LE TEMPS, ALORS, SUSPEND SON COURS
Le trouble de tendre la main, toi et moi le connaissons, et l’émoi de sentir que jamais l’autre ne s’esquive, que même lui aussi tend sa main, caressant à sa manière. D’où le soin que nous avons de ne pas trop nous en conter : pour rester en éveil, concentrés sur ce trouble qui nous munit d’une oreille attentive – ô combien ! –, et qui, pour mieux parcourir, explorer, enhardit notre tact, l’affine. Nos doigts nous font, l’un à l’autre, peau neuve.
Alors, nos lèvres s’abreuvent à la rosée du vivre : nos baisers nous sèment au présent un futur, sans que, pourtant, nous succombions à l’arôme soupçonné de l’espoir. Nous n’avons pas à recouvrer le temps perdu : plus moelleuses parfumées qu’une petite madeleine, nos gourmandises nous entêtent de saveurs plus enivrantes. Nous n’avons pas à inventer le chemin long et sinueux qui nous a conduits là : malgré tristesse déchirures terreur, nous rendons grâces à la terre ses recoins d’herbe l’odeur du foin jusqu’au vertige ses airs de hautbois sa lave interne ses plis d’eaux vives ses geysers, et saluons le bleu ruisselant de lumière.
Tu nous as offert cette chance : nos sangs s’effrènent vrombissent rauquent le oui de tout cœur du jouir.
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FRANCOIS LAUR
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LA FACE CACHEE DE LA TERRE
De Deir Yassin à Gaza
le silence a le goût indéfinissable du sang
la souffrance la transparence des larmes
la laideur l'horreur inassouvissable du crime
C'est Guernica c'est Rocamadour Treblinka
c'est l'enfer du surhomme le culte maudit de Yavhé
c'est le pêché originel mille fois réinventé
pour satisfaire la folie du peuple élu
c'est des milliers d'enfants assassinés
pourrissant dans les fosses communes de la mémoire
c'est le ciel criblé de missile du poète qui s'exclame
“Mon dieu! Que la guerre est jolie!” (G. Apollinaire)
c'est un désert de fer de béton et de poussière
applani par un troupeau de bull dozers gigantesques
c'est le journal TV de 20 heures qui désigne l'ennemi
fait la pluie et le beau temps encense les imbéciles heureux
c'est des rêves d'amour enfouis sous des tonnes de désespoir
c'est Orphée à la voix bridée Eurydice complètement dévastée
c'est un miroir brisé où la civilisation exorcise ses vieilles rancoeurs
c'est un Panthéon grotesque de squelettes artistiques en liesse
des vérités déchirées des naissances avortées dans un trou perdu
De Deir Yassin à Gaza
le silence déferle comme les vagues de la mer
la souffrance allaite des petits bébés mutilés
la laideur dévore la chair putride de l'humanité.
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ANDRE CHENET
Sept. 2026
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GAZA 2025
Un parfum va par le monde
un parfum fait de poivre ou miel
de cannelle gingembre muscade ou coriandre
un parfum si essentiel
qu’il ne se trouve pas de mots pour le dire
aussi continue-t-il
inconnu de tous de par le monde
sans nom pour l’arrêter
parfaitement libre parfaitement simple
le savoir (dit-on) éloigne du parfum
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DANIEL BIGA
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CHEMINS AU VENT ... Extrait
Le tracé du chemin n’est pas seulement d’ordre matériel, il comporte des balises invisibles sans lesquelles il disparaîtrait et si nous arrivons à continuer notre marche, ce ne serait pas à proprement parler sur un chemin : « les amers », les balises : foules de souvenirs personnels ou encore d’accointances typologiques, sentimentales qui ne se donnent pas à un homme privé de cœur. Les chemins de la mer nécessitent, ont nécessité un appareillage technique, des cartes mais il y avait encore autre chose chez les grands navigateurs.
