EMMILA GITANA

dimanche 28 mai 2017

LES ESPACES DU SOMMEIL

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende
cachées dans les fourrés.
Il y a toi.
Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l’assassin
et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.
Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays
où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.
Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Une horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l’immolée, toi que j’attends.
Parfois d’étranges figures naissent à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.
Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d’il y a 2 000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.
Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
Mais qui, présente dans mes rêves, t’obstines à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
Toi qui m’appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien que mes yeux clos
aussi bien au rêve qu’à la réalité.
Toi qu’en dépit d’une rhétorique facile où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.
Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit, il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.
Dans la nuit il y a les merveilles du monde.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi.
Dans le jour aussi.


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ROBERT DESNOS

 

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Mikko Lagerstedt2

Oeuvre  Mikko Lagerstedt
https://www.facebook.com/pg/mikkolagerstedt/photos/

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EL MALTRATO ANIMAL

affiche

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LE CYGNE

Dans toute société, soit des animaux, soit des hommes, la violence fit les tyrans, la douce autorité fait les Rois : le lion et le tigre sur la terre, l’aigle et le vautour dans les airs, ne règnent que par la guerre, ne dominent que par l’abus de la force et par la cruauté ; au lieu que le cygne règne sur les eaux à tous les titres qui fondent un empire de paix, la grandeur, la majesté, la douceur ; avec des puissances, des forces, du courage et la volonté de n’en pas abuser, et de ne les employer que pour la défense : Il sait combattre et vaincre, sans jamais attaquer; Roi paisible des oiseaux d’eau, il brave les tyrans de l’air (…).
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Les grâces de la figure, la beauté de la forme répondent, dans le cygne, à la douceur du naturel; il plaît à tous les yeux, il décore, embellit tous les lieux qu'il fréquente; on l'aime, on l'applaudit, on l'admire; nulle espèce ne le mérite mieux; la nature en effet n'a répandu sur aucune autant de ces grâces nobles et douces qui nous rappellent l'idée de ses plus charmants ouvrages: coupe de corps élégante, formes arrondies, gracieux contours, blancheur éclatante et pure , mouvements flexibles et ressentis, attitudes tantôt animées ,tantôt laissées dans un mol abandon; tout dans le cygne respire la volupté, l'enchantement que nous font éprouver les grâces et la beauté, tout justifie la spirituelle et riante mythologie, d'avoir donné ce charmant oiseau pour père à la plus belle des mortelles.
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À sa noble aisance, à la facilité, la liberté de ses mouvements sur l'eau, on doit le reconnaître, non seulement comme le premier des navigateurs ailés, mais comme le plus beau modèle que la nature nous ait offert pour l'art de la navigation. Son cou élevé et sa poitrine relevée et arrondie semblent en effet figurer la proue du navire fendant l'onde; son large estomac en représente la carène; son corps, penché en avant pour cingler, se redresse à l'arrière et se relève en poupe; la queue est un vrai gouvernail; les pieds sont de larges rames, et ses grandes ailes, demi ouvertes au vent et doucement enflées, sont les voiles qui poussent le vaisseau vivant, navire et pilote à la fois.

 

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GEORGES-LOUIS LECLERC BUFFON

Extrait de Histoire naturelle, Tome IX

 

 

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cygne

Ô MERE !

Merci à toi Mokhtar pour ce beau poème ...

 

 

Ô Mère !
Lait toujours ascendant,
Voyageur
Dans mes étoiles nécessaires
Conjuguées aux distances blessées de mon cri !
Ciel de mes yeux, yeux de mon ciel
Recousu de ses blessures larmoyantes
Pour reporter, de ta lymphe triomphante,
Ma folle errance et mes agonies !
Tu es les arbres candélabres
Qui m’éclairent tous ces chemins inextricables
De mes lourdes litanies d’incompris
Trébuchant de tant de chaînes,
Ombre prévenant mon possible aveuglement,
Seins aux aguets pour me rassurer,
Pour m’arracher au plus profond
De mes sauts anéantis
Et me faire renaître, entier,
Dans ton feu jamais brûlant,
M’offrant la juste chaleur
De ces mains des ans
Qui me caressent de leurs attentes,
De ce sang toujours prêt à me reprendre
De mes jours soliloques d’exilé
Sans échos !

 

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MOKHTAR EL AMRAOUI

" Le souffle des ressacs"

 

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mam ete 1956,

Mam

CESARE...

Des pensées pour mon petit Césare qui fête ses 9 ans aujourd'hui

 

 

Ô que c’est long d’aimer sans voir ce que l’on aime…
De caresser une ombre et de sourire au mur
Et de s’interroger si l’Autre fait de même
Et se sent dans le cœur je ne sais quel fruit mûr
Qui crève de tristesse et d’espérance extrême.

 

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PAUL VALERY

 

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cesare 2

" Moana " Tableau à Césare Ortoli

par Caroline Ortoli ( 2009 )

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Tu penses à quoi ?
A ma voix sur le fil quand je cherche ta voix ?
A toi qui t’enfuyais quand j’allais te connaître ?
A tout ce que je sais de toi et à ce que tu crois ?
A ce que je connais de toi sans te connaître ?

