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EMMILA GITANA

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10 mars 2024

AVERTISSEMENT AUX LECTRICES ET LECTEURS

Nous tenions à prévenir les lecteurs de ce blog que certains " incidents " et changements de cet espace poétique et littéraire sont indépendants de notre volonté...En effet suite à la migration des milliers de blogs de " Canalblog " vers la plate-forme...
6 mars 2026

ANNA MARIA CARULINA CELLI ... EXTRAIT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime, et alors, enfoncer les portes ouvertes 
Celles que l’on passe sans même s’y arrêter 
Les évidences ne le sont jamais jusque dans leurs recoins 
Il faut y aller pour y cueillir la rose et la fleur de pêcher 
Le cœur se cultive plus encore que les jardins des oasis 
Plus encore que la rose
Ou la fleur de l’arbre aux fruits les plus doux 

 


Ne te plains pas de l’amertume suspendue aux branches du verger 
Quand seulement tu as ouvert la main pour la refermer sur une pomme dorée 
Tu n’es pas un jardinier 
Tu es un enfant pendu au sein de la terre 
Un vieil enfant qui n’a rien appris du temps 
Les pis de ta vache qui t’ont offert le lait sont taris 
As-tu pris soin de la vache quand en hiver l’herbe a manqué? 

 


N’est ce pas toi que je vois donner des coups de pied dans la bête en pleurnichant que tu as soif ? 
Et toi qui as tout donné en un instant par désinvolture 
Car on ne sème pas n’importe où n’importe quand n’importe quoi 
Que te reste t’il 
L’impatience a vidé ta besace 
Tu as faim aujourd’hui 
Et tu vendrais père et mère pour la caresse que reçoit un chien 
L’un vole dans les poches du voisin 
L’autre se dépouille lui-même 
Et le jardin secret meurt 

 


Prends un rayon de soleil un jour où il s’étend et puis rends toi à l’ombre

et puis sers-toi d’une pierre d’une branche tombée sur le chemin d’une rafale de vent 
Travaille 
À mains et coeur nus travaille 
Les saisons sont des livres d’images 
Apprends à lire tant que le livre est ouvert 

 

 

 

 

 

 

 

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ANNA MARIA CARULINA CELLI

poèmes

 

 

 

 

 

 

 

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ANNA MARIA CARULINA CELLI, COEUR, AMOUR, NATURE, TERRE, NEGLIGENCE, DESINVOLTURE, TRAVAIL, EFFORTS

 

3 mars 2026

THIERRY MATHIASIN ... Extrait

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n'y a pas de lit pour le poète si ce n'est une étoile où poser sa tête dialoguant avec la lune défunte de ses amours, 
rêvant d'une aube nouvelle au bord des lits qui le ramènera à ce rivage des voix tues, 
aux paupières ravagées du silence des gouffres 

 


Il n'y a pas de sommeil où coucher ses hantises, 
ni de ballerines pour danser l'inquiétude de son sang, 
seules les ombres tracent des silhouettes à son effroi, 
répandant au seuil des portes closes la peau blessée d'un visage lointain

 

 

 

 

 

 

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THIERRY MATHIASIN

 

 

 

 

 

 

 

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THIERRY MATHIASIN, MEMOIRE, AMOURS, PASSE, NATURE, LUNE, BEAUTE, POETE, OMBRES, INQUIETUDEE

Oeuvre Henri Rousseau

dit " Le douanier Rousseau "
 

3 mars 2026

LE SEIN DE L'ANGE

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Sur la portée des courants d’air
J’irai hirondelle à l’envers
Comme les accents circonflexes


Le noir à terre avec mes frères
Le ventre au ciel avec les dieux
Où ça ne dérange personne


Est-ce une fille est-ce un oiseau
Le vol blanc d’une tourterelle
Ce serpent dont l’orbe t’enlace


Un ange lit entre les lignes
De ta paume aux doigts refermés
Pareille à ces fleurs sensitives


Closes pour peu qu’on les effleure
Et puis qui meurent
J’avais la nuit dans l’âme et tu m’as incisé
Des venins de bonheur
Aimer n’est pas si difficile


Quand on a dans le cœur des couteaux  de tendresse
La cible se confond avec le bouclier
Vienne l’étreinte
A bout portant.

 

 

 

 

 

 

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JEAN CAMILLE MOISON

 

 

 

 

 

 

 

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JEAN CAMILLE MOISON, EXISTENCE, AMOUR, SENTIMENTS

 

Sculpture Joseph d'Aste

2 mars 2026

UN JOUR

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous tremperons les jours
Dans l'encre bleue des songes
Nous peindrons les futurs
Aux couleurs des retours
Et nous crucifierons
Tous vos rêves débiles
Entrerons par la cour
Des miracles à refaire

 


Nous compterons vos heures
Nos vies vitriolées
Vos départs en navrance
Vos saillies de mort-nés
Nous construirons ainsi
Toutes nos aubes calmes
Chasserons nos demi-jours rassis
Nous couvrirons de palmes

 


La table sera mise
Le café de l'amour fumera
Le tic-tac de la vie
La joie sera admise
Toi tu mettras ta robe
D'organdi de taffetas
Tes ongles seront des roses
Tes yeux de lune lasse

 


On chantera sans souci
De plaire ou de déplaire
Nous jouerons à l'envi
Avec ta robe claire
Les nuits qui passeront
Gonfleront nos délires
Et nos coups de bonheur
Pas inscrits dans les livres

 


Nos censeurs seront morts
Encravatés d'oubli
Enveloppés d'opprobre
Couverts de dégueulis
Ils iront réformer
Leurs partis et leurs ligues
Dans des mondes bannis
Au fin fond de la mer
Leurs voix vieilles sirènes
Monteront plus des ondes
Le malheur sera mort


Et nous vivrons enfin
Les tornades des temps
Noieront les souvenirs
De tous ceux qui croyaient
À leurs salives immondes
Allons ! nous laverons les temps
Où les hommes sans monde
S'usaient tous à vieillir
Dans l'ombre des vivants

 


Ils ne seront plus là
Pour bousculer nos âges
Et nos doigts plus que maigres
Étoufferont leurs cris
Nous irons à la fête
En dépouillant nos songes
Nous nous étourdirons
Nous chanterons la vie

 


Les cigales remettront leurs cymbales
Le pipeau du berger résonnera encore
La flûte du printemps se prendra pour un merle
Et moquera les temps
Les cerises d'amour pendront aux oreilles

 

 

 

 

 

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DANIEL HÉBRARD

 

 

 

 

 

 

 

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DANIEL HÉBRARD, EXISTENCE, ESPOIR, CHANT, MONDE, POLITIQUE

Oeuvre Fedia Lahmar

https://www.facebook.com/p/Peintures-de-Fedia-Lahmar-100064205251705/

2 mars 2026

DE TERRE ET DE LUMIERE ( à paraître ) ... Extrait

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tissu s'effiloche. Il faudrait le réconcilier avant que la pièce entière ne se délite et joue les filles de l'air. Dans tous les sens du jour, du texte, de la pensée, c'est un dédale. L'exil y navigue, tantôt ici, tantôt ailleurs, toujours partout. Prisonnières épuisées, la sève et l'églantine pourraient renoncer. Des ronces noires à l'oiseau mazouté un ciel trop loin, de la contrainte du peu l'effort en plus, de l'aile brisée traînant l'envol près du regard du chat, tout dit un présent fourbu.

Sous une couche d'hiver, des choses éteintes ou en dormances, d'anciens rêve, presque une résignation. Pourtant, ici et là, des herbes se redressent, des rus irriguent les champs fissurés, une pulsion encourage les bourgeons, chaque nuit, la hulotte gardienne des bois invite à la sagesse. Un lent battement remonte du fond des terres, redonne du tempo. Dans ce méli-mélo de peurs et d'audaces, mes phrases vont nu-pieds, écorchées et sauvages. Et la première jonquille, devant chaque aiguillée de soleil pâle recousant l'horizon, se dit "Pourquoi pas moi ?". 

 

 

 

 

 

 

 

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© ILE ENIGER

 

 

 

 

 

 

 

 

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ILE ENIGER, NATURE,SENTIMENTS, EXISTENCE

 

2 mars 2026

SERGUEÏ ESSENINE... Extrait

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



J’en ai assez du pays natal
à me languir d’étendues de seigle,
je vais quitter ma chaumière,
me faire vagabond et voleur.

