lundi 15 avril 2019

PASSAGE EN DOUCE

  Je songe à ma femme qui est parmi les fruits, les plantes, les oiseaux. Je me réveille à peine et je la sens présente. Je la dispute aux feuilles, aux abeilles, à la neige. Ses bras sont un ruisseau où je plonge mes doigts. La rosée tendrement vient me parler pour elle. Ses yeux font sur ma vie un grand vague perdu. Je l’imagine encore toute fine et tremblante, agrandie par les champs, avalée par le vent. Je demande aux oiseaux de l’embrasser pour moi. Les plantes lentement penchent la tête sur elle. Les gestes des ajoncs... [Lire la suite]

mardi 15 janvier 2019

LEGITIME DEMENCE

Je suis vos détritus, vos tics, vos manies,les tessons de la soif aux recoins du désastre,vos parfums vétustes où se brise le ciel,ce mur où s'écrasent vos souvenirs d'enfance.Je suis votre mariole, votre guignol, votre mime.Je suis votre bafouille à la trouille de la honte,l'amertume de la rouille sur vos chaînes dorées.Je suis votre fantôme où s'use la lumière,la sève et le silence entre la page et l'arbre.Je suis l'hémorragie des remords sans reproche,une crasse d'ignorance, une ignorance crasse,une carapace d'arrogance délavée par... [Lire la suite]
jeudi 1 novembre 2018

LE CORPS DU DELIT

Je veux traîner le monde derrière mes yeux, toucher avec ses mains le corps du délit. On ne comprend pas le désert sans manger la poussière. On ne sait pas l’assiette sans façonner l’argile. Mon chemin passe par les jardins, le silence, l’odeur de terre. Il rejoint par le vent le sillage des oiseaux. Il dort quelque fois à l’auberge des brouillards. Il s’éveille entre les lignes d’un poème. Il fait fondre la neige avec sa main de feu. Il court avec la biche sans écraser les mûres. Il traverse les murs. Il repère les portes. Il emporte... [Lire la suite]
samedi 4 mars 2017

JEAN-MARC LA FRENIERE...Extrait

Aucune quête n’est inutile même si parfois elle pèse comme la neige sur la branche. Je cherche des mots qui soignent, des mots qui sentent frais, des mots qui disent vrai des mots trempes à lavette pour nettoyer mon âme, des mots qui désinfectent, des noms d’oiseaux ou bien de plantes, des mots de miel, des mots de ciel pour effacer le fiel, des mots de source, des mots de souche, des vieux mots flambant neufs, des mots qui lèvent ceux qui tombent et redressent les arbres, des mots qui rafistolent et font des cerfs-volants, des mots... [Lire la suite]
dimanche 19 février 2017

ON N'ECRIT PAS AVEC LES LARMES

Est-ce la pluie sur ma joue ou la sueur amère des jours passés à boire? Je ne suis ni gai ni triste, tout simplement poète. On n'écrit pas avec des larmes. On a beau faire les durs, le cœur saigne sous la carapace. Que deviendra l'enfance dans cet enfer moderne? Trop de barreaux remplacent la ligne d'horizon. Le matin vient trop tard pour réveiller le soleil. Les ombres sont partout et snipent l'infini. Je me sers des mots pour saluer la mer, la duvet des palombes et le vent dans les branches. Il faut bien que les mots dépassent le... [Lire la suite]
dimanche 12 février 2017

UN CAHIER DANS MA POCHE

Il neige comme un lait renversé. Un cahier dans ma poche me sert de fenêtre. Quand je le sors et l'ouvre, je vois la mer et les oiseaux, le bleu du ciel qui surnage, des pages pleines de cerfs-volants. Ça sent la résine entre les mots, le sapinage entre les lignes, l'espoir en bout de page. J'y ramasse avec les yeux la terre des forêts. Les mots d'amour ne sont jamais perdus. Ils rejoignent ce fleuve qui nous maintient en vie. C'est par les yeux que j'entre dans le monde, par les mots que j'en sors. Quand on perd son enfance, adulte,... [Lire la suite]

lundi 23 janvier 2017

A MOTS OUVERTS

 à André Chenet et Tristan Cabral . Une pluie folle arrache la chemise des arbres. Les feuilles volent au vent comme des boutons qui pètent. Je vois les mots sortir des choses. Je les attrape au vol. Je ne joue pas aux mots comme on joue au soldat. J’en fais des parapluies, des bottines, et quelques fois des vers. Pour qu’une phrase se tienne, il faut placer les mots à la bonne place. Un semblant d’équilibre met la phrase en mouvement. La phrase n’est qu’un fil traversant le néant. Un mot mal placé suffit pour que... [Lire la suite]
vendredi 20 janvier 2017

L'ÂME...Extrait

L'âme c'est la rosée où se dissout la nuit, une écharpe de laine sur les épaules du froid, les mots et la musique, du latin de Virgile au gospel des Noirs, les parenthèses ouvertes sur le monde, la respiration des virgules, la magie dont on fait les baguettes, de pain, de fée ou bien d'orchestre, une rivière inventée au milieu du réel, c'est l'énergie d'une poire, un ours mangeant du miel, un léger souffle sur la paille, le premier pas du jour quand il quitte la nuit, la terre pleine de temps, les perles perdues de la... [Lire la suite]
Posté par emmila à 23:15 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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jeudi 8 décembre 2016

UN OEUF A REBOURS

À Alep, les enfants n'ont plus d'yeux. Ce sont les poupées qui ferment leurs paupières. Les oursons meurent les bras en croix. Le pus des ballons crève. La mort des enfants règne dans le pays des cèdres. Les djihadistes se confondent avec les G.I. Joe. On ne compte plus les cadavres dans les ruelles en sang et les maisons en ruine. On compte les balles dans le chargeur. Chaque nouveau mort engraisse un marchand d'armes. Je n'aurais jamais cru les hommes si méchants. Le capital entoure le monde de cruauté. Un voisin que je croyais ami... [Lire la suite]
lundi 17 octobre 2016

L'EAU DE LA SOURCE

C’est l’automne. Le vent s’empale aux crocs des arbres laissant tomber leurs feuilles comme on enterre un os. La terre les dévore pour réchauffer sa chair. Déjà, les oiseaux ont crevé les yeux des tournesols et des épis de maïs. Les fruits gèlent sur les branches avant le vin d’hiver. Les épinettes gonflent leurs gobelets de résine. Les insectes frileux rejoignent l’invisible. Les criquets sèchent dans les plinthes et retournent au silence. La pluie d’octobre éveille les enfants de poussière. Je me perds partout mais ne retrouve que... [Lire la suite]