DEPLACEMENT ... DEPLACEMENT ... DEPLACEMENT ... !
L’expérience tragique de la première et la seconde Guerre mondiales semble bien ne pas avoir fait leçon de sorte que l’on continue à ne pas mesurer la signification profonde et réelle de ce qu’implique humainement le terme « déplacement ». Il atténue jusqu’à leur banalisation les actes d’expulsion, d’expatriation, de déportation objectivement contraintes et forcées du peuple Gazaoui, comme nous assistons depuis des mois à la normalisation du meurtre de dizaines de milliers de civils dont femmes et enfants, sur la terre de leur patrie.
La 4e Convention de Genève de 1949, (article 49), pose les interdictions qui limitent tout déplacement contraint. Elle précise que « les transferts forcés en masse ou encore individuels ainsi que les déportations de personnes protégées, hors du territoire occupé, dans le territoire de la puissance occupante ou dans celui de tout autre État occupé ou non, sont interdits quel qu’en soit le motif… »
Aujourd’hui, glissant au plan mondial de la référence au droit, à celle des rapports de forces, la situation d’occupation meurtrière de Gaza et le projet d’expatriation des Gazaouis vers l’hypothétique Égypte ou quelque autre refuge, voudraient apparaître comme une simple modalité de règlement de conflit.
Les femmes, les enfants, les hommes de tout un peuple ont encore le droit (internationalement reconnu) d’exiger qu’on entende leur voix, leur cri articulant clairement qu’ils ne sont pas des choses, de vulgaires objets qu’on déplace, dont on se débarrasse selon le bon vouloir des acteurs du remplacement, opéré par une occupation illégale autant que illégitime.
Quel est donc ce monde prétendument libre et qui n’a retenu des déportations génocidaires du passé que des conventions, des principes, qu’il laisse à sa libre transgression. De quoi les mots sont-ils faits ? Que véhicule le langage ? De quelle perte souffre ce jour le vocabulaire des Hommes, sinon du sens de la chair qu’il n’habite plus jusqu’à se poser la question : a‑t-il seulement jamais laissé la chair l’habiter ?
Plus encore qu’un exil forcé, le « déplacement » massif, contraint par la force militaire écrasante de l’occupant colonial, renvoie à un impérialisme et ses diktats qui en la circonstance précise, bénéficient du sourd consensus d’une part criminelle de la communauté internationale.
Déplacement…déplacement… doit être entendu dans toute l’acception de ce terme c’est-à-dire, d’arrachement à la terre, à la patrie, à la mémoire des ancêtres et oblitère toute perspective d’un retour des Palestiniens à Gaza. (sauf renversement des rapports de force internationaux).
Qu’advient-il du sujet humain une fois qu’il est arraché à tout ce qui l’a édifié comme personne singulière dans et avec sa communauté d’origine ?
Que devra-t-il souffrir dans sa chair pour se reconstruire avec ses congénères, lorsque de sa terre, de sa patrie qui sont culturellement son métier à tisser les relations humaines, il est dépossédé ?
Quel devenir quand les cinq sens de tout Homme sont soudain privés, séparés du jardin qui les a cultivés, et que les morts enterrés dans ce jardin du pays d’origine, sont eux-mêmes effacés par la cruauté de l’occupant ?
Vieux-nouveau monde : de quelle amnésie l’envahisseur s’est-il frappé lui-même, jusqu’à nier en l’autre ce qu’on a jadis nié en lui d’appartenance à une humanité sensible et son verbe : ce verbe qui de toute histoire de civilisation, ne saurait être dissocié de la chair qu’il imprègne autant qu’elle l’abrite pour construire langage entre les hommes ?
Jour comme nuit
l’histoire met à la gorge du palestinien
un collier de serrage bigarré
Soir et Matin la sagesse de l’oiseau chante
à chacun chacune le pays de sa naissance
jusque parmi les astres
Quand le colon met entre les yeux de sa victime
l’occupation de l’horizon
Lorsqu’il veut que son prochain soit disparu de sa vue
Il lui faut faire savoir qu’il ne pourra dérober
ni effacer la mémoire des enfants de la terre
qu’il ne parviendra jamais à anéantir la clarté de la source
ni à posséder la chaleur d’un rayon de soleil
ni à dissuader un carré de ciel bleu
de réchauffer toujours le pourchassé
Toutes choses sont liées
Les cendres en lesquelles l’occupant veut réduire la terre
sont celles de toutes et tous mêlés à travers les temps
Sans la mémoire des uns comme des autres
ces cendres inséparables ne peuvent que mourir de solitude
L’humus charrie les souvenirs des Palestiniens
il féconde l’herbe sauvage qui lève entre les pierres
sur la route de décennies de non reconnaissance
Puisse un jour le pourchassé
respirer dans les fleurs du jasmin
l’ivresse d’un matin libéré
Sache un jour l’oiseau
voir dans les yeux de l’arbre abattu
l’ombre de son vol préservé
Entende un jour chacun
crier les mots d’amour qui ne se perdent pas
goûter le calme du baume
enveloppant le rêve qui n’a pas fui
Cherchons le visage d’antan éclairer demain
Entendons l’appel montant des puits de l’abandon
Regardons par des yeux de voyants
Touchons par des doigts de chair
Réalisons que ce qui devrait être dit
sera scellé
que ce qui voudrait être tu
sera proclamé
Toute conscience historique détourne la censure du temps
Entre les pages d’énigmes elle pressent la saison de printemps
que dresse son verbe dans la traversée de l’infini à la chair
tandis que la parole dessine la porte qui ouvre
sur le site du sens
d’un radical surgir
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PHILIPPE TANCELIN
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Gaza
FUREUR ET MYSTERE ... Extrait
« Viendra le temps où les nations sur la marelle de l’univers seront aussi étroitement dépendantes les unes des autres que les organes d’un même corps, solidaires
en son économie. Le cerveau, plein à craquer de machines, pourra-t-il encore garantir l’existence du mince ruisselet de rêve et d’évasion ?
L’homme, d’un pas de somnambule, marche vers les mines meurtrières, conduit par le chant des
inventeurs… »
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RENE CHAR
1942
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TEXTE DE DANY LAFERRIÈRE A PROPOS DE THELYSON ORELIEN
Thélyson Orélien enquête sur la douleur humaine
Il y a la tempête, mais il y a surtout un roman qui porte
en lui une vraie promesse d’écrivain à l’ambition universelle.
Dany Laferrière
L’auteur est une figure majeure de la littérature mondiale contemporaine. Lauréat du prix Médicis en 2009 pour «L’énigme du retour», il est l’auteur de quarante livres, traduits dans vingt langues et salués par de nombreuses distinctions. Il a été élu à l’Académie française en 2013.