 


J’irai dans l’éclat pommelé du jour
chercher quelque misérable toit.
Et de la tige de sa botte l’ami cher
affûtera son couteau contre moi.

 


Soleil et printemps dans les près
Inonderont la route jaune,
mais celle dont je chéris le nom
me claquera la porte au nez.

 


De retour à la maison du père
consolé par la joie d’autrui,
en une verte soirée, sous la fenêtre
à ma manche je me pendrai.

 


Lors, les vieux saules à la haie
courberont la tête un peu plus.
Tandis que sans eau lustrale
on m’enterrera au cri d’un chien.

 


Cependant que la lune de glisser, glisser…
plongeant ses pales dans les lacs
et toujours ma Rus’*, à la barrière
 vivre, danser, et pleurer à sa manière.

 

 

 

 

* Nom de la Russie ancienne liée à Kiev, berceau des premiers grands-princes russes d’origine scandinave.

 

 

 

 

 

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SERGUEÏ ESSENINE
1916.
 

 

 

 

 

 

 

 

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SERGUEÏ ESSENINE, RUSSIE, CAMPAGNE, MEMOIRE, FAMILLE

oeuvre Anatoly Kojewnikov

1907

28 février 2026

DES PAS SOUS LE SABLE ... Extrait

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne laisse pas de traces
le vent se souviendra
de ce qui fut passage

 

 

 

 

 

 

 

 

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Max Alhau

 


 

 

 

 

 

 

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MAX ALHAU, VENT, MEMOIRE, TRACES, PASSAGE

 

28 février 2026

LES ILLUMINATIONS... Extrait

 

 

 

 

 

 

 

 

 


     D’un gradin d’or, — parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, — je vois la digitale s’ouvrir sur un tapis de filigranes d’argent, d’yeux et de chevelures.
     Des pièces d’or jaune semées sur l’agate, des piliers d’acajou supportant un dôme d’émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d’eau.
     Tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.

 

 

 

 

 

 

 

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ARTHUR RIMBAUD

 

 

 

 

 

 

 

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ARTHUR RIMBAUD, POESIE, BEAUTE, JARDIN, FLEURS

Oeuvre Berthe Morisot

24 février 2026

LAÏLA ....

22 février 2026

POEMES ... Extrait

 

 

 

 

 

 

 

 

Sois pollen, ce presque rien, ce poids absent
Celui qui enlumine les ailes du vent  
Celui qui fut racine et contient les racines 
Celui qui fut fleur et contient la fleur 
Qui fut fruit et contient le jus du fruit 
Celui qui porte le désir du printemps 
L'ostensoir suspendu au ventre des abeilles 


L'enfant qui vient de la forêt 
Et sème sur les fougères son rire léger 
L'enfant traversant l'orée et se perd 
Et vole, avec sur son dos, le souvenir des pères 
Qu'il porte sans faiblir de la sylve au potager 
Le maître minuscule d'une grande magie 
L'haleine du coeur qui bat hors de sa blessure 
Et signant d'un murmure le message de la graine
Apprend à la main de l'homme la première lettre de l'écriture


Sois grain de sable
Celui qui fut montagne et qui contient la montagne 
Celui des dunes et celui des grèves 
Celui que les noces du large et des rivages ont façonné 
Celui qui adoucit les paysages 
Celui qui dore le soleil sur sa plage 
Celui qui se rappelle les mamelles de la mère 
Et dort à l'ombre des étoiles 
Mais grince sous la dent
Le maître minuscule d'une grande alchimie 
Qui change l'opacité, à travers le verre, en transparence 
L'homme seul en humanité 

 

 

 

 

 

 

 

 

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ANNA MARIA CARULINA CELLI

https://www.facebook.com/annamariacaroline.celli

 

 

 

 

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Oeuvre Michelle Mckinney

22 février 2026

LE VISAGE SANS MIROIR

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous vivons l’ère du visage corrigé. Un geste devenu si naturel qu’on en oublie la radicalité : avant de nous montrer, nous nous retouchons. Le filtre n’est pas un accessoire. Il est la clé d’un nouveau régime de l’image – et de l’être.

 

Derrière ce rituel apparemment léger se joue une mutation silencieuse, à la croisée de la technique, du pouvoir et du sacré. Que devient le visage lorsqu’il cesse d’être une donnée pour devenir un projet ? Que perd-on quand on troque la trace du temps contre la promesse d’une jeunesse éternelle ? Du selfie à la reconnaissance faciale, du miroir prophétique à la géopolitique du regard, les ramifications révèlent une révolution qui n’est pas seulement esthétique, mais métaphysique.

 

Voici une archéologie du visage à l’heure de sa disparition programmée.

 

 

L’archive narcissique

 


Dans l’Occident tardif, saturé d’images et vidé de transcendance, le visage n’est plus ce par quoi l’homme se présente au monde, mais ce qu’il faut corriger avant d’y apparaître. Ce qui fut jadis l’ultime lieu de la reconnaissance – ce seuil d’altérité, cet appel silencieux – s’est métamorphosé en une surface instable, soupçonnée, déficiente, perpétuellement en attente d’une optimisation toujours fuyante. Le selfie n’est pas une photographie, pas plus que le filtre n’est un outil esthétique ; ils constituent ensemble un dispositif métaphysique, une réponse technique à une angoisse spirituelle. Là où le tatouage gravait la peau pour conserver la trace d’un passé révolu, le filtre agit dans l’instant pour nier le présent. Il ne commémore pas : il corrige. Il ne se souvient pas : il empêche l’existence brute d’advenir.

 

Ainsi ne voulons-nous plus être vus tels que nous sommes, mais validés tels que nous devrions être.

 

 

 

Le miroir prophète

 


Le smartphone est devenu le premier miroir intelligent de l’histoire – un miroir qui ne reflète pas, mais qui propose. Il ne montre pas ce que vous êtes, mais ce que vous pourriez être : lisse, symétrique, lumineux, jeune. Toujours jeune. Chaque filtre est une petite prothèse métaphysique, comblant un manque que personne ne nomme : l’absence de destin collectif. Quand il n’y a plus de grand récit pour vous porter, il reste à scénariser son apparence. La transcendance a changé de registre : on ne prie plus, on poste.

 

Cette liberté, pourtant, a un prix exorbitant. En rendant le visage malléable à l’infini, on l’a aussi vidé de son poids symbolique.

 

On n’habite plus son visage, on le gère.

 

 

 

L’embaumement anticipé

 

 


Il est un paradoxe historique saisissant : autrefois, on ne figeait le visage qu’après la mort, par le masque mortuaire ou le portrait posthume. Aujourd’hui, nous l’embaumons de son vivant.

 

Le filtre est un rituel d’embaumement anticipé. Il produit un visage sans âge, sans fatigue, sans temporalité – un visage déjà séparé du flux de la vie, transformant le vivant en icône posthume de son propre être. Il s’agit de devancer l’inexorable, de rendre le visage éternellement présentable pour une audience éternellement absente.

 

C’est un visage qui a déjà cessé de vivre – du moins de vivre pleinement, avec ses marques, ses épreuves, son histoire écrite sur la chair.

 

 

 

 

La dissociation et la confession

 

 


Cette pratique n’engendre pas seulement un mensonge social ; elle fissure le sujet de l’intérieur. D’un côté, le visage vécu – celui de la fatigue du matin, du miroir brut, chargé d’histoires. De l’autre, le visage projeté – lisse, standardisé, éternellement jeune, validé par les algorithmes. La honte de l’image brute, l’anxiété de la rencontre non filtrée, la fatigue de maintenir l’écart : le sujet se vit désormais comme dédoublé.

 

Dans cette fracture, le selfie devient une confession visuelle permanente, une exposition répétée en forme d’aveu. Mais cette confession se déroule dans un vide sacramentel : ni prêtre, ni pardon, ni absolution. L’algorithme remplace le confesseur, les likes remplacent l’absolution, dans une boucle infinie d’auto-justification qui n’aboutit jamais.

 

C’est une confession sans rédemption, un aveu sans grâce.

 

 

 

De la marchandise à la donnée

 

 


Plus insidieuse encore est la mutation du visage en donnée pure. Il n’est plus seulement une image ; il est devenu une clé d’accès, un mot de passe existentiel. Reconnaissance faciale, biométrie, contrôle algorithmique : notre visage est désormais lisible, triable, classable. Il existe ici une tension profonde et sinistre : l’Occident croit libérer le visage par le filtre, l’offrant à l’auto-création, alors qu’en réalité, il le prépare à être capturé, standardisé et rendu docile pour les systèmes de contrôle. En lissant nos traits, nous facilitons inconsciemment le travail des machines qui nous identifient.

