dimanche 19 février 2017

INSOMNIE

Je dis : ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison ! Maison des beaux étés obscurs de mon enfance, à vous Qui n’avez jamais grondé ma mélancolie, à vous Qui saviez si bien me cacher aux regards cruels, ô Complice, douce complice ! Que n’ai-je rencontré Jadis, en ma jeune saison murmurante, une fille À l’âme étrange, ombragée et fraîche comme la vôtre, Aux yeux transparents, amoureux de lointains de cristal, Beaux, consolants à voir dans le demi-jour de l’été ! Ah ! j’ai respiré bien des âmes, mais nulle... [Lire la suite]

dimanche 19 février 2017

LA POSSIBILITE D'UNE ÎLE...Extrait

... Et la mort qui avance A petits cris plaintifs, Dansant sa drôle de danse Sur mon centre émotif Qui grimpe dans le lit, Soulève les couvertures ; Mon amour aboli, Pourquoi tout est si dur ?   Au bout de quelques mois (Ou de quelques semaines) Tu t’es lassée de moi, Toi que j’avais fait reine. Je connaissais le risque, En mortel éprouvé ; Le soleil, comme un disque, Luit sur ma vie crevée.   Il n’y a pas d’amour (Pas vraiment, pas assez) Nous vivons sans secours, Nous mourons délaissés. ... [Lire la suite]
samedi 18 février 2017

BERTHE MORISOT - 1841-1895

À voir la détermination avec laquelle Berthe Morisot nous regarde, nous pourrions penser qu’elle a trouvé facilement sa place d’artiste. Une palette est esquissée sur la gauche de trois mouvements tournants. Elle porte une fleur bleue à la boutonnière, «  comme une décoration  », dira Mallarmé, elle se tient droite, la tête tournée vers le spectateur, et elle nous regarde de ses célèbres yeux noirs qui ont tant fasciné Manet. Paul Valéry écrira d’ailleurs au sujet de ses yeux  : «  Berthe Morisot vivait dans ses... [Lire la suite]
Posté par emmila à 17:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
jeudi 16 février 2017

JEAN LAVOUE...Extrait

Aux forces qui divisent Aux branches qui se lézardent Aux écorces mortes qui de partout craquèlent Saurons-nous opposer avec calme Cette poussée de sève Dans la nuit de l'arbre Ce surgissement de bourgeons Ce bruissement de rameaux et de tiges Ce remuement de terre Ce soulèvement par milliers Des crocus de l'aube Cette fine poussée en gloire D'un printemps qui n'a que faire De nos vieilles rancœurs De nos peurs attisées De nos calculs sans joie De nos slogans futiles De nos amertumes dérisoires ?   .   JEAN LAVOUE ... [Lire la suite]
dimanche 12 février 2017

UN CAHIER DANS MA POCHE

Il neige comme un lait renversé. Un cahier dans ma poche me sert de fenêtre. Quand je le sors et l'ouvre, je vois la mer et les oiseaux, le bleu du ciel qui surnage, des pages pleines de cerfs-volants. Ça sent la résine entre les mots, le sapinage entre les lignes, l'espoir en bout de page. J'y ramasse avec les yeux la terre des forêts. Les mots d'amour ne sont jamais perdus. Ils rejoignent ce fleuve qui nous maintient en vie. C'est par les yeux que j'entre dans le monde, par les mots que j'en sors. Quand on perd son enfance, adulte,... [Lire la suite]
lundi 6 février 2017

DERNIER POEME

 À l’âge de Guérin (14), à l’âge de Deubel (15),un peu plus vieux que toi, Rimbaud (16)anté-néant,parce que cette vie est pour nous trop rebelleet parce que l’abeille a tari tout pollen ; ne plus rien disputer et ne plus rien attendre,et couché sur le sable ou la pierre, sous l’herbe,fixer un regard tendresur tout ce qui deviendra quelque jour des gerbes. Fixer un regard tendre ! Tendresse de l’absence,dans le Néant, Néant auquel je ne crois guère !Mais est-il plus pure présenceque d’être à toi rendu, ô Mère douce, ô... [Lire la suite]
Posté par emmila à 14:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

jeudi 2 février 2017

LE SEUIL, LE SABLE...Extrait

Tu veilles dans tes yeuxaux bambous de ténèbresUne lampe pour les autresceux qui t’observentLe sang essuie les vitresde nos maisons en ruinesPetites ombres tu suis les mortsà la trace de nos pasFraîcheur des lignes des barbelésOn se fait signe avec les lames de la roseLes amants affrontent leur visageLeur voix peuple les ondes de ce pays au tienaux abîmes d’étoiles Place à l’eau qui dort dans l’eau au creux des mainsà l’air à ses chapeaux trop larges pour nos têtesau sable à l’herbe jeune sœur de nos orteils Place aux brebis du... [Lire la suite]
Posté par emmila à 21:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
jeudi 2 février 2017

PAUL AUSTER ...Extrait

De la perte. Et d’une perte telle qu’elle pille l’esprit – jusqu’à la perte même de l’esprit. Commencer avec cette pensée : sans rime ni raison. Et puis simplement attendre. Comme si le premier mot venait seulement après le dernier, après une vie d’attente du mot qui était perdu. Ne pas dire plus que la stricte vérité : les hommes meurent, le monde déçoit, les mots n’ont aucun sens. Et par conséquent ne rien demander que les mots. Mur de pierre. Coeur de pierre. Chair et sang. Autant que tout ceci. Plus.   . ... [Lire la suite]
lundi 30 janvier 2017

POCHADE POUR ROBERT MARTEAU

passent les nuages dans un ciel de Poussin puis ma fenêtre disparaît dans un Magritte mal encadré et bourdonne la vie passent les ponts sur l’eau l’eau sous les ponts le vin coulant dans les goulots les gorgotons la vie va et nous allions dans un sonnet disiez-vous la prière est l’abeille de l’abîme c’était enguirlander le vieux néant comme Pollock ou Riopelle et bourdonne la vie Paris où est-ce si je ne sais où nous sommes étions depuis la Butte-aux-Cailles jusqu’en la galerie du Fleuve pendant... [Lire la suite]
Posté par emmila à 20:24 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
lundi 30 janvier 2017

ENTRELACS

La grâce d’une chute de moineau dans le monde Je te la donne, femme des paysages, Plus grande avec passion dans le bruit des montagnes Toute brûlure sur tes seins toute froidure sur tes dents Tant de désir au fagot de tes jambes Le nuage a trouvé ton nom de compassion Dans des débris de blé et des actes de sable Fastueuse est ta vie immensément servante La nuit de ta fougère jusqu’au ciel Les prairies perdues de ta vie s’évaporent Autour de toi, femme des paysages, Amoureuse et féconde, Enfermée dans des entrelacs... [Lire la suite]