Idées
Cela fait un moment que j’observe avec plaisir l’ascension de Thélyson Orélien, me tenant loin pour le laisser seul dans sa chevauchée vers la gloire. Et voyant que le pur-sang semble vouloir l’éjecter, j’ai cru qu’il était temps de rendre compte de ma lecture de son ouvrage. Je me suis alors glissé sous les draps pour lire, en toute liberté, le livre qu’il nous a proposé : C’était ça ou mourir.
Pour résumer le livre de Thélyson Orélien, je vois un homme sur lequel on a vidé un gallon de gazoline, et auquel on a mis le feu, tout en lui hurlant qu’il y a une rivière à deux kilomètres d’ici qu’il doit atteindre s’il ne veut pas brûler vif. Donc chaque seconde compte, et même Usain Bolt n’aurait eu aucune chance. Sauf que la rivière est, avec les zigzags, à 12 000 kilomètres et qu’on n’est pas sûr qu’elle ne soit pas à sec.
Ce sujet incroyable était là depuis des années et les vieux écrivains, moi compris, n’ont pas bougé jusqu’à ce qu’un jeune homme le ramasse et file avec jusqu’au fil d’arrivée. C’était le seul vrai thème mondial, en plus d’être celui qui touche au corps, à la douleur, et sème le long de son long parcours un chapelet d’injustices. Un cri interminable qui serpente l’Amérique du Sud au Nord. Tchekhov avait fait pareil, en 1890, en traversant à 30 ans la vaste Russie pour aller enquêter sur l’île de Sakhaline, le plus grand bagne de Sibérie. Bon, Orélien n’est pas Tchekhov, et ce n’est dit nulle part qu’il ait fait la route, mais il possède cet instinct sûr pour la douleur humaine et un bon sujet de roman.
Ce livre, qui ne cite que des écrivains haïtiens, Jacques Stephen Alexis et René Depestre, fait penser plutôt au Voyage au bout de la nuit de Céline, au moins pour le « ça » du titre (C’était ça ou mourir) qui se trouve dans l’incipit du roman de Céline (« Ça a débuté comme ça »), et à la candeur du Candide de Voltaire qui finit par triompher de tous les malheurs. Cette façon de cacher ses lectures montre que l’auteur est plus malin que son narrateur.
On ne doit pas oublier qu’il s’agit d’un jeune écrivain encore inexpérimenté sur certains aspects (il fait mieux sentir l’espace que le temps), mais dont l’ambition démesurée fait penser, cette fois, à son cher mentor, Jacques Stephen Alexis. Pourtant, si Hilarion Hilarius, le personnage principal de Compère général Soleil, est pris dans un projet collectif ourdi par un écrivain communiste, fondateur du PEP (Parti d’entente populaire), Jacques Stephen Alexis lui-même, Jonas Dorléon, lui, tente une fuite individuelle, et pour justifier ce départ annonce l’apocalypse, sauf qu’il y a encore 12 millions d’Haïtiens qui, eux, sont restés dans le pays. Rien de commun entre ces deux projets d’écriture, à part le fait qu’Alexis et Orélien soient nés en Haïti.
Sur la route
On doit dire qu’il est difficile de prendre la mesure d’un écrivain quand le sujet de son roman, la migration, draine les angoisses et les péripéties d’une grande partie de la planète. C’est fait dans un style haché, syncopé, parfois proche du son de métal lourd (heavy metal), on entend un bruit assourdissant durant tout le voyage, qui ne laisse pas une minute au lecteur pour respirer et prendre la distance nécessaire pour donner son plein consentement à ce qu’il lit. On lit le livre avec le même sentiment que Jonas pris par un pressant besoin de pisser alors qu’il est coincé dans un bus surpeuplé et qu’il a des heures de route de plus à faire.
Le talent d’Orélien loge dans les scènes qui se suivent, comme un tir nourri à la mitraillette, chacune plus forte que l’autre, toutes écrites avec une justesse époustouflante. Sauf quand il tente de jouer avec les mots, de faire des boucles, ou encore de trop vouloir être un bon samaritain alors qu’il ne pense qu’à quitter ce guêpier. On le sent honnête, mais un peu perdu parfois, quoique déterminé, un beau personnage qu’on aurait aimé voir sous d’autres angles. Là, il est toujours en gros plan, remplissant l’écran (un appel au cinéma subjectif). Il ne nous quitte pas une seconde, donnant l’impression que si on ne le regarde pas, il disparaîtra. On aurait aimé une petite distance afin de l’imaginer faire des choses sans nous en faire part — un petit côté mystérieux. Il reste toujours crédible, faisant penser au personnage naïf des Aventures du brave soldat Švejk de Jaroslav Hašek.
La scène à l’aéroport en République dominicaine montre que Jonas n’a aucune idée des méthodes subtiles du trafic d’enfants. L’argument selon lequel cette femme est innocente parce qu’elle l’a attendu pour le remercier et lui refiler un billet ne tient pas la route. Si elle ne l’avait pas attendu, Jonas aurait flairé la tromperie et l’aurait dénoncée à la police, car il se souvient parfaitement de ses traits — une arnaque doit être menée jusqu’au bout.
La lectrice applaudit ce geste humanitaire, tandis que les trafiquants rigolent. Soyons clairs, le narrateur a le droit d’être naïf, mais cette fois, on sent que l’auteur avait acquiescé. Il y a eu quelques petits trafiquages dans le récit pour faire voir le beau profil du narrateur, ce que fait tout écrivain, sauf que le sujet touche déjà à des zones si sensibles qu’on pourrait se passer de poudrer son visage.
La course
Orélien ouvre tant de perspectives attrayantes, ne serait-ce que cette folle course qui fait exploser les frontières et dénude les petits potentats qui règnent sur la misère humaine. Le plus important, c’est de se sauver. Courir sans s’arrêter comme dans un rêve. Laisser derrière soi le chant des mitraillettes, les incendies, et les visages de douleur. Personne n’a jamais couru autant dans un roman haïtien, ni parlé autant de langues, ni écrit 260 pages dans un roman caribéen sans un seul baiser même tendre, ni traversé tant de kilomètres avec un seul slip qu’il lave de temps en temps, ni vendu son carnet de poèmes à un type qui avait besoin de papier cul (je n’ai pas bien compris), ni montré une telle obstination et, finalement, une telle séduction, parce qu’avant tout, c’est un roman séduisant et c’est sa grande force (la séduction de ce narrateur hilare qui danse au milieu des flammes).
Les plus populaires
Nous tenons une vraie promesse d’écrivain à l’ambition universelle. Il lui reste à le devenir sur cette route sinueuse bordée de précipices qu’est le temps. Il doit continuer à courir ainsi pendant un demi-siècle en s’abreuvant d’encre.
En novembre prochain, Haïti risque de se retrouver avec un jeu de cartes de grands prix littéraires enfin complet. On a eu le Renaudot (Depestre, 1988), le Médicis (Laferrière, 2009), le Femina (Lahens, 2014), l’Académie française (Lahens, 2025). Il reste le Goncourt. Et pourtant, c’est le prix littéraire où on a été le plus souvent cité : Jacques Stephen Alexis (finaliste en 1955, pour son premier roman, Compère général Soleil), Trouillot (finaliste en 2011), Dalembert (sélection 2019, finaliste en 2021), Orcel (finaliste en 2022), Lahens (sélection en 2025), et Orélien (première sélection en 2026). Très peu de pays, hormis la France, ont maintenu cette présence au Goncourt à un tel niveau. Orélien n’est pas une exception, c’est une constance.
