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EMMILA GITANA
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12 septembre 2026

C'ETAIT CA OU MOURIR ... Extraits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"C’est aux encoignures de tes yeux
que naissent la fulgurance de mes écrits, ma part d’intime vague,
à l’encontre des ratures de ton regard."

 

Thélyson Orélien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis né noir et haïtien.
J'ai la parole collée au sang.
Et chaque pas me rappelle
Que l'exil est une langue qui mord les pieds.

 


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J'avais envie de lui dire la vérité : "Nous non plus, on ne voulait pas venir ici. Nous non plus, on ne veut pas de la violence qui traverse les frontières comme un colis express, de chez vous à chez nous. Si je suis là, ce n'est pas par caprice, ni par gout de l'exil, ni pour envahir quoi que ce soit. C'est parce que chez moi on a ouvert des containers comme on ouvre une plaie et qu'on y a trouvé des armes fabriquées chez vous, des munitions venant des Etats-Unis. Et ces morceaux de métal, tombés entre les mains de gamins sans école, sans travail et sans horizon, ont fait de ma rue un piège, de ma maison une cible, de ma vie un sac Carrefour. Vous dites : "On n'a pas besoin de plus d'Haïtiens ici." Mais chez moi, on n'avait pas besoin de plus d'armes non plus. Et pourtant, elles sont arrivées. Et ce sont elles qui m'ont mis dehors."

 


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Ce qu'il venait d'énoncer, c'était peut-être la définition la plus nue, la plus humaine, de la migration que j'aie jamais entendue. Partir, ce n'est pas seulement chercher une vie meilleure. C'est surtout refuser que sa vie, même brisée, ne compte pour rien. C'est vouloir qu’au moins une voix survive à son corps. Mourir, d’accord, mais pas en silence. Et si mourir il faut, alors que quelqu'un reste, quelque part, pour dire : «Il a vécu, je l'ai vu, je m'en souviens. »

 

 

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Par la fenêtre du bus, j'ai regardé le paysage. Les montagnes. Les arbres. Les maisons en tôle. Je me suis demandé : qu'est-ce qui fait qu'on reste dans un pays qui veut nous tuer à chaque virage ? Ce n'est pas l'amour. Ce n'est pas l'attachement. C'est juste qu'on ne sait pas où on pourrait aller. Jusqu'à ce que la mort monte dans notre bus et nous donne une claque. Une claque qui réveille, ou qui enterre.

 

 


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Pour moi, une chaise s'est libérée. Elle était bancale, oui. Un peu poussiéreuse, mais je m'y suis assis. Et maintenant, j'essaie de ne pas la perdre.
On parle souvent des migrants comme de chiffres, de vagues, de crises. On dit : « Il y en a trop. » « Ça coûte cher. » « Ce n'est pas le bon moment. » Mais jamais on ne dit : « Ce sont des gens. Des hommes. Des femmes. Des enfants. Des noms. Des voix. Des regards. Des vies. » Et moi, je veux dire à ceux qui me lisent : ne vous méfiez pas trop vite de ceux qui, comme moi, arrivent essoufflés. Ils ont simplement couru plus longtemps que vous.
Je ne sais pas ce que demain me réserve. Mais quand je regarde par la fenêtre de ma chambre louée, avec le chauffage qui ronronne comme un chat fatigué et la lumière des lampadaires qui danse sur la neige, je me sens chez moi dans ce pays qui m'a ouvert la porte quand plus personne ne le faisait. Je ne suis pas devenu riche. Je ne suis pas devenu célèbre. Je dis : « Ce sont des gens. Des hommes. Des femmes. Des enfants. Des noms. Des voix. Des regards. Des vies. » Et moi, je veux dire à ceux qui me lisent : ne vous méfiez pas trop vite de ceux qui, comme moi, arrivent essoufflés. Ils ont simplement couru plus longtemps que vous.

 

 

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Mon sac, c'est mon autobiographie par objets. Il raconte plus que mes mots. Il dit que j'ai encore un savon - donc un peu de dignité. Il dit que j'ai gardé la photo de ma mère - donc encore un peu de mémoire. Il dit que j'ai lu Depestre - donc que je crois encore à la beauté. Et il ne ment pas. Il ne contient rien de superflu. Pas de téléphone. Pas de bijoux. Pas de papiers officiels. Juste ce qu'il faut pour ne pas devenir un animal.

 

 


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Le chemin d'un migrant, ce n'est pas une ligne droite. C'est un chapelet de détours, de coups de chance, de mains tendues et de portes fermées. Un parcours où on doit chaque pas qu'on fait à celui qui nous a porté, celui qui ne nous a pas dénoncé, celui qui nous a donné une pomme, un sourire, une couverture, ou simplement le droit de passer. J'ai traversé douze pays. J'ai vu des cadavres qu'on évite en marchant comme des branches tombées sur le bord du chemin. J'ai vu des femmes allaiter avec des seins desséchés. J'ai vu des policiers qui jouaient à Dieu avec nos vies comme s'ils jouaient à la loterie.

Sur ma route, j'ai croisé des gens méchants. Des policiers corrompus, des douaniers humiliants, des passeurs qui mentent comme ils respirent. Mais j'ai croisé aussi des saints sans auréole. Une infirmière colombienne qui m'a donné ses médicaments. Un pasteur salvadorien qui m'a offert un toit sans poser de questions. Une bénévole mexicaine qui a réparé ma chaussure sans même me demander mon nom. Et ici, au Québec, j'en croise encore. Des gens ordinaires, fatigués, pressés, mais qui te laissent leur place dans le métro, qui te tiennent la porte, qui te disent « bon courage » en voyant tes bottes mouillées.

Le Québec, c'est une vieille maison encore debout malgré les tempêtes. C'est une langue qui se débat pour rester vivante, et qui m'a accueilli, moi, avec mon accent de l'autre côté de la mer. C'est un peuple qui a connu ses propres colons, ses propres humiliations, ses propres silences - et qui, parfois, reconnaît les nôtres.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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THELYSON ORELIEN

 

 

 

 

 

 

 

 

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