pierres et les marbres. Les idées se fanèrent lorsqu'une après l'autre et, assure Paul Valéry, qui est l'une des dernières incarnations d'Ulysse, les civilisations surent enfin qu'elles étaient mortelles, elles aussi. Telle est l'amère leçon dictée au voyageur par toute colonne encore debout, de Louxor à Corinthe, de Volubilis à Baalbeck. Et pourtant... Amertume le soleil de la Méditerranée, qui est rusé comme Ulysse, met son miel et voici que des chapiteaux condamnés s'échappe une ultime colombe. Rien jamais ne meurt complètement où le sel veille. Les jarres des grands naufrages remontées au jour respirent encore l'esprit du vin. Les doctrines servent encore pour peu que les hommes s'y prêtent. Les grands linceuls de pourpre où dorment les dieux morts, déroulés, on y taille encore fanions et bannières pour de nouvelles causes déjà resplendissantes. Elles finiront, ces causes, en tragédie ? Soit : elles auront resplendi. Telle est la sagesse ou la ruse de l'esprit qu'il fait litière de son propre doute, qu'il fait de son malheur de demain le surplus d'éclat de son aujourd'hui.
Truismes que tout cela ? La Méditerranée, au fil de ses vagues, n'a fait que rabattre l'une sur l'autre les évidences. Evidemment cruelle, puisqu'elle nie tout et que de chaque chose, si belle et substantielle soit-elle, elle extrait avec une Jalouse minutie la rigueur du néant, elle est tout aussi évidemment balsamique puisqu'elle n'a de cesse d'affirmer que la mort est un tour de passe-passe parmi d'autres, que la sirène d'Ulysse est aussi poisson et donc l'enfant naturel de la mer, que là où ne peut la sagesse la malice y pourvoie, que Circé est châtiée par là même où elle a péché, que le Cyclope est vaincu et ridiculisé pour ne savoir pas lutter d'intelligence avec la plus intelligente de ses prises, qu'Ulysse enfin, réussissant par force habiletés et caresses et patiences et impatiences a dit la Méditerranée me dominer moi-même, mère et marâtre, qu'Ulysse, se glissant entre les mailles de mes filets, trouve enfin la porte de sortie du délicieux labyrinthe que je lui aurai été pour aller rejoindre dans Ithaque la paisible et l'ennuyeuse Pénélope. Tant pis, dit-elle, tant pis pour ceux que je n'aurai pas assez charmé pour qu'ils devinent que mon azur est du noir. Mystère des couleurs : sait-on qu'en langue arabe, langue paradoxale, la Méditerranée n'est ni bleue ni noire, qu'elle est " blanche "?

(Texte extrait du numéro 13 de la revue Aporie, Salah Stétié et la Méditerranée noire, été-automne 1990).

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SALAH  STETIE

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mardi 11 décembre 2007

MEDITATION SUR LA MORT D'UNE FIGUE

MÉDITATION SUR LA MORT D’UNE FIGUE
Fiançailles de la fraîcheur, Imprimerie Nationale, 2003


Les oiseaux sont de jour
Les oiseaux sont de nuit
Figue puissante et belle
Et de beau blanche et de peau noire es-tu
Selon ta race étrange
A peine ouverte avec du sec avec du lait
Et dans ton corps d’infante
Fendu sous le duvet
Le feu de ta féminité nature
Attire écarte épuise
Les oiseaux fous de la lumière de la lune
Aux pièges de l’Angelico
Fermés, réels





Beauté saveur l’éclat des étamines
Tes fibres tes fibrilles
Quand tu t’ouvrais cela qui savait rire
Etait bouche avec bouche
La couleur de ta chair chargée de lèvres
Et ta langue profonde
Déchirait les tissus et retissait
Le corps comme une langue ou flamme
Ou langue
Profanatrice, langue de profanation





La mamelle est ridée
L’outre du vent splendide
A libéré le ciel de tous ses pleurs
Il y a eu le soleil et il y a eu la lune
Pour aider la plus figue à devenir si ronde
Pour aider la plus fille à devenir suave
Pour aider l’une et l’autre à mélanger leurs pleurs
A mélanger leurs peaux d’amour jusqu’aux sucs





Tu es présente dans l’esprit ultime vulve
Que remplira le sable de l’esprit
Et qui disparaîtra, non pas figue,
Mais femme avec des drapés de silencieuse
Dans un Orient vieilli de vieux raisins
Pleurant on ne sait qui, le nom perdu,
Femme qui fus
Suprême dans tes voiles
Et ces voiles ont brûlé aussi, et tes cheveux




A pleuré, cette femme, elle a pleuré
Et dans ses doigts l’objet lacrymatoire
Celle étendue dans le dessèchement
Ses jambes resserrées sur ce qui
Fut
Cela fut cela fut
Comme un jeune aigle tendre
Eventant de ses ailes
Le nid très haut placé de son désir





Il n’y a plus de peau d’amour mon amoureuse
Bien-aimée, belle humaine
Je pense à toi je pense à toi je pense
A ta robe oubliée
Ta vie tendre et souillée
A ton corps retourné de nuit par la pensée
Pour illustrer de l’intérieur le feu
Qui n’est rien ni personne
La figure ayant figuré, la pourriture
Ayant dormi dans la corbeille entrelacée
Sous le jasmin blanc des amants

SALAH STETIE

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dimanche 2 décembre 2007

A PROPOS DU LIBAN...

"J’aimais, de l’air de cette patrie, le partage entre la terre et la mer, l’âcre parfum de chèvre fiancé non pas subtilement, mais rustiquement, ou mieux : antiquement, à cette invisible vague cruellement alguée issue des remous de la très physique mer. Ô pays sous les pommes et les pêches et les raisins et le charbon dans l’œil de tes femmes, en instance d’étincelle ! Vos yeux, filles de cet ici-là, provocateurs comme des seins sous le lin apparus, vos yeux, eux aussi, de chèvre et de sel … "

SALAH STETIE

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