LE CHAT DANS LA FAUNE NIETZSCHÉENNE
Sur des détails infimes, on peut lire des marques qui ne trompent pas. Ainsi, la serre de l'aigle déchire la lumière. Elle est nette, franche, nue. C'est la griffe masculine. La griffe du chat est cachée, fourrée, hypocrite. C'est la griffe féminine. Dans la faune nietzschéenne, le chat est par excellence l'animal terrestre. Il personnifie toujours un attachement à. la terre. Il est un danger pour un aérien. Chez Nietzsche — sans jamais une exception — le chat est une femme. Donnons un seul exemple. Devant la tentation de l'amour chaud et consolant, Nietzsche écrit : «Tu voulais caresser tous les monstres. Le souffle d'une chaude haleine, un peu de souple fourrure aux pattes...» Impossible de mieux désigner à la fois, d'une manière aussi unitaire, le chat et la femme.
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GASTON BACHELARD
Extrait de " L’air et les songes ", Librairie José Corti
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