Là où il n’y aurait rien eu pour nous sinon la mouvance recommencée des flots, ils reconnaissent une route, route faite de vent, d’écumes, de cris d’oiseaux, de nuages, d’un certain goût des eaux. Comme il est admirable l’homme qui peut composer un chemin de ce qu’il y a de moins matériel et de plus mouvant dans l’univers.
Mais je suis persuadé que le berger, que le véritable marcheur, que le chemineau, que le passeur ou le braconnier ne regardent pas le sol mais font confiance à des odeurs, à des souvenirs, à des espérances, à des avertissements venus d’ailleurs, à des complicités surnaturelles, à l’air autant qu’au sol, aux ravins autant qu’à la terre ferme et aux chiens qui aboient et à la lune qui tarde à venir et à des fleurs qui ne s’ouvrent que pour eux, le moment de leur passage.
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PIERRE SANSOT
Editions Payot/Rivages
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Photograpie Thierry Raynaud
PAPUSZA ... Extrait
Tel un buis d’or sous la forêt,
toute pelotée comme un bolet,
j’éclos sous la tente Tzigane.
J’aime le feu, mon cœur ardent.
Les vents soufflant, petits et grands,
berçaient la petite gitane
puis la lâchaient comme un oiseau.
Larmes de pluie, vous me baignez,
soleil en or, Dieu des Tziganes,
vous réchauffez mon jeune corps
et enflammez si bien mon cœur.
L’eau qui jaillit reste très sage,
je m’y suis juste lavée les yeux …
L’ourse qui erre dans la forêt
suit juste le croc, lune d’argent,
et puis le loup a peur du feu,
il ne mordra pas les Tziganes.
Petite gitane se promène loin dans le bois,
et le cheval hennit,
réveillant les gadjé,
mais son p’tit cœur sourit se remplissant de joie.
L’écureuil sur le toit,
grignote quelques noix.
Comme la vie est belle,
vous entendez tout ça ?
Que la nature est belle,
vous voyez tout cela?
Ô que c’est beau,
les baies noires se glanent
comme des larmes tziganes !
Ô que la vie est belle,
c’est l’ printemps, renouveau,
et le chant des oiseaux !
Ô que c’est beau, près de la tente,
une fillette chante
à côté du grand feu !
Ô, que c’est beau, tous ces amis
revenus jusqu’ici
écouter les oiseaux,
le roucoulement des enfants
et la danse et le chant,
des garçons et des filles.
Ô que la vie est belle,
aller la nuit à la rivière,
pour attraper, mains nues,
des poissons froids comme l’eau fraîche !
Ô que c’est beau, aller aux champignons,
y rapporter l’amour,
quand dans le feu, cuisent les pommes de terre …
Et le cheval tzigane attend dans l’herbe fraîche
que la roulotte soit prête pour reprendre la route.
Ô que les nuits sont belles, à rester éveillée
au concert merveilleux des grenouilles enjouées !
Comme la poule conduit vers le ciel ses poussins,
la roulotte des gitans poursuit son long chemin
et sous l’aile d’une Tzigane brille votre destin,
lueur douce argentée d’une petite lune,
reflet perpétuel de nos ancêtres indiens,
luisance cachée sous la tente du nourrisson
repliée comme une aile protégeant l’oisillon.
Il est là votre avenir, que sait lire le gitan,
au milieu de la ronde, dans le cercle des enfants.
Ô que c’est beau, regarder là haut vers les cieux
sans pouvoir épuiser ces nuances de bleus !
Ô que c’est beau, plonger dans le noir de tes yeux,
donner un baiser sur ta peau brûlée de feu !
Ô que c’est beau, le bruissement de la forêt
qui murmure ses chansons .
Ô que c’est beau, le ruissellement des rivières
qui me remplit de joie.
Que c’est beau, le miroitement des eaux profondes
qui me laissent tout leur dire.
Ainsi, personne ne me comprend,
à part les forêts et les eaux.
