ARRÊTS FACULTATIFS ... Extrait
Mon option c'est la pêche à la ligne.
Sans hameçon ni appât, bien sûr, et même sans canne ni ligne.
Dans la société, seule l'imposture est à sa place. Chacun attend derrière les barreaux de sa cage d'où il devine plus ou moins la liberté du vrai monde.
Hommage à ceux qui ne laissent pas trace, ceux qui n'amassent pas la parole, ceux qui ne monopolisent pas, ceux qui ne dressent pas monument, ceux qui ne font pas chef d'oeuvre...
Hommage aux pêcheurs sans ligne.
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DANIL BIGA
Editions Gros Textes, 2001
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Oeuvre Mathurin Meheut
LOUIS SCUTENAIRE ..Extrait
L’homme est cet être infiniment piteux qui jette un bâton dans le cerisier et reçoit quelques cerises sur la tête, avec le bâton.
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LOUIS SCUTENAIRE
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Dessin Aurel
SORTE INGRATA
« Je t’ai donné mon éloignement et ma distance pour que tu connaisses la suprême esquive à laquelle tu tendais, mais tu n’ignorais pas qu’elle était la dernière et désormais que ta course est infinie, voilà qu’elle te fait horreur. Pauvre jeune homme ! L’amour des morts est si doux qu’il donne avec excès ! Tu as communié avec eux tout le temps que tu as vécu, tu as connu leur détachement et leur désespoir serein, tu as mangé à leur table, rompu avec eux le pain du désarroi, un désarroi sans haine. Tu as mené boire ta jument sur le chemin de la source, tu as admiré, rempli de crainte et d’étonnement, la fée du soir, hai miratu a fata sottu a e stelle incu li so capelli d’oru.
Ta révolte n’en est pas une.
Tes doutes ne sont pas vraiment des doutes.
TU NOUS CHERCHAIS et nous t’avons rejoint. Je t’ai pris contre mon cœur pour exaucer le plus inavouable de tes souhaits. Ce n’était pas un piège. Cette terre est une terre de mémoire remplie d’hommes oublieux ! Tu pensais à nous. Il ne faut jamais t’en défendre. Tu te souciais de nous ! Les autres chantent, prient, se prosternent, pleurent, célèbrent. Seuls les animent leurs sentiments devenus sans objet ou leur bonheur enfui, la violence impassible du néant soudain dressé devant eux, l’absence inconsolable et le vide tourmenteur qui les renvoie sans pitié, sans pardon, vers toutes leurs fautes passées.
Toi, en revanche, tu regardais plus loin, où se tiendrait notre rencontre. Tu n’as jamais renoncé à revoir ceux que tu as perdus : non pas que tu ais eu raison d’insister envers et contre le dogme de l’éternelle séparation. Ce dogme, c’est une pierre à écraser les âmes et la tienne était sous la meule. Je l’ai volée avant qu’On ne la broie. Elle ne tient à rien, elle se débat dans les limites de ce qu’elle a voulu voir ; elle n’y distinguerait rien si je n’étais là pour jeter un peu de lumière dans cette obscurité, la lumière de ma pitié, une lumière faible, car les morts éclairent bien peu les vivants.
Ici était leur dernier territoire, au milieu des champs d’asphodèles, parmi les myrtes et les cyprès. Les hommes ne les négligeaient ni ne les sollicitaient. Leurs rites les laissaient en repos. Cela avait duré des siècles. De temps à autre, une résistance, une lutte, d’un ou d’une qui ne voulait pas de ce pacte, pour qui ce décor antique n’appartenait qu’aux vivants. Par haine de la complexité, ceux-là trouvaient des complications à tout. Ce dégoût est maintenant devenu la règle. Bien peu nous rendent justice. Qui nous cueille encore aux rameaux d’olivier battus par le Libecciu ? La mort de la terre, sais-tu, c’est quand le vent ne porte plus rien.
Alors je t’ai choyé et tu as souffert l’existence des morts.