 

La trajectoire est implacable : du visage-sacré au visage-marchandise, et du visage-marchandise au visage-donnée.

 

 

 

La fin du regard et la discipline douce

 

 


Le visage était originellement fait pour être vu par un autre visage, dans la réciprocité du regard où chacun se découvrait à la fois voyant et visible. Le filtre rompt cette circularité fondamentale. Il oriente le visage non plus vers un autre, mais vers soi-même ou vers un public abstrait. Le regard n’est plus croisé ; il est devenu statistique. On ne cherche plus la rencontre, mais l’audience.

 

Et cette négociation permanente avec le regard pèse de façon asymétrique, selon une « discipline douce » qu’imposent les normes sociales et algorithmiques, et qui s’exerce avec une violence particulière sur les femmes. La pression esthétique, intériorisée et consentie, redessine les canons du désir selon des standards algorithmiques. Le filtre transforme en jeu ce qui est un devoir, en liberté ce qui est une contrainte. Le résultat est un paradoxe douloureux : jamais le visage féminin n’a été autant célébré comme objet de désir, et jamais il n’a été autant haï dans sa réalité charnelle.

 

Si le filtre annule la rencontre, il étouffe aussi, dans son sillage, la possibilité même de la transmission.

 

 

 

L’effacement de l’histoire : dés-héritage et spectralité

 

 


C’est peut-être la conséquence la plus profonde : le filtre opère une rupture généalogique radicale. Avant, le visage était un héritage, un pont entre les générations, portant les traits de la lignée et les marques d’une appartenance. Le filtre, dans sa logique de correction, produit un visage sans ancêtres. On ne ressemble plus à ses parents, ni à son peuple. Cette rupture signe la déconnexion d’une civilisation d’avec sa propre mémoire charnelle. L’idéal n’est plus le beau visage, mais le visage neutre – l’anti-visage, sans aspérité, sans singularité, sans caractère. C’est un idéal négatif, qui préfère l’absence de défaut à la présence de l’histoire.

 

À force de corrections, les visages finissent par se ressembler, formant une humanité spectralement homogène. Ce qui faisait la singularité – rides, asymétries, marques du temps – devient défaut. Le visage cesse de raconter une histoire, de témoigner d’une vie traversée. Il n’indique plus l’épreuve, la fatigue, la joie profonde. Le paradoxe est cruel : à vouloir se rendre éternellement désirable, le visage devient oubliable. C’est l’art de la présence pure, sans passé ni promesse.

 

Un visage sans histoire est un visage qui n’engage à rien, une île aseptisée, optimisée, et fondamentalement seule.

 

 

 

Le rite vide et les résistances

 

 


L’acte de se filtrer possède toutes les apparences du rite : répétitif, codifié, liturgique. Mais il manque l’essentiel : le seuil. Aucun passage n’est franchi. Aucun statut n’est conféré. Le filtre n’ouvre pas sur un «après» ; il enferme dans un présent perpétuellement retouchable. On ne devient rien. On ajuste sans fin. C’est un rite sans témoin, une transformation promise qui ne transforme rien.

 

Face à cette logique de l’exposition intégrale, d’autres traditions rappellent qu’un visage peut aussi se définir par ce qu’il retient, protège ou transcende. Dans certaines écoles bouddhistes, on pratique la méditation sans miroir, détournant le regard de l’apparence éphémère pour contempler la nature de l’esprit. Le visage charnel y est considéré comme un voile temporaire sur une identité plus profonde.

 

Dans la tradition iconographique chrétienne orthodoxe, la création d’une icône est précédée d’un jeûne et d’une prière. L’artiste ne cherche pas à reproduire les traits accidentels d’un modèle, mais à révéler, à travers des codes stricts, la transfiguration de l’humain par le divin. Le visage saint n’est pas un portrait, mais une fenêtre.

 

Plus près de nous, dans certaines cultures amérindiennes, les masques cérémoniels ne cachent pas l’identité : ils la transforment. Portés lors de rituels précis, ils permettent l’incarnation temporaire d’un esprit ou d’un ancêtre. Le visage quotidien est alors momentanément effacé, non pour être optimisé, mais pour laisser place à une présence plus grande que soi.

 

Ces gestes ne sont pas des refus de la modernité. Ils sont, chacun à leur manière, des résistances à une logique spécifique : celle qui fait du visage un objet de consommation immédiate, une surface sans profondeur offerte à tous les regards. Ils présupposent tous que le visage a partie liée avec un mystère – qu’il soit intérieur, divin ou communautaire – et que ce mystère exige un temps, un retrait, ou un rituel pour se révéler.

 

Ils opposent à la circulation infinie de l’image la valeur du seuil, et à l’auto-création permanente la dignité de la réception.

 

 

 

Géopolitique du visible

 

 


Cette divergence dessine une nouvelle carte des civilisations. Elle se définit par le rapport au visible et au caché, à l’exposé et au réservé. D’un côté, les cultures de l’exposition intégrale – où le visage, transformé en surface d’échange social et affectif, est constamment offert, optimisé, évalué. De l’autre, des cultures de la réserve symbolique où le visage demeure protégé par la ritualisation, soustrait à la circulation générale pour préserver sa dimension de mystère ou de lien communautaire sacré. Entre ces deux pôles, s’étendent les sociétés du contrôle algorithmique, où le visage est moins montré que capturé, moins protégé que tracé : il devient un document unique, une donnée biométrique, l’outil ultime d’une surveillance transparente.

 

Cette triangulation silencieuse répond à des questions métaphysiques fondamentales et opposées : Quel est le prix de la visibilité ? Où commence la profanation ? À qui appartient notre image ? Les réponses, profondément ancrées dans les imaginaires collectifs, touchent à des conceptions antithétiques de la personne – comme projet à accomplir, comme héritage à préserver, ou comme entité à administrer.

 

Elles définissent des rapports radicalement différents au sacré, à la communauté, et finalement, à ce qui, dans le visage de l’autre, mérite d’être reconnu plutôt que simplement scanné ou consommé.

 

 

 

Le portrait-robot et la possibilité silencieuse

 

 


Que produit une civilisation qui ne cesse de retoucher ses selfies ? Une humanité lisse, sans accidents, qui ne se reconnaît plus que dans ses propres publicités. Le visage devient le dernier territoire d’une angoisse inavouée : celle de n’avoir plus rien à transmettre, sinon sa propre image. On héritait jadis d’un nom, d’une terre, d’une foi. Aujourd’hui, on lègue son feed Instagram – un mausolée numérique de poses filtrées. Un visage sans héritage est un visage sans dette. Et un visage sans dette ne reconnaît personne.

 

Entre ces pôles, une silhouette discrète se dessine en creux : non pas un modèle, mais une simple possibilité anthropologique. Celle de celui qui accepte son visage. Non par résignation, mais par une fidélité silencieuse à ce qui lui a été donné – ces traits hérités, ces marques du temps qui racontent sans mots une histoire qui le dépasse.

 

C’est une autre manière d’habiter sa présence au monde : en acceptant d’être un miroir, et non un filtre. Un tel geste, apparemment minuscule, est le préalable indispensable à tout regard vrai et à toute communauté qui ne serait pas fondée sur l’illusion partagée.

 

 

 

Le visage sans conséquence et la question abyssale

 

 


Le visage filtré promet l’immunité. Contre le temps, contre le jugement, contre la vulnérabilité même d’être vu. Il aspire à un bonheur sans blessure, une présence sans exposition, une beauté sans histoire. Mais un visage sans conséquence est un visage fantôme. Il occupe l’écran sans habiter le monde. Le regret à venir ne sera pas esthétique, il sera ontologique. Ce sera cette nausée douce-amère d’avoir négocié avec des reflets tandis que la substance fuyait, d’avoir préféré la sécurité de l’avatar au risque de la présence.

 

Que devient une civilisation qui, fascinée par ses propres masques, en vient à avoir horreur de la nudité des visages ? Que se passe-t-il quand la priorité n’est plus de rencontrer, mais de formater ; non plus de transmettre, mais de se rendre transmissible ? Peut-on encore tisser une histoire – cette grande trame de récits et de regards partagés – avec des visages sans relief, sans cicatrice, sans cette éloquence silencieuse que confère seul le passage du temps ?

