vendredi 31 juillet 2009
TABLEAU DE SABLE
Tableau de sable
La mer lave à chaque marée l'écran souple où ma main dévide sans lassitude le geste lent de l'écriture
Sous mes doigts, le littoral devient poème que le flux recouvrira
Chaque vague se nourrit de mots
Ils s'échappent de moi
Fuient l'extrémité de mes doigts
Ni pierre
Ni os
Ni bâton
Le doigt est plume de chair
Glisse à la surface du sol
Soulève l'écume du sel
Je dis le vent, l'amour, la mort, l'enfance, la fin et le début
Je dis à l'océan ce que je suis et ne suis pas
Mes rives et mes déserts
Toute cette langue d'images abandonnée depuis longtemps par les regards utiles
C'est un tableau couché au gré des vagues
Un tableau où, de la main et du corps
J'imprime le passage de ma vie sur le support que la marée me donne et me reprend
J'écris
J'efface dans les mots versés sur le sable le souvenir grossier des tableaux noirs
Tout ce savoir
J'efface dans l'or éblouissant du sable craquant de sel l'austérité des heures passées à vouloir
J'écris pour oublier
Le temps m'absorbe
Ne reste que le geste de la main
Écriture-caresse sur le flanc de la mer
Ligne de doigts jusqu'au septentrion
Puis, pour finir
Je pose une suspension en trois points de sel
Baiser d'embruns sur mes rêves-horizons
.
LEILA ZHOUR
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lundi 23 juin 2008
BALLADE DU SORCIER DE MOUGINS
A Pablo Picasso
.
« J’ai pris de la peinture du papier du charbon
de la ficelle et des clous
j’y ai mêlé de la tôle
de la glaise de la colle
je l’ai fait cuire avec du ciment
de la terre de l’osier des feuilles et du plâtre
et j’ai fabriqué des pichets et des verres
des bouteilles des chaises et des guitares
des chevaux des taureaux et des coqs
des chèvres des colombes et des hiboux
du ciel de la mer des arbres
des chevelures des visages et des femmes
cherchant depuis toujours à trouver sans chercher
et trouvant toujours […]
Prince des masques j’ai revêtu les insultes
les ricanements la sottise et la solitude à toute
épreuve
et j’en ai détaillé les baisers de l’enfance
l’alcool de survie et le baume des foules
j’en ai délivré le ventre et les yeux
j’en ai questionné les beautés exclues
né de cette interrogation depuis toujours
et mort naissant toujours »
.
MICHEL BUTOR
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PABLO PICASSO
samedi 1 mars 2008
HURLANTES TEMPÊTES
Hurlante tempête dans les membrures d'un esprit
trop vite enfui en des latitudes si basses
que tous les caps sont perdus
Espérance
Aventure
révolus dans les voltes de vent
Rugissantes, mugissantes
les tourmentent étendent le gris de leur bras
Étau de rage
venu circonscrire le plus sombre du coeur
et le fol
clandestin en radeau de peau
devient tambour dans les tombeaux des profondeurs
sur lequel résonnent les pleurs
des naufragés du songe
.
LEÏLA ZHOUR
.
OEUVRE DE NORBERT PAGE
vendredi 29 février 2008
MIGRATEUR
Inscrit sur le mur des masses invisibles,
Un éclair gris sur les cimes fluides
Qui m’élèvent sur les crêtes d’une haute portance,
J’obéis à ma route dans la voix du vent
Loin des rives immobiles qui déploient l’ocre et le vert.
Nul prédateur en ces espaces éternellement neufs,
Seul un mouvement perpétuel et beau,
Une portée aux lignes emmêlées, vierge de toute clé
Où mon vol est une calligraphie instable,
Ephémère de place en place,
Jamais semblable mais fidèles aux airs.
Sous mon ventre de neige pâle
La mer roule ses écumes dans la puissance lente des courants.
Du creux de ses vagues errantes
Montent des cycles d’air chargés d’embruns,
Une aile sans fin où se repose l’appel du sud
Et j’embrasse ces vents de houle légers dans l’envergure de mon vol.
Plus haut encore, aux portes des nuées,
L’eau est mon miroir, opaque dans sa mouvance,
Où l’ombre de mon corps ivre de vent
Dessine les arabesques du large qui sont ma liberté
Et ma fierté naît dans le souffle
Des insaisissables volumes au bleu intense des hautes atmosphères.