Tu l’as soufferte de ton vivant et quand le jour viendra, quand ton tour viendra, tu n’auras pas peur. C’est ta récompense. »
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MARIE MADELEINE POLI BONIFACI
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CORRESPONDANCES AVEC JACQUES RIVIERE ... Extrait
«Un homme se possède par éclaircies, et même quand il se possède, il ne s’atteint pas tout à fait. Il ne réalise pas cette cohésion constante de ses forces sans laquelle toute véritable création est impossible. Cet homme cependant existe. Je veux dire qu’il a une réalité distincte et qui le met en valeur. Veut-on le condamner au néant sous le prétexte qu’il ne peut donner que des fragments de lui-même ? Vous-même ne le croyez pas et la preuve en est l’importance que vous attachez à ces fragments.
J’avais depuis longtemps le projet de vous en proposer la réunion. Je n’osais pas le faire jusqu’ici et votre lettre répond à mon désir. C’est vous dire avec quelle satisfaction j’accueille l’idée que vous me proposez. »
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ANTONIN ARTAUD
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CAHIERS D'IVRY ... Extraits
L’on s’étonne dans les
quotidiens
et il y a cent mille quotidiens
qui ne molvent que des
balivernes
et qui donnent [chaque] jour
à la conscience
humaine
sa prolifique platée
de sottises, de cancans,
de fausses nouvelles,
on s’étonne que la vie
aille aussi mal
et qu’est-ce que c’est que la vie
qu’est-ce que c’est que le mal
dans la vie
qu’est-ce que c’est que le
mal de vivre,
le mal de vivre dans la vie,
et comment vivez-vous
tous dans votre vie
et qu’est-ce que vous y faites dans la vie
et à quoi vous sert-elle la vie
à quoi vous sert-il de vivre,
et pourquoi vit-on ?
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ANTONIN ARTAUD
février 1947-mars 1948.
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Photographie Ahein Sader
POEMES ... Extrait
Nous nous reverrons dans une autre vie
Sous quelle forme reviendras-tu
Quel costume porteras-tu
Serai-je un arbre, une femme, une fleur
Seras-tu l'abeille qui dévorera mon coeur
La main d'un jardinier qui m'arrachera à la terre
Toi, tu fus un châtaignier plusieurs fois centenaire
Que la foudre avait frappé
Ta blessure était noire
Ton sein creux
Toi, tu fus un chien qui remuait la queue
Donnais la patte pour un morceau de sucre
Mordais après la main
Toi, tu fus un oiseau tombé du nid
Tu portais des ailes mais ne volais pas
Tu chantais sous les fenêtres
Tu changeais de cage pour un morceau de pain
Que deviens-tu, vieil oiseau moqueur
Auras-tu pris pour nid un coeur ouvert
Si seulement tu avais appris à voler
Féérie
Pour une autre fois
Autrefois j'ai tissé le linge des mourants
Autrefois, j'ai lavé les oreilles, les mains et les pieds des mourants
Je connaissais les herbes et les potions
Aujourd'hui, je murmure à l'oreille de l'homme qui meurt
Tout homme meurt
Mes herbes sont des mots
Mes potions des poèmes
Je tisse des chants de vie pour ceux qui s'en vont
Et tous s'en vont
Demain, après la grande nuit, quel sera mon âge
Aurai-je appris à chanter
Pour une abeille, un chien, un oiseau, un jardinier
Pour l'homme qui s'en va ?
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ANNA MARIA CARULINA CELLI
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OLIVIER DE KERSAUSON ... Extrait
« Vieillissant, je ne me dis pas que les promenades en bord de mer seront de moins en moins nombreuses mais je me dis que les attaques de la nostalgie vont se faire de plus en plus fréquentes. Et c’est normal car j’ai plus de passé que d’avenir, donc dans l’équilibre de mon psychisme, il y a davantage de choses faites que de choses à faire.
La tentation est grande de se laisser rattraper par le souvenir. Mais je veux encore me fabriquer des moments et non pas en revivre. Le jour où je vais disparaître, j’aurai été poli avec la vie car je l’aurai bien aimée et beaucoup respectée.
Je n’ai jamais considéré comme chose négligeable l’odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis.
Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés.
Le passé c’est bien, mais l’exaltation du présent, c’est une façon de se tenir, un devoir.
Dans notre civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l’on voudrait avoir, on ne s’émerveille plus de ce que l’on a. On se plaint de ce que l’on voudrait avoir. Drôle de mentalité .