 

Et au fond, la question la plus taraudante : quand la technologie du filtre sera devenue obsolète, remplacée par quelque nouveau leurre technologique, que fera-t-on de cette honte ? Cette honte qui ne sera plus attachée à un outil, mais incrustée dans la chair même, dans le geste instinctif de détourner le regard du miroir brut, dans l’incapacité nouvelle à supporter la grâce rugueuse d’un visage vrai. Que restera-t-il, quand les moyens de la fuite auront disparu, sinon la honte elle-même, pure, définitive, sans alibi ?

 

Il ne s’agit pas de condamner les images, ni de regretter un âge d’or imaginaire, mais de se demander ce que nous acceptons de perdre lorsque nous cessons de reconnaître, dans un visage, autre chose qu’une surface à corriger.

 

 

Regarde-toi.

 

Pas dans l’écran.

 

 

 

 

 

 

 

 

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MOUNIR KILANI

https://reseauinternational.net/le-visage-sans-miroir/

 

 

 

 

 

 

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MOUNIR KILANI, MIROIR, NARCISSISME, VISAGE, FASCINATION, MASQUES, AUTO SATISFACTION, TEMPS, JUGEMENT,

 

22 février 2026

LA PAROLE SACREE OU " LE POIDS DES MOTS "

 

 

 

 

 

 

 

 


Dans un monde saturé de messages instantanés, de likes et de formules toutes faites, la parole a perdu son poids. Les mots les plus graves circulent à coût réduit, employés comme des signaux plutôt que comme des engagements. Et pourtant, certaines voix continuent de traverser le temps, certaines paroles gardent leur densité. Ce texte explore l’érosion du langage, les mécanismes qui l’affaiblissent, mais aussi les résistances qui subsistent — silence choisi, dire-vrai courageux, pratiques littéraires et spirituelles — et interroge la capacité d’une civilisation à restaurer le pouvoir de ses mots.... 

 


"Quand la parole perd son poids, ce n’est pas seulement l’expression qui change : c’est l’ordre symbolique lui-même qui vacille. Car les mots ne pèsent vraiment que lorsqu’ils peuvent nommer l’irréparable, engager jusqu’à la rupture, dire ce qui ne pourra pas être réparé. Une civilisation repose sur une confiance minimale dans le fait que les mots désignent quelque chose de stable. Sans cette confiance, il n’y a plus de contrat durable (qu’est-ce qu’une signature si les mots ne lient pas ?), plus de promesse crédible (qu’est-ce qu’un serment si l’on peut le reprendre demain ?), plus d’autorité reconnue. Il n’y a plus que des arrangements provisoires entre solitudes méfiantes." 

 


"Depuis les temps immémoriaux, la parole était sacrée. Dans toutes les civilisations, des proverbes et des textes fondateurs la glorifient, lui attribuant un pouvoir de création, de lien et d’engagement. «Au commencement était le Verbe», énonce la tradition chrétienne, tandis que les sagesses africaines nous rappellent que «la parole est une semence». Partout, la parole était un acte, un engagement, une marque de l’humain. Il fut un temps, précisément, où parler engageait. Pas parce que la parole était libre — souvent, elle ne l’était pas — mais parce qu’elle était lourde." 

 


"Une parole prononcée liait celui qui la portait à ce qu’elle désignait. Parfois à ce qu’elle révélait malgré lui. Elle exposait. Elle compromettait. Elle faisait entrer dans l’espace commun quelque chose qui ne pouvait plus être entièrement retiré. La parole était un risque. On la pesait avant de la lâcher. Il ne s’agissait pas d’un âge d’or. Les rumeurs, les calomnies, la propagande existaient déjà. Les guerres de religion, les pamphlets révolutionnaires, les procès politiques du XXᵉ siècle ont montré que le langage pouvait être une arme redoutable — précisément parce qu’il engageait ceux qui le maniaient, fût-ce contre eux-mêmes. Et pourtant, au milieu de ces risques, certaines paroles courageuses traversaient le temps — paroles de justes, de résistants, d’amis fidèles — et s’incrustaient dans la mémoire collective, parfois pour des siècles." 

 

 

 

 

 

 

 

 

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MOUNIR KILANI

 

 

 

 

 

 

 

 

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MOUNIR KILANI, PAROLE, SACREE, ENGAGEMENT, VERBE, TEXTES, CIVILISATIONS, TEMPS

 

21 février 2026

LES RUCHES SECRETES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les ruches secrètes sont alignées
près des lianes du ciel,
parmi des nids lumineux.
Butinez-y, abeilles de mes pensées,
petites abeilles ailées de son
dans la nue enceinte de silence ;


chargez-vous de propolis
parfumée d’astres et de vent :
nous en calfeutrerons toute fente
communiquant au tumulte de la vie.
Chargez-vous aussi de pollen stellaire
pour les prairies de la terre ;


et demain, lorsqu’y noueront
les roses sauvages de mes poëmes,
nous aurons des cynorrhôdons aériens
et des semences sidérales.

 

 

 

 

 

 

 

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JEAN-JOSEPH RABEARIVELO

1901~1937

« Traduit de la nuit », Éditions de Mirages, 1935

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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JEAN-JOSEPH RABEARIVELO, PENSEES,NATURE, IMAGINAIRE, RÊVES, EXISTENCE, MADAGASCAR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 février 2026

L'OEIL, LE MONDE ET LA COLERE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis né il y a quatre-vingt-neuf ans bientôt, le 4 novembre 1926. Dans un petit village qui s’appelle Bainet, dans le sud d’Haïti, non loin de Jacmel.

 


Mon père, qui était Guadeloupéen, est venu en France à la suite d’une aventure familiale. Il avait engrossé la bonne de la famille et a été envoyé en métropole rejoindre ses frères qui l’y avaient précédé pour y faire leurs études. Il avait alors quatorze ou quinze ans. À seize ou dix-sept ans, il s’est engagé dans les dragons. Il a pris un engagement de trois ans. Et là, la guerre l’a surpris. On l’a envoyé charger les Allemands avec son régiment, sabre au clair. Ils ont été fauchés par les mitrailleuses qui venaient de faire leur apparition sur les champs de bataille. Il a fait partie des quelques rares survivants et a été versé dans les chasseurs alpins. Il m’a raconté qu’on « désignait » les volontaires pour en faire des brancardiers. On les obligeait à achever les blessés, quand il y en avait trop. On leur donnait un poignard et on leur disait « Visez droit au cœur ! ». Il a participé à toutes ces choses. Il était trouffion. Pas le choix. Et lui, Guadeloupéen, il était isolé. Il a participé à de nombreux combats, dans les Vosges, à Curlu, à Méricourt, tous ces coins-là. Il n’arrêtait pas d’en parler. J’étais passionné. J’écoutais ces histoires de charges à la baïonnette, les 101 sorties inscrites sur son livret militaire. Il avait une force herculéenne, mais il a été blessé tout de même quatre fois, dont une fois très grièvement.

 

 

En 1917, au cours d’un bombardement allemand, un obus a éclaté sur les brancardiers. Trois types ont été tués, lui a été commotionné. Il a reçu soixante-quatorze petits éclats d’obus dans le crâne mais comme il était très costaud, il a pris l’officier sur son dos et il est parti droit devant lui. Heureusement dans la bonne direction. D’après le rapport que mon frère a pu récupérer, il l’a porté sur sept kilomètres. Il s’est effondré devant un poste de secours. Transporté au Val-de-Grâce, il est resté inconscient pendant six mois. Au réveil, il avait perdu la mémoire. Il délirait. Il rentrait dans des colères folles et n’utilisait plus que des grands mots patriotiques, comme « la France », « la patrie ». Il avait oublié jusqu’au prénom de sa mère, ce qui le mettait en rage. Finalement, les médecins lui ont conseillé de retourner aux Antilles « parce que le climat et les mœurs sont différents… Pour le rétablissement psychique ce serait mieux ». C’est à cette époque qu’il a épousé ma mère, juste à la fin de la guerre. Ils sont partis en Haïti rejoindre un oncle. Pendant des années, j’ai cherché à comprendre pourquoi il n’était pas rentré en Guadeloupe. Puis j’ai trouvé l’explication : il s’était déjà marié avec une autre femme et il était alors en instance de divorce. Quand il a épousé ma mère, il avait donc une ancienne femme dans le xviii  arrondissement et une nouvelle dans le xive. Comme c’était le bordel à cette époque-là, il l’avait fait sans être divorcé, mais il ne pouvait pas rester en France. Il ne pouvait donc pas rentrer en Guadeloupe, qui dépendait de la métropole. Donc il a dit à ma mère : « Écoute, mon oncle Édouard est en Haïti, on peut s’y faire une fortune ». Ils sont partis en 1919. Tout le monde était au courant, sauf nous, évidemment, les enfants.

