mardi 27 septembre 2016

ALGER

Dans ma larme s’étend l’injuste addition que m’impose l’éloignement et que je règle de mes pleurs d’apatride à l’émotivité déchue. Ma larme renferme la broche kabyle de ma mère, le henné qui fleurait sa main et une pierre de ma maison criblée des traces de mes rires et de mes chroniques d’enfant cédées à la confiance close de mon pacte avec de tristes avantages. J’ai dans ma larme quelques gouttes de la pluie qui tombe sur Alger et un peu des soupirs des justes râlants sur la hampe de son drapeau brûlé. J’ouvre ma larme comme on ouvre... [Lire la suite]

lundi 26 septembre 2016

À TOI QUI SAIS TENIR PAROLE

Toi, femme aux mains de poignante douceur, lèvres offertes comme fardées au pinceau rouge du vin des noces de Cana, je salue en ta chair la naissance du monde, toutes saveurs du sel, ton parfum de fourrure, l'appel sourd de la terre, sa promesse de source, son octroi de froment.Toi, femme qui inventes la prosodie de mes paroles, toi par qui mes songes prennent corps ; tu as flétri mes cauchemars dans tes flancs de longue houle.Avant toi, rien, jamais, ne m'avait suggéré que le poème est la pâture pour faire éloge ou récuser ; que sa... [Lire la suite]
mardi 20 septembre 2016

PORTRAIT AVEC DES DONATEURS ...Extrait

 Merci Thami   J'aime au linge associer la guêpeSurtout si l'été fut clair et l'ombre striéePar les fentes des volets. Le sang court plus viteDans les vaisseaux et on voit mieux les tachesSur la peau des vipères. Même les ronces deviennentVenimeuses, les femmes descendent vers la riveEt regardent dans l'eau trembler leur corpsParmi les peupliers. Le linge à cause des guêpesSe fait ruche et guêpière, lacère les hanches,Sur la mousse s'amoncelle et débordant des brouettesLivre au courant ses taches, ses lunes, ses bouillons.... [Lire la suite]
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lundi 19 septembre 2016

LE LIVRE DES QUESTIONS...Extrait

Le passé a la voix de chaque empreinte, de chaque caresse ou blessure laissées par nous au sol et autour ou faites à un être. Une chambre est peuplée de bruits divers qu'ordonne le silence. Tu les écoutes à l'instant où, pareils à un vol de voluptueux phalènes, ils s'approchent de la lampe pour être brûlés. Ton corps, comme le mien, répond de mille marques invisibles dont nous sommes seuls à connaître et à taire l'histoire.   .   EDMOND JABES   .
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lundi 19 septembre 2016

LETTRE A DES AMIS PERDUS

Merci Agnès..   Vous étiez là je vous tenais Comme un miroir entre mes mains La vague et le soleil de juin Ont englouti votre visage Chaque jour je vous ai écrit Je vous ai fait porter mes pages Par des ramiers par des enfants Mais aucun d’eux n’est revenu Je continue à vous écrire Tout le mois d’août s’est bien passé Malgré les obus et les roses Et j’ai traduit diverses choses En langue bleue que vous savez Maintenant j’ai peur de l’automne Et des soirées d’hiver sans vous Viendrez-vous pas au rendez-vous Que cet ami perdu... [Lire la suite]
dimanche 18 septembre 2016

OSSELETS D'AMOUR

mes amis mortstellement vivantstellement présentsje ne pense jamais à vousvous vous imposezen venant là où je me hanten'importe oùce grain de solitudepar lequel votre voix-la mienne aussi- se délestes'élève entre rêve réalitéhors des formes furieusesoù s'esquisse une humanitési peureuse si frileusemes enfants mes parentsje vous vois nuageuxparmi les méandres du soleilvous venez vous abriterles jours d'oragedans les alvéoles de ma chairà l'abris de mes paupièresnous ne nous perdons jamais de vueen dépit d'une impossible distancenous... [Lire la suite]
Posté par emmila à 17:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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dimanche 18 septembre 2016

PROSES ANDALOUSES...Extrait

... Je te porte en moi, Grenade, ma blessure. Je t’investis de mémoire et de songe Quand luit, sous le feuillage des paupières, Ta lente parabole. Je te confère une évidence de pierre Dans la profuse exaltation des myrtes, Et tes créneaux lacèrent une légende Où vont rêvant d’indicibles sultanes Je te porte en moi, ma blessure, Grenade Couronné d’ombre et de fontaines, J’écoute Dieu s’épandre Dans l’or obscur des arabesques Tandis qu’un pas envoûte l’Albaïcin Entre des fronts de neige dure Et monte aux grottes où... [Lire la suite]
dimanche 18 septembre 2016

LES PAS DE L'EAU...Extrait

La vie n'est pas cette chose que nous oublions, toi et moi, L'ayant égarée naguère dans la niche de l'habitude. La vie est cette main tendue qui s'apprête à cueillir Les premières figues noires dans la bouche acre de l'été, La vision qu'offre l'arbre aux yeux multiples des insectes, La sensation étrange qu'éprouvent les oiseaux migrateurs, Le sifflement d'un train qui vire dans le rêve d'un pont, La vie est reflet multiplié par le miroir, Fleur "à la puissance de l'éternité", Elle est : terre amplifiée par nos battements de cœur,... [Lire la suite]
samedi 10 septembre 2016

DANS MES POCHES D'ENFANT

La vie s’est réfugiée dans ma gorge et ma langue, toute une vie d’éponge à boire la lumière, à cracher les pépins, à traverser les ombres. Parmi les lettres éparpillées sur la table, les cahiers, les papiers, se promènent les phrases. Elles trébuchent parfois sur une miette de pain ou bien se noient dans une tache de vin. Elles s’effacent et renaissent. J’en cache quelques-unes dans mes poches d’enfant. J’en fais une cabane où rêvent les vieux meubles, là où les planches aspirent à retrouver la terre, les racines, les feuilles. Je vis... [Lire la suite]
jeudi 8 septembre 2016

NOUS AVONS NOS NUITS INSOMNIAQUES...Extrait

Les poètes proclament le vrai, ils pourraient être dictateurs et sans doute aussi prophètes, pourquoi devons-nous les écraser contre un mur incandescent ? Et pourtant les poètes sont inoffensifs, L’algèbre douce de notre destin. Ils ont un corps pour tous et une mémoire universelle, pourquoi devons-nous les arracher comme on déracine l’herbe impure ? Nous avons nos nuits insomniaques, les mille calamiteuses ruines et la pâleur des extases du soir, nous avons des poupées de feu comme Coppélia et nous avons des êtres turgescents de mal... [Lire la suite]