Se contenter, ce n’est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l’on a, c’est un savoir-vivre. ”
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OLIVIER DE KERSAUSON
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Olivier de Kersauson
EN HAUT DU SANS-SOUCI
En haut de Sans-Souci ton frêle corps attend
Par un souffle secret le bleu de nos mélanges.
Je ne suis plus celui qui danse avec les anges,
J’avance maintenant désormais lentement.
Quand j’aurai piétiné le sablier longtemps,
Celui qui se brisa par cette nuit étrange ;
Quand je t’aurai rejoint par le chemin des granges ;
Que l’or sera coupé comme le blé mourant,
Je n’aurai plus besoin de ton ombre, ton pas ;
Du couloir silencieux qui ne se nomme pas,
Ni de l’ineffacé qui peine à tant finir.
J’aurai fait de ta vie le fleuve de mes mots,
Ta mémoire toujours au fond d’un verre d’eau.
Je me serai levé pour encore t’écrire.
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BRUNO RUIZ
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Oeuvre Dan Mc Caw
EPILOGUE DES POETES ... Extrait
Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort les yeux baissés les mains vides
Et la mer dont j'entends le bruit est une mer qui ne rend jamais ses noyés
Et l'on va disperser mon âme après moi vendre à l'encan mes rêves broyés
Voilà déjà que mes paroles sèchent comme une feuille à ma lèvre humide
J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon cœur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre
J'ai choisi de donner à mes vers cette envergure de crucifixion
Et qu'en tombe au hasard la chance n'importe où sur moi le couteau des césures
Il me faut bien à la fin des fins atteindre une mesure à ma démesure
Pour à la taille de la réalité faire un manteau de mes fictions
Cette vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée
Il s'y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés
Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on n'en peut plus baisser la herse
Dans cette demeure en tout cas anciens ou nouveaux nous ne sommes pas chez nous
Personne à coup sûr ne sait ce qui le mène ici tout peut-être n'est qu'un songe
Certains ont froid d'autres ont faim la plupart des gens ont un secret qui les ronge
De temps en temps passent des rois sans visage On se met devant eux à genoux
Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
Et ce qu'il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change
Ils s'interrogent sur l'essentiel sur ce qui vaut encore qu'on s'y voue
Ils voient le peu qu'ils ont fait parcourant ce chantier monstrueux qu'ils abandonnent
L'ombre préférée à la proie ô pauvres gens l'avenir qui n'est à personne
Petits qui jouez dans la rue enfants quelle pitié sans borne j'ai de vous
Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude
Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris
Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix
Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes
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LOUIS ARAGON
1960
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Photographie Ahein Sader
RAINER MARIA RILKE ... Extrait
Toi obscurité, d’où je suis issu,
je t’aime plus que la flamme,
qui trace les frontières du monde.
Parce qu’elle luit
pour n’importe quel cercle,
hors duquel nul être ne sait rien d’elle.
Mais l’obscurité contient tout en elle :
Figures et flammes, bêtes et moi-même,
comme elle les capture, hommes, puissance
Et il se peut ceci : une force immense
bouge tout près de moi.
Je crois aux Nuits.
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RAINER MARIA RILKE
22 sept. 1899
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Artiste inconnu
Viens
Entre, Abeille, te lover dans les pétales de mon coeur
Entre par ces voiles que bat le vent
Laisse-toi mourir, un peu
Pour te nourrir en moi
Me nourrir de toi, frisson d'ailes
Te boire, eaux de soleil
Viens, à gauche, sous le sein
Où le temps se fait enfant
Marelle, de la terre au ciel
Enroule-toi comme tu l’étais autrefois
Au début du grand rêve
Viens emplir de ton miel le croissant de lune
Blanc
En chaque battement, ma chair, mon souffle, mon sang
Marées hautes
Grenadier, feuilles, efflorescences
Fruit de toute connaissance
Amour
Lampe qui doucement luit
Dans la maison
Quand est tombée la nuit
Qu'il faut écrire
Dans le noir
Sans chandelle
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#ANNA MARIA CARULINA CELLI
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JEAN-MARC LA FRENIERE ... Extrait
Je traverse en nomade le grand corps du monde, de la fraîcheur des sources jusqu’au vent du désert, de la froideur de l’eau jusqu’aux habits de flammes,
du rhume des objets jusqu’à la toux de l’âme, du sel de la mer jusqu’au fil de salive, des grottes de Lascaux jusqu’aux mots sur la page, de l’amibe encore chaud au cristal de Bohème, des hommes dans les mines aux femmes à ciel ouvert.
Je traverse le monde comme un ruisseau perdu où viennent boire les bêtes.
Je recueille une à une les larmes oubliées, les ailes des oiseaux pétrifiées dans la pierre. Je marche en titubant de la blessure au baume.
Je voudrais bien savoir de quoi parlent les arbres quand le vent les visite, ce que chante un oiseau pour endormir le nid.
Nous apprenons la vie par les gestes qu’on pose.
Nous apprenons la langue par les mots que l’on dit.
Je construis ma demeure avec du bois d’homme.
Je croise sur la page la baleine et l’agneau, la montagne et le pain, la source et le volcan.
Ils se comprennent mieux que les hommes s’accordent. L’espérance y butine les insectes en fleurs.
Des plantes inconnues escaladent le roc.
À l’école du vent, les papillons par paires potassent le pollen.
Les arbres du verger ne comptent pas leurs pommes.
Ils se dessinent un cœur dans les lignes de l’aubier.
Je regarde le ciel sans oublier la terre.
Plus léger qu’un oiseau qui marche sur la neige, je déchiffre du pied l’hexagramme des pas.
Je veux tisser ma vie sans en briser le fil.
Le plus beau des arbres a les racines tordues. L’abîme le plus creux aspire au soleil.
La grosseur des bourgeons me tient lieu de journal.
Avec le vent qui passe, les aiguilles de pin font des calligraphies.
Il faut croire à son ombre autant que le soleil.
Sur la route du yang, la charrette du yin bringuebale parfois.
Sa vieille roue de bois ne reste pas en place.
Pâle croissant de lune, je traverse en nomade l’histoire du ciel.
Je cherche encore la porte pour entrer ou sortir, un horizon sans borne, une horloge sans temps.
J’ai préféré la vigne aux escaliers de marbre, les branches du pommier aux carcasses d’autos, les ronces dans les mûres au bois des balustrades.
Sous les sabots du cerf, on n’entend plus la terre.
La peur du chasseur fait taire les oiseaux.
Même le vent dans les feuilles est une cloche sans battant. La rivière qui chante ne finit plus ses phrases.
Que savons-nous au juste de la souffrance des pierres, de la peur des enfants, de la tendresse des épines ?
Que savons-nous des arbres enfermés dans les portes et le bois des matraques ?
Que savons-nous des morts que l’on bâillonne encore, des étoiles aveugles et des bêtes qui boitent, du courage des plantes sous le poids de la neige ?
Je ne compte pas les jours mais les cailloux blessés.
Les chiffres de la pluie s’additionnent aux parfums.
Le soleil multiplie les tiges du jardin.
Sur la falaise de l’homme, je m’accroche aux images pour ne pas perdre pied.
Je laisse sur le roc des cicatrices en feu.
Dans la chair des mots, la pointe du scalpel est le bout de la langue.
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JEAN-MARC LA FRENIERE
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DU COEUR DE GAZA
Du cœur de Gaza, la mer embrasse la douleur des gens et leur offre des moments de vie au milieu de la souffrance.
Sur la plage où les vagues de la Méditerranée rencontrent le souffle d'une ville épuisée par les chagrins.
Les habitants restent des heures à chercher un moment de calme, un petit espace où s'échapper du poids des jours, une fenêtre d'espoir qui garde un peu de vie dans leurs cœurs.
La mer de Gaza, le dernier souffle pour les déplacés sous la chaleur et les bombes. Les gens essaient de retrouver quelques détails de la vie normale.
Ils touchent l'eau et cherchent une brise qui allégerait la dureté de la vie.
Ils dessinent une mélodie belle sous un ciel ordonné par les nuages.
Ils plantent des arbustes de lumière sur les vagues de l'espoir et dans les jardins de la dignité.
