LA MAISON-NID
Le nid comme toute image de repos, de tranquillité, s'associe immédiatement à l'image de la maison simple. De l'image du nid à l'image de la maison ou vice versa, les passages ne peuvent se faire que sous le signe de la simplicité. Van Gogh qui a peint beaucoup de nids et beaucoup de chaumières écrit à son frère : « La chaumière au toit de roseaux m'a fait penser au nid d'un roitelet ». N'y a-t-il pas pour l'œil du peintre un redoublement d'intérêt si, peignant un nid, il rêve à la chaumière, si peignant une chaumière, il rêve à un nid.
A de tels nœuds d'images, il semble qu'on rêve deux fois, qu'on rêve sur deux registres. L'image la plus simple se double, elle est elle-même et autre chose qu'elle-même. Les chaumières de Van Gogh sont surchargées de chaume. Une paille épaisse, grossièrement tressée souligne la volonté d'abriter en débordant les murs. De toutes les vertus d'abri, le toit est ici le témoin dominant. Sous la couverture du toit les murs sont de la terre maçonnée. Les ouvertures sont basses. La chaumière est posée comme un nid sur le champ.
Et le nid du roitelet, est bien une chaumière, car c'est un nid couvert, un nid rond. En vivant en sa liaison manifeste la chaumière-nid de Van Gogh, soudain en moi les mots plaisantent. Il me plaît de me redire que c'est un petit roi qui habite la chaumière.
Voilà bien une image-conte, une image qui suggère des histoires.
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GASTON BACHELARD
Philosophe français – 1884 - 1962
Extrait de La poétique de l’espace, p.98-99, PUF, 1964
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