Tout ce que j’ai écrit ici,
tout cela s’est passé depuis longtemps
et tout cela a pris tout en même temps
et mes jeunes années.
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BRONISLAWA WAJS
Dite PAPUSZA
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Papusza, de son vrai nom Bronisława Wajs, était une poétesse romani polonaise née en 1910. Autodidacte, elle apprit à lire et à écrire malgré les difficultés rencontrées par les femmes romani de son époque.
Elle écrivit de nombreux poèmes sur la nature, la liberté, le voyage et la vie des Roms. Après la Seconde Guerre mondiale, l'écrivain Jerzy Ficowski découvrit son talent et contribua à faire connaître ses œuvres en Pologne.
Cependant, certaines personnes de sa communauté lui reprochèrent d'avoir révélé leur culture aux non-Roms. Elle fut alors rejetée et vécut une grande partie de sa vie dans la solitude.
Papusza reste aujourd'hui une figure importante de la littérature romani, car elle fut l'une des premières poétesses romani à être largement reconnue.
FLEUVE RENVERSE ... Extrait
Je voudrai te connaître jusqu’à l’enfance
Comme en remontant un fleuve tranquille
Jusqu’au village ancien mûri au creux de l’eau
Tailladé de contre-jour
Par-delà l’arche blanche et le gué à fleur de glace
- Remontée jusqu’à l’hiver
Et la chambre à l’odeur de bois qui rit toute seule
Parmi les jouets d’autrefois gauches ensommeillés
Devant l’armoire entr’ouverte la glace ironique et vide
Le rire au goût de robe
Et l’avalanche dans la grange au fil du foin
Je descends le fleuve qui monte
Je le descends vers sa naissance dans les plis miroitants et lourds
Au long des méandres pesants portant un poids profond et cher
Tu serais là
Femme prise à la source
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JEAN-PIERRE FAYE
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TONY GATLIF.... HOMMAGE
Tony Gatlif, l’homme des routes, des chants, des blessures, nous rappelle que certaines vies ne se racontent qu’en mouvement. Et que parfois, pour comprendre d’où l’on vient, il faut avoir passé toute une existence à marcher.
"Le Soir d'Algerie" du 6 septembre 2026
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Tony Gatlif est un réalisateur français né en 1948 à Alger. Il est d’origine kabyle et gitane. Il arrive en France lorsqu’il est adolescent et connaît une jeunesse difficile. Ces expériences vont beaucoup influencer ses films.
Il est surtout connu pour avoir réalisé des films sur les Gitans, les personnes marginalisées et les exilés. Il parle souvent de personnes qui cherchent leur place dans la société.
Un élément très important dans ses films est la musique. Il utilise notamment la musique gitane, le flamenco et d’autres musiques traditionnelles pour raconter les émotions et la culture de ses personnages.
Ses films parlent souvent de liberté, de voyage, d’identité, de racisme et d’exil. Il cherche à montrer les personnes qui sont souvent mises de côté par la société, sans les juger.
Parmi ses films les plus connus, on peut citer Gadjo Dilo, Latcho Drom, Exils, Liberté et Djam.
Tony Gatlif est un réalisateur qui a utilisé le cinéma et la musique pour parler des Gitans, de l'exil et de la liberté. Son propre parcours, marqué par ses origines et son arrivée en France, a fortement influencé son œuvre.
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" Latcho Drom Tony
Je ne sais pas vraiment comment parler de ton départ, peut-être parce que je ne veux pas parler de la mort.
Je ne te connaissais pas beaucoup en réalité et pourtant j'ai les larmes aux yeux.
Je préfère parler de ce que tu laisses derrière toi.
Tu étais né entre deux mondes, avec tes racines algériennes et gitanes.
Peut-être est-ce justement pour cela que tu savais si bien parler de ceux qui vivent entre les frontières, de ceux qui portent plusieurs histoires en eux, de ceux pour qui la route est parfois une maison et la liberté une nécessité.
Il y a 15 ans, j’ai commencé à photographier le monde tzigane. Je pensais venir avec mon appareil photo pour raconter des histoires.
Je ne savais pas encore que ce seraient ces hommes et ces femmes qui allaient, à leur manière, raconter quelque chose de moi.
Au fil des années, j’ai voyagé avec eux en quelque sorte en partageant leurs fêtes, leurs musiques, leurs joies, leurs colères, leurs silences.
J’ai franchi des portes derrière lesquelles je n’aurais peut-être jamais pensé entrer.
Et surtout, j’ai rencontré des amis.
Des VRAIS.
Des personnes EXTRAORDINAIRES.
J'ai eu cette CHANCE que peu de personnes ont.
Aujourd’hui, nombreux de ces amis sont tristes. Parce que ton départ n’est pas celui d’un simple cinéaste.
C’est comme si une voix venait de se taire.
Une voix qui connaissait leur histoire.
Une voix qui savait regarder sans juger.
Une voix qui avait compris que derrière les clichés, les frontières et les différences, il y avait des hommes, des femmes, des familles, des enfants, des musiciens, des rêves et des blessures.
Un cinéaste qui avait encore beaucoup à montrer dans ses films. Un homme parti trop vite. Tu savais regarder les peuples qui vivent en mouvement. Peut-être parce qu’une part de toi était elle-même faite de plusieurs routes.
Algérien. Gitan. Méditerranéen. Homme de cinéma. Homme de musique. Homme de liberté.
Tu n’as jamais simplement filmé le monde tzigane. Tu en as fait entendre l’âme.
Moi, je l’ai rencontrée derrière mon objectif.
Eux me l’ont offerte dans leur confiance.
C’est pourquoi aujourd’hui je ne veux pas seulement te dire adieu en tant qu’artiste.
Je veux te dire merci et merci à tous ceux qui, au fil de ces douze années, ont accepté de me laisser entrer dans leur monde.
Et je veux leur dire, à eux :
je suis avec vous.
Je sais combien cette perte est immense.
Alors ce soir, quelque part, j’imagine une musique.
Une guitare, un violon, peut-être un accordéon.
Et j’imagine que les musiciens jouent pour toi.
Pas une musique triste.
Une musique de route.
Parce que tu as toujours parlé de liberté, de mouvement, de mémoire et de vie.
Pour ma part je t'ai croisé pour la 1ere fois un jour avec mon amie Nouka Maximoff lors du vernissage d'une très belle exposition sur son père Mateo Maximoff.
Tu disais de Nouka Maximoff qu'elle était ta sœur de cœur, toi qui avait été un ami très proche de son papa.
Nouka Maximoff est la fille de Matéo Maximoff oui, cet immense écrivain tzigane, dont la parole et la mémoire ont contribué à faire connaître l'histoire et la culture de son peuple.
C'était aussi ce jour là que l'on nommait la Bibliothèque des tziganes de son nom.
J'ai entendu aussi beaucoup parler de toi car tu étais l'ami d'Alexandre et Delia Romanes, et de leur famille, tous les amis du cirque, avec lesquels j'ai vraiment vécu des aventures extraordinaires, et pour lesquels je parcoure à leur peine (je n'aurais jamais assez de mots pour les remercier de tout ce qu'ils m'ont fait découvrir et vivre).
Des amies danseuses autour du monde tzigane m'ont aussi parlé de toi.
Par exemple Núria Rovira Salat.
Elle m'a raconté avoir été ta danseuse avec Karine Gonzalez. J'aurais tellement voulu voir cela. Cela devait être magique.
Je t'ai croisé une 2eme fois aussi lors d'une soirée où tu annoncais enseigner ou partager ton expérience auprès d'étudiants dans le cadre de leçons de cinéma.
Et tu m'avais demandé quels étaient les films de toi que j'avais regardé... Et moi forcément je te reparlais de "Gadjo Dilo".... avec Rona Hartner.
Je ne peux pas penser à toi Tony sans penser à Gadjo Dilo. Et je ne peux pas penser à Gadjo Dilo sans penser à Rona Hartner.
En fait j'étais surtout comme elle le disait en riant sa première fan et "l'ancienne" car depuis 30 années à l'admirer.
Une femme lumineuse, libre, bouleversante, qui avait cette capacité rare de faire entrer toute sa vie dans un regard, un rire, un mouvement, une chanson.
Dans Gadjo Dilo, elle était Sabina.
Mais pour moi, elle était bien davantage qu'un personnage de cinéma. Elle était Rona, avec sa folie douce, son énergie, son immense générosité et cette lumière qui semblait toujours vouloir déborder du cadre. Je l'adorais.
Ton film Tony avait quelque chose de profondément vivant parce qu'il ne racontait pas seulement les Tsiganes : il nous faisait entrer dans leur monde, dans leurs musiques, leurs silences, leurs fêtes, leurs blessures et leur dignité.
Et quelque part, à travers Rona, tu avait trouvé une présence capable de porter tout cela.
Vous êtes partis tous les deux mais vos voix continuent de résonner.
Là encore, les chemins se croisent.
Tony, Matéo, Nouka, Les Romanès, Rona et plus encore … autant de destins différents, mais reliés par cette même nécessité de transmettre, de raconter, de ne pas laisser disparaître une mémoire.
Tony Gatlif n'a jamais simplement fait des films.
Il a fait circuler des voix.
Il a donné une place à ceux que l'on regarde trop souvent sans vraiment les voir.
A ceux que l'on ne comprend pas toujours et qui sont parfois rejetés injustement.
Il a fait entendre leur musique comme une langue universelle.
Et il a laissé derrière lui une œuvre qui continuera longtemps à voyager, comme voyagent les peuples auxquels il était si profondément attaché.
Je garderai de lui le souvenir de l'artiste passionné, parfois incandescent, et de cette façon qu'il avait de faire entrer le monde dans son cinéma.
Aujourd'hui, quand je pense à toi Tony Gatlif.
Je pense à ton immense talent.
Je pense à Matéo et à Nouka.
Je pense à Alexandre et Delia Romanès et à leur famille
Je pense à Rona Hartner,
Je pense à tant d'autres tziganes que j'ai rencontré,
Et je pense à tous ceux dont les voix et les pas t'ont croisé.
Les chemins et la musique continuent.
Et quelque part, sur une route, il y a une guitare qui joue encore.
Bonne route Tony.
LATCHO DROM
Oui la route continue...
Et tant que vos musiques et votre joie à tous résonneront,
tant que vos histoires seront racontées,
tant que quelqu’un regardera un film de Tony Gatlif avec les yeux ouverts,
Tant que mes amis tziganes continueront de briller,
tu continueras à voyager avec nous.
Repose en paix. "
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CATHERINE GAUDIN
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Tony Gatlif 1968
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Pour Tony Gatlif, la musique est « le ciment qui rattache les humains ». Il la considère comme « cette liberté qui [lui] donne le souffle de faire [ses] films, le souffle d'aller à la rencontre des autres dans le monde »[réf. nécessaire]. Celle-ci est un des éléments essentiels, créateur même de situation dans ses films. Il compose lui-même, parfois en collaboration avec d'autres artistes, les musiques de Latcho Drom, Gadjo Dilo, Vengo, Swing, Transylvania.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tony_Gatlif
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DANS LE CORPS DU POEME ...Extrait
"... Qu’est-ce que la poésie ?
le nid de la parole ?
la bouche sensible du chant ?
la preuve du néant ?
un voyage visionnaire
hors du temps pourrissant
pour ne retenir
que le don du présent ?
une voix qui appréhende
ce qui ne peut être dit ?
Qu’est-ce que la poésie ?
hérésie hérissant la raison
cette question sans issue
répond à notre détresse
en nous passant au crible
du terrible inconnu."
