EMMILA GITANA

lundi 18 février 2019

NE T'EXCUSE PAS...Extrait

Un autre jour viendra, féminin,
à la métaphore transparente, accompli,
adamantin, nuptial, ensoleillé,
fluide, sympathique. Personne n’aura
une envie de suicide ou de migration, 
et tout, hors du passé, sera naturel, vrai,
conforme à ses attributs premiers.
Comme si le temps
dormait en vacances…
« Prolonge le beau temps de ta parure.
Ensoleille-toi à l’astre de tes seins de soie
et attends la bonne nouvelle. Ensuite, 
nous grandirons. Nous avons du temps
pour grandir après ce jour… »
Un autre jour viendra, féminin,
au signe chantant, au salut
et au verbe azuréens.
Tout est féminin hors du passé.
L’eau coule des mamelles de la pierre.
Pas de poussière, pas de sécheresse,
pas de perte, 
et les colombes font la sieste dans un char
abandonné, quand elles ne trouvent pas
un petit nid
dans le lit des amants…

 

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MAHMOUD DARWICH

 

 

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Watanabe_Seitei

Oeuvre Watanabe Seitei

 


LA HONTE...


"Je crois qu'un des motifs de l'art et de la pensée c'est une certaine "honte d'être un homme". 
L'homme, l'artiste, l'écrivain, qui l'a dit le plus profondément c'est Primo Levi : "Quand j'ai été libéré, ce qui dominait, c'était la honte d'être un homme." 
C'est une phrase à la fois très splendide, très belle, mais ce n'est pas abstrait, c'est très concret, la honte d'être un homme. 
Mais elle ne veut pas dire les bêtises qu'on risque de lui faire dire. Ça ne veut pas dire que nous sommes tous des assassins, ça ne veut pas dire que nous sommes tous coupables face au nazisme. Primo Levi le dit admirablement, cela ne veut pas dire que les bourreaