samedi 21 juillet 2018

A MON PAYS RETROUVE

Je reviens en septembre, le mois de ma naissance, dans un camion presqu’animal, et la phrase sourde du moteur comme une berceuse de l’enfance conte l’histoire d’un homme et de son sac de sable. Mon pays est plus vaste que mon bagage. Le ciel encombré d’un nuage géant et le dos basculant de la terre que je vois respirent comme un bœuf à l’énorme poitrail. C’est un matin enluminé de fermes blanches et d’arbres aux feuilles filantes comme mes pensées, et depuis l’appel du premier corbeau piquant du bec et de l’âme le reste... [Lire la suite]

samedi 7 juillet 2018

BRUNO ODILE...Extrait

Nous portons nos enfances jusqu’aux bords ruisselants de nos frontières. Des bouts de fils et de laine blanche tricotent ensemble des longs cordages extravagants. Nos candeurs exhalées dévisagent le monde et tirent la langue aux passants incongrus. Nous portons nos enfances comme le charretier conduit son attelage, se frayant un chemin parmi les ombres et les ravins. Nous détenons dans le regard toute la source de nos magnificences et c’est de ce reflux d’images, tantôt normales, tantôt subliminales, que nous extirpons des vagues... [Lire la suite]
lundi 30 avril 2018

WITHOUT END...Extrait

Cherche à chanter le monde mutilé.Rappelle les longues journées de juinEt les fraises, les gouttes de vin rosé.Les orties qui, méthodiquement, recouvraientLes maisons abandonnées par ceux qui en avaient été chassés.Tu dois chanter le monde mutilé.Tu as regardé des bateaux et des voiliers élégants,Attendus d’un long voyageOu seulement d’un néant saumâtre.Tu as vu des réfugiés aller vers le néant,Tu as entendu les bourreaux chanter allègrement.Tu devrais célébrer le monde mutilé.Rappelle ces instants, quand vous étiez ensembleDans une... [Lire la suite]
jeudi 22 mars 2018

PREAMBULE

J'ai eu envie de plonger dans l'espace changeant de la mémoire. L'élément déclencheur, ce fut le retour imprévu dans la région non pas de mon enfance mais de mes origines, ou plutôt d'une partie de mes origines. C'est un lieu à la fois connu de moi car je l'ai expérimenté et j'y ai des souvenirs mais c'est également un lieu raconté par les miens, et ce de tant de manières différentes qu'il m'arrive d'avoir la sensation d'une vision multiple, à la fois précise et brouillée. Les époques s'entremêlent, les personnages et les événements... [Lire la suite]
samedi 30 décembre 2017

AUTRES MESURES...Extrait

A petits pas qu'importe !De l'autre côtéle temps ne presse plus.De l'autre côtél'instant ne leurre plus. Le voyage ne finit pasde désarticulerqu'importe le pas. Marcheur immobiledans l'eau qui emportemalgré soivers l'irrésistible.. Oeillade des feuxnuits où les rêvesprennent corps et nous écrasentde tendressele marcheur loin des voiesqui se dupliquentne sait quoi butinerle temps qui se ramasseet reste dans l'angle mortle désir défiant le silenceou cet infime frémissementque le vent porteavec l'averse ? Magie des voix pierreusesdes... [Lire la suite]
Posté par emmila à 20:39 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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lundi 2 octobre 2017

STÈLE D’UN MARCHEUR INCONNU

Pensif, sans rien révéler de ses origines, de quel lieu ses parents, de quelle province son autel, malade et pareil à un dieu dans l’incertain, dans l’achèvement muet, cet homme est parvenu ici et ici il se repose, en un point ignoré situé entre l’adieu aux siens et la nuit. Ici il se couche, silencieux et ultime, dans le temps épuisé de son voyage.     .     ESPERANZA LÓPEZ PARADA traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet Extrait de Los tres dias in Poésie espagnole -1945-1990, ... [Lire la suite]

mercredi 23 août 2017

JE T'AIME AU GRE DE LA MORT...Extrait

Lorsque je serai tué, un jour d'entre les jours l'assassin trouvera dans ma poche des billets de voyage un pour la paix un pour les champs et la pluie un autre pour la conscience des hommes ( Je t'en prie ô mon cher assassin ne néglige pas les billets je t'en prie voyage ! ) . SAMIH AL-QÂSIM Traduction Abdellatif Laâbi .        
lundi 21 août 2017

HEURE D'EXIL

Je te dédie cet espace librement consenti je te dédie ce retour ce vol contre vents et nuages contre la montre vers cette terre naufragée dans mon âme Je te dédie cette lumière cette musique et les mille frôlements de nos corps Je te dédie ce voyage recommencé à tes côtés cet éternel retour où je t'ai retrouvée Je te dédie ta silhouette par mes yeux envoûtée l'unique mémoire de quarante ans d'attente Je te dédie cette inoubliable volonté de lutte cet espoir regreffé à ta voix à ta tendresse à notre angoisse Je te dédie la... [Lire la suite]
lundi 21 août 2017

LES INTUITIONS DE LA MAIN...Extrait

je dis ce que je voisla porteuse de peau au buisson des ardentsmême si dans le rosier le rouge-gorge est en haillons peindre n’a pas de limitescar le peintre a un prochainles formes sont encore nues dans les intuitions de la mainpour en surprendre les limites le corps sera le seul voyageon s’approche ainsi d’un jardin où la nuque se détache d’un oiseau par une pincée d’intuitionsans repères qu’une bouche attelée à une autre boucheet la langue pour faire un vœu. .     MARCEL MIGOZZI     . Oeuvre Fatat... [Lire la suite]
Posté par emmila à 17:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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jeudi 10 août 2017

DJAFFAR BENMESBAH...

Bonjour la rue des sottes nuits hivernales Pavée de mes pas et mes détours maudits Mes soupirs, mes plaintes et mes râles Reviennent ombrager tes accès interdits Vieux drille je suis, assidûment étranger Tel un Oyat des plages de colères arraché Obviant vaille que vaille aux vergetures Et à l'essor guindé des vaudevilles futurs Du village qui m’a vu naître et les déconvenues Passant par les cités d’ombres que j'ai connues Jusqu'à Paris où j'ai chaviré de mes ails d’agami Étranger là où j'ai été et chanté, là où j'ai dormi. ... [Lire la suite]