 

 

À leur arrivée en Haïti, l’oncle Édouard était mort. Mes parents ne connaissaient personne, sauf une femme qui avait envoyé son fils fou en Guadeloupe plusieurs années auparavant pour éviter qu’il soit enfermé à l’asile de Pont-Beudet. Mais pour cela, il fallait qu’une famille se porte garante et mon grand-père avait accepté de s’en charger. Alors, quand mon père est arrivé dans ce petit pays, quand un Bloncourt est arrivé, un Bloncourt qui était le fils de celui qui avait hébergé son fils et permis qu’il soit mieux traité qu’en Haïti, elle s’est occupée d’eux. Elle les a hébergés et leur a donné de quoi vivre confortablement. Cette dame est morte en laissant une partie de son argent à mes parents ainsi qu’à sa fille adoptive, Maman Dédé, qui est devenue notre nourrice. Ils se sont retrouvés avec un petit pécule, pas grand-chose, mais un petit peu d’argent quand même, et ma mère a ouvert une école. Elle était républicaine, elle a ouvert une école laïque. Les congrégations religieuses, toutes-puissantes sur l’île, ont fait campagne contre elle, les obligeant à partir s’installer à Bainet, au sud de Jacmel. Ils avaient alors deux fils, Tony, qui sera fusillé plus tard, et Claude. Moi, je suis né dans ce petit village, à Bainet, dans une chaumière, sur de la terre battue. Un an après ma naissance, un cyclone a dévasté la région. La maison a été emportée et la famille s’est établie à Jacmel. C’est là que j’ai passé les dix premières années de ma vie. C’est là que j’ai commencé à ouvrir les yeux sur le monde. Mon père était un aventurier, un mulâtre, un libéral-démocrate. C’était un type généreux.

 

 

La situation en Haïti était très compliquée. Quand les esclaves se sont révoltés en 1804, ils ne l’ont pas fait seuls, mais avec les affranchis, les mulâtres. Rapidement, ces derniers se sont emparés du pouvoir. Ils savaient lire, ils savaient écrire, ils pouvaient faire du commerce, ils pouvaient organiser le pays, découper les terrains, faire les lois. Ils sont devenus la bourgeoisie haïtienne et ont remplacé les colons blancs. Haïti, nation noire à plus de 90 %, était dirigée par ces mulâtres, qui se sont alliés avec leurs anciens maîtres. Ce sont eux qui ont demandé de l’argent à la France. Ce sont eux qui ont fait la dette, cette fameuse dette haïtienne qui a été remboursée jusqu’au dernier sou et qui a contribué à ruiner l’économie du pays. Et puis est arrivé Duvalier. Et les Noirs ont enfin pu prendre le pouvoir. Et une nouvelle bourgeoisie s’est constitué.

 

 

6Moi, je suis né au milieu de tout ça : quarteron au milieu des classifications, des castes, des petites différences de race, des grandes barrières de classe. Une prise de conscience : j’avais sept ou huit ans et tous mes amis étaient noirs. Mais tous n’étaient pas bien habillés le dimanche.

 

 

En 1936, un nouveau cyclone, accompagné d’un tremblement de terre et d’un raz-de-marée, a ruiné la région. On brûlait les cadavres en tas. Il y a eu des exactions. Des types volaient les secours pour les revendre ensuite. Des choses abominables. La région était ruinée. Beaucoup de familles sont parties s’installer à la capitale. Mes deux frères aînés ont été inscrits au petit séminaire, collège Saint-Martial. Mon père avait commencé à cultiver des légumes pour les vendre aux Américains présents dans l’île. Nous, on mangeait du « maïs moulin », de l’igname, des patates douces. Mon père partait aux aurores pour cultiver ses terres, avec ses trois ouvriers, pieds nus, comme eux, avec sa machette, comme un héros. Un vrai aventurier.

 

 

À cette époque, il s’est mis à soutenir un type dont il venait de faire la connaissance et qui était devenu son ami. Il s’appelait Dumarsais Estimé et allait devenir président de la République en 1946. Très sportif, mon père avait fondé plusieurs clubs. Il a été nommé directeur général des sports et du scoutisme. C’est lui qui a organisé les premières parades. Chaque année, le 18 mai, pour la fête nationale, tous les élèves défilaient, en groupe, en rang, en rond, ils faisaient des cercles, des mouvements sur la musique militaire, des spectacles comme les Soviétiques. Bref, il avait une belle situation. Ma mère était très respectée. Elle était considérée comme une femme de lettres. Elle faisait des après-midi littéraires, des conférences. Son école fonctionnait bien et les curés la laissaient enfin tranquille.

 

 

L’après-midi, les adultes se réunissaient, buvaient des coups, discutaient, tuaient le cochon. Et nous, on ne jouait pas très loin, on s’approchait. On écoutait. On apprenait en suivant les échanges.

 

En 1937, quinze mille travailleurs haïtiens ont été massacrés en République dominicaine. En une nuit. Une vraie Saint-Barthélemy, à coups de revolver et de couteau. Pendant des jours et des jours, tout le monde ne parlait que de ça. Mon père était en colère, il rentrait et il disait « Mimi » – c’est comme ça qu’il appelait ma mère qui s’appelait Noémie – « Mimi, il va y avoir la guerre, ce n’est plus possible de tolérer ces assassinats ». Pendant ce temps, avec mes copains les Bajeux, dont le père était guadeloupéen comme le mien, nous rêvions de « délivrer la Guadeloupe de l’impérialisme français ». Nous n’avions que quatorze ou quinze ans mais nous parlions d’organiser un corps expéditionnaire. Nos parents étaient tous armés et quand on allait à la montagne, ils nous apprenaient à tirer. Quoique très jeunes, on était même de sacrés bons tireurs. On tirait aussi à l’arc. Nous avions monté une organisation secrète avec codes et langage secrets.

 

 

Quand la guerre a éclaté mon père a acheté un poste de radio. Un quinze lampes, d’une puissance ! Il a installé des cartes au mur pour marquer le front. Tout était très intense, tout était très solennel. On suivait les opérations. J’étais devenu les oreilles de mon père qui n’entendait plus rien depuis sa commotion. Avec des épingles, je pointais la position des belligérants. L’abattement quand les Allemands avançaient, les cris de joie qui remplissaient la maison quand des victoires françaises étaient annoncées. Même ma mère, d’habitude réservée, silencieuse, manifestait sa joie. Seulement moi, j’étais partagé, parce que la Guadeloupe, elle, était occupée par la France et que même si on défendait les Français contre les Allemands, l’impérialisme était là. On mélangeait un peu tout, on était des gamins. Et puis la France s’est effondrée. On a reçu une lettre de mon frère Tony, qui était en France. Il demandait l’autorisation de s’engager. Mon père a lu sa lettre à table. Il était assis au bout, ma mère était en face, moi à sa gauche, mon frère Claude à côté de notre maman. Comme tout le monde restait silencieux, il a dit : « Mimi, nous ne reverrons plus Toto. Il fera son devoir, il ira jusqu’au bout ».

 

 

Durant l’Occupation, les amis venaient moins souvent écouter les informations. La maison était devenue triste, mon père fumait cigarette sur cigarette. Quand l’Union soviétique a été attaquée par Allemands, mon père a dit : « Ce sera leur tombeau, comme pour Napoléon ». Les Anglais bombardaient les villes françaises et à chaque fois, mes parents exultaient. Ils exultaient sans penser aux morts : il fallait battre les Allemands, c’était la seule chose qui comptait. Entre-temps était arrivé un avis du ministère des Affaires étrangères, avec une coupure de journal venant de Caracas où il était marqué : « Louis Bloncourt, né en Haïti, exécuté par les Allemands ». Quand mon père l’a reçue, il a dit : « Mimi, Max a perdu son fils ! ». Parce que Max avait un fils qui s’appelait Louis. C’était marqué Louis Bloncourt parce que mon frère s’appelait Louis-Tony Bloncourt, comme moi je m’appelle Marie-Gérald. Mon père refusait que ce soit son fils. Il voulait que ce soit celui de son frère. Il disait : « Tony, ce n’est qu’un gamin, l’autre c’est un homme ! ». Et ma mère, qui n’était pas dupe disait : « Louis, mais non, regarde, c’est marqué "né en Haïti", c’est lui ! ». Alors mon père hochait la tête et ses traits se tendaient : « Mais non, non, ils se sont trompés, c’est impossible ! ». Finalement, on a su que mon frère avait bien été fusillé avec 6 autres gamins des Bataillons de la jeunesse, au Mont Valérien. On a reçu sa dernière lettre, qui est magnifique. Une lettre incroyable pour un type de vingt ans. Au cours du procès du Palais-Bourbon, il a déclaré avoir un jour refusé d’abattre un Allemand dans le dos. Ses copains lui avaient demandé pourquoi il n’avait pas tiré et il leur avait répondu qu’au moment de tirer il n’avait pas vu un Allemand, mais un homme ».

