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EMMILA GITANA
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3 avril 2026

MICHEL ONFRAY, LETTRE À UN INDIGNE...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Monsieur Michel Onfray – sans formule de politesse. Nous nous sommes connus, il y a fort longtemps, c’était une autre époque, sans doute même une autre version de la France. Vous étiez alors une sorte de combattant, indéfinissable, mais combattant malgré tout. Lorsque vous avez créé, en 2002, l’université populaire de Caen (UPC), qui proposait un programme de séminaires gratuits et ouverts à tous les publics, nous avions été séduits par la découverte de cette initiative authentiquement citoyenne. Nous sommes venus à plusieurs reprises, notamment avec l’ancienne journaliste de l’Humanité Magali Jauffret, et nous vous avons ainsi invité à débattre à l’espace des Ami·es de l’Humanité, à la Fête de ­l’Huma. Depuis, vous avez non seulement quitté l’UPC en 2018, mais de dérives en dérives, qu’on ne saurait qualifier d’«intellectuelles», plus rien ne nous étonne. Monsieur Onfray : le mot «philosophe», dans la définition du Larousse, signifie «spécialiste de la philosophie. Qui fait preuve de calme et de sagesse». Le bloc-noteur, qui vous serra la main jadis et lut avec intérêt nombre de vos livres, ne saurait dire s’il existe une explication psychanalytique ou politique à votre déroute de «philosophe».

 


Après vos charges contre Freud, après l’éloge de Charlotte Corday, après avoir fusillé une seconde fois Guy Môquet, après l’assassinat (d’une malhonnêteté confondante) de Jean-Paul Sartre, après avoir dénoncé ce que vous avez appelé des «messes cathodiques» en faveur des immigrés qui feraient passer le sort des étrangers avant celui des Français «de souche» qui souffrent, après avoir vanté la possibilité d’une gestion «libertaire du capitalisme» tout en assurant «ne pas être contre le capitalisme», vous, l’auteur du Traité d’athéologie, vous avez basculé dans l’irresponsabilité permanente, de CNews aux relents d’extrême droite mâtinés de «souverainisme des deux rives», de même avec votre revue Front populaire au titre volontairement détourné, vous avez quitté le rouge pour vous parer du brun. Sans filtre. Vous avez beau toujours vous revendiquer «de gauche», la supercherie ne passe plus. Chacun a constaté les velléités identitaristes et nationalistes de vos offensives. Un «Zemmour de gauche», cela n’existe pas, monsieur Onfray !

 


De la déroute au naufrage, il n’y avait qu’un pas. La logique interne d’une trajectoire. Votre phrase contre Bally Bagayoko n’est pas un dérapage : c’est votre aboutissement, vous l’ex-philosophe devenu éructeur de haine et de rancœur. Voici ce que vous avez osé dire face à la ventriloque la plus prévisible et inculte de la bollosphère, Laurence Ferrari, sur CNews, à propos de l’édile dyonisien : «On n’est pas dans une tribu primitive, (…) vous avez le mâle dominant qui est là, qui décide, (…) toi, tu auras à manger, toi, tu n’auras pas à manger, toi, tu n’auras pas les femelles.»

 

 

 

Vous voilà au cœur de la bestialisation, donc de la déshumanisation, qui est la base du racisme originel, celui qui ne se cache même plus sous les atours sociologiques de soi-disant incompatibilités religieuses ou culturelles. Le point d’arrivée d’une longue dérive où la posture a remplacé la pensée, où l’effet a supplanté le concept, où l’ego a fini par dévorer l’exigence. Ne reste ici qu’une mécanique bien huilée : désigner, réduire, assigner. Et, dans cette simplification indigne, laisser affleurer ce vieux fond que l’on croyait relégué aux marges – celui qui essentialise, qui trie, qui insinue sans jamais assumer frontalement. Dire sans dire, mais faire comprendre le pire : le nouveau maire de Saint-Denis est un «singe». Qu’on ne s’y trompe pas : ce type de parole ne flotte pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un climat, elle l’alimente. Elle donne des signes de reconnaissance à tous ceux qui n’attendent qu’une caution pour légitimer leur racisme. Pas un accident de langage, mais un acte dans un écosystème. Monsieur Onfray, ce racisme décomplexé déshonore notre pays. Et ce n’est pas parce que certains représentants politiques – devenus vos amis – sont aux portes du pouvoir que vous avez tous les droits. Votre désinvolture glaçante insulte qui vous prétendiez être, il y a longtemps, vraiment longtemps. Nous ne vous saluons pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

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JEAN EMMANUEL DUCOIN

 

 

 

 

 

 

 

 

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JEAN EMMANUEL DUCOIN, MICHEL ONFRAY, INDIGNITE, RACISME, NAUFRAGE

 

 

 

 

 

 

 

 

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