DE L’AFFECTION ET PUIS S’EN VONT
Je caresse le chien assis sur le perron.
Je caresse le matin, le bourdon, le liseron.
Je caresse le ciel légèrement plus grisonnant grâce au nuage de pollution.
Et puis les rumeurs des camions sur le goudron.
Je caresse la suffisance, l’orgueil et la méchanceté.
Et puis la poussière dans les yeux sans larmes des survivants.
Et puis la brûlante détresse sous la peau de ceux qui ne sont pas aimés.
Je caresse l’abnégation des malades recommençant à se battre.
Et cette incessante succession de secondes
qui nous enfonce son miraculeux grignotement dans les synapses.
Je caresse l’ombre qui meurt et la larve qui possède l’insecte,
vous savez ces insectes zombis,
grignotés et dirigés de l’intérieur comme des robots qui souffrent par un parasite.
Je caresse la mélancolie du surfeur d’argent solitaire à jamais perdu dans l’espace et le temps.
Et celle du coiffeur de Donald Trump,
et celle du majordome de Poutine,
et celle du tailleur de Kim Jong-Un,
et celle du kiné de Bolsonaro.
Je caresse la lasse fatigue de l’homme qui entre en premier dans l’entrepôt
accompagné des grésillements successifs des néons qui s’allument par dizaines.
Je caresse le soupir premier de la gardienne de prison et le gémissement dernier du prisonnier.
Je caresse le beurre qui fond près de la montagne de nourriture
pourrissant au soleil des affamés.
Je caresse le joli silence argenté de la mer
venant tout juste d’engloutir une famille entière.
Je caresse la mort dans le sens des os et le dos courbé des mots
et l’idée de ce qu’il faudrait faire que je ne ferai pas.
Une caresse une petite caresse.
Une petite caresse et c’est bon.
Allez, laissez-moi maintenant.
Le vent ne souffle pas encore et je dois essayer de vivre.
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THOMAS VINAU
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Artiste inconnu