LE VENT
À chaque instant
Recommencer le temps
Une maille endroit, une maille envers
Le tricot que l'on trame avec la chaîne de la peau
Incessamment nous dévêt
Nous errons d'un espace à l'autre
D'une heure à l'autre
Dans l'ignorance de notre nudité
Nus et vus
Le méconnaître fait notre arrogance
A quel moment l'oignon fait-il oeuvre de dépouillement ?
Chaque couche, chaque strate, chaque masque
Est le reflet d'un vêtement transparent
Il nous révèle plus qu'il nous cache
Quand d'une ombre fugace nous couvrons un tache
Quelles sont les forces en présence?
De quel poids penchent les plateaux de la balance?
Les dieux rient de nos guerres et de nos larmes
L'aiguille du fléau glisse toujours du côté du vide
Les sillons que nous gravons sur la terre
Dès les premières salves de vie
Ce presque rien qui tend à tout
N’est que signe éphémère
Mots d'une lettre par un absent adressée à une absente
Les mouchoirs blancs agités sur les quais
Avec le pressentiment d’aucun retour
Nous ressassons la même histoire
Depuis des milliers d'années de mémoire
Une maille envers, une maille endroit
Tout à l'heure, un mouchoir est tombé
Quelqu'un a pleuré, dormi, ne s'est plus réveillé
Faire survivre l'acquiescement à chaque instant
Recommencer le temps
Le temps d'un voyage sans espace
Puis, se recroqueviller de guerre lasse
Flétris, fanés, en nous semant aux quatre vents
Le vent
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# ANNA MARIA CARULINA CELLI
#poèmes 2022
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