mercredi 22 mars 2017

LE DANSEUR DE CORDE, PORTRAIT DU POETE EN FUNAMBULE ...Extrait

Il avance dans la langue avec la main, en faisant aller et grincer la plume sur le papier, puisque telle est l'écriture.Qu'y a-t-il dans la main qui trace des lignes, sinon, encore, des lignes : de vie, de coeur, de chance dit-on... Que fait le poète qui écrit, sinon déposer à même la blancheur l'empreinte de ces lignes-là, jusqu'à signer un texte de son identité? Elle est celle d'un destin (ligne de vie), et d'une parole destinée (ligne de coeur d'une voix « tendue vers un autre »).« Je ne fais pas de différence entre un poème et une... [Lire la suite]

dimanche 19 mars 2017

J'ECRIS

J’écris avec la tyrannie des misères J’écris avec mes processions de poète errant J’écris avec les jachères sèches de la terre J’écris et la colère gronde dans mon cœur transparent J’écris avec cent milliards de balles à tirer Dans la cervelle des bobards les jambes des voleurs La couronne des bavards la bourse des guerriers Le calcul des imbéciles sur l’échelle des grandeurs   .   MONCEF GHACHEM    .     Oeuvre Luisa Sartori  
dimanche 12 mars 2017

LA VAGABONDE...Extrait

"Écrire, pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tourne en rond autour d’une tache d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de flêchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué en insecte fantastique, envolé de papillon-fée… Écrire… C’est le regard accroché, hypnotisé par le reflet de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la fièvre divine qui monte aux joues, au front, tandis qu’une... [Lire la suite]
Posté par emmila à 18:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mardi 7 mars 2017

MOTS FRUITS, MOTS SAUVAGES

Certains livres étaient des pêches dont je buvais le jus   la tête renverséed’autres des coquillages d’où s’évadaient les fables. Frissonnaient sur mon front telle une frange de   cheveux sombresles neiges, les mirages, les criquets pèlerins de   l’inconnaissable.Je dérivais dans l’ombre au sein d’une glace sans tainétrangleuse d’imagescaressant au passage le pelage des monstresguidé par la volupté à tête chercheuse éperdue de   liqueursavide de froisser les dessous mauves de... [Lire la suite]
Posté par emmila à 20:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mercredi 15 février 2017

LE LIVRE OUBLIE

Des souris des morts je te sauve ô livre innocent qu’a laissé le fugitif fantôme d’un peuple passager fatigué de ses songes Avec toi tes lettres bouclées ont côtoyé la vérité du pain ont coulé même dans l’haleine lente du cèdre sont devenues passions saveurs de mondes musique dans le registre figé des deuils la théorie des morgues où les morts attendaient leur nom sont devenues silence pour ceux qui apprenaient la cruelle leçon du deuil devant la mère diaphane deviendront procédures d’aurore pour alléger le monde On t’avait oublié... [Lire la suite]
lundi 23 janvier 2017

A MOTS OUVERTS

 à André Chenet et Tristan Cabral . Une pluie folle arrache la chemise des arbres. Les feuilles volent au vent comme des boutons qui pètent. Je vois les mots sortir des choses. Je les attrape au vol. Je ne joue pas aux mots comme on joue au soldat. J’en fais des parapluies, des bottines, et quelques fois des vers. Pour qu’une phrase se tienne, il faut placer les mots à la bonne place. Un semblant d’équilibre met la phrase en mouvement. La phrase n’est qu’un fil traversant le néant. Un mot mal placé suffit pour que... [Lire la suite]

mercredi 16 novembre 2016

JE T'INTERPELLE DANS LA NUIT...Extrait

La prison à vie requise en Turquie contre la romancière Asli Erdogan Des procureurs turcs ont réclamé la prison à vie pour la célèbre romancière turque Asli Erdogan, 49 ans, accusée avec huit autres personnes d'avoir collaboré avec un journal pro kurde, Ozgür Gündem, selon l'acte d'accusation préliminaire dévoilé jeudi par des agences de presse locales. On leur reproche d'être «membres d'une organisation terroriste armée», d'«atteinte à l'unité de l'Etat et à l'intégrité territoriale du pays» et de «propagande en faveur d'une... [Lire la suite]
lundi 14 novembre 2016

LE BÂTIMENT DE PIERRE...Extrait

... . Si l’on veut écrire, on doit le faire avec son corps nu et vulnérable sous la peau... Les mots ne parlent qu’avec les autres mots. Prenez un V, un I et un E et vous écrivez Vie. À condition de ne pas vous tromper dans l’ordre des lettres, de ne pas, comme dans la légende, laisser tomber une lettre et tuer l’argile vivante. J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine. Il te reste le murmure que tu perçois en plaçant... [Lire la suite]
lundi 14 novembre 2016

JE T'INTERPELLE DANS LA NUIT...Extrait

Je suis assise à une table étrangère, j’écris. Ce dimanche, les mots ne veulentpas sortir de chez eux et se mêler au brouhaha, ils ne veulent pas prendre de risque. Je n’ai de remèdes ni pour la société ni pour moi-même ni pour la vie. Dehors dans le jardin de la steppe, sur les terres arides qui s’étendent jusqu’aux pieds des montagnes, le soleil d’hiver brille. Les nuages sont remplis d’un sentiment tout neuf de liberté, les champs de blé chatoyants sont dans l’attente. La nature, sans mémoire, ressemble à un... [Lire la suite]
samedi 12 novembre 2016

EDMOND JABES...Extrait

Je suis un silencieux. Je me demande, grâce au recul que je prends, maintenant, avec ma vie, si ce goût prononcé pour le silence n’a pas son origine dans la difficulté qui, de tout temps, fut la mienne, de me sentir d’un quelconque lieu. Avant de connaître le désert, je savais qu’il était mon univers. Seul le sable peut accompagner une parole muette jusqu’à l’horizon. Écrire sur le sable, à l’écoute d’une voix d’outre-temps, les limites abolies. Voix violente du vent ou, immobile, de l’air, cette voix vous tient tête. Ce qu’elle... [Lire la suite]