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ANDRE CHENET
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ARRÊTS FACULTATIFS ... Extrait
Mon option c'est la pêche à la ligne.
Sans hameçon ni appât, bien sûr, et même sans canne ni ligne.
Dans la société, seule l'imposture est à sa place. Chacun attend derrière les barreaux de sa cage d'où il devine plus ou moins la liberté du vrai monde.
Hommage à ceux qui ne laissent pas trace, ceux qui n'amassent pas la parole, ceux qui ne monopolisent pas, ceux qui ne dressent pas monument, ceux qui ne font pas chef d'oeuvre...
Hommage aux pêcheurs sans ligne.
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DANIL BIGA
Editions Gros Textes, 2001
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Oeuvre Mathurin Meheut
LOUIS SCUTENAIRE ..Extrait
L’homme est cet être infiniment piteux qui jette un bâton dans le cerisier et reçoit quelques cerises sur la tête, avec le bâton.
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LOUIS SCUTENAIRE
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Dessin Aurel
SORTE INGRATA
« Je t’ai donné mon éloignement et ma distance pour que tu connaisses la suprême esquive à laquelle tu tendais, mais tu n’ignorais pas qu’elle était la dernière et désormais que ta course est infinie, voilà qu’elle te fait horreur. Pauvre jeune homme ! L’amour des morts est si doux qu’il donne avec excès ! Tu as communié avec eux tout le temps que tu as vécu, tu as connu leur détachement et leur désespoir serein, tu as mangé à leur table, rompu avec eux le pain du désarroi, un désarroi sans haine. Tu as mené boire ta jument sur le chemin de la source, tu as admiré, rempli de crainte et d’étonnement, la fée du soir, hai miratu a fata sottu a e stelle incu li so capelli d’oru.
Ta révolte n’en est pas une.
Tes doutes ne sont pas vraiment des doutes.
TU NOUS CHERCHAIS et nous t’avons rejoint. Je t’ai pris contre mon cœur pour exaucer le plus inavouable de tes souhaits. Ce n’était pas un piège. Cette terre est une terre de mémoire remplie d’hommes oublieux ! Tu pensais à nous. Il ne faut jamais t’en défendre. Tu te souciais de nous ! Les autres chantent, prient, se prosternent, pleurent, célèbrent. Seuls les animent leurs sentiments devenus sans objet ou leur bonheur enfui, la violence impassible du néant soudain dressé devant eux, l’absence inconsolable et le vide tourmenteur qui les renvoie sans pitié, sans pardon, vers toutes leurs fautes passées.
Toi, en revanche, tu regardais plus loin, où se tiendrait notre rencontre. Tu n’as jamais renoncé à revoir ceux que tu as perdus : non pas que tu ais eu raison d’insister envers et contre le dogme de l’éternelle séparation. Ce dogme, c’est une pierre à écraser les âmes et la tienne était sous la meule. Je l’ai volée avant qu’On ne la broie. Elle ne tient à rien, elle se débat dans les limites de ce qu’elle a voulu voir ; elle n’y distinguerait rien si je n’étais là pour jeter un peu de lumière dans cette obscurité, la lumière de ma pitié, une lumière faible, car les morts éclairent bien peu les vivants.
Ici était leur dernier territoire, au milieu des champs d’asphodèles, parmi les myrtes et les cyprès. Les hommes ne les négligeaient ni ne les sollicitaient. Leurs rites les laissaient en repos. Cela avait duré des siècles. De temps à autre, une résistance, une lutte, d’un ou d’une qui ne voulait pas de ce pacte, pour qui ce décor antique n’appartenait qu’aux vivants. Par haine de la complexité, ceux-là trouvaient des complications à tout. Ce dégoût est maintenant devenu la règle. Bien peu nous rendent justice. Qui nous cueille encore aux rameaux d’olivier battus par le Libecciu ? La mort de la terre, sais-tu, c’est quand le vent ne porte plus rien.
