INSTANTS DE JEUNESSE – XVIII
Nous n’avons rien conservé
de toi.
Ni la couleur de tes yeux
Qui erre parfois dans mon sommeil,
Tantôt bleue, tantôt noire.
Ni la couleur de tes cheveux
où chantait la lumière.
Rien que ta voix,
cette voix
du lointain été
dans l’eau
qui pleure sans arrêt d’héroïques mirologues.
Dans le feu
qui brûle sans cesse
derrière nos habits de cendre.
Nous n’avons pas conservé tes mains
-tes mains habiles-
qui se changeaient en formes analogues aux visages,
analogues aux lèvres,
analogues aux paysages.
Rien que ta voix
toujours la même, et beaucoup de mort
…
Dans l’eau
notre voix furtive
pleure sur le même ton,
chante les mêmes paroles,
au-dessus des toits
avec beaucoup d’amour et beaucoup de mort,
la nuit elle envoie les rêves sur nos paupières,
le jour, elle réveille la peine
dans les prunelles de nos yeux,
bénissant les épis,
bénissant les enfants
dont chacun prend un peu ta voix.
Assis derrière les lauriers-roses
nous attendons que ton visage apparaisse.
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PITSA GALAZI
Traduit du grec par Gaston-Henry Aufrère
Editions Nagel, 1972
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Oeuvre Frédéric Bazille