Un sprint dans la tête
On a entendu des coups de feu dans le quartier, et c’était parti. Je n’ai pas souvent vu un tel démarrage dans la littérature. Cet homme fait un sprint au milieu d’un marathon sous l’œil éberlué des autres coureurs de cette rentrée littéraire. Seule la mort aux fesses peut vous pousser à partir ainsi. D’abord, il va dans la mauvaise direction comme une poule dont on a coupé la tête. Il se traite d’idiot, mais on sent qu’il a fait le bon choix, celui de ne pas suivre la foule ni sa raison. Il faut être dingue pour se lancer dans une pareille odyssée. Il aurait pu s’asseoir sur le bord du chemin et attendre son sort. C’est là qu’il devient une métaphore de ce pays qui ne cesse d’avancer malgré toutes les tragédies.
L’écriture du roman est aussi dense que dans Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne. Mais chez Soljenitsyne, on assiste vraiment à une journée de la vie d’un zek, un prisonnier des camps russes, obligé de circuler dans un réduit qu’il ne peut quitter sous peine de mourir de froid dans cette Sibérie. Ou de chaud dans le Darién chez Orélien. La nature ne vous tue pas, elle fait pire, elle vous absorbe. Ce sont des livres à température extrême. Cette folle course donne parfois l’impression que le narrateur de C’était ça ou mourir fait du surplace. En effet, il piaffe à certains endroits et au moment où on commence légèrement à bâiller, ça repart.
Jacques Stephen Alexis
En 1955, Jacques Stephen Alexis est donné gagnant pour le Goncourt jusqu’à la toute dernière minute. Et c’est finalement Roger Ikor qui l’a emporté. Compère général Soleil a duré plus longtemps dans la mémoire des lecteurs que Les eaux mêlées d’Ikor. C’est Raymond Queneau qui avait vivement défendu Alexis, vantant la puissance du roman, le style de l’écrivain et le fait que, en même temps qu’Ikor portait aux nues les rêves de Moscou (le réalisme socialiste), ce même Alexis faisait l’apologie du réalisme merveilleux. Les Haïtiens sont compliqués, ce sont des communistes qui croient au vaudou, mais ça fait de bons écrivains.
Ça vient par vagues, et le propre des vagues, c’est de se retirer. Alors ce livre de Thélyson, je garde Thélyson, on dirait un nom de musicien de jazz, comme Thelonious Monk. Je garde l’accent aigu pour la singularité francophone. Le dernier snobisme aux États-Unis, c’est de garder son accent aigu. Mais il n’y a pas que le prénom de Thélyson qui rappelle Thelonious, son phrasé musical aussi. Thelonious ne joue pas du piano avec ses doigts, et il ne met pas ses mains à plat, il écrase les touches avec ses grosses pattes, mettant en danger les touches fragiles du piano. Thélyson écrit comme ça. Il n’est pas là pour faire des phrases. D’ailleurs, les parties les plus discutables, c’est quand il fait du lisse, oubliant que le rugueux lui va mieux. Ce n’est pas le genre à décrire la pluie, ou la chaleur. Il signale que ses fesses se fondent dans le plastique du siège. Et le lecteur tente immédiatement de soulever ses propres fesses.
Un nouvel écrivain
Depuis un moment, on me demande ce que je pense du livre de Thélyson Orélien, et on refusait d’admettre que je ne l’avais pas encore lu. Il fallait le lire tout de suite, paraît-il. C’était une urgence. Pour qui ? Vous voyez un événement, moi, j’assiste à quelque chose de plus émouvant : l’apparition d’un nouvel écrivain. Et un roman est appelé à durer plus longtemps qu’un cri d’admiration, sauf si vous voulez faire de lui la sensation du moment. Le style de l’écrivain est si bien accordé à son sujet qu’on se sent attiré par ce centre incandescent. On a l’impression d’être sur la route avec lui, de vivre ce qu’il vit, et on découvre que la vie de ces pauvres gens, si désemparés, est en fait la dernière grande aventure humaine.
Orélien, finalement, a gagné son pari de faire entendre les voix anonymes de ces gens qui se croyaient seuls sur la route, ignorant qu’un poète était parmi eux. Il faut s’attendre à se brûler les pieds si on veut entrer dans cette danse.
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DANY LAFERRIÈRE
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Dany Laferrière et Thélyson Orélien
IA ET LITTÉRATURE : BIENVENUE AU TRIBUNAL DES ROBOTS
Il fallait bien que ça nous tombe sur la gueule.
Après avoir confié nos itinéraires à " Google Maps ", nos histoires de cul à " Tinder ", nos souvenirs à ' Instagram " , nos opinions politiques à des types qui écrivent en majuscules sur Facebook et notre dignité à des applications qui nous félicitent parce qu’on a marché huit mille pas, il restait un dernier territoire à coloniser : la littérature.
La phrase. Le style. La sueur. La solitude. Le pauvre con devant son écran à trois heures du matin qui hésite depuis quarante-cinq minutes entre « néanmoins » et « pourtant », avant de supprimer tout le paragraphe et d’aller boire un whisky en insultant Flaubert.
Eh bien c’est terminé. Désormais, pour savoir si un écrivain a réellement écrit son livre, nous avons une machine. Mieux : un pourcentage.
Et quand l’humanité possède un pourcentage, elle devient immédiatement très conne.
Kafka avait imaginé Le Procès. Nous, on a inventé la version premium avec abonnement mensuel.
L’affaire concerne Thélyson Orélien, auteur d’origine haïtienne installé au Québec. Son livre "C'était ça ou mourir" rencontre son public. Les lecteurs suivent. La critique aussi. Puis arrive le moment désormais obligatoire dans toute success-story contemporaine : le tribunal de X.
Pas de robe noire. Pas de juge. Pas de contradictoire. Un pseudo.
Selon les accusations diffusées en ligne, un compte baptisé « Balance Ton Claude » soumet des passages du livre à " Pangram ", un détecteur censé repérer les textes produits par intelligence artificielle.
Verdict affiché : 100% IA.
Cent pour cent. Pas 61. Pas 78,4 avec une marge d’erreur et un statisticien qui toussote derrière. Cent. Le chiffre rond. Moïse avait les Tables de la Loi. Nous avons des captures d’écran. Même principe.
Alors j’ai voulu essayer. J’ai pris un poème. Victor Hugo. Une époque reculée où l’intelligence artificielle connaissait encore quelques problèmes de commercialisation. Je balance le texte dans la machine.
Et boum : IA.
