RÊVERIE ET RÊVE
La rêverie cosmique, telle que nous l'étudierons, est un phénomène de la solitude, un phénomène qui a sa racine dans l'âme du rêveur. Elle n'a pas besoin d'un désert pour s'établir et croître. Il suffit d'un prétexte — non d'une cause — pour que nous nous mettions « en situation de solitude », en situation de solitude rêveuse. Dans cette solitude, les souvenirs eux-mêmes s'établissent en tableaux. Les décors priment le drame. Les tristes souvenirs prennent du moins la paix de la mélancolie. Et cela encore met une différence entre la rêverie et le rêve.
Le rêve reste surchargé des passions mal vécues dans la vie du jour. La solitude dans le rêve nocturne a toujours une hostilité. Elle est étrange. Ce n'est pas vraiment notre solitude.
Les rêveries cosmiques nous écartent des rêveries de projets. Elles nous placent dans un monde et non pas dans une société. Une sorte de stabilité, de tranquillité, appartient à la rêverie cosmique. Elle nous aide à échapper au temps. C'est un état. Allons au fond de son essence : c'est un état d'âme. Nous disions, dans un livre antérieur, que la poésie nous apporte des documents pour une phénoménologie de l'âme. C'est toute l'âme qui se livre avec l'univers poétique du poète.
À l'esprit reste la tâche de faire des systèmes, d'agencer des expériences diverses pour tenter de comprendre l'univers. À l'esprit convient la patience de s'instruire tout le long du passé du savoir. Le passé de l'âme est si loin ! L'âme ne vit pas au fil du temps. Elle trouve son repos dans les univers que la rêverie imagine.
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GASTON BACHELARD – Philosophe français –
1884 - 1962
Extrait de La poétique de la rêverie, Introduction, p.13
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Oeuvre Xavier Marchand