LA MER EST BELLE
La mer est belle à cinq heures l’hiver
Quand le ciel est couché sur la paille des lampes
Quand les grilles flamboient dans les jardins déserts
Tout glisse
Dans cette maison cachée comme une cicatrice
Dans cette maison où l’on entre sans voir
Les yeux aveugles de l’oubli
Les torrents rejetés sur l’épaule de l’ombre
Ce qui n’a plus de nom
Ce qui était là et qu’on voulait garder
Entre les deux mains désunies
Entre le temps qui fuit sans tourner le visage
La feuille blanche feuille morte du cœur
La mer est belle à cinq heures l’hiver
Quand le soc de la terre franchir le cap de soie
Où se défripent les bourgeons
Quand les villes dénouent leur ceinture de feu
Quand la route est plus longue pour les longues paroles
Quand fondent les flocons de la mélancolie
.
MICHEL MANOLL
1911~1984
Cahiers du Sud. Août-septembre 1944
.
/image%2F1206717%2F20260909%2Fob_a3e2fd_ahein-sader11-jpg.jpg)
Photographie Alain Sader