Merde. Nous tenons un scoop. Victor Hugo utilisait " ChatGPT ". Le salaud.
Les Contemplations, probablement générées entre deux prompts. Les Misérables ? " Claude ".
Notre-Dame de Paris ? " Gemini ", avec quelques retouches.
Je vois déjà Hugo en 1847 fermer les rideaux et sortir discrètement de sa redingote un MacBook Pro. « Siri, partage de connexion. » Puis : « Claude, fais-moi un poème romantique sur la mélancolie, mais humanise le texte et évite que " Pangram " le détecte. »
Putain de fraudeur.
Reste à savoir comment il rechargeait son MacBook en 1847. Et surtout s’il avait la fibre à Guernesey.
On rigole. Mais derrière la farce se cache quelque chose de beaucoup moins drôle. Les détecteurs d’IA peuvent produire des faux positifs : des textes humains peuvent être classés comme provenant d’une IA. Un détecteur est un outil de classification. Pas Dieu avec un tableur Excel. Et certainement pas, à lui seul, une expertise littéraire.
Voilà le monde merveilleux dans lequel nous entrons : nous inventons des machines capables d’écrire comme des humains, puis des machines chargées de déterminer si ce sont vraiment des humains qui ont écrit, puis des humains qui croient les secondes machines lorsqu’elles prétendent avoir démasqué les premières.
Relisez doucement. C’est encore plus con la deuxième fois.
Nous avons remplacé l’enquête par CTRL+C, CTRL+V, ENTER. Verdict. Rideau.
LE DÉLIT DE BIEN ÉCRIRE
Car voilà désormais l’écrivain contemporain dans une situation merveilleuse. Il doit écrire, trouver un éditeur, trouver des lecteurs, survivre aux critiques, aux ventes, aux réseaux sociaux. Et maintenant, prouver qu’il n’est pas un robot.
Bientôt, attention à ne pas écrire trop bien. Une phrase élégante ? IA. Une métaphore originale ? IA. Trois subordonnées correctement emboîtées ? Appelez la police. Un point-virgule ? Perquisition immédiate.
Les écrivains finiront par ajouter volontairement des coquilles pour obtenir leur certificat d’humanité.
— Regardez, monsieur le juge : j’ai écrit « malgrés que ».
Silence dans la salle.
— Une IA n’aurait jamais osé.
Acquitté.
Parce qu’il reste un détail dont on parlait autrefois beaucoup en littérature. Ça s’appelait le style. Une voix. Une putain de voix.
Céline vous attrape par le col. Proust vous installe dans un canapé et trois pages plus tard vous êtes toujours au milieu de la phrase. Duras retire la moitié des mots et vous regarde vous débrouiller avec le silence. Hunter S. Thompson défonce la porte.
Ma came à moi, c’est le gonzo. La phrase qui fume dans les toilettes. La syntaxe qui rentre à quatre heures du matin avec une chaussure en moins. La métaphore qui vous emprunte cinquante balles et disparaît au Mexique.
D’autres écrivent avec ce français bien peigné, petite raie sur le côté, boutons de manchette et chaussures cirées. Peu importe. Un auteur finit par laisser des traces partout : ses obsessions, ses constructions, ses images, ses silences. Sa façon de commencer une phrase. Sa façon de l’étrangler. Sa façon de mettre un mot exactement là où un autre écrivain aurait choisi de fermer sa gueule.
Une empreinte littéraire. Pas infaillible. Pas magique. Mais infiniment plus intéressante qu’un compteur qui clignote.
Pendant vingt ans, Internet nous a expliqué que tout le monde pouvait écrire. Maintenant que les machines écrivent aussi, nous découvrons qu’il faudrait déterminer ce qui fait qu’un texte appartient à quelqu’un.
Sacré problème.
ET PUIS ARRIVENT LES CHAROGNARDS
Évidemment, l’accusation concernant Thélyson Orélien n’est pas restée gentiment assise sur X à boire une tisane. Une polémique numérique ne boit jamais de tisane. Elle boit de l’essence. Puis elle cherche une allumette.
L’histoire circule, se commente, s’amplifie. Le Figaro s’intéresse à la controverse. Et autour du soupçon littéraire vient s’agglutiner ce que les réseaux sociaux produisent avec une remarquable régularité : insultes, procès identitaires, commentaires racistes et autres remontées d’égout.
Et soudain certains comptes, habituellement davantage préoccupés par l’immigration que par la métaphore filée, se découvrent une passion foudroyante pour la littérature francophone. C’est émouvant. On dirait un congrès de hooligans découvrant Proust dans les vestiaires.
Des gens qui n’avaient probablement jamais débattu de focalisation interne deviennent experts en stylistique computationnelle. Roland Barthes avec un casque de Sparte en photo de profil. Le miracle culturel.
Mais voilà précisément pourquoi il faut être prudent. « Je n’aime pas ce livre », c’est une opinion. « Cet auteur est mauvais », c’est encore une opinion. Mais « UNE IA A DÉTECTÉ QU’IL TRICHAIT », ça ressemble à une preuve. Ça porte une blouse blanche. Il y a un pourcentage.
Et dès qu’il y a un pourcentage, l’être humain moderne retire son cerveau, le pose délicatement sur la table et dit : « Ah ben alors si c’est 100%… »
LE PROCÈS SANS JUGE
Le problème n’est pas l’existence des détecteurs. Le problème commence lorsqu’on transforme leur résultat en verdict.
Un détecteur ne connaît pas la vie du texte. Il n’a pas vu le premier brouillon. Ni la version 12. Ni cette phrase supprimée, remise, resupprimée, puis réintroduite à 2 h 17 parce que finalement, merde, elle n’était pas si mauvaise. Il n’a pas vu l’auteur marcher pendant une heure parce qu’un adjectif lui cassait les couilles.
Il voit des régularités. Des probabilités. Des caractéristiques statistiques.
Et nous risquons de faire exactement ce que l’humanité adore faire avec les machines : leur déléguer le sale boulot moral.
Ce n’est plus moi qui accuse. C’est l’algorithme. Moi, monsieur ? Je n’ai rien dit. J’ai seulement appuyé sur Enter.
La responsabilité sans responsable.
Imaginez le tribunal littéraire de 2027.
— Monsieur Orélien, êtes-vous l’auteur de ce livre ?
— Oui.
— Pouvez-vous le prouver ?
— Voici mes brouillons.
— Photoshop.
— L’historique de mes fichiers.
— Falsifiable.
— Ma femme m’a vu écrire.
— Complice.
— Une vidéo de moi en train d’écrire.
— Deepfake.
— Voici mon cerveau.
— Nous allons le transmettre à Pangram.
100% IA. Condamné.
Kafka, reviens. Ils ont transformé ton œuvre en mode d’emploi.
ALORS, QUI A ÉCRIT ?
Pendant des années, nous avons demandé : « Une machine peut-elle écrire comme un humain ? » La question intéressante est désormais ailleurs : comment établit-on l’origine d’une œuvre lorsque humains et machines peuvent produire des textes qui se ressemblent ?
