jeudi 3 août 2017

LA MONTAGNE PREND LA PAROLE

Et voilà mon silence dur fonçant sur le moindre bruit qui ose. Je souffre de ne pouvoir donner le repos sur mes flancs difficiles Où je ne puis offrir qu'une hospitalité accrochée, Moi qui tends toujours vers la verticale Et ne me nourris que de la sécheresse de l'azur. Je vois les sapins qui s'efforcent, en pèlerinage immobile, vers l'aridité de ma cime. Plaines, vallons, herbages et vous forêts, ne m'en veuillez pas de mes arêtes hautaines ! J'ai la plus grande avidité de la mer, la grande allongée toujours mouvante que les... [Lire la suite]

lundi 20 mars 2017

JULES SUPERVIELLE...Extrait

Il vous naît un poisson qui se met à tourner Tout de suite au plus noir d'une lame profonde, Il vous naît une étoile au-dessus de la tête, Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux Que ses soeurs de la nuit les étoiles muettes.   Il vous naît un oiseau dans la force de l'âge, En plein vol, et cachant votre histoire en son coeur Puisqu'il n'y a que son cri d'oiseau pour la montrer. Il vole sur les bois, se choisit une branche Et s'y pose, on dirait qu'elle est comme les autres.   Où courent-ils ainsi ces... [Lire la suite]
jeudi 2 mars 2017

JULES SUPERVIELLE...Extrait

Tout ce qu'il y a de grand au monde est rythmé par le silence : la naissance de l'amour, la descente de la grâce, la montée de la sève, la lumière de l'aube filtrant par les volets clos dans la demeure des hommes. Et que dire d'une page de Lucrèce, de Dante ou de d'Aubigné, du mutisme bien ordonné de la mise en page et des caractères d'imprimerie. Tout cela ne fait pas plus de bruit que la gravitation des galaxies ni que le double mouvement de la Terre autour de son axe et autour du Soleil... Le silence, c'est l'accueil,... [Lire la suite]
lundi 27 février 2017

HOMMAGE A LA VIE

C’est beau d’avoir éluDomicile vivantEt de loger le tempsDans un coeur continu,Et d’avoir vu ses mainsSe poser sur le mondeComme sur une pommeDans un petit jardin,D’avoir aimé la terre,La lune et le soleil,Comme des familiersQui n’ont pas leurs pareils,Et d’avoir confiéLe monde à sa mémoireComme un clair cavalierA sa monture noire,D’avoir donné visageÀ ces mots : femme, enfants,Et servi de rivageÀ d’errants continents,Et d’avoir atteint l’âmeÀ petits coups de ramePour ne l’effaroucherD’une brusque approchée.C’est beau d’avoir... [Lire la suite]
jeudi 8 septembre 2016

LE PREMIER ARBRE

C'était lors de mon premier arbre,J'avais beau le sentir en moiIl me surprit par tant de branches,Il était arbre mille fois.Moi qui suis tout ce que je formeJe ne me savais pas feuillu,Voilà que je donnais de l'ombreEt j'avais des oiseaux dessus.Je cachais ma sève divineDans ce fût qui montant au cielMais j'étais pris par la racineComme à un piège naturel.C'était lors de mon premier arbre,L'homme s'assit sous le feuillageSi tendre d'être si nouveau.Etait-ce un chêne ou bien un ormeC'est loin et je ne sais pas tropMais je sais bien... [Lire la suite]
mercredi 1 juin 2016

JULES SUPERVIELLE...Extrait

Saisir quand tout me quitte,Et avec quelles mainsSaisir cette pensée,Et avec quelles mainsSaisir enfin le jourPar la peau de son cou,Le tenir remuantComme un lièvre vivant ?Viens, sommeil, aide-moi,Tu saisiras pour moiCe que je n’ai pu prendreSommeil aux mains plus grandes. .   JULES SUPERVIELLE   .   Oeuvre Tchoba http://www.tchoba.com  
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mardi 4 novembre 2014

L'ESPERANCE

Dans l’obscurité pressentir la joie, Savoir susciter la fraîcheur des roses, Leur jeune parfum qui vient sous vos doigts Comme une douceur cherche un autre corps. Le coeur précédé d’antennes agiles, Avancer en soi, et grâce à quels yeux, Eclairer ceci, déceler cela, Rien qu’en approchant des mains lumineuses. Mais dans quel jardin erre-t-on ainsi Qui ne serait clos que par la pensée ? Ah pensons tout bas, n’effarouchons rien, Je sens que se forme un secret soleil.   .   JULES SUPERVIELLE   .     ... [Lire la suite]
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mardi 12 mars 2013

LA NUIT

Attendre que la Nuit, toujours reconnaissableA sa grande altitude où n’atteint pas le vent,Mais le malheur des hommes,Vienne allumer ses feux intimes et tremblantsEt dépose sans bruit ses barques de pêcheurs,Ses lanternes de bord que le ciel a bercées,Ses filets étoilés dans notre âme élargie,Attendre qu’elle trouve en nous sa confidenteGrâce à mille reflets et secrets mouvementsEt qu’elle nous attire à ses mains de fourrure,Nous les enfants perdus, maltraités par le jourEt la grande lumière,Ramassés par la Nuit poreuse et... [Lire la suite]
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vendredi 15 juin 2012

ET DIEU CREE LA FEMME...

Pense aux plages, pense à la mer Au lisse du ciel, aux nuages, A tous celà devenant chair Et dans le meilleur de son âge, Pense aux tendres bêtes du bois, Pense à leur peur sur tes épaules, Aux sources que tu ne peux voir Et dont le murmure t’isole, Pense à tes plus profonds soupirs, Ils deviendront un seul désir, A ce dont tu chéris l’image, Tu l’aimeras bien d’avantage. Ce qui était beaucoup trop loin Pour le parfum ou le reproche, Tu vas voir comme il se rapproche Se faisant femme jusqu’aù lien, Ce dont rêvaient... [Lire la suite]
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lundi 11 juin 2012

FAMILLE DE CE MONDE

Et des milliers de bourgeons viennent voir ce qui se passe au monde Car la curiosité de la Terre est infinie. Et l'enfant naît et sa petite tête mal fermée encore Se met à penser dans le plus grand secret parmi les grandes personnes tout occupées de lui. Et il est tout nu sous la pression exigeante de la lumière du jour Tournant de côté et d'autre ses yeux presque aveugles au sortir de la nuit maternelle, Emplissant la chambre, comme il peut, de ce vagissement venu d'un autre monde. Et bien que parachevé, il s'ouvre encore à la... [Lire la suite]