FRESQUE PEINTE SUR UN MUR OBSCUR
Et toi misère quels sont tes mots ?
quels chiens aboient aux basques du poète
qui passe comme un roi trop vêtu
et passe mourant de son effort
dans la ruine du monde ?
Ah donc vivre ici
et chaque matin se reconnaître défait
dans chaque homme qui tombe
c’est comme nouer de ses mains
la corde des nuits
misère quel est ton nom
dans la langue des poèmes
affranchie des corps de la sueur des corps
et quel dans la langue des peuples
que trop la vie épuise ?
est-ce assez encore
que d’oser la main sur un visage
quand tout un ciel se dérobe
dans l’œil creux du supplicié ?
garde ma voix misère
dans ta voix creuse
Fresque peinte sur un mur obscur...
Puisqu’il nous faut marcher
avec un couteau dans les reins
et que notre souffle déjà
est inscrit aux registres des morts
notre seul talent sera l’imagination
et son crible qui retient
dans le fatras des volontés et des doutes
une forme heureuse
Fresque peinte sur un mur obscur.
Je dis pierre
pour que vous lisiez le mot pierre
pour que vous entendiez le mot pierre
mais aussi cette chose en dessous
qui a à voir avec votre enfance
– l’été la rivière –
mais aussi un amour peut-être
débâti par le vent
ou bien ce mur qui fait le bord vertigineux
du vide
et je dis l’homme ton orage
serré dans le poing
et si je cherche à genoux
dans le gravier des métaphores
le nom qui nous rend
à la beauté des corps
c’est que nul n’a assez de peau
pour éprouver l’air
que fait le mouvement du jour
enfin je dis que j’aime
pour que le monde paraisse
dans l’effort qu’accomplit le sang
dans mes veines
Fresque peinte sur un mur obscur.
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JEAN-PIERRE SIMEON
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