LE FIL DE L'EAU
Je viens d'une haute vague
Qui s'agenouille sur le sable
M'oublie dans ses remous
Je viens du miroir de mes larmes
Dans les yeux tendres d'un chien
Je viens d'une eau d'origine
D'une synergie diluvienne antique
D'un vent sauvage dans les veines
Capable de faire chanter les rivières
De ses doigts lissant les lointains
Je ne peux imaginer le jour
Où la crue amère des limites
Emportera nos rires nos rêves
L'eau soyeuse de nos mystères
Les traces mêmes de nos pas
Qui harnachera la douleur
Quand elle deviendra couteau
Quand les os du doute
Transperceront nos peaux
Et laisseront nos veines à nu
Qui libérera les oiseaux dans nos yeux
Les ailes de la pensée les ultimes aveux
Qui videra d'un trait la coupe des mots
Quel élan irréversible rendra l'avenir au vide
Nos corps végétaux à la dérive des heures
De très loin l'écriteau montre la voie vers la mer
Le courant nous roule sans fin comme des cailloux
Un râteau transparent sarcle les sources et les étoiles
Bras ouverts l'éternité déploie son manteau de nuit
Tout recommence seul l'embrasement demeure
Et l'amour comme hier fait la roue hors du temps
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ELAINE AUDET
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