PATRICK ACOGNY ...Extrait
On parle encore parfois de « danses primitives » pour désigner les danses africaines. Ce mot paraît anodin, mais il transporte avec lui une histoire lourde, celle d’un regard qui a longtemps nié la pensée, la technique et l’esthétique de nos gestes.
Le terme « primitif » n’a jamais décrit une réalité chorégraphique. Il a servi à classer, hiérarchiser, assigner des corps à une supposée spontanéité instinctive, comme si ces danses ne relevaient ni d’un savoir, ni d’un système, ni d’une mémoire.
Or les danses africaines témoignent d’une sophistication profonde : polyrythmie, polycentrisme, travail précis de la colonne vertébrale, rapport au sol, fonction symbolique ou rituelle, variation comme moteur de création. Elles s’inscrivent dans des cosmologies, des contextes sociaux, des philosophies du temps et du corps. Rien n’y est « premier ». Tout y est construit, situé, pensé.
La catégorie « primitive » masque cela. Elle efface l’historicité, la modernité africaine, les trajectoires de Mudra Afrique, l’émergence des scènes contemporaines, le travail des écoles comme l’École des Sables. Elle empêche de voir que ces danses sont des archives vivantes, des outils de connaissance, des formes d’invention.
Nommer autrement, ce n’est pas un caprice lexical. C’est reconnaître la valeur d’une pensée du mouvement qui a été longtemps déconsidérée.
Les danses africaines ne sont pas primitives. Elles sont multiples, historiques, politiques, sensibles. Elles sont et j'insiste là-dessus, des savoirs.

PATRICK ACOGNY

/image%2F1206717%2F20251215%2Fob_ef22ef_acogny.jpg)