samedi 8 avril 2017

BRUNO RUIZ...Extrait

Nous reposons nos vies sur de vastes prairies de soucis et de pensées, peuplées de papillons et de fourmis, de colombes et de renards, et inlassablement, nous sarclons les yeux des morts qui nous regardent du fond de la terre, comme s’ils étaient témoins de je ne sais quel mystère que nous leur aurions caché. Car nous sommes une magie de leurs limites, un peu de vent dans la bâche de leurs légendes, un cheval égaré au milieu de leurs ruines. Et toutes ces feuilles qui tombent d’arbres inventés, elles sont le ferment et le terreau des... [Lire la suite]
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lundi 20 mars 2017

BRUNO RUIZ...Extraits

Je vis dans une discontinuité qui s’articule malgré moi. Un infini provisoire. Je choisis des hasards. Des vertiges de souvenirs. Une enfance réécrite. Je suis chaque matin la préface d’un récit. Une photo prise au temps. Mes projets brûlent au soleil. Mes tempes battent au rythme de rêves transparents jusqu’à l’invisible. Je le sais désormais : je n’atteindrai jamais entier l’autre rive du fleuve. Un courant m’emporte dans un chaos merveilleux de fragments et de confidences. Ce que j’écris n’a pas plus d’importance qu’un miroir qui... [Lire la suite]
mercredi 22 février 2017

L'EMERAUDE PROMISE

On naît à chaque seconde de l’enfant que nous avons été, du miracle du temps qui ne nous efface, du chant qui s’ouvre comme une écluse délivrée, des eaux descendues d’une vieille mémoire, des mots enfin possible pour nommer le sens de ce que nous croyions dérives et qui n’avait en somme que la forme du chemin. Car il y a une parole pour chaque chose de ce monde, pour chaque acte de nos corps au milieu des fleurs qui poussent et des arbres qui tombent. On naît à chaque heure parce que la mort ne sera jamais que l’affaire des vivants... [Lire la suite]
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mardi 24 janvier 2017

LE DON DU SENS

J’ai donné mes chaussures au voyageur qui traversait ma vie, s’attardant à la bouche des fées, à l’immobile silence des mots. J’ai donné mes muscles à l’athlète des cimes, mes gants aux forges brisées de toutes mes entrailles, ma patience au trop lent contre-courant de mes torrents. J’ai offert mon mouchoir de rires à des inconnus sur le quai de mes gares, mon bras au vieillard dans l’escalier de mes rêves, ma bienveillance à l’enfant humilié que je fus. Je suis aujourd’hui le plus riche des hommes et la nuque tendue vers le ciel,... [Lire la suite]
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samedi 14 janvier 2017

BRUNO RUIZ...Extraits

Nous avons sur nos mains tant de caresses qui attendent, de beaumes contre les gerçures de l’ennui, d’anneaux invisibles pour le secret de quelques passantes. Elles s’envolent quelquefois dans une volée de doigts sur quelques touches de piano pour des musiques aériennes qui nous protègent des silences trop pesants. Nos mains connaissent la tiédeur des corps et la pression des hanches. Elles cherchent d’autres mains pour des adieux douloureux, se ferment dans les songes de nuits polaires. Elles s’écorchent contre des murs pour le mal... [Lire la suite]

dimanche 1 janvier 2017

BRUNO RUIZ

Emportez-moi encore quelques heures dans le murmure des clapots et l’élégance des carènes, ce qui se tend au soleil et se brise, une ombre dansée dans l’azur des peintures, des galops d’anges, toutes ces voiles qui se gonflent. Offrez-moi une bouche sans visage, sans pleurs tombés sur vos chemises, sans une hache plantée sur un pont, sans graisse sur les cordages, tous nos rêves d’en mer et de mouillures, des courants qui ne s’arrêtent jamais. Et puis jetons ensemble nos ancres dans l’onde d’une baie rieuse, ce qui se lasse et qui se... [Lire la suite]
vendredi 23 décembre 2016

LES YEUX FERMES

J’ai grandi dans la beauté fugitive de matins bleus. Rien ne bougeait pourtant que le scintillement de l’eau. Tout tremblait en moi comme la liqueur des rêves. J’étais un animal marin entre les étoiles dormantes au fond des chenaux, la cabriole sur les algues et l’ombre des goélands. J’ai dormi dans des chambres tièdes où me visitaient des corps silencieux. J’étais fait de départs et d’ombres blanches sur la mer, en habit de feuillage, entre les violons du vent et les hautbois de l’automne. Je me souviens d’habits légers de femmes... [Lire la suite]
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mardi 13 décembre 2016

J'AIMERAIS TOUT SAVOIR

J'aimerais tant savoir comment tu te réveilles, J'aurais eu le plaisir de t'avoir vue dormir La boucle de cheveux autour de ton oreille, L'instant, l'instant précieux où tes yeux vont s'ouvrir. On peut dormir ensemble à cent lieues l'un de l'autre, On peut faire l'amour sans jamais se toucher, L'enfer peut ressembler au Paradis des autres Jusqu'au jardin désert qu'on n'avait pas cherché. Quand je m'endors tout seul, comme un mort dans sa barque, Comme un vieux pharaon je remonte le Nil. Les années sur ma gueule ont dessiné leur... [Lire la suite]
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mercredi 7 décembre 2016

ATTENDEZ...

Attendez, je n’ai pas dit mon dernier mot ni déchiré tous mes livres, il me reste un cœur fugitif qui chevauche une langue inespérée, un verbe escaladé au petit jour, des secousses d’images dans ma nuit végétale. Attendez, je n’ai pas salué tous les hiboux silencieux de mes forêts, ni bu le sang bleui de mes vampires, l’or de ma mémoire scintillant sur la lande endormie. Non je n’ai pas épuisé toutes mes barques du désir ni bu l’alcool de chaque vigne, je n’ai pas exploré toute l’exactitude des heures ni relevé tous les axes du... [Lire la suite]