Vois-tu,

il me semble

que je marche vers toi depuis toujours.

Toujours

j'ai ignoré ton nom, ton visage,

tes mains.

Toujours

j'ai espéré la saveur de tes gestes

et craint pour ta liberté.

 


Dans le silence des cris,

j'ai le cœur dans la bouche.

A voix nue,

je marche dans l'ouvert

du manque.

Comment s'agenouiller ?

 

Me voilà encore

à trébucher

dans l'écartèlement du désir.

 

Parfois,

les mots d'angoisse dessinent une mouette.

 

Voilà,

je suis l'oiseau blanc,

le cri sur la lande,

le cri qui me parle.

J'écris sans mots,

mon corps trace son poème.

Je viens de naître.

 

Je bois le lait de la terre,

j'ai rendez-vous avec le miel.

Je capte le soleil,

j'ouvre les visages et le ciel.

Je laisse des signes sur la mer.

 

Ai-je jamais vécu

Dans les ombres sourdes ?

 

Ce frémissement dans l'air,

ces herbes languissantes,

est-ce le chant qui monte ?

Quelle absence

suis-je en train de guetter ?

 

 

Non, ne montre pas ta face,

oublie même mon visage.

Le vent plaintif rôde dans les cœurs.

Donne-moi juste la force

de traverser les heures grises,

le destin ténébreux.

 

Non, Orphée,

il ne faut pas se retourner.

En arrière,

c'est toujours la tristesse des soirs de solitude,

la mémoire en dérive de nostalgie.

C'est rien d'autre

que la désolation.

 

Ni hier ni demain non plus,

Orphée.

Mais maintenant, oui,

possible, riche d'impossibles et d'inconnus.

 

Marchons à grands pas,

mains grandes ouvertes,

scrutons les ténèbres.

Nous ne savons pas où passe la route de la lumière.

Viens-tu, lumière ineffable, comme le songe de la nuit ?

Cherches-tu ton chemin parmi les ombres indécises

pour venir jusqu'à nous ?

 

La nuit s'égoutte sur les toits,

entre par la fenêtre,

couvre le plafond.

Ô nuit,

laisse tomber les rideaux tendres

pour un frais réveil du matin !

Je voudrais ne plus lutter contre le sommeil,

rejoindre chaque soir le sentier de la musique

et que la terre entière vive en moi.

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MARIE BOTTURI

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