Alors je t’ai choyé et tu as souffert l’existence des morts.
Tu l’as soufferte de ton vivant et quand le jour viendra, quand ton tour viendra, tu n’auras pas peur. C’est ta récompense. »
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MARIE MADELEINE POLI BONIFACI
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CORRESPONDANCES AVEC JACQUES RIVIERE ... Extrait
«Un homme se possède par éclaircies, et même quand il se possède, il ne s’atteint pas tout à fait. Il ne réalise pas cette cohésion constante de ses forces sans laquelle toute véritable création est impossible. Cet homme cependant existe. Je veux dire qu’il a une réalité distincte et qui le met en valeur. Veut-on le condamner au néant sous le prétexte qu’il ne peut donner que des fragments de lui-même ? Vous-même ne le croyez pas et la preuve en est l’importance que vous attachez à ces fragments.
J’avais depuis longtemps le projet de vous en proposer la réunion. Je n’osais pas le faire jusqu’ici et votre lettre répond à mon désir. C’est vous dire avec quelle satisfaction j’accueille l’idée que vous me proposez. »
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ANTONIN ARTAUD
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CAHIERS D'IVRY ... Extraits
L’on s’étonne dans les
quotidiens
et il y a cent mille quotidiens
qui ne molvent que des
balivernes
et qui donnent [chaque] jour
à la conscience
humaine
sa prolifique platée
de sottises, de cancans,
de fausses nouvelles,
on s’étonne que la vie
aille aussi mal
et qu’est-ce que c’est que la vie
qu’est-ce que c’est que le mal
dans la vie
qu’est-ce que c’est que le
mal de vivre,
le mal de vivre dans la vie,
et comment vivez-vous
tous dans votre vie
et qu’est-ce que vous y faites dans la vie
et à quoi vous sert-elle la vie
à quoi vous sert-il de vivre,
et pourquoi vit-on ?
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ANTONIN ARTAUD
février 1947-mars 1948.
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Photographie Ahein Sader
POEMES ... Extrait
Nous nous reverrons dans une autre vie
Sous quelle forme reviendras-tu
Quel costume porteras-tu
Serai-je un arbre, une femme, une fleur
Seras-tu l'abeille qui dévorera mon coeur
La main d'un jardinier qui m'arrachera à la terre
Toi, tu fus un châtaignier plusieurs fois centenaire
Que la foudre avait frappé
Ta blessure était noire
Ton sein creux
Toi, tu fus un chien qui remuait la queue
Donnais la patte pour un morceau de sucre
Mordais après la main
Toi, tu fus un oiseau tombé du nid
Tu portais des ailes mais ne volais pas
Tu chantais sous les fenêtres
Tu changeais de cage pour un morceau de pain
Que deviens-tu, vieil oiseau moqueur
Auras-tu pris pour nid un coeur ouvert
Si seulement tu avais appris à voler
Féérie
Pour une autre fois
Autrefois j'ai tissé le linge des mourants
Autrefois, j'ai lavé les oreilles, les mains et les pieds des mourants
Je connaissais les herbes et les potions
Aujourd'hui, je murmure à l'oreille de l'homme qui meurt
Tout homme meurt
Mes herbes sont des mots
Mes potions des poèmes
Je tisse des chants de vie pour ceux qui s'en vont
Et tous s'en vont
Demain, après la grande nuit, quel sera mon âge
Aurai-je appris à chanter
Pour une abeille, un chien, un oiseau, un jardinier
Pour l'homme qui s'en va ?
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ANNA MARIA CARULINA CELLI
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OLIVIER DE KERSAUSON ... Extrait
« Vieillissant, je ne me dis pas que les promenades en bord de mer seront de moins en moins nombreuses mais je me dis que les attaques de la nostalgie vont se faire de plus en plus fréquentes. Et c’est normal car j’ai plus de passé que d’avenir, donc dans l’équilibre de mon psychisme, il y a davantage de choses faites que de choses à faire.
