SERGUEÏ ESSENINE... Extrait
J’en ai assez du pays natal
à me languir d’étendues de seigle,
je vais quitter ma chaumière,
me faire vagabond et voleur.
J’irai dans l’éclat pommelé du jour
chercher quelque misérable toit.
Et de la tige de sa botte l’ami cher
affûtera son couteau contre moi.
Soleil et printemps dans les près
Inonderont la route jaune,
mais celle dont je chéris le nom
me claquera la porte au nez.
De retour à la maison du père
consolé par la joie d’autrui,
en une verte soirée, sous la fenêtre
à ma manche je me pendrai.
Lors, les vieux saules à la haie
courberont la tête un peu plus.
Tandis que sans eau lustrale
on m’enterrera au cri d’un chien.
Cependant que la lune de glisser, glisser…
plongeant ses pales dans les lacs
et toujours ma Rus’*, à la barrière
vivre, danser, et pleurer à sa manière.
* Nom de la Russie ancienne liée à Kiev, berceau des premiers grands-princes russes d’origine scandinave.
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SERGUEÏ ESSENINE
1916.
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oeuvre Anatoly Kojewnikov
1907