NE ME PARLEZ PAS D'OUBLIER...Extrait
Ne me parlez pas d'oublier que ma poésie a toujours un goût de sang un arrière goût de sang et de cadavres. Elle n'a connu que l'horreur la fange et les chimères. Elle a toujours été un témoin obligé de tous ces êtres mal-aimés désaimés piétinés labourés dans l'incertitude de ces années féroces.
Ne me parlez pas d'oublier. D'oublier mon pays. Ce pays d'immenses bidonvilles étranglés de soleil et d'espoir ses parfums de cigales d'épices fortes et d'ambre ses côtes vierges ses rives maternelles ses arbres prostitués.
Ne me parlez-pas d'oublier nos bourreaux criminels et voraces aux mains échardées leurs ombres assassines nos amours flagellés crevassées abdiqués
Je demande aux oracles de taire le pardon et l'oubli. Je voudrais que mon île dévastée ébranlée mais combien courageuse taise le pardon et l'oubli.
Ne me demandez pas d'oublier. Ma mémoire ne peut pas oublier.
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GERALD BLONCOURT
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