 

 

 

 

 

 

 

 

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La suite sur 

https://journals.openedition.org/chrhc/5420?lang=en

Gérald Bloncourt and Johann Petitjean

 

 

 

 

 

 

 

 

Oeuvre Gérald Bloncourt

 

 

 

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GERALD BLONCOURT, MEMOIRE, HAITI, GUADELOUPE, REVOLTE, REVOLUTION, LES CINQ GLORIEUSES, EXISTENCE, POETE, ARTISTE-PEINTRE, PHOTOGRAPHE, TALENT, HUMANITE

 " La mémoire "

Oeuvre Gérald Bloncourt

 

 

18 février 2026

LEILA SHAHID

 

 

 

 

 

 

«Liberté mon jardin, j’ai recueilli ton rayon
Dans le vent des chansons et le nectar des rêves
Sur les champs reverdis, j’ai couvé ton sillon
Pour revoir ton matin ressurgi sur les grèves
Tu te mouvais sur l’herbe et les galets du sol
En prêchant ton éclair au parvis des étoiles.»

 

 

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La Chair du cri,
Kamal Benkirane
Ed. du Cygne, 2009

 

 

 

 

 

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LEILA SHAHID, PALESTINE, GAZA, LIBERTE, KAMAL BENKIRANE

Leila Shahid 1949 -2026

18 février 2026

LEILA SHAHID LA VOIX DE LA PALESTINE....HOMMAGE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leïla, tes souvenirs d’enfance quels sont-ils, tes parents, le Liban…

 

 

 


Je n’aime pas vrai­ment par­ler de moi. Pen­dant long­temps, je pen­sais que la souf­france col­lec­tive des Pales­ti­niens pri­mait sur l’itinéraire per­son­nel, je ne suis pas la seule à sen­tir cela. Je pense que dans tous les peuples qui ont mené des luttes très longues, on a ten­dance à ne pas aimer per­son­na­li­ser. Mais avec le temps, j’ai com­pris que l’identification ne peut se faire s’il n’existe pas un aspect intime et personnel.

 

Je suis née dans une famille de Pales­ti­niens en exil depuis des géné­ra­tions. Je suis née au Liban tout comme mes deux sœurs, de parents tous deux nés en Pales­tine. Ma mère est de Jéru­sa­lem et mon père de Saint Jean‑d’Acre. Mon père a quit­té sa ville natale pour aller étu­dier au Liban chez les jésuites à l’âge de 10 ans. Ma mère était la fille d’un diri­geant poli­tique qui fut arrê­té et dépor­té par les Bri­tan­niques en 1936 et dont la famille a été dépor­tée au Liban. Mes parents se sont ren­con­trés à l’Université amé­ri­caine de Bey­routh, et ils sont reve­nus en Pales­tine pour se marier à Jéru­sa­lem en 1944. Je suis née en 1949, un an après la Nak­ba (al-Nak­ba) dans une famille qui venait de perdre sa patrie, la bles­sure était très récente, la dou­leur aus­si, sur­tout pour ma mère, car mon père était pro­fes­seur de méde­cine, très pris par son tra­vail et se consa­crait à ses pas­sions et pas­sait au-delà de la frus­tra­tion d’avoir per­du un pays en fai­sant de la science, sa nou­velle patrie. Ma mère était une femme de sa géné­ra­tion, qui ne tra­vaillait pas, et son arra­che­ment à la Pales­tine était encore très dou­lou­reux lorsque je suis née. Mais elle l’a com­blé en tra­vaillant pour les réfu­giés au Liban.

 

Ma petite enfance et mon ado­les­cence, je les ai pas­sées au Liban et j’ai gar­dé du Bey­routh de l’époque un immense amour. Mon atta­che­ment au mili­tan­tisme, à la culture et au plu­ra­lisme vient de là. C’était bien avant l’exacerbation confes­sion­nelle qui a mené à la guerre civile en 1975.

 

Ensuite, j’ai sui­vi ma licence à l’Université amé­ri­caine en anthro­po­lo­gie et même com­men­cé un tra­vail de doc­to­rat sur « l’Intifada » des camps pales­ti­niens, je sen­tais qu’il fal­lait que je l’inscrive dans le temps his­to­rique. J’avais une hypo­thèse d’ordre vir­tuel qui était que cette expé­rience ne pou­vait qu’aboutir à un affron­te­ment avec les forces poli­tiques liba­naises qui n’étaient pas de notre bord, ils étaient la droite conser­va­trice et en par­ti­cu­lier celle qui est deve­nue l’alliée des Israé­liens, ça veut dire les forces liba­naises et les pha­lan­gistes. Mais moi lorsque j’ai ins­crit cette thèse en 1972, j’étais à mille lieues de pen­ser qu’elle allait se réa­li­ser… je disais que la droite liba­naise pro-israé­lienne, anti-pales­ti­nienne ne pour­rait pas accep­ter cette alliance objec­tive entre la gauche liba­naise et les Pales­ti­niens, je n’imaginais pas que cela mène­rait à des mas­sacres comme Tel el Zaa­tar et Sabra et Cha­ti­la. J’étais hor­ri­fiée que ma thèse uni­ver­si­taire devienne une réa­li­té, et j’ai fait un total rejet de la posi­tion de l’observateur, du cher­cheur. Je consi­dé­rais que je ne pou­vais pas res­ter dans le sta­tut d’universitaire et j’ai donc recom­men­cé à mili­ter avec Ezze­din Kalak, notre repré­sen­tant à Paris, assas­si­né mal­heu­reu­se­ment en 1978 à Paris.

 

 

 

Tu as rencontré Yasser Arafat ?

 

 

 


J’ai ren­con­tré Ara­fat très tôt, en 1968, je fai­sais par­tie de la jeu­nesse de son Mou­ve­ment Fatah qui était un mou­ve­ment vrai­ment démo­cra­tique et où la proxi­mi­té des diri­geants et des cadres était immense. Je pense que c’était aus­si vrai pour le Front Popu­laire et le Front Démo­cra­tique, il y avait une telle joie, un tel bon­heur de se retrou­ver que les diri­geants avaient besoin d’être proches de leurs cadres poli­tiques et inver­se­ment les cadres poli­tiques avaient un accès extra­or­di­nai­re­ment ouvert à l’égard de leurs diri­geants. C’était la nais­sance d’une révo­lu­tion, un moment magique, de ras­sem­ble­ment, de créa­ti­vi­té, très riche, de proxi­mi­té extra­or­di­naire. Je dirais même d’affection fra­ter­nelle. On sen­tait comme une étin­celle, une renais­sance. J’ai 62 ans, mais je me rap­pelle encore les années où on ne pou­vait accé­der aux camps de réfu­giés, l’écrasement, l’atmosphère humi­liante et humi­liée de la popu­la­tion pales­ti­nienne. Certes, on n’avait même pas libé­ré la Pales­tine mais on avait lan­cé une révolte contre l’humiliation, à l’intérieur du camp, dans cet espace fic­tif d’une patrie. Moi j’appelle les camps, la Pales­tine en exil, la Pales­tine trans­por­tée dans la valise. Tout regrou­pe­ment de plus de quatre per­sonnes était consi­dé­ré comme une cel­lule poli­tique et inter­dit. Les camps étaient gérés par l’armée liba­naise. Les gens ont appe­lé ce mou­ve­ment de sou­lè­ve­ment paci­fique dans le camp, Mou­ve­ment non violent « Inti­fa­da », le peuple qui se relève, se sou­lève, s’autogère. Ara­fat était par­ti­cu­liè­re­ment, et c’est son tem­pé­ra­ment cha­leu­reux, quelqu’un qui recher­chait le contact avec les jeunes et avec les femmes. Il a beau­coup encou­ra­gé les femmes à mili­ter dans ces années-là, et c’est res­té le cas pen­dant toute la période jusqu’en 1982. Comme il me connais­sait bien, en tant que mili­tante au Liban il m’a choi­sie comme pre­mière femme ambas­sa­deur en 1989. Aujourd’hui les rela­tions sont beau­coup plus for­melles entre la direc­tion pales­ti­nienne et les cadres pales­ti­niens car aujourd’hui c’est une auto­ri­té offi­cielle, ins­tal­lée, à l’époque c’était un mou­ve­ment révo­lu­tion­naire qui se vou­lait non-hié­rar­chi­sé, non ins­ti­tu­tion­na­li­sé qui rele­vait plus d’un mou­ve­ment de libé­ra­tion que d’une auto­ri­té. Je pense qu’on a per­du cette proxi­mi­té entre la direc­tion et les cadres, c’est dom­mage parce que je pense qu’elle est néces­saire mais la Pales­tine a cela de très par­ti­cu­lier c’est qu’elle doit assu­mer paral­lè­le­ment les fonc­tions d’un mou­ve­ment de libé­ra­tion natio­nale et d’une auto­ri­té gou­ver­ne­men­tale qui n’est pas encore un État. D’où une cer­taine complexité.