Les terres sont un souvenir imprécis où se trament d’obscurs destins,
Une réminiscence consciente qui donne sens à mon voyage
Mais l’échange chaud-froid de l’air, de l’eau,
Rythme le glissement de ma silhouette en blanc et noir,
Mariée sur un tapis de cyan à indigo.
Nulle autre beauté ne vient défier l’immense splendeur !
Lavé de toute horreur par la lumière en ses innombrables atours,
Le tracé de mes peines s’estompe dans les brises du large
Tandis que s’effacent de ma mémoire meurtrie les souffrances portées en terre.
J’entends de tout mon être la pulsation du monde
Qui va et vient au gré intime des marées !
La mer sculpte en ma conscience des lames puissantes
Et dans le bruit profond de ses houles
Sourd le grondement que nul mot ne désigne, la vie qui est !
La mer !
Mon coeur ouvert au don sans fin des richesses au parfum de profondeur !
Fidèle sans faillir au cap qui m’est astreinte,
La geste millénaire des sillons engloutis
Apaise mon ombre tremblée dans ses méandres vivants
Dont les secrets aux reflets de cobalt éclairent
La beauté tourmentée de ses surfaces instables.
Je suis amour pour l’espace de vent et d’eau qui drape mon vol !
Ma force naît de l’incessible volonté d’être un
Dans le brassement des airs qui la fécondent inlassablement.
Le chant des rêves s’est tu dans l’immédiate clameur
Du fracas sauvage et beau qui roule aux pieds des cieux
Son incessante masse.
O la splendeur des nefs d’écume irisées dans l’aube montante !
La tentation subtile d’être saisi enfin dans leurs bras de lavande
A l’impénétrable dessein, les fougues océanes !
L’intransmissible caresse des embruns sur mon plumage
Est l’ivresse où s’abîme toute la puissance de mes ailes sauvages!
Bientôt des cimes familières troubleront l’air de leurs arômes calcaires
Et une faim nouvelle naîtra en mon corps engourdi par l’indicible migration,
Mais dans les fades blancheurs du duvet de nos nids
Seront des réminiscences amères de vent et de sel
Inscrites dans nos plumes légères et dures taillées pour les hauts cieux !
À peine éclos, mes petits entendront le chant de l’horizon
Et dans leurs corps gavés de soins et d’espérances s’élèvera l’appel des mers,
L'irrépressible élan qui offrira à leur jeune vol
L’azur et l’indigo, l’alizé pénétrant et la houle obsédante,
Tandis que s’estompera la douleur des pierres qui blessent
En même temps que les falaises désertées des nids défaits.
Le ciel en pleine possession, nous suivrons vers le nord
Les routes larges à l’infini tracées au coeur des nuages au blanc si pur !
Aux vents qui nous repoussent nous adresserons la prière
Des migrateurs en liberté sur l’océan sans frein,
Nous opposerons nos corps fiers et hauts aux fines bises boréales
Et nous trouverons encore et encore cette chaleur qui pulse à notre gorge,
Et nous serons de toute éternité l’air et la mer.
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LEÏLA ZHOUR
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LE BLEU DE L'ÉCRIT
Tant de Bleu dans les mots du poète
Tissé enlacé en lacis caressants, le Bleu s'étire et s'affirme
Oh mon Bleu ! L'intransigeance à ma porte
Ouverte sur la béance de l'azur
Bleu, teinte pure sur nos horizons
Bleu, teinte obscure en lisière des ténèbres
Bleu, fleuve d'encre au long des berges d'une âme...fleur bleue
Bleue cette mémoire vive enchâssée en cartouche sur de l'ébonite
Bleus mes cahiers d'enfance
Bleues les prairies vertes de la mer frémissante
Bleus certains yeux...chut !
Bleues aussi ces traces de peine sur l'épiderme de mon coeur
Bleue la vitre profonde des cathédrales
Bleu l'espoir irridescent de Giotto
Bleue cette ligne chrétienne de fuite
À la rencontre du rêve vert d'un Orient voué aux déserts
Bleu le drap rêche du touareg sans retour
Bleues les mosquées d'Ispahan sous des souillures de terreur
Bleu le tapis de la nuit au septentrion
Bleue la vague absolue du grand japonais
Bleus tous ces espoirs de peuples décousus
Bleue l'oeuvre entière de l'homme à son ouvrage
Tant de Bleu, oui, tant de Bleu dans la création
Outremer, indigo, roi
Pétrole, presque gris, turquoise, presque vert
Cyan, presque pur
Bleu Bleu Bleu, promesse de mots dans la métaphore de demain
Bleu épris entre blanc et noir
Presque blême avant que la nuit ne l'emporte
Bleu enfoui là, dans un silence aux couleurs de geyser
Bleue cette Terre ignorante aux confins de l'espace
Bleue, isolée, si ronde sous ses écharpes blanches, agrippée au néant
Bleu mon amour comme un rêve de jeune fille
Bleues mes caresses sur ta peau de ténèbres
Bleus mes baisers sur tes lèvres de myrtes
Bleu mon désir entre tes mains de nuit
Ce bleu, encore un peu, encore une fois
Ce bleu, il n'y en a plus
Oh, le bleu de l'oubli
Bleu phocéen, effacement maritime
Bleue, avec des petites bulles, mon âme dissoute dans les abysses
Bleu ce tremblement souterrain où je ne suis plus rien
Tout ce bleu qui demeure, indifférent filigrane
Tout ce bleu dans l'écrit, écrin de nos vies .