Et là, un compteur affichant 0%, 63% ou 100% ne suffira pas.
Il existe pourtant une méthode incroyablement archaïque pour traiter une accusation sérieuse. Attention, concept révolutionnaire : enquêter.
On examine les brouillons, les versions successives, les métadonnées lorsqu’elles sont disponibles, les textes antérieurs, la continuité stylistique, le processus de travail. On interroge l’auteur. On confronte. On vérifie.
Bref, on fait son putain de boulot.
Un détecteur peut constituer un indice parmi d’autres. Mais transformer son résultat en guillotine numérique, c’est autre chose. Et inversement, une interrogation sérieuse ne devrait pas être écartée uniquement parce qu’elle dérange.
Des éléments. Du contradictoire. De la méthode. Cette vieille quincaillerie de la civilisation.
Parce qu’entre « J’ai une question » et « J’ai une preuve », il existe un continent entier. Sur X, malheureusement, ce continent tient généralement dans 280 caractères.
LE DERNIER ÉCRIVAIN HUMAIN
Il y a finalement quelque chose de délicieusement absurde dans notre époque. Nous avons inventé des intelligences artificielles capables d’imiter les humains. Puis des machines chargées de déterminer si les humains sont bien des humains. Et maintenant les humains s’engueulent parce que les machines ne sont pas toujours d’accord.
Magnifique civilisation.
À mesure que l’IA progressera, nous deviendrons probablement de plus en plus obsédés par l’authenticité. On vendra des romans comme des tomates : 100% HUMAIN. SANS PROMPT. SANS GPU. AUTEUR ÉLEVÉ EN PLEIN AIR.
Des librairies installeront un rayon : AUTEURS CERTIFIÉS BIOLOGIQUES.
Et quelque part dans le rayon poésie, Victor Hugo sera encore refusé. Pangram aura parlé.
Le vieux Victor restera devant la porte, furieux, sa barbe dans le vent, son MacBook Pro sous le bras. Puis il ouvrira " Claude " et tapera :
— Écris-moi une chronique sur la connerie humaine. Style gonzo. Très agressif.
" Claude " réfléchira trois secondes.
— Désolé Victor. Le corpus est beaucoup trop vaste.
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FRANKI VASCO
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Thélyson Orélien
ODES MARITIMES ... Extait
Seul, sur le quai désert, en ce matin d’été,
Je regarde du côté de la « barre », je regarde l’Indéfini,
Je regarde, et j’ai plaisir à voir
petit, noir et clair, un paquebot qui entre.
Il apparaît au loin, net et classique à sa manière,
Laissant derrière lui dans l’air distant la lisière vaine de sa fumée.
Il entre, et le matin entre avec lui, et sur le fleuve,
Ici et là, s’éveille la vie maritime...
...
Ah ! N'importe comment, n'importe où, partir !
Prendre le large, au gré des flots, des dangers et des mers,
Cingler vers le Lointain, vers l'Ailleurs, vers la Distance Abstraite,
Indéfiniment, par les nuits mystérieuses et profondes,
Emporté comme la poussière par les vents, par les tempêtes !
Mais, partir, partir, partir, une fois pour toutes, partir !
Tout mon sang enrage d'être sans ailes !
Tout mon corps se rue en avant !
Je dévale en cataractes toute mon imagination !
Je me bouscule, je rugis, me précipite ! …
Mes désirs enfiévrés crèvent en écume
Et ma chair est une lame qui se brise sur les rochers !
Lorsque j'y pense - ô rage ! Lorsque j'y pense - ô fureur !
Lorsque je pense à cette étroitesse de ma vie pleine de désirs,
Subitement, trépidamment, extraorbitalement,
Dans une oscillation vicieuse, large, violente,
Du volant sensible de mon imagination,
Surgit en moi, sifflant, sibilant, vertigineux,
Le rut sombre et sadique de la stridente vie maritime.
Eh ! Matelots, gabiers ! Eh ! Pilotes, hommes d'équipage !
Navigateurs, marins, mousses, aventuriers !
Eh ! Capitaines de navires ! Hommes à la barre et sur les mâts !
Hommes qui dormez sur de grossières couchettes !
Hommes qui dormez avec le danger qui vous guette aux hublots !
Hommes qui dormez avec la Mort pour oreiller !
Hommes qui avez des tillacs et des ponts pour contempler
L'immensité immense de la mer immense !
Eh ! Manipulateurs des grues de charge !
Eh ! Ameneurs de voiles, chauffeurs, garçons de bord !
Hommes qui mettez la cargaison en cale !
Hommes qui enroulez les câbles sur le pont !
Hommes qui nettoyez les ferrures des écoutilles !
Hommes de barre ! Hommes des machines ! Hommes des mâts !
Eh - eh - eh - eh - eh - eh - eh !
Hommes qui avez vu la Patagonie !
Hommes qui êtes passés par l'Australie !
Qui vous êtes remplis les yeux de côtes que je ne verrai jamais !
Qui avez foulé des sols où je ne marcherai jamais !
Qui avez acheté des objets grossiers en des colonies à la proue des savanes !
Et vous avez fait cela comme si de rien n'était
Comme si cela était naturel
Comme si la vie était cela,
Comme si vous n'accomplissiez pas même un destin !
Eh - eh - eh - eh - eh - eh - eh !
Hommes de la mer actuelle ! Hommes de la mer passée !
Commissaires de bord ! Esclaves des galères ! Combattants de Lépante !
Pirates du temps de Rome ! Navigateurs de la Grèce !
Phéniciens ! Carthaginois ! Portugais propulsés de Sagres
Vers l'aventure indéfinie, vers la Mer Absolue, pour réaliser l'Impossible !
Eh - eh - eh - eh - eh - eh - eh -eh - eh !
Hommes qui avez dressé des stèles et baptisé des caps !
Je veux partir avec vous, je veux partir avec vous,
Avec vous tous à la fois,
Partout où vous êtes allés !
Je veux affronter vos périls de face,
Sentir sur mon visage les vents qui ont ridé le vôtre,
Recracher leur sel aux mers que vos lèvres ont embrassées,
Mettre la main à votre ouvrage, partager vos tempêtes,
Arriver enfin comme vous en des ports extraordinaires !
Fuir, fuir avec vous la civilisation !
.
FERNANDO PESSOA
.
