jeudi 21 mai 2009
PIERRE BEARN
« Gémeaux j’ai mal j’ai mal j’ai maux d’être à la fois nuit jour
la lune et son reflet, le soleil et l’éclipse,
le rêve et le réel, le dédain et l’amour
deux jumeaux émergés d’un œuf d’apocalypse »
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PIERRE BEARN
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TU N'EMPORTERAS RIEN AVEC TOI...Extrait
Homme qui que tu sois
tu n’emporteras rien
avec toi
Tel un fleuve devenu craintif
la vie s’en va vers son destin
la nuit est peuplée de bougies
le vent n’est plus qu’un clandestin
Le soleil ne sait pas
le soleil ne sait pas
que la nuit
que la nuit
va répondre
va répondre …
Mais les peintres
les musiciens
les poètes
ont des réponses de soleil
Soudain libéré, je m’élevais
je m’élevais hors du vivant et du réel
dans les étangs martyrisés du ciel
dans l’ascension tourbillonnante
parmi les damnés de la vie
dare dare vers les étoiles ..
Et je montais montais montais
sous moi la Terre chavirait
enlisée dans sa solitude
Je revivais l’absolu des imperfections
qui nous conduit à n’être plus que des esclaves
Mais mon visage de chair était encore vivant !
Je n’étais plus rien que moi-même
face à cette vérité qui me torture :
Je souffre en ma santé des maladies humaines
du refus d’un miracle sous le toit de mes mains
de n’être en ce bourbier que peine entre les peines
Que ne puis-je renaître à l’aube
tel un soleil qui se souvient
de s’être enfoncé dans la nuit
.
PIERRE BEARN
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Oeuvre de Séraphine Louis
PAR MONTICULES
Parfois ma vie fait un écart
Sur le seuil d’un jour sans lumière
J’entre dans ma peau de clochard
Et je saute hors de mes frontières
Dépouillé de mon travesti
Je me découvre non-coupable
Héritier d’un sol reconquis
L’orgueil me rend invulnérable
J’ai la joie du coucou jouant
A cache-cache avec les hommes
Le monde est peuplé de manants
Quand on s’estime gentilhomme
Je me libère des mensonges
Du superflu prohibitif
Des compromis qui se prolongent
Je redeviens un primitif
Je tends la main du Délivré
Vers la Richesse qui travaille
L’indispensable m’est donné
En lancées de grains pour volailles
Je gagne des pavés de rues
Le ciel est mon toit de rechange
Paris m’apparaît méconnu
Depuis que j’en fais la vendange
Lorsque la faim se plaît en moi
Jusqu’à devenir cannibale
Je transporte mon désarroi
Dans les champs du pavé des Halles
Au pavillon des chevillards
Les veaux suspendus pour l’enchère
Sont des cascades de caviar
Par la grâce des réverbères
Les jardiniers du crépuscule
Font naître pour moi des radis
Et des fraises par monticules
Je me promène au paradis
Les rues sont bordées de carottes
Et de tomates en remparts
La nuit se mange en gibelotte
L’air est un pâté de canard
Je me nourris d’odeurs nocturnes
Je deviens l’ami des poireaux
Et des courgettes taciturnes
Ma vie revient en son berceau
Mes souliers sont feutrés d’œillets
Ma maison germe en murs de prunes
La pluie se change en muscadet
Quand mon regard a fait fortune
Je fleuris mes mains de persil
Je me parfume à l’échalote
La framboise vous anoblit
Quand on la cueille à l’escamote
L’abondance enfin se débraille
Par excès de vitalité
Et la nuit s’émiette en ripailles
Dont j’enrichis ma pauvreté
Pour mettre beurre sur son pain
Rendre son aile à la cigale
Donner des conseils à la Faim
Rien ne vaut le pavé des Halles
A l’heure où les marchands remballent
Le surplus de leurs abat-faim
Je deviens jardinier des Halles
Cueilleur de déchets en regain
Tout ce qui roule est pour ma main
Je prends l’opulence en pétales
Le détritus est sacristain
Dans la cathédrale des Halles
(…)
Je suis né d’herbes et d’orties
Sur un terrain que recompose
L’indigence qui justifie
D’autres sont nés d’un jet de roses.
PIERRE BEARN
(1902-2004 !)
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Oeuvre d'Archimboldo