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LEÏLA ZHOUR
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vendredi 22 février 2008
LUNE
Qamar
Obstinée dans le choix des couleurs
Ronde parmi les bruns, les ocres
Légère sur les flots émeraude de la canopée
Elle tourne l’étourdie
Le faste pale des écharpes d’eau en nuées livrées aux vents
Je la vois de si haut, là-haut
Transe amoureuse lovée dans mes yeux jaunes
Je la vois de si loin, perdue de froid
L’immense nuit des draps du vide entre elle et moi
Attendrie, je l’appelle
J’ai su ses noms anciens
Ses noms d’avant les mots
Ses noms de matière brute
Quand sa vie se nouait
Dans l’embrasement des roches à venir
Oeil clair déjà sur son berceau de feu
Je soufflais sans répit des mots de vent,
des mots-marées
Et le flamboiement vierge des convulsions
de son premier désir
Avait la rage des commencements
Laissait des brûlures de ferveur
À jamais gravées dans l’obscur
J’inventais ses premières syllabes
Dans l’opiniâtre parfum des magmas
Toujours elle abondait dans la couleur
Folle insouciante dans l’or des enfances secrètes
Puis grave, brunie sous le poids des matières dures
Croissant mouvant,j’ai nommé ses premiers sourires de pierre
Coulés en veines lumineuses
Diamants très purs, si durs,
Dans les gangues des boues saumâtres
Améthystes troublantes dans le clos secret
Des géodes empoussiérées
Amante lointaine étendue sur le tissu du vide
J’ai nommé un à un ses fils, ses tourments
Surgis dans la noria des premiers déluges
Fils incestueux et lourds dont l’exigence bleutée des eaux
Était la proie de mes séductions inaudibles
Amante lointaine dans les vagues consentantes de mon désir
Nourrie de l’indigo profond des gouffres
Repue dans le baiser turquoise des lagons
Amante à moi seule révélée
Chaque nuit
Rotondité du corps
Mais son regard est grave maintenant
Maintenant que les ténèbres ont recouvré le silence
Mais son regard est bleu maintenant
Adouci dans le blanc mouvant
D’une buée drapée autour de ses rêves
Il est question muette qu’aucun mot ne sait désigner
Et je l’appelle encore dans la douceur
Des mille et un noms qui la disent
Quand ses larmes se font cyclones
Le long des vallées noires de ses seins de basalte
Et rien ne bouge hormis l’écharpe souple des vents solaires
Glissée sur le silence nu de ses épaules boréales
Entends ma voix si froide,
Pâle dans le reflet de mon oeil argenté
Entends ces noms d’avant la création
Dont j’emperle tes nuits
Or natif des mots
Entends l’immuable farandole du temps
Glisser le long du sillon mémorable d’hier
Entends aussi ce nom si doux
Nom d’aujourd’hui en maintes et maintes langues
Imprononçable nom que tait le mystère de ma blancheur
Entends la marée, le désir
Pleine terre-basse terre
Fumée sauvage du chant mêlé des sphères
De la Terre à la Lune
De toi à moi
.
LEILA ZHOUR
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"Celui à qui l'amour a donné la vie ne mourra jamais. "
(Mohammed Hafiz)
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samedi 5 janvier 2008
KYRIE
Kyrié
Aux vents mes mots !
À mes lèvres le sel rude de la solitude infinie !
Au coeur de mes yeux,
La danse en couleurs froides du tapis de mes errances,
L’éblouissement douloureux du pur scintillement
Qui décompose en mille reflets le prisme chancelant de ma pensée.
Dans le roulis immuable de la chaloupe où j'agonise
Je m’émerveille encore de la perfection qui m'enserre où je ne suis rien.