 

 

 

 

 

Cela c’est le côté politique de la femme engagée, j’aimerais plus t’emmener vers le pan culturel, savoir quelles sont tes passions ?

 

 

 


Mes deux meilleurs sou­ve­nirs dans ma car­rière poli­tique, c’est les deux sai­sons cultu­relles que j’ai orga­ni­sées à Paris et à Bruxelles.

 

Je crois que j’ai été très jeune atti­ré par la dimen­sion cultu­relle de la vie, et par toutes les formes d’expression artis­tiques. Je pense que ce n’est pas étran­ger au fait que j’ai gran­di dans un pays où l’expression cultu­relle était très riche, pro­ba­ble­ment aus­si du fait de la diver­si­té de la socié­té liba­naise, la diver­si­té des langues. Bey­routh était une ville sans régime mili­taire, mais aus­si sans état cen­tra­li­sé, où tu pou­vais créer en arabe, en fran­çais, en anglais. Il y avait une liber­té d’expression sur le plan poli­tique et médiatique.

 

Encore étu­diante, je suis deve­nue la rédac­trice en chef du jour­nal de l’université « Out­look » qui signi­fie « vision ». J’aimais beau­coup les enquêtes de ter­rain sur les réa­li­tés sociale et poli­tique, ça m’a per­mis d’ailleurs de voir le Liban d’un œil plus objec­tif que de mon simple sta­tut de citoyenne. Et puis notre com­bat de Pales­ti­niens est avant tout une renais­sance iden­ti­taire dont la pre­mière expres­sion est bien sûr culturelle.

 

À Bey­routh à l’époque, le théâtre était à l’avant-garde du théâtre du monde arabe, la musique, les mai­sons d’édition, la plu­part des écri­vains du monde arabe étaient publiés au Liban et je pense que j’ai été influen­cée par la richesse de la scène cultu­relle liba­naise et cela ne m’a jamais quit­té, ça cor­res­pon­dait beau­coup à mon tem­pé­ra­ment. J’ai tou­jours pen­sé que j’étais plus inté­res­sée par la dimen­sion cultu­relle de la poli­tique que par la poli­tique poli­ti­cienne, elle ne m’intéresse pas. Per­son­nel­le­ment, je trouve que le PAC rem­plit une fonc­tion extra­or­di­naire de culture popu­laire ins­crite aus­si dans un mou­ve­ment poli­tique. Aujourd’hui, je dirais qu’il fau­drait un PAC fran­çais. Je retrouve cet esprit au fes­ti­val d’Avignon, que je fré­quente beau­coup. Je retrouve cet esprit, d’une culture popu­laire ouverte à tous, je suis une très grande amie d’un homme que j’adore, qui s’appelle Jack Ralite. C’est aus­si l’ami d’Antoine Vitez, d’Aragon, il est com­mu­niste, fran­çais et aujourd’hui séna­teur, il a été maire de la ville d’Aubervilliers. C’est lui qui a créé les Assises de la Culture en France, un lieu de réflexion et de pro­pul­sion d’idées sur la ques­tion « com­ment la culture peut deve­nir ouverte à tous, ne reste pas uni­que­ment dans le champ de l’élite pari­sienne ». Aujourd’hui, la culture est deve­nue une indus­trie, une indus­trie cultu­relle et elle répond aux lois du mar­ché. Les lois du mar­ché sont en train de tuer la culture. Il faut dans les mou­ve­ments poli­tiques dans les mou­ve­ments citoyens, une réflexion volon­taire de quelle est la place de la culture dans la socié­té, dans la cité.

 

 

 

 

Parle-moi du film « Leïla Shahid Palestine Forever »…

 

 

 

 


Je ne l’aime pas beau­coup à vrai dire. Je n’aime pas beau­coup ce qui est trop per­son­na­li­sé. J’ai été ame­née à ce que l’on fasse ce film-docu­men­taire sur moi car Michèle Col­le­ry, la réa­li­sa­trice avait lu le livre de ma mère et en était tom­bée amou­reuse. C’est comme cela qu’elle m’a convain­cue. Ma mère est décé­dée en 2008, c’est quelqu’un à qui j’ai été très atta­ché. On se res­semble phy­si­que­ment beau­coup, on a été très proches et très com­plices. Elle a très bien vécu sa vie, elle est morte à 88 ans, on ne peut pas espé­rer mieux, mais elle a eu la brillante idée, la capa­ci­té, la force, l’inspiration d’écrire à 80 ans, un très beau livre qui s’appelle « Sou­ve­nirs de Jéru­sa­lem ». Tout ce qu’elle nous avait racon­té lorsque nous étions enfants, elle l’a écrit en anglais. Ensuite il a été tra­duit en fran­çais, en hébreux, en arabe. Comme Mah­moud Dar­wish qui l’aimait beau­coup a dit : « ce qu’elle veut faire pas­ser, c’est la mémoire du lieu et c’est Jéru­sa­lem qui n’existe plus, qui était la Jéru­sa­lem cos­mo­po­lite, mul­ti­cul­tu­relle, mul­ti­con­fes­sion­nelle, où son grand-père était maire et où il y avait des élus juifs, musul­mans et chré­tiens dans sa municipalité. »

 

Mal­heu­reu­se­ment, pour des rai­sons de pro­duc­tion, Arte a chan­gé le scé­na­rio du film, il ne repré­sente pas ce que la réa­li­sa­trice vou­lait faire, ni ce que moi je vou­lais qu’il soit. C’est un film sur ma per­sonne plus que sur ma mère. Mais je ne déses­père pas qu’elle refasse un jour son propre mon­tage. Lorsqu’elle l’a pré­sen­té, en avant-pre­mière à Paris elle a dit : « ça c’est le film d’Arte et moi je vais refaire mon film lorsque j’aurai assez d’argent ». Et j’espère qu’elle le fera.

 

 

 

Qu’est-ce qu’un bon et vrai moment de détente pour toi ?

 

 

 

 


Je vais te dire, le seul vrai moment de détente, c’est lorsque je me rends dans un musée ou une gale­rie, ça veut dire que je dois me plon­ger dans un autre monde. Je vais me mettre au soleil sur un tran­sat ma tête conti­nue à fonc­tion­ner tan­dis que lorsque je suis dans le monde de la fic­tion que crée un livre, une expo­si­tion, un musée, une créa­tion artis­tique, une ins­tal­la­tion : j’ai tel­le­ment envie de ren­trer dedans que je sors de ma peau et cela ce sont les plus belles vacances, j’oublie la Pales­tine et ma fonc­tion, les Pales­ti­niens et leur tra­gé­die. J’essaie de choi­sir une expo­si­tion à visi­ter par semaine et je m’y rends le same­di avec mon mari. C’est mon Sha­bat à moi ! Je pense que le fait que je sois mariée à un roman­cier et cri­tique lit­té­raire qui a été long­temps un acti­viste cultu­rel dans son pays montre aus­si la place de la culture dans ma vie.

 

 

 

 

Il y a un auteur, un écrivain que tu apprécies particulièrement ?

