FACE A L'EFFROI...Extrait
La mort paraît à tous les visages,
somptueuse poussière,
lèpre sans recours,
rides sur l’écorce, l’eau,
la peau
comme signes d’une lettre perdue
envoyée d’une ville sans nom.
Qu’est-ce donc qui m’arrêterait ici ?
Je suis en voyage :
Destination
l’infini !
L’exil n’est pas ailleurs,
seulement ici !
Personne de mon passé
aux arbres ne s’est arrêté,
pas plus aux langes des montagnes,
aux ruisseaux,
car tout est en marche,
rien ne saurait retenir cette vie
qui, en moi, en appelle à Dieu.
Oublier, s’il le faut,
tout ce qui est d’ici :
rien d’autre en somme
que le visage de la mort !
Quoique résonne en moi la musique du vent,
m’épousent le grondement allègre des vagues
et
l’odeur de lait sûr des enfances d’autrefois…
Quoique encore s’entendent, pourtant oubliés,
des rires vifs qui furent de toutes mes joies…
Quoique hélas s’invitent, plus violents que la peur,
des cris qui toujours me furent tels des pleurs
comme venus d’ailleurs ou de noires prisons
jamais connues, jamais visitées, jamais pourtant jamais
perdues de vue par les temps les plus sombres :
ils me parlent de l’effroi d’amis inconnus
jetés aux poubelles de l’Histoire,
sacrifiés aux mythes du progrès,
éliminés au profit d’un Moloch
plus absurde que l’absurde néant.
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DOMINIQUE DAGUET
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