FEUILLES MORTES - PARABOLE D'UNE GRAND-MERE INDIENNE
Bien des fois, j’ai entendu les sages blancs,
Versés dans la connaissance, éduqués aux traditions des âges passés,
Parler de mon peuple avec pitié, dire : « Leur heure de gloire est révolue.
Emportés par le vent violent du progrès, leur pouvoir,
Comme une rose ayant dépassé le temps de sa brève floraison, gît brisé ;
Comme les feuilles du chêne, son peuple est dispersé. »
Autant que je m’en souvienne, c’est mon quatre-vingt-unième automne,
De nouveau tombent les feuilles, nées en avril et mortes en décembre ;
Portées par une brise capricieuse, zigzaguant et tourbillonnant,
se posant enfin à terre et se recroquevillant lentement,
Flétries, sans sève et brunes, fragments de ce qui fut
Jadis la vie, mis au rebut ; Des parchemins secs et bavards
Qui bruissent et crépitent comme le rire de vieilles femmes
Quand le vent impitoyable, aux pieds lestes, les poursuivra
Les chassera de ses coups implacables
Jusqu’à ce qu’ils soient réduits en cendres oubliées ;
Réduits en cendres, engloutis dans les ravins et les creux,
Formant un lit moelleux pour la neige encore plus moelleuse qui, en hiver,
arrive rapidement après. Mais quand, au printemps, le léger
Clapotis persuasif des gouttes de pluie, appelant avec insistance,
Réveillera à nouveau les forces ayant sommeillé de longs mois,
Un mouvement suivi de murmures se produira, et d’innombrables choses vertes
Perceront la terre de leurs doigts vert-jaune, cherchant le soleil,
Des doigts – ou des pointes de lance, devenus grands, bourgeonneront à l’aube
D’une nouvelle année, un jour, quand les ruisseaux, libérés par le soleil, composeront
Une musique comme l’or en compose au printemps d’une génération lointaine.
Et des feuilles flétries depuis longtemps, de la stagnation moisie,
La vie s’élèvera jusqu’aux frondaisons les plus reculées.
Des chatons, avides de soleil, éclateront ; les racines brunes
Tortueuses assoiffées, boiront l’eau de la terre ; progressivement se déploieront
La splendeur et la force futures, le sein de la terre les abrite
Aujourd’hui sous la forme de ces feuilles agitées, bientôt froissées et brisées.
Que ceux qui ont des oreilles entendent ma parole et se taisent.
J’ai dit.
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MARY CORNELIA HARTSHORNE
Descendante de deux familles influentes de la nation Choctaw : les McCurtain et les Fulsom.
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Oeuvre Henrik Simonse