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RUPTURE
Je crois qu'il vaut mieux
S'aimer un peu moins
Qu'on s'aimait nous deux
C'était merveilleux
Ton cœur et le mien
C'était un grand feu
C'était une flamme
Jusqu'au fond de l'âme
Jusqu'au fond des cieux
C'était un programme
Très ambitieux
Aujourd'hui le drame
Pour toi et pour moi
C'est que notre émoi
C'est que ce mélange
Du diable et de l'ange
De chair et de cœur
De rires et de larmes
C'est que ce bonheur
Soit monté si haut
On a eu si chaud
Là-haut dans l'espace
Que le temps qui vient
Que le temps qui passe
Le tien et le mien
Ne nous promet plus
A sa table ouverte
D'autres découvertes
Nous sommes tout nus
On n'est pas déçus
On n'a pas déchu
Nous sommes honnêtes
Ni marionnettes
Ni comédiens
On sait qu'un mensonge
Parfois fait du bien
Mais celui qui plonge
Jamais n'en revient
C'est une autre vie
Il faut tout revoir
On a été fous
On redevient sages
On a pris de l'âge
On s'est beaucoup dit
Très peu contredit
Nos rêves plafonnent
Le pied au plancher
Ils se téléphonent
Sans être branchés
Il faut être artiste
Jusqu'au bout des doigts
Pour sculpter des joies
Quand la chair est triste
Pourtant je redoute
Donne-moi la main
L'endroit où la route
Part en deux chemins
Que nous allons prendre
Et, chacun le sien
Chacun va reprendre
Chœurs et musiciens
Car nos vies s'arrachent
Nos corps se défont
Nos cœurs se détachent
Notre rêve fond
On n'a plus de prise
On ne triche pas
Sur la neige grise
Chacun va son pas
On va décrocher
Au gré du caprice
D'un trop grand bonheur
Qui s'est amoché
Dont la cicatrice
Plus tard dans nos cœurs
Marquera la place
Car le souvenir
Va l'entretenir
Aviver sa trace
Avec en secret
L'immense regret
Que cette aventure
Ce moment parfait
Soit déjà défait...
Et que rien ne dure
.
JEAN DREJAC
Musique de MICHEL LEGRAND
Interprétation SERGE REGGIANI
.
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ELISA KA ... Extrait
Toi
qui as déchiré la mer et le vent
pour te tracer une nouvelle voie lactée
à fleur d'eau,
Tu n'entends plus désormais
que l'écho de ta propre voix
usant de cette langue exilée,
aux mots d'écume
qui se défont sur nos rivages.
Toi
qui n'as d'autre toit que ces nuages
aux couleurs nomades
dans l'éclaté de ton outre-ciel,
Toi
qui n'as de cesse d'avancer
vers la promesse d'un oasis
se profilant sous tes paupières,
Tu nous parles
depuis la nuit des temps
en cette langue aux syllabes
de sable
dans la bouche du désert...
ELISA KA
© Babel
.
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Artiste inconnu
MURMURATIONS DES OISEAUX ... Extrait
"J’appelle murmuration
Cet envol orienté des oiseaux
Vers un ballet d’aurores et de plumes
Un frémissement multiple
Un essaim de fleurs
Un arbre charrué d’oiseaux
J’appelle murmuration
Cette danse que l’enfant donne au monde
Avec son corps de lumière. "
On voudrait rejoindre un temps d’arbre
Un temps d’automne et de plantes jaunies
Dans un parterre de feuilles craquantes
Se détacher et pénétrer dans le monde de la terre.
On voudrait n’être que rythme des pierres
Devenir du minéral
Prendre la mousse comme une tombe
Ou bien laisser pousser sur son corps
De jolis champignons des bois.
On passerait juste à l’heure
Où résonne le temps au clocher
Où dort le village sous la nuit.
On est devenu la terre
On s’est couché sur la terre
Pas différent du mouvement de l’arbre
Ou de la libellule au-dessus de la mare
Gobée par une grenouille
Pas mieux pas pire
Un élément du monde déjà oublié.
Se placer sur la terre comme un arbre dressé
Laisser pousser des ramures et des silences
Retomber en larmes de feuilles
Faire bruire ses branches au vent
Devenir eau claire s’écoulant d’une source
Crépitement serré de pluie.
Poser sur son visage une feuille de platane
Large et douce comme une main
La sève sentant la fraîcheur crue
Dénombrer ses nervures
Et faire une symphonie
De sa dissection flottante.
.
BEATRICE BONHOMME
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DE TERRE ET DE LUMIERE ( A paraître ) ... Extrait
Les mots battent dans mon poignet. La page attend.
Nous sommes, elle et moi, liées depuis longtemps. J'ai déjà tant parlé de ciel, de terre, de mains, et d'un amour parcourant tant et tant de chemins. J'ai tant cherché cette improbable lumière à joindre.
Tous ces allers, retours, traverses incertaines, directions inconnues, ailes bricolées de bouts de riens et d'espoirs obstinés, n'est-il pas temps de se demander maintenant qui de moi ou du mot est l'outil ? Qui du geste ou de l'âme parachève le texte ?
Que pourrais-je dire que je n'ai déjà dit, labouré, semé, espéré ? Quelle est cet insondable qui me pousse encore à convoyer l'écrit sans savoir ni le but, ni le sens ?
D'où vient, qui est, où va, l'étincelle bien plus grande que moi qui, sans explication, m'invite à la suivre ?
.
© ILE ENIGER
.
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PLUIE D'AUTOMNE LOINTAIN
Douce pluie d’un automne lointain,
Les oiseaux sont bleus… bleus,
Et la terre est en fête.
Ne dis pas : Je suis un orage dans l’aéroport,
Car je n’attends de ma patrie tombée des vitres des trains
Que le mouchoir de ma mère
Et des raisons de mourir encore.
Douce pluie d’un automne étranger,
Les fenêtres sont blanches… blanches,
Et le soleil, un verger, au couchant.
Je suis une orange spoliée.
Pourquoi t’échappes-tu de mon corps ?
Quand je requiers du pays des couteaux et du rossignol
Que le mouchoir de ma mère
Et des raisons de mourir encore.
Douce pluie d’un automne triste,
Les rendez-vous sont verts… verts
Et le soleil est de glaise.
Ne dis pas : Nous t’avons aperçu dans le trépas du jasmin.
Mon visage était un soir,
Ma mort, un nouveau-né.
Et je ne requiers pas de ma patrie qui a oublié l’accent des
absents
Que le mouchoir de ma mère
Et des raisons de mourir encore.
Douce pluie d’un automne lointain,
Les oiseaux sont bleus… bleus,
Et la terre est en fête.
Les oiseaux se sont envolés vers un temps qui ne reviendra
pas,
Et tu voudrais connaître mon pays
Et ce qu’il y a entre nous ?
- Ma patrie est une jouissance sous le joug.
- Mon baiser a été envoyé par la poste,
Et je ne requiers de la patrie qui m’a occis
Que le mouchoir de ma mère
Et des raisons de mourir encore.
.
MAHMOUD DARWICH
1969
Traduit de l’arabe par Elias Sanbar
"La terre nous est étroite et autres poèmes"
Editions Gallimard (Poésie), 2000
.
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NOUVEAU FEU
L’éternité naît d’un regard
d’un quai
d’une herbe folle ivre de lunes
d’un vent d’oiseaux
ramant leur retour
d’une vague qui te caresse
de ses récits et cieux
cherchant à se réchauffer
dans tes yeux
pour allumer les étincelles
d’un nouveau feu
.