 

 Tu penses à quoi ? Tu penses à quoi, dis ?
A moi ? Des fois ?…
Je t’aime !

 .

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LEO FERRE

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CE3,,

 

 

 

 

 

 

 

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LE PLUS BEAU TEMPS DU MONDE

 L’été respire au bout de ce récif de toits,

L’été de ton amour plein de mélancolie,
L’été qu’on voit mourir un peu dans chaque jour
Qui roule jusqu’ici ses falaises de suie.
Églogue fatiguée, l’on entend la chanson
Très pure d’un oiseau au milieu du silence.
Regarde s’enfuir le plus beau temps de la vie,
Le plus beau temps du cœur, la mortelle saison
De la jeunesse aux noirs poisons. Voici la route,
Ce saut de feu dans le délire des cigales
Et de bons parapets pour reposer tes bras.
Dans le ciel campagnard meurt le maigre charroi,
S’envolent les décors barbares des passions :
Petits balcons de fer écumant d’églantines,
Escalades des murs titubants, dérision
Des dorures, outremer houleux des orages.
Tu ne reconnais plus ces folles mousselines
Dans tout ce bleu que fait resplendir sans raison
Chaque matin, parmi plusieurs enfantillages,
L’été de ton amour, la saison du bonheur.

Tu regardes s’enfuir le plus beau temps du monde.

 

 

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ALBERT AYGUESPARSE

 

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Fatat Bahmad8,

Oeuvre Fatat Bahmad

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JOEL GRENIER

Au jardin de l'improbable, j'avais planté le clou. Rien n'a su pousser qu'une clé des songes sur un fond de soleil. Il suffisait de pousser le cœur, tout était ouvert, et le toi profond et le moi d'été, journée porte ouverte.
Il a fallu que je me suspende à un coin de tes yeux pour comprendre à la fin qu'il n'y avait pas de serrure.
La clé ne servait, à la vérité, qu'à garder le secret.

 

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JOEL GRENIER

 

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vieille-clé

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samedi 27 mai 2017

ANNA FEDOROVA - PIANO CONCERTO No2 OPUS 18, RACHMANINOFF

8000 ème message de ce blog...Merci à tous pour votre constance !

 

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CHANT II, L'APPARITION

D'aussi loin qu'on puisse voir, à travers des signes
nous étions là, dans le brouillard du temps,
saga si lointaine où nous sommes chasseurs et gibiers,
sans autre mémoire que l'empreinte de mains sur des parois,
était-ce pour marquer le passage,
pour ne pas mourir ?

Les silhouettes de bêtes familières à la vue,
sur toute la terre, sont nos traces
avec quelques ossements et des fragments de glaise durcie.

Les dieux sont apparus, pour ordonner le chaos,
faire travailler l'espèce humaine,
établir le corset des lois, des interdits et du châtiment,
conjurer la mort

L'écriture  naissait au bord des grands fleuves nourriciers,
avec le labour, le repiquage du riz
aux rives du Nil, de l'Euphrate,
au bord de l'Indus,
du fleuve Jaune et du fleuve Rouge, aux digues chaque année refaites.

La cité fondait l'Etat
dans un monde inégal, où règnent les puissants
Les despotes se prétendent divins
et se prolongent dans une mort célébrée par des pierres et des hymnes.

 

Tout est régi par la force et la crainte,
le perdant devient esclave.
Malheur aux vaincus !
Ainsi se font et défont les empires.

Je me souviens des oies sauvages des nécropoles de Thèbes,
prenant leur vol, au dessus du bleu des lotus.
De Gilgamesh, à la recherche de son ami disparu,
voulant savoir le secret de l'au-delà.
Tout ce que tu as eu de cher,
que tu as caressé et qui plaisait à ton coeur,
est aujourd'hui couvert de poussière,
tout cela dans la poussière est plongé
Le fil du destin mène de la nuit à la nuit,
et les jours fugitifs sont à toi.

 

 

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GERARD CHALIAND

 

 

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MEMOIRE

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CHANT XII, MAINTENANT, LE FEU NOMADE

Mon navire est chargé de mémoire
de milliers d'années de signes et de lieux
du souvenir d'Ulysse qui refusa l'immortalité
des ouvreurs de routes,
des déchiffreurs d'univers,
de toutes les libertés arrachées.

Je salue les bardes, porteurs des mots de la tribu
le clair parler françois, ma patrie,
les poètes du monde, voleurs d'étoiles, brasseurs de nuages
sachant, en tapis volant, remonter le temps
Et chanter l'Amour et le souci.
Le dernier souffle de la saga leur appartient.

Au-delà de tous les désastres et de la mort
à chaque naissance, le monde recommence.

 

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GERARD CHALIAND

 

 

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sebastien mehal

 

Oeuvre Sébastien Méhal

https://testmehal.wordpress.com/oeuvres/oeuvres/

 

 

 

 

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