POETES DE ROSEE
Et s’il n’y avait que ceux qui savent le nombre de pétales des roses
et qui le sauront encore après que les vitraux aient fondu au fond du cœur du verre
dont le battement s’accélère ces jours‑ci…
et s’il n’y avait que ceux qui balancent leur masque d’or devant les yeux ronds des oiseaux de nuit
occupés à écrire comme on met à l’abri des choses bien-aimées sur une machine à écrire aux touches cramées…
Et s’il n’y avait qu’eux leur vieillesse sans rides de penseurs livides taillée de marbre mort
debout avec leurs armes au milieu de nos rues rares et poudrées visant les girouettes du vent qui chahute nos costumes de bourrasques…
Et s’il n’y avait qu’eux qui reviennent toujours
qui ne meurent pas gravés avec la pointe de diamant qui a servi à écrire toute notre histoire sur les parois de nos cavernes atomiques
dans la mémoire dure d’une jeune météorite en train de naître et de s’épouiller au beau milieu du désert de Libye…
s’il n’y avait pas les poètes et leurs charrettes des quatre saisons
remplies de mots de menthe verte s’il n’y avait leur déraison
ma pauvreté pèserait lourd à mes pieds de sable sautillant par‑dessus tout
pris au piège mes souliers dans le bitume d’en bas miroitant d’habitudes
si vous n’étiez pas là avec vos doigts de plumes et vos papiers buveurs de pluie
s’il n’y avait pas les poètes poussant tirant de passantes charrettes
effarées qui avancent avec leurs mines insouciantes et leur lenteur vagabonde
depuis toujours leur paresse heureuse nous sépare des présages royaux
les empreintes sur la piste nous ont égarés de la maison d’eau
s’il n’y avait pas les poètes mais vous êtes là mes baobabs fragiles
couronnés d’innocence et de vers luisants sauveteurs
dans l’aube qui se déchire avant le sommeil des uns
et le labeur des autres vous fleurissez
s’il n’y avait pas les poètes fondeurs d’astres souffleurs de cannes
et leurs bulles volantes que les ouvriers des forges géantes délivrent
de la pesanteur des sulfures où s’affolent vos nuits et les leurs
leurs gouttes de sueur roses vos pépins de grenades
si vous n’étiez des nôtres scribes complices à l’usine et à la forge
à l’entrepôt pour nourrir notre faim d’exaltations candides
vos charrettes gravissant les pentes des forts leurs chantiers d’aubépines
s’entrebâillent et les remplissent d’une moisson de coton clair
leurs chants écartent les ravissantes épines de nos chairs exténuées
dans la fureur des jours vains qu’au fur et à mesure
égratigne l’attente inutile d’une bonté légère
comme notre solitude pèserait lourd à nos épaules
sans vous pour partager le fardeau de l’indifférence
s’il n’y avait pas les poètes mais vous êtes là
avec vos chants d’oiseaux exotiques vos pépiements précieux
mais vous êtes là mes mésanges frêles aux masques bleus
mes messagères mes martins‑pêcheurs et mes colibris griots
mes éperviers d’Arabie mes grands et fiers aras blancs
il y a ce monde qui monte du bitume d’en bas et ne pèse rien
à nos buvards de pluie mes lointains voyageurs vous êtes là
avec vos charrettes des quatre saisons qui nous suggèrent
un printemps en hiver où nous broutons joyeux les pétales de jasmin
que sèment sur nos lèvres brûlées à l’écho des gloires mortes
vos rires de rosée volés aux araignées ô mes doux oiseaux de nuit.
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DOMINIQUE LE BOUCHER
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Oeuvre ?