© MOKHTAR EL AMRAOUI
in « Dans le tumulte du labyrinthe »
.
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Artiste inconnu
RIEN QUE CETTE LUMIERE...
Rien que cette lumière que sèment tes mains
rien que cette flamme et tes yeux
ces champs cette moisson sur ta peau
rien que cette chaleur de ta voix
rien que cet incendie
rien que toi
Car tu es de l'eau qui rêve
et qui persévère
l'eau qui creuse et qui éclaire
l'eau douce comme l'air
l'eau qui chante
celle de tes larmes et de ta joie
Solitaire que les chansons poursuivent
heureux de ciel et de la terre
forte et secrète vivante
ressuscitée
Voici enfin ton heure tes saisons
tes années
.
PHILIPPE SOUPAULT
© Éditions Grasset.
.
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Photographie Artiste inconnu
LES CHAMPS MAGNETIQUES ... Extrait
Prisonniers des gouttes d’eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts; nous regardons les visages; et nous soupirons de plaisir.
Notre bouche est plus sèche que les plages perdues; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n’y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille. Quelquefois, le vent nous entoure de ses grandes mains froides et nous attache aux arbres découpés par le soleil. Tous, nous rions, nous chantons, mais personne ne sent plus son coeur battre.
La fièvre nous abandonne.
.
PHILIPPE SOUPAULT
.
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Oeuvre " Âme sauvage "
LA TERRE ÂGEE ... Extrait
LA BARQUE DES OISEAUX
Jamais à l’ancre
Sous la falaise des mots
Entre montée et chute
Vers le bleu d’en bas
Et un ciel qui se penche
Par delà les arbres
Icare perpétuel
La tête dans l’eau
Et les pieds qui brûlent
D’une mémoire du soleil
Reste le filet sauveur
Du chant des oiseaux
La présence ailée
D’un souffle suspendu
Et les voiles levées de lumière
Pour maintenir le cap
Sur une étoile absente
MORNING-GLORY
Oliviers et figuiers de Barbarie
Sur une terre plate jusqu’au mur de la mer
Main levée de Dieu dans une soie de silence
Dieu de volubilis gloire du matin et du soir
Regards enlacés de retour vers le rivage aimé
Rires clairs et écume immortelle
SIDI BOU SAÏD
Les ruelles d’un labyrinthe de clarté
Une prière blanche et bleue
Qui monte et descend
Pr les portes scellées
Les entrées en chicane
Comme la voix du muezzin
Vers le centre caché
Et partout des fleurs
En miroir d’une source
Sur les pentes de l’air
LES LARMES DE CARTHAGE
Perles noires de feux éteints
- Le verre des bagues
Trouvées sur cette plage de longue mémoire
Et là où elles s’enroulent comme chat qui dort
- Noirceur qui porte bonheur
Tremblait une larme
.
HEATHER DOHOLLAU
Editions Folle Avoine,35023 Bédée 1996
.
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Mosaïque de Carthage
D'ERREUR EN ERREUR...
D'erreur en erreur, les signes se sont perdus
L'alphabet a tracé d'autres mots
Les visages dessiné d'autres traits
Etait-ce erreur, errances, fautes d'étourderie… extravagance
Un jeu du Souverain Esprit
La liberté du Créateur
Qu'avoir changé ici et là une note de la mélodie
De la vie
Aussi qu'ai-je de commun avec mes aïeux ?
Entre eux et moi, des temps, des lieux
Tant d'adieux
Des vagues, des murmurations d'ailes
Sur le ciel
Des vagues, le ressac
Un sourire inexorable qui revient sur les lèvres
Et ressemble à quelqu'un
S’effaçant sur le sable
Un coquillage s'enroulant dans le temps, à l'infini
Accroché aux filets de la mémoire
Et dans ses trous, ses déchirures, ses yeux, ses tombeaux
Des lettres qui se rassemblent
Qui nous ressemblent, réécrivent les mots
A ces regards qui tremblent
Au-dessus des caveaux où l'on dépose des fleurs
Quelque chose, une voix, un poème murmure :
Autant que rien ne dure
Non plus rien ne meurt
.
ANNA MARIA CARULINA CELLI
.
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BRIGITTE BROC ... Extrait
Je te regarde
et, déjà, les eaux se retirent,
vaste sillon
où la lumière
étanche nos soifs.
Des couleurs du silence
s’échappe un fil de soie
qui relie nos deux souffles
au mauve de l’horizon.
Parcourues de sentiers
et d’aurores
mes terres se déploient
blessant l’obscurité.
Absous
jusques en nos ramures
nos visages s’inclinent
pour frôler l’invisible.
Tu moissonnes mon corps
éclaboussé d’herbes
et nos cris lapident la nuit.
Tu es venu
pour dérouler mon chant
le faire mûrir
tout près de tes sanglots.
Tu es
d’avant les mots
d’avant la mer.
Je te regarde
et, déjà, ta voix prie dans la mienne
plus forte que l’océan.
.
BRIGITTE BROC
.
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Photographie Emmila
APOSTROPHES
Et la vie intérieure de la mouche,
y songes-tu, y songes-tu ?
Et la souffrance du silex,
la connais-tu, la connais-tu ?
Et le remords de la cascade,
t'émeut-il, t'émeut-il ?
Et les rêves sanglants de la rosée,
qu'en penses-tu, qu'en penses-tu ?
Et les serments du fleuve,
les tiendras-tu, les tiendras-tu ?
Et le doute, là-haut, de la colline,
que tu confonds avec la neige,
voudras-tu le combattre, voudras-tu ?
Et l'azur qui prépare son suicide,
L'aideras-tu,
L'aideras-tu ?
Ton malheur est si pauvre
auprès de leurs malheurs !
.
ALAIN BOSQUET
.
/image%2F1206717%2F20260915%2Fob_8dc447_alain-bosquet.jpg)
Photographie ?
CATHERINE RINGER .... HOMMAGE
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Marcia elle danse
Sur du satin, de la rayonne
Du polystyrène expansé
À ses pieds
Marcia danse avec des jambes
Aiguisées comme des couperets
Deux flèches qui donnent des idées
Des sensations
Marcia elle est maigre
Belle en scène, belle comme a la ville
La voir danser me transforme
En excitée
Moretto, comme ta bouche
Est immense quand tu souris
Et quand tu ris, je ris aussi
Tu aimes tellement la vie
Quel est donc ce froid
Que l'on sent en toi?