Le bleu puissant des atmosphères échauffées
Aspirent la vapeur étale des flots offerts à sa tiédeur
Et des colonnes triomphantes, arches monumentales et diaphanes,
S’élancent à son encontre pour s’épancher en gerbes onctueuses
Dont mon corps desséché espère les caresses sur ses plaies.
Tropiques qui m'étreignent !
Munificentes architectures d’air tournoyant et d’eaux instables,
Venez en aide aux tempêtes, voraces jusqu’à la dérision !
Voyez la barque aux embardées secrètes des courants qui me portent !
Kyrié !
Voyez la dérive brisée de mon esprit qui meurt !
Je pleure la mort des miens,
La mort des étrangers aux regards lumineux et doux
Qui avaient sur le balancement si féminin de l’entrepont
La marche sûre et le pas fier des initiés.
Je pleure la splendeur des mâts chargés de voiles hautes et généreuses
Qui chantaient dans les alizés les hymnes douloureux du bois en peine.
Je pleure encore la mort du rêve qui fut,
L’ailleurs perdu dans les profondeurs ténébreuses où nul ne va.
Je pleure, Oh oui ! Et mes larmes, chargées du sel de mes souffrances,
Déchirent dans mes sanglots le silence meurtri à mes lèvres muettes.
Combien de jours faut-il pour que cesse l’espoir ?
Ma vie s’en va, miettes de sueur, giclées d’efforts dérisoires
Sur un banc où la nage ne mène plus nulle part.
Où sont les terres brunes coiffées de panaches verts ?
Où sont les îles et les volcans ruisselants de lumières ?
Visions éteintes dans l’éblouissement d’azur qui est mon bannissement !
Le monde est d’eau, un enfer fluide où je ne plonge qu’à demi,
Quand mes sens ne sont plus que douleur et que rage.
La pluie encore trop loin me cueillera mort
Et le canot noyé où mon corps restera sans âme
Ira sous les surfaces et je ne verrai plus.
Lisières irisées, frangées de blanc mousseux !
J’erre à vos portes dans la terreur d’en pénétrer le coeur
Mais quand le saut pour moi sera venu,
Ni frayeur ni regret n’auront de mots pour m’arrêter
Et la mer à moi seul sera un lit profond de connaissances.
Folie !
Solitude !
Trompeuses maîtresses entre Cancer et Capricorne,
Elles parent de haillons flétris le calme plat de ma désespérance.
À travers elles je vois ma destinée étroite
Aux confins étriqués des planches meurtries de sel qui me tourmentent.
Seul ! Seul ! Seul à penser, seul à gémir !
La folie brise mes dents et noue mes doigts !
Des désirs d’ouragans lacèrent mon souffle qui s’épuise dans l’immobilité.
Qu’une voile paraisse à l’horizon !
Kyrié eleison !
Paroles assoiffées, le sens en miettes essaimées aux points cardinaux de la déraison,
Je meurs des mots qui manquent à ma faim de vie.
Juste une voile, une étoffe parcheminée pendue à la grand’vergue par ses haubans !
(Les marins ont pour ces cueilleuses de vent des noms d’amour variés infiniment ;
Que n’ai-je appris ces mots en litanies secrètes !
Que n’ai-je su les réciter dans l’air absent,
Incantation si douce en leur humaine multitude ).
Secourez-moi avant que la misérable charpente qui roule mes meurtrissures
Ne soit rongée de sel et d’amertume !
Secourez-moi avant que des monstres plus effrayants que mes cauchemars
N’arrachent de mon existence les ultimes souffrances qui me font être !
Secourez-moi au coeur d’un infini que je ne reconnais pas
Avant que les fonds noirs et denses n’engloutissent jusqu’à ma désespérance !
Kyrié !
De blanches armadas se font et se défont sur l’horizon de mon attente
Et chaque instant plus éperdu, mon oeil vaincu quête
Une réalité derrière les obsessions fantomatiques de mon crâne en déroute.
À la nuit qui approche je jette une malédiction :
" Il est trop tard !"
Les paroles n’ont su vaincre l’indifférence en gammes d’indigo
Qui ourlent d’un invincible clapotis mes espoirs aux cimes en berne.
Les flammes aux ors déchirants de la vie qui renonce
Arrachent les derniers cris, les derniers râles de mon corps sans lointain.
Vienne le crépuscule et son cortège d’ombres aux formes de ma nuit !
Viennent les ténèbres aux constellations sans nom
Qui hypnotiseront jusqu’au seuil du trépas mon âme rendue !
