LE BRUANT ZIZI
Son chant n’est pas vraiment un chant :
il crécelle ou il crécerelle,
il coqueluche nuit et jour,
au désespoir de ses voisins,
sur les roseaux et les arbustes,
imitant sistres et cymbales
des cigales sciant l’été
pour faire d’août une obsession.
Possible qu’il ait déniché
cette discordance sonore
en fouillant bruyère et broussailles,
qu’il ait piqué dans l’entrelacs
des racines et des rhizomes
les z et les i de son nom,
cette étiquette ridicule
qui lui colle encore à la plume
par la faute d’un paysan
ou celle d’un ornithologue.
Si l’on en croit les oiseleurs :
oiseau qui braie en plus de bruire,
pour réveiller le vieux soleil,
il ferait pire, côté chant,
en imitant le coq et l’âne
et en passant sans passeport
du chant de l’un au chant de l’autre,
martelant inlassablement
sa ritournelle minimale.
Pas Stradivarius pour un sou,
ce Gargantua des broussailles
n’est pas, non plus, un fin gourmet,
un de ces colibris subtil
qui fascine les orchidées
pour prélever leur suc secret
avec le tact imperceptible
d’un ange botticellien.
En clair, zizi, jaune et fantasque,
notre bruant reste bruyant,
parfois braillant et brayant même
mais il est, quand même efficace :
avec son bec, vrai casse-noix
que Nature lui a donné,
il s’empresse de concasser
ce qui lui tombe sous le bec,
les graines et les scarabées,
avant, après les parenthèses
où il avale baies et vers.
Cette folle fringale explique
qu’il cède à tous les traquenards
pour finir lamentablement
en compagnie de l’ortolan
dans une affriolante assiette.
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RAYMOND FARINA
Extrait de Les grands jaseurs de Bohême suivi de
L’oiseau de Paradigme, N & B éditions 2024
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