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EMMILA GITANA
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19 août 2012

GHASSAN TUENI...HOMMAGE

HOMME DE PAIX: GHASSAN TUENI (1926-2012)

L'immense journaliste, éditeur, philosophe, diplomate et humaniste
dont la presse internationale a loué l'indépendance d'esprit et l'intégrité, 
était orphelin de ses trois enfants. 
Ce 8 juin 2012, il a rejoint pour toujours Nayla, Makram et Gibran, ainsi que sa première épouse, la poète Nadia Tuéni. 
Décédé à Beyrouth le 8 juin 2012, il aurait certes mérité le Prix Nobel de la Paix. Mais peu importent les «distinctions»... 
Ghassan Tuéni restera dans l'Histoire comme le véritable Homme de Paix qu'il fut en tous temps et en tous lieux.

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Grec-orthodoxe mais ouvert à toutes les religions, il prônait la «convivence».
Photo: L'Orient-Le Jour

 

Pour Salah Stétié, qui fut son ami, Ghassan Tuéni a »consigné son combat dans des livres qui font partie des archives» de la douleur du Liban.
«Par ses flamboyants éditoriaux, a écrit le poète, il a constitué un rempart au moins d’intelligence face aux agissements irresponsables des naufrageurs de l’intérieur, ceux qui ont si aveuglement œuvré à l’échouement de notre trirème nationale dans les sables où elle s’est enlisée et dont elle n’est plus sortie depuis».

En effet, meurtri plus qu'un autre par les souffrances inhumaines que le destin lui a fait endurer, Ghassan Tuéni aura encore assisté au quasi suicide du Liban. Selon le témoignage du poète, la déliquescence de son pays natal et du Moyen-Orient lui aura été Douleur.

«Je le sais pour en avoir parfois discuté avec lui : la destruction du Liban a été également pour lui l’un des malheurs intimes dont on se relève mal. Pour les hommes de profonde culture dont il était, celle-ci, la culture, visage de la civilisation du cœur, est la seule mesure de la vie».

Bien qu'il fût présent dans ma vie personnelle depuis longtemps déjà à travers la Poésie, la politique (dans ce qu'elle a de Noble) et l'amitié, je l'avais rencontré pour la première fois en 1995.

Entre octobre et novembre 2011, j'eus le privilège d'être souvent accueillie dans sa maison de Beit-Mery, au-dessus de Beyrouth. 
Ensemble, et avec Chadia Tuéni, sa deuxième épouse, qui lui fut un Ange en apaisant des années marquées par l'Innommable, nous avons partagé des moments d'intense communion et de joie.
Parce que j'éprouvais à son égard admiration et affection, je fus touchée par l'intelligence et la lumière de son regard. Mais je sentais aussi sa lucidité et sa tristesse face à  la situation prévalant au Moyen-Orient.

La vision de ses larmes, surtout, à l'évocation d'amis et de souvenirs communs, me déchirait le coeur. Ghassan Tuéni est maintenant en Paix où il a retrouvé les trois enfants dont il était orphelin. Quatre petites-filles et un arrière petit-fils s'inspireront peut-être de son exemple.

De LA GUERRE DES AUTRES à ENTERRER LA HAINE ET LA VENGEANCE*, Ghassan Tuéni sera toujours présent dans ses écrits et dans nos coeurs.

 

 

LA CONSCIENCE INCORRUPTIBLE DU LIBAN

Ghassan Tuéni fut une des Etoiles qui éclairèrent mes chemins. Voici un extrait du livre** que j'avais tenu à ce qu'il lui soit un hommage.

«Dans un pays découvert en 1967, que j’ai longtemps nommé « ma patrie de coeur » et que j’aimerai jusqu’à ma mort, quoi qu’il advienne, un père – orphelin de ses trois enfants – partage (ndla: avec mon père) cet amour pour Marie. Sa première épouse, Nadia Tuéni, « envolée » en 1983 déjà, figure parmi les grands poètes du Liban. Dans Enterrer la haine et la vengeance**, Ghassan Tuéni évoque les icônes de la Vierge qu’il a vues à travers le monde, de Saydnaya à Jérusalem, d’Istanbul à Moscou ou qui cohabitent dans sa maison de Beit Mery, au-dessus de Beyrouth, avec les photographies des êtres aimés. «Ces saintes image m’ont accompagné toute ma vie. Plus j’avance en âge, plus je sens leur présence. Une présence déchirante quelquefois » … L’auteur de ce livre puissant était encore un petit garçon lorsqu’il accompagna sa mère en pèlerinage à Saydnaya dont le sanctuaire abrite la Shagoura, l’icône de Marie que saint Luc aurait peinte ». La naissance de sa foi daterait de ce 8 septembre. « La vision de ma mère agenouillée et pleurant à chaudes larmes m’a profondément remué », écrira-t-il des années plus tard.

Dans ce même ouvrage, Ghassan Tuéni admet l’importance de la foi – il est grec-orthodoxe – dans sa vie marquée par tant de drames et dont j’égrène les prénoms comme les grains, perles précieuses, d’un chapelet : Nayla, Makram, Marwan, Gibran… Nayla, touchée par le Crabe et partie rejoindre les Anges à l’âge de 8 ans ; Makram, tué dans un accident de voiture ; Marwan, le frère de Nadia, rescapé d’un attentat (dont le regard exprime la sérénité et une détermination inébranlable) ; Gibran, tué en 2005 dans un attentat aujourd’hui encore impuni. Si Ghassan T. a perpétué tout au long de ces années un lien privilégié avec cette Mère qui avait bouleversé la sienne, il reconnaît que celle qui l’a « peut-être le plus aidé à surmonter ces épreuves » est Marie Madeleine.

« Je me suis sans doute tourné vers elle parce que Marie, mère de Dieu, est inaccessible ». Marie Madeleine « incarne plus que tout autre, le pardon ».
Une vertu qu’il est par ailleurs le premier à adopter. Ainsi, lorsque Jésus répond à ceux qui critiquent la « pécheresse » – « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » –, « c’est la leçon du pardon suprême », conclut celui qui est, à mes yeux, « la conscience incorruptible du Liban ».

Je ne m’étonne pas que Ghassan Tuénil ait été bouleversé, lors d’une exposition d’art coranique, en 2008 à Doha, par la Madone de Gentile da Fabriano réalisée en 1402 à Florence. Cette oeuvre de l’artiste italien du Quattrocento arborait sur ses vêtements des versets coraniques… Cette Vierge fut aussitôt appelée, par l’éditeur et exdiplomate libanais, « la Madone du dialogue et du pardon » et « le symbole de la convivence » .

Transcendant sa tragédie personnelle, Ghassan Tuéni plaide en faveur d’une coexistence entre les êtres, dans leur multiplicité et leur diversité.

La convivence pourra-t-elle régner un jour sur toute la surface du globe, y compris dans son pays où la mer, vue de la montagne, confine au Paradis ?»

 

Ce mois de juin 2012 si meurtrier pour le Proche-Orient, sachant à quel point Ghassan Tuéni souffrit aussi de la situation dans la région, j’en doute un peu…

Mais je veux malgré tout me forcer à croire à ce poème d’Andrée Chedid qui fut aussi son amie:

 

 

«J'ai ancré l'espérance

aux racines de la vie»

 

Andrée CHEDID

.

GHASSAN TUENI

Ghassan Tuéni

http://itineraires.blog.24heures.ch/archive/2012/06/10/ghassan-tueni.html

 

 

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