Vienne la nuit ! Je la convoque encore du fond de mes rêves affaiblis !
Vienne ma mort, dans son appareil aux couleurs de nuit
Et mon dernier frisson est sa caresse dans les flots noirs d’encre.
LEILA ZHOUR
vendredi 26 octobre 2007
L'AMANTE
L'amante
Je cherche un visage qui me ressemble
Mon miroir est trop plein
Mille femmes m'y contemplent
Toutes me ressemblent
Toutes me disent leur vérité
Ce silencieux mensonge
Dans tes yeux, il y avait un lac
J'y ai vu le reflets des hauts tant espérés
Mais si lointains
Dans tes yeux, j'ai vu l'espoir d'un seul visage
Mais vivant
Multiple
Où se résorberaient toutes les dérobades
N'est-ce pas moi dans ton regard?
Y serai-je jamais...
Je voudrais tant voir ce que taisent mes yeux
Soulever le voile de mon sourire
Dis-moi ce que tu vois
Dis-moi la femme au visage informe
Que je lui donne son nom
Qu'elle naisse de tant d'images mêlées
Laisse moi être auprès de toi
Je veux naître d'entre tes mains
D'entre ta voix
Je veux naître de t'aimer
Et oublier
Ne serait-ce qu'un instant
L'isolement de la femme aux mille visages
LEILA ZHOUR

dimanche 12 août 2007
LA FEMME - UNIVERS
C'est une femme-île dont les bras de quatre vents ceignent les mers
une femme-main dont les cinq doigts de sable tamisent l'écume
une femme-temps aux innombrables grains pour filtrer la beauté qui passe
C'est une étroite bande virile dans l'océan qui la surplombe
Sa langue dorée prend des reflets de lapis-lazuli
des reflets de syntaxe sur fond d'azur offerts à sa peau de lambris
Un cancer de mausolées saints borde ses reins de sable
Elle le guérit dans des alcools nordiques distillés de haines banales
et tuméfiée et lourde, elle cautérise son destin aux abysses de l'attente
Des villes ont pris ses jupes pour territoire
Des maisons de justice ont encerclé ses doigts de bijoux carcéraux
et quand elle lisse maintenant le revers de ses peines
elle accroche le velours de cités des pierres serties d'inutile remparts
Ses bras lavent les sourires sur la peau des enfants
Le sable crisse au gré de ses lèvres une romance de filles trop jeunes
cinq étoiles plantées comme rosace dans leurs cheveux
Des humains pleurent
Ce sont des hommes car les femmes rient
elles n'ont de temps que pour le rire
Elle a vu se faner dans le gris de ses yeux des cathédrales aux noms d'archanges
Des gisants baptisés de lucre ont effacé le récit des commencements
et les hommes durs ont avalé ogres et fées dans une déglutition de pastis
Le matin a défait sa nuit
L'oubli cousu aux paupières des amants s'est fait caresse dans tous les langages
Elle danse sans fin sur l'écho des baisers
Le désert pousse parfois un cri d'écorce amère aux portes de son sommeil
Elle gémit et se tourne alors sur les coraux d'un lit défait aux senteurs de volcan
mais le désert insiste
Des hommes en robe de solfège lui récitent la prière des sécheresses
Chaman, elle mèle ses sourires de poussière par devant elle
Dissimule la vastitude de ses seins
et des pouvoirs étranges grésillent dans la voix de ses invités
leurs burnous affranchis des rigueurs des ténèbres
Quand ils repartent, le vent les accompagne jusqu'au tapis des neiges
Ils rêvent à des prairies couvertes d'enfants métissés de langue sauvage et d'aubépine
Pourtant, tous l'ignorent
Femme-île, mère-continent d'une rive à l'autre
tous lui parlent sans la nommer car elle réside dans le regard des petites filles et des très vieilles femmes
Divisée par temps calme en mille et une tendresses
Une tempête la concentre en unique tornade
et Dieu lui-même n'ose plus penser à elle
Les guerres inventent alors pour elles des armures en acier de vanité
Les guerres font tomber à ses pieds des rebuts de détresse
Mais elle demeure la femme-sable, la femme-temps
Maquillée de mondes qui s'entrechoquent
elle soupire des nuits de sorcellerie qui enfantent tous ses désirs
et c'est en vain
car tout s'épuise dans la chevelure d'insatiables comètes
car Tout puise les gaz rares aux flammes d'outre-monde
des songes de paresse noués en lianes infidèles que les hommes oublient de défaire
LEILA ZHOUR













