jeudi 20 septembre 2018

LA HAINE EST FAITE DE SENS COAGULÉ

1 – de la nature   L’apparition dans le lexique juridico-politique, social et institutionnel d’un terme jusqu’ici propre au registre affectif ne peut pas manquer d’attirer l’attention. Les lois et les discours sur la société et les mœurs touchent rarement aux affects. On parle du mariage, des rapports sexuels licites ou illicites, des rapports qui peuvent donner lieu à des « conflits d’intérêt » mais on ne parle pas d’amour ni d’amitié. On parle d’injure, d’outrage ou de diffamation, mais récemment encore on ne parlait pas de «... [Lire la suite]

mardi 18 septembre 2018

AVERTISSEMENT AUX ECOLIERS ET LYCEENS...

L’école a été, avec la famille, l’usine, la caserne et accessoirement l’hôpital et la prison le passage inéluctable où la société marchande infléchissait à son profit la destinée des êtres que l’on dit humains. Le gouvernement qu’elle exerçait sur des natures encore éprises des libertés de l’enfance, l’apparentait, en effet, à ces lieux propres à l’épanouissement et au bonheur que furent — et que demeurent à des degrés divers — l’enclos familial, l’atelier ou le bureau, l’institution militaire, la clinique, les maisons d’arrêt. ... [Lire la suite]
mardi 4 septembre 2018

CHEMINS AU VENT

L’homme aurait inventé les chemins pour rien, nous voulons dire pour le seul office de la beauté – et en gratitude à la splendeur du monde. On nous fait l’éloge de l’Être, on célèbre sa grandeur mystérieuse et on nous invite à devenir ses dévôts. En fait, quelle déroutante opacité, quelle massivité inentamable dans cette notion de l’Être ! Par bonheur les chemins viennent dessiner le visage de ce qui n’était pas encore le monde. Nous lisons le monde à travers ses chemins, tout comme nous découvrons un visage à travers quelques traits... [Lire la suite]
lundi 27 août 2018

LES LARMES...Extrait

Un jour, des doigts osent, de façon circonspecte, lente, timide, furtive, muette, une seconde, se poser sur l'avant-bras de l'autre corps qui se trouve en face des yeux. Un autre jour, la paume de la main forme comme une coque qui se referme sur le dos de la main qu'elle regarde et la main, sous la main, ne se retire pas. Les corps se font soudain plus proches de façon mystérieuse, d'un coup, sans qu'ils s'approchent en aucune façon. Un jour, ils semblent à jamais proches, sans qu'ils aient besoin de bouger. Puis la... [Lire la suite]
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samedi 18 août 2018

POETIQUE DE L'ESPACE...Extrait

Enfermé dans l'être, il faudra toujours en sortir. À peine sorti de l'être, il faudra toujours y rentrer. Ainsi dans l'être, tout est circuit, tout est détour, retour, discours. ... Ainsi, l'être spiralé, qui se désigne extérieurement comme un centre bien investi jamais n'atteindra son centre. L'être de l'homme est un être defixé.     .     GASTON BACHELARD     .   Oeuvre Igor Bitman
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jeudi 16 août 2018

ANAÏS NIN, LETTRE A ANTONIN ARTAUD

"Le toi qui fait presque mal tellement il lie..."  18 juin 1933.   . "Nanaqui,   Je voudrais revivre mille fois ce moment sur les quais, et toutes les heures de cette soirée. Je veux sentir encore cette violence et votre douceur, vos menaces, votre despotisme spirituel… toutes les craintes que vous m’inspirez, et les joies si aiguës. Craintes parce que vous attendez tant de moi… l’éternité, l’éternel… Dieu… ces mots… Toutes ces questions que vous m’avez posées. Je répondrai doucement à vos questions. Si j’ai... [Lire la suite]
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jeudi 16 août 2018

HISTOIRE ET VERITE

  Je suis convaincu qu’un monde islamique qui se remet en mouvement, un monde hindou dont les vieilles méditations engendreraient une jeune histoire, auraient avec notre civilisation, notre culture européenne, cette proximité spécifique qu’ont tous les créateurs. Je crois que c’est là que finit le scepticisme. Pour l’Européen en particulier, le problème n’est pas de participer à une sorte de croyance vague qui pourrait être acceptée par tout le monde ; sa tâche, c’est Heidegger qui le dit : « Il nous faut nous dépayser dans nos... [Lire la suite]
jeudi 9 août 2018

L'EAU ET LES RÊVES...Extrait

En effet, nous croyons possible de fixer, dans le règne de l’imagination, une loi des quatre éléments qui classe les diverses imaginations matérielles suivant qu’elles s’attachent au feu, à l’air, à l’eau ou à la terre. Et s’il est vrai, comme nous le prétendons, que toute poétique doive recevoir des composantes, — si faibles qu’elles soient — d’essence matérielle, c’est encore cette classification par les éléments matériels fondamentaux qui doit apparenter le plus fortement les âmes poétiques. Pour qu’une rêverie se... [Lire la suite]
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lundi 30 juillet 2018

LE CORPS UTOPIQUE...Extrait

Or, si l'on songe que l'image du miroir est logée pour nous dans un espace inaccessible, et que nous ne pourrons jamais être là où sera notre cadavre, si l'on songe que le miroir et le cadavre sont eux-mêmes dans un un invincible ailleurs, alors on découvre que seules des utopies peuvent refermer sur elles mêmes et cacher un instant l'utopie profonde et souveraine de notre corps. Peut-être faudrait-il dire aussi que faire l'amour, c'est sentir son corps se refermer sur soi, c'est enfin exister hors de toute utopie, avec toute sa... [Lire la suite]
samedi 28 juillet 2018

HISTOIRE COMIQUE DES ETATS ET EMPIRES DE LA LUNE...Extrait

Là de tous côtés les fleurs sans avoir eu d’autre jardinier que la nature respirent une haleine si douce, quoique sauvage, qu’elle réveille et satisfait l’odorat ; là l’incarnat d’une rose sur l’églantier, et l’azur éclatant d’une violette sous des ronces, ne laissant point de liberté pour le choix, font juger qu’elles sont toutes deux plus belles l’une que l’autre ; là le printemps compose toutes les saisons ; là ne germe point de plante vénéneuse que sa naissance ne trahisse sa conversation ; là les ruisseaux par... [Lire la suite]