THIERRY MATHIASIN ... Extrait
Nous voilà ramenés au seuil des rêves
qu'on croyait morts sur la lèvre de ceux
qui ont fini de crier,
de ces corps fourbus où la poussière ressemble à une promesse tremblante
de floraison,
une levée d'aube sur la face des croque-morts
Je me demande où vont les larmes quand la mer a perdu ses grandes enjambées sur l'enclos des vestiges brûlés,
les rires se sont effacés dans les traînées d'écume qui s'essoufflent au bord des grands murs dressés, ravagés de jours blessés ?
À perte de décombres,
le sang se ressource aux cicatrices,
derrière l'épaule meurtrie des frontières,
souffle un grand vent cinglant défiant le rire sarcastique des pantins pathétiques.
À quel horizon arrimer encore la joie perdue des visages,
fixer l'exil sur la peau de ce qui ne verra plus le pays natal,
ni retrouver la source vive des racines ?
Le temps se repaît sous nos yeux sans que nos mains puissent cueillir les fruits où les ombres ont sévit,
les îles veillent le long des nuits sans sommeil,
criant des envolées pour le monde se vautrant dans des relents fascistes.
La rage forge dans l'amour l'insurrection des fleurs,
un volcan pour renaître d'une matrice insondable,
des roches gravées pour éprouver le verbe terrible des fluides,
habiter éperdument la femme revenue des soifs cruelles.
Nous louons d'incroyables ferveurs aux cuisses offertes des latitudes,
traçons dans les entrelacs veineux notre part de fertilité sauvée des sentences,
prions parfois comme des fervents fourvoyés qui subissent le ciel sans pardon.
Les rivières que les mornes gardent aux bras de l'enfance ont allumé d'innombrables crues
pour que demain ma terre ne finisse pas de chanter entre les chaînes rouillées,
et la fermentation des sueurs,
la sève impérieuse des saisons

THIERRY MATHIASIN

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