Mais c'est la mort
Qui t'a assassinée Marcia
C'est la mort
Tu t'es consumée Marcia
C'est le cancer
Que tu as pris sous ton bras
Maintenant tu es en cendres, en cendres
La mort c'est comme une chose impossible
Et même à toi qui est forte comme une fusée
Et même à toi qui est la vie même Marcia
C'est la mort qui t'a emmenée
Marcia danse un peu chinois
La chaleur dans les mouvements d'épaules
À plat comme un hiéroglyphe inca
De l'opéra
Avec la tête
Elle danse aussi très bien
Et son visage
Danse avec tout le reste
Elle a cherché une nouvelle façon
Et l'a inventée
C'est elle la sauterelle
La sirène en mal d'amour
Le danseur dans la flanelle
Ou le carton
Moretto, comme ta bouche
Est immense quand tu souris
Et quand tu ris, je ris aussi
Tu aimes tellement la vie
Quel est donc ce froid
Que l'on sent en toi?
Mais c'est la mort
Qui t'a assassinée Marcia
C'est la mort
Tu t'es consumée Marcia
C'est le cancer
Que tu as pris sous ton bras
Maintenant tu es en cendres, en cendres
La mort c'est comme une chose impossible
Même pour toi qui est la vie même Marcia
Et même à toi qui est forte comme une fusée
C'est la mort qui t'a emmenée
Marcia, Marcia, Marcia, Marcia, Marcia
.
FRED CHICHIN , CATHERINE CHARLOTTE RINGER
.
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C'ETAIT CA OU MOURIR ... Extraits
"C’est aux encoignures de tes yeux
que naissent la fulgurance de mes écrits, ma part d’intime vague,
à l’encontre des ratures de ton regard."
Thélyson Orélien
Je suis né noir et haïtien.
J'ai la parole collée au sang.
Et chaque pas me rappelle
Que l'exil est une langue qui mord les pieds.
....
J'avais envie de lui dire la vérité : "Nous non plus, on ne voulait pas venir ici. Nous non plus, on ne veut pas de la violence qui traverse les frontières comme un colis express, de chez vous à chez nous. Si je suis là, ce n'est pas par caprice, ni par gout de l'exil, ni pour envahir quoi que ce soit. C'est parce que chez moi on a ouvert des containers comme on ouvre une plaie et qu'on y a trouvé des armes fabriquées chez vous, des munitions venant des Etats-Unis. Et ces morceaux de métal, tombés entre les mains de gamins sans école, sans travail et sans horizon, ont fait de ma rue un piège, de ma maison une cible, de ma vie un sac Carrefour. Vous dites : "On n'a pas besoin de plus d'Haïtiens ici." Mais chez moi, on n'avait pas besoin de plus d'armes non plus. Et pourtant, elles sont arrivées. Et ce sont elles qui m'ont mis dehors."
....
Ce qu'il venait d'énoncer, c'était peut-être la définition la plus nue, la plus humaine, de la migration que j'aie jamais entendue. Partir, ce n'est pas seulement chercher une vie meilleure. C'est surtout refuser que sa vie, même brisée, ne compte pour rien. C'est vouloir qu’au moins une voix survive à son corps. Mourir, d’accord, mais pas en silence. Et si mourir il faut, alors que quelqu'un reste, quelque part, pour dire : «Il a vécu, je l'ai vu, je m'en souviens. »
...
Par la fenêtre du bus, j'ai regardé le paysage. Les montagnes. Les arbres. Les maisons en tôle. Je me suis demandé : qu'est-ce qui fait qu'on reste dans un pays qui veut nous tuer à chaque virage ? Ce n'est pas l'amour. Ce n'est pas l'attachement. C'est juste qu'on ne sait pas où on pourrait aller. Jusqu'à ce que la mort monte dans notre bus et nous donne une claque. Une claque qui réveille, ou qui enterre.
.....
Pour moi, une chaise s'est libérée. Elle était bancale, oui. Un peu poussiéreuse, mais je m'y suis assis. Et maintenant, j'essaie de ne pas la perdre.
On parle souvent des migrants comme de chiffres, de vagues, de crises. On dit : « Il y en a trop. » « Ça coûte cher. » « Ce n'est pas le bon moment. » Mais jamais on ne dit : « Ce sont des gens. Des hommes. Des femmes. Des enfants. Des noms. Des voix. Des regards. Des vies. » Et moi, je veux dire à ceux qui me lisent : ne vous méfiez pas trop vite de ceux qui, comme moi, arrivent essoufflés. Ils ont simplement couru plus longtemps que vous.
Je ne sais pas ce que demain me réserve. Mais quand je regarde par la fenêtre de ma chambre louée, avec le chauffage qui ronronne comme un chat fatigué et la lumière des lampadaires qui danse sur la neige, je me sens chez moi dans ce pays qui m'a ouvert la porte quand plus personne ne le faisait. Je ne suis pas devenu riche. Je ne suis pas devenu célèbre. Je dis : « Ce sont des gens. Des hommes. Des femmes. Des enfants. Des noms. Des voix. Des regards. Des vies. » Et moi, je veux dire à ceux qui me lisent : ne vous méfiez pas trop vite de ceux qui, comme moi, arrivent essoufflés. Ils ont simplement couru plus longtemps que vous.
....
Mon sac, c'est mon autobiographie par objets. Il raconte plus que mes mots. Il dit que j'ai encore un savon - donc un peu de dignité. Il dit que j'ai gardé la photo de ma mère - donc encore un peu de mémoire. Il dit que j'ai lu Depestre - donc que je crois encore à la beauté. Et il ne ment pas. Il ne contient rien de superflu. Pas de téléphone. Pas de bijoux. Pas de papiers officiels. Juste ce qu'il faut pour ne pas devenir un animal.
....
Le chemin d'un migrant, ce n'est pas une ligne droite. C'est un chapelet de détours, de coups de chance, de mains tendues et de portes fermées. Un parcours où on doit chaque pas qu'on fait à celui qui nous a porté, celui qui ne nous a pas dénoncé, celui qui nous a donné une pomme, un sourire, une couverture, ou simplement le droit de passer. J'ai traversé douze pays. J'ai vu des cadavres qu'on évite en marchant comme des branches tombées sur le bord du chemin. J'ai vu des femmes allaiter avec des seins desséchés. J'ai vu des policiers qui jouaient à Dieu avec nos vies comme s'ils jouaient à la loterie.
Sur ma route, j'ai croisé des gens méchants. Des policiers corrompus, des douaniers humiliants, des passeurs qui mentent comme ils respirent. Mais j'ai croisé aussi des saints sans auréole. Une infirmière colombienne qui m'a donné ses médicaments. Un pasteur salvadorien qui m'a offert un toit sans poser de questions. Une bénévole mexicaine qui a réparé ma chaussure sans même me demander mon nom. Et ici, au Québec, j'en croise encore. Des gens ordinaires, fatigués, pressés, mais qui te laissent leur place dans le métro, qui te tiennent la porte, qui te disent « bon courage » en voyant tes bottes mouillées.
Le Québec, c'est une vieille maison encore debout malgré les tempêtes. C'est une langue qui se débat pour rester vivante, et qui m'a accueilli, moi, avec mon accent de l'autre côté de la mer. C'est un peuple qui a connu ses propres colons, ses propres humiliations, ses propres silences - et qui, parfois, reconnaît les nôtres.
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THELYSON ORELIEN
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