 

 

 


Je lis beau­coup, des essais et des romans mais aus­si énor­mé­ment de dos­siers et rap­ports rela­tifs à mon tra­vail concer­nant la Pales­tine. Je ne lis que du roman, je ne suis pas por­té sur la poé­sie. Je trouve que le roman me fait entrer dans un monde et puis j’ai tou­jours cette atti­rance pour l’anthropologie qui ne me quitte pas, je trouve qu’aujourd’hui la lit­té­ra­ture est une manière extra­or­di­naire de connaître d’autres cultures. Lorsque je peux, je laisse du temps pour les romans, j’aime aus­si les nou­velles… mais c’est plus une tra­di­tion de ma géné­ra­tion que de celles des jeunes. J’ai besoin de lire avant de dor­mir. Je peux lire plu­sieurs livres en même temps, et dans des langues dif­fé­rentes : en arabe, en fran­çais, en anglais. La lit­té­ra­ture a une fonc­tion très impor­tante dans ma vie et c’est pro­ba­ble­ment pour cela que je suis mariée depuis 33 ans à un roman­cier maro­cain qui s’appelle Moha­med Berrada.

 

Je ne dirais pas quels sont mes écri­vains pré­fé­rés, mais deux amis écri­vains ont été une lumière dans ma vie et m’ont beau­coup influen­cé : Jean Genet et Mah­moud Darwish.

 

 

 

 

 

Côté musique tu es plutôt musique classique ?

 

 

 


J’aime beau­coup la musique clas­sique parce qu’elle me donne un baume et je peux pas­ser une jour­née entière à l’écouter, mais j’adore les musiques turques, ira­niennes… et toute la tra­di­tion mys­tique. Je peux autant plon­ger dans les musiques tra­di­tion­nelles des cultures d’Amérique latine que dans les musiques mys­tiques de Tur­quie et d’Iran, que de Mozart ou Bach. J’aime la diver­si­té et je suis très rebelle à la néces­si­té de n’aimer qu’une forme de culture, qu’une langue.

 

 

 

Les musiques actuelles telles que le slam, le rap, qu’en penses-tu ?

 

 

 

 


Le rap j’adore, parce que le rap comme le slam sont très ins­crits dans les réa­li­tés cultu­relles, poli­tiques, citoyennes. Nous avons des groupes comme Dan, un groupe pales­ti­nien d’Israël ou Gaza Under­ground qui sont des rap­peurs de très bon niveau et connus dans les fes­ti­vals inter­na­tio­naux. Ces cou­rants musi­caux repré­sentent à mes yeux une expres­sion artis­tique d’une réa­li­té sociale et poli­tique par­ti­cu­lière. Cela reflète une phase de l’évolution socio­lo­gique de la moder­ni­té. C’est avec le rap qu’on a ouvert la sai­son Masa­rat aux Halles de Schaerbeek.

 

 

 

 

 

Quel qualificatif t’inspire le mot « paix » ?

 

 

 

 


Avant tout « vivre ensemble », pour moi c’est ana­chro­nique de conti­nuer à accep­ter la fata­li­té de la guerre, il n’y a pas de fata­li­té de la guerre, c’est un choix tout comme la paix. Vous avez vu les assas­si­nats de Julia­no Mer-Kha­mis et de Vit­to­rio Arri­go­ni. Ils ont payé de leur vie, le choix de défendre le droit des Pales­ti­niens à l’indépendance. Pour moi la paix c’est la coexis­tence, c’est le vivre ensemble. C’est pour cela que je suis en poli­tique, parce qu’on peut sou­hai­ter tout le bien du monde, mais si ce n’est pas tra­duit sur le plan poli­tique cela n’a aucun effet.

 

 

 

 

Et derrière la vie, tu mettrais quel qualificatif ?

 

 

 

 


Je dirais la « nature », nous sommes au prin­temps, nous somme assis sous les arbres qui viennent de fleu­rir, la vie devient plus belle avec le prin­temps, le soleil, les fleurs et les arbres. Per­son­nel­le­ment je suis très sen­sible à l’effet du soleil et de la nature, pour moi c’est une règle natu­relle du monde la vie, elle renaît après l’hiver alors qu’on a l’impression que tout est mort, il n’y a plus de feuilles aux arbres, plus de fleurs autour de nous et tout renaît lorsque le soleil revient au prin­temps. Pour moi la vie est asso­ciée à la nature et elle est incontournable.

 

 

 

 

Derrière la mort ?

 

 

 

 


La guerre bien sûr c’est la mort et je dirais que la fonc­tion de la mort selon moi c’est de don­ner un sens à la vie, défendre la vie. J’ai phy­si­que­ment le sen­ti­ment que la guerre est contre nature, qu’elle n’est pas une fata­li­té mais bien un choix de cer­tains, qui ont un pou­voir mili­taire, finan­cier, éco­no­mique. C’est pour cela que je suis tel­le­ment posi­tive sur les révo­lu­tions arabes actuelles. Pour la pre­mière fois depuis au moins cin­quante ans on voit les citoyens du monde arabe s’approprier le champ poli­tique. Eux, les citoyens, pas les par­tis, ce sont les citoyens en Égypte, en Tuni­sie qui ont rani­mé la socié­té civile arabe de demain.

 

 

 

 

 

 

 

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LEILA SHAHID, PALESTINE, POLITIQUE, COURAGE, TENACITE, INTELLIGENCE, CULTURE

Leila Shahid 1949 - 2026

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le%C3%AFla_Shahid

16 février 2026

IL Y A DES JOURS...

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a des jours où l’on ne veut ni vivre ni mourir.
Juste disparaître un instant,
Voir si le monde s’aperçoit que ça fait mal.
Et pas par caprice, non—juste parce qu’à force d’endurer en silence, on finit par s’épuiser.
Tu t’es brisé mille fois sans un mot,
Et personne ne l’a vu.
Mais il a suffi d’un seul faux pas, d’un regard un peu trop las,
Pour que l’on te juge sans pitié.
C’est ainsi que va la vie.
Elle réclame de la force à ceux qui vacillent déjà au bord du gouffre.
Et pourtant, tu es toujours là,
Avec une âme en lambeaux et un cœur sans garantie,
Mais debout.
Parce que, même si personne ne le remarque,
Ta simple existence est un acte de résistance.
Peut-être même le plus courageux de tous.
Continuer, malgré tout, sans même savoir comment avancer.
Et si ce n’est pas là une preuve de force, alors dis-moi ce que c’est.
Non, tu n’es pas seul.
Nous sommes nombreux à marcher sur ce fil fragile,
Dissimulant nos blessures pour ne pas inquiéter les autres.
Alors aujourd’hui, si tu pleures, ne t’en veux pas.
Car pleurer, c’est aussi une manière de dire :
"JE ME BATS ENCORE."

 

 

 

 

 

 

 

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ROBIN WILLIAMS

 

 

 

 

 

 

 

 

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ROBIN WILLIAMS, ACTEUR, MENTAL, EXISTENCE, MALAISE, LUTTE, COURAGE, ESPOIR

 

Paolini Photography

16 février 2026

PIGMENTS ... Extrait

 

 

 

 

 

 

 

 

 


On ne bâille pas chez moi comme ils bâillent chez eux
avec la main sur la bouche
je veux bailler sans tralalas
le corps recroquevillé
dans les parfums qui tourmentent la vie
que je me suis faite
de leur museau de chien d’hiver
de leur soleil qui ne pourrait pas même tiédir
l’eau de coco qui faisait glouglou dans mon ventre au réveil

 

Laissez moi bâiller la main

sur le cœur
à l’obsession de tout ce à quoi j’ai en un jour
donné le dos.

 

 

 

 

 

 

 

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LEON GONTRAN DAMAS
 "Savoir-vivre "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LEON GONTRAN DAMAS, BIENSEANCE, BAILLEMENTS, HUMOUR, IRONIE, INDEPENDANCE

Léon Gontran Damas

15 février 2026

POEMES SATURNIENS

 

 

 

 

 

 

 

 


Après trois ans
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, 
Je me suis promené dans le petit jardin 
Qu’éclairait doucement le soleil du matin, 
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. 
Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle 
De vigne folle avec les chaises de rotin... 
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin 
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle. 
Les roses comme avant palpitent ; comme avant, 
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent. 
Chaque alouette qui va et vient m’est connue. 
Même j’ai retrouvé debout la Velléda 
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue, 
— Grêle, parmi l’odeur fade du réséda. 

 

 

 

 

 

 

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PAUL VERLAINE |

1844~1896
 

 

 

 

 

 

 

 

 

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PAUL VERLAINE, JARDIN, MEMOIRE, TEMPS , NATURE

 

EMMILA GITANA
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