La tentation est grande de se laisser rattraper par le souvenir. Mais je veux encore me fabriquer des moments et non pas en revivre. Le jour où je vais disparaître, j’aurai été poli avec la vie car je l’aurai bien aimée et beaucoup respectée.
Je n’ai jamais considéré comme chose négligeable l’odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis.
Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés.
Le passé c’est bien, mais l’exaltation du présent, c’est une façon de se tenir, un devoir.
Dans notre civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l’on voudrait avoir, on ne s’émerveille plus de ce que l’on a. On se plaint de ce que l’on voudrait avoir. Drôle de mentalité .
Se contenter, ce n’est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l’on a, c’est un savoir-vivre. ”
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OLIVIER DE KERSAUSON
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Olivier de Kersauson
EN HAUT DU SANS-SOUCI
En haut de Sans-Souci ton frêle corps attend
Par un souffle secret le bleu de nos mélanges.
Je ne suis plus celui qui danse avec les anges,
J’avance maintenant désormais lentement.
Quand j’aurai piétiné le sablier longtemps,
Celui qui se brisa par cette nuit étrange ;
Quand je t’aurai rejoint par le chemin des granges ;
Que l’or sera coupé comme le blé mourant,
Je n’aurai plus besoin de ton ombre, ton pas ;
Du couloir silencieux qui ne se nomme pas,
Ni de l’ineffacé qui peine à tant finir.
J’aurai fait de ta vie le fleuve de mes mots,
Ta mémoire toujours au fond d’un verre d’eau.
Je me serai levé pour encore t’écrire.
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BRUNO RUIZ
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Oeuvre Dan Mc Caw
EPILOGUE DES POETES ... Extrait
Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort les yeux baissés les mains vides
Et la mer dont j'entends le bruit est une mer qui ne rend jamais ses noyés
Et l'on va disperser mon âme après moi vendre à l'encan mes rêves broyés
Voilà déjà que mes paroles sèchent comme une feuille à ma lèvre humide
J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon cœur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre
J'ai choisi de donner à mes vers cette envergure de crucifixion
Et qu'en tombe au hasard la chance n'importe où sur moi le couteau des césures
Il me faut bien à la fin des fins atteindre une mesure à ma démesure
Pour à la taille de la réalité faire un manteau de mes fictions
Cette vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée
Il s'y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés
Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on n'en peut plus baisser la herse
Dans cette demeure en tout cas anciens ou nouveaux nous ne sommes pas chez nous
Personne à coup sûr ne sait ce qui le mène ici tout peut-être n'est qu'un songe
Certains ont froid d'autres ont faim la plupart des gens ont un secret qui les ronge
De temps en temps passent des rois sans visage On se met devant eux à genoux
Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
Et ce qu'il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change
Ils s'interrogent sur l'essentiel sur ce qui vaut encore qu'on s'y voue
Ils voient le peu qu'ils ont fait parcourant ce chantier monstrueux qu'ils abandonnent
L'ombre préférée à la proie ô pauvres gens l'avenir qui n'est à personne
Petits qui jouez dans la rue enfants quelle pitié sans borne j'ai de vous
Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude
Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris
Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix
Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes
...
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LOUIS ARAGON
1960
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Photographie Ahein Sader
RAINER MARIA RILKE ... Extrait
Toi obscurité, d’où je suis issu,
je t’aime plus que la flamme,
qui trace les frontières du monde.
Parce qu’elle luit
pour n’importe quel cercle,
hors duquel nul être ne sait rien d’elle.
Mais l’obscurité contient tout en elle :
Figures et flammes, bêtes et moi-même,
comme elle les capture, hommes, puissance
Et il se peut ceci : une force immense
bouge tout près de moi.
Je crois aux Nuits.
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RAINER MARIA RILKE
22 sept. 1899
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Artiste inconnu