Ils récoltent les épines des branches passantes avant le coucher du soleil.
La mer de Gaza reste témoin de la souffrance d'un peuple cherchant un instant de vie au milieu des décombres.
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ZIAD MEDOUKH
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LE JARDIN PERDU
Il est venu un jardin cette nuit
qui n’avait plus d’adresse.
Un peu triste il tenait poliment
ses racines à la main.
Pourriez-vous me donner
un jardin où j’aurais
le droit d’être jardin ?
Il faudrait arroser mes laitues
et un mur ayant bu beaucoup de soleil
pour mûrir mes poires en espalier.
Deux carrés pour mes asperges
et les plates-bandes de fraisiers
Si vous aviez la bonté
de mettre aussi un vieux figuier
pour donner de l’ombre
et beaucoup d’arbres fruitiers
pour les saisons des confitures
N’oubliez pas un puits profond
et un jet d’eau à volonté.
C’est une vie qui n’est pas une vie
que d’être un jardin égaré
qui n’existe qu’en souvenir
et ne sait plus où fleurir.
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CLAUDE ROY
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Oeuvre Edouard Vuillard
LA PRESENCE PURE ET AUTRES TEXTES ... Extrait
"Ce que nous appelons "moi" est un costume d'arlequin composé d'histoires rapportées, d'étoffes empruntées. C'est un vêtement pauvre, mal cousu. Parfois il se déchire et va dans la folie - et quand il tient, c'est toujours par miracle. Nous ne sommes soudain faits d'une seule pièce que par la chance d'une voix qui nous appelle en nous aimant. Nommer d'amour fait venir l'unique au monde."
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CHRISTIAN BOBIN
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Oeuvre Xavier de Langlais
POUR DIRE AUX FUNERAILLES DES POETES
"Allez bien doucement, Messieurs les Fossoyeurs !
Allez bien doucement, car ce coffre, il est plein d'une harmonie faite de choses variées à l'infini : cigales, parfums, guirlandes, abeilles, nids, raisins, cœurs, épis, fruits, épines, griffes, serres, bêlements, chimères, sphinx, dés, miroirs, coupes, bagues, amphores, trilles, thyrse, arpèges, marottes, paon, carillon, diadème, gouvernail, houlette, joug, besace, férule, glaive, chaînes, flèches, croix, colliers, buccin, trophées, urne, socques, cothurnes, brises, vagues, arc-en-ciel, lauriers, palme, rosée, sourire, larmes, rayons, baisers, or, tout cela sous un geste trop prompt pourrait s'évanouir ou se briser."
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SAINT-POL-ROUX
1861~1940
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L'ESPRIT DE LA FORÊT
L’Esprit de la forêt… Gratitude à ma famille de cœur du peuple Puvi-Pygmées qui nous a accueillis dans le cadre du voyage « Sagesses ancestrales et forêts sacrées » avec You-Topia.
Anna Maria Carulina Celli
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Eaux dans la pierre
Le fenouil et les fougères
Les fougères et la rivière
L’aigle, estampe d’un deuil
Quand l’encre brûle la feuille
S’ouvre le mauvais œil
Forêt de flammes forêt de cendres
Le feu debout à pierre fendre
J’y cuis mon cœur d’argile tendre
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ANNA MARIA CARULINA CELLI
#Poèmes
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GRIBOUILLAGE / GARABATO
Avec un bout de fusain
avec ma craie cassée et mon crayon rouge
dessiner ton nom
le nom de ta bouche
le signe de tes jambes
sur le mur de personne
Sur la porte interdite
graver le nom de ton corps
jusqu'à ce que la lame de mon couteau
saigne que la pierre crie
et que la paroi respire telle une poitrine
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OCTAVIO PAZ (1914-1998), Gribouillage
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"Con un trozo de carbón
con mi gis roto y mi lápiz rojo
dibujar tu nombre
el nombre de tu boca
el signo de tus piernas
en la pared de nadie
En la puerta prohibida
grabar el nombre de tu cuerpo
hasta que la hoja de mi navaja
sangre y la piedra grite
y el muro respire como un pecho".
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OCTAVIO PAZ, Garabato
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