UN JOUR, JE L'ATTENDRAI
“On rentre à la maison après, hein Maman ? Comme la dernière fois ?”
La table est froide sous mes pattes.
Elles tremblent.
Je glisse un peu.
L’air sent le métal et le savon. Une odeur étrange, piquante… pas comme à la maison.
Je lève la tête vers Maman.
Ses yeux sont rouges. Ses doigts serrent ma patte si fort que ça fait un peu mal, mais je n’ose pas bouger.
Quand j’essaie de lui lécher la main, elle étouffe un sanglot.
La dame en blouse bleue me caresse doucement la tête. Elle sourit… mais c’est un sourire triste.
Celui qu’on fait quand on sait que quelque chose va se briser.
Je voudrais lui demander encore :
“On rentre après, hein Maman ? Comme la dernière fois ?”
La dernière fois, après la piqûre, on est rentrés.
Elle m’a fait du poulet.
On s’est endormis ensemble sur le canapé.
C’était bien.
Je veux juste que ce soit pareil.
Mais Maman ne parle pas.
Elle pose son front contre le mien.
Ses larmes tombent sur ma truffe, chaudes, salées, comme la mer.
Je ferme les yeux.
Je respire son odeur une dernière fois.
Celle de la maison, du jardin, du bonheur.
Le monsieur en blouse blanche murmure quelque chose.
Je sens une caresse, puis une petite piqûre.
Rien de méchant.
Juste une chaleur douce qui monte, qui m’enveloppe.
Mes douleurs s’en vont.
Mon souffle devient léger.
Je flotte presque.
Maman chuchote d’une voix brisée :
“Je t’aime, mon bébé…”
Et moi, dans ma tête, je lui réponds :
“Je t’aime plus. Je t’aimerai toujours.”
Mes paupières se ferment. Tout devient noir.
Puis… tout devient lumière.
Je me lève.
Mes pattes sont solides. Mon cœur est fort.
Le monde est beau, doré, paisible.
Je me vois sur la table, endormi.
Maman pleure dans mon pelage.
Je veux courir vers elle, lui dire que ça va, que je ne souffre plus.
Mais une voix douce me chuchote :
“Viens, petit. Il est temps.”
Alors je regarde Maman une dernière fois.
Je frotte doucement ma tête invisible contre sa joue.
Elle frissonne. Elle a senti.
Et je pars.
La queue qui bat, le vent dans les oreilles.
Vers un champ infini, baigné de lumière.
Je sais qu’un jour, elle viendra.
Et ce jour-là, je l’attendrai.
Balle dans la gueule.
Prêt à jouer.
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AUTEUR INCONNU
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