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EMMILA GITANA
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10 septembre 2012

POETES DE ROSEE

Et s’il n’y avait que ceux qui savent le nombre de pétales des roses

et qui le sauront encore après que les vitraux aient fondu au fond du cœur du verre

dont le battement s’accélère ces jours‑ci… 

et s’il n’y avait que ceux qui balancent leur masque d’or devant les yeux ronds des oiseaux de nuit

occupés à écrire comme on met à l’abri des choses bien-aimées sur une machine à écrire aux touches cramées… 

Et s’il n’y avait qu’eux leur vieillesse sans rides de penseurs livides taillée de marbre mort

debout avec leurs armes au milieu de nos rues rares et poudrées visant les girouettes du vent qui chahute nos costumes de bourrasques…

Et s’il n’y avait qu’eux qui reviennent toujours

qui ne meurent pas gravés avec la pointe de diamant qui a servi à écrire toute notre histoire sur les parois de nos cavernes atomiques

dans la mémoire dure d’une jeune météorite en train de naître et de s’épouiller au beau milieu du désert de Libye… 

s’il n’y avait pas les poètes et leurs charrettes des quatre saisons

remplies de mots de menthe verte s’il n’y avait leur déraison

ma pauvreté pèserait lourd à mes pieds de sable sautillant par‑dessus tout

pris au piège mes souliers dans le bitume d’en bas miroitant d’habitudes

si vous n’étiez pas là avec vos doigts de plumes et vos papiers buveurs de pluie

s’il n’y avait pas les poètes poussant tirant de passantes charrettes

effarées qui avancent avec leurs mines insouciantes et leur lenteur vagabonde

depuis toujours leur paresse heureuse nous sépare des présages royaux

les empreintes sur la piste nous ont égarés de la maison d’eau 

s’il n’y avait pas les poètes mais vous êtes là mes baobabs fragiles

couronnés d’innocence et de vers luisants sauveteurs

dans l’aube qui se déchire avant le sommeil des uns

et le labeur des autres vous fleurissez

s’il n’y avait pas les poètes fondeurs d’astres souffleurs de cannes

et leurs bulles volantes que les ouvriers des forges géantes délivrent

de la pesanteur des sulfures où s’affolent vos nuits et les leurs

leurs gouttes de sueur roses vos pépins de grenades 

si vous n’étiez des nôtres scribes complices à l’usine et à la forge

à l’entrepôt pour nourrir notre faim d’exaltations candides

vos charrettes gravissant les pentes des forts leurs chantiers d’aubépines

s’entrebâillent et les remplissent d’une moisson de coton clair

leurs chants écartent les ravissantes épines de nos chairs exténuées

dans la fureur des jours vains qu’au fur et à mesure

égratigne l’attente inutile d’une bonté légère

comme notre solitude pèserait lourd à nos épaules

sans vous pour partager le fardeau de l’indifférence

s’il n’y avait pas les poètes mais vous êtes là 

avec vos chants d’oiseaux exotiques vos pépiements précieux

mais vous êtes là mes mésanges frêles aux masques bleus

mes messagères mes martins‑pêcheurs et mes colibris griots

mes éperviers d’Arabie mes grands et fiers aras blancs

il y a ce monde qui monte du bitume d’en bas et ne pèse rien

à nos buvards de pluie mes lointains voyageurs vous êtes là

avec vos charrettes des quatre saisons qui nous suggèrent

un printemps en hiver où nous broutons joyeux les pétales de jasmin

que sèment sur nos lèvres brûlées à l’écho des gloires mortes

vos rires de rosée volés aux araignées ô mes doux oiseaux de nuit.

.

DOMINIQUE LE BOUCHER

.

LES POETES2

Oeuvre ?

 

Commentaires
J
"La langue est la meilleure et la pire des choses"celle des poètes le confirme.
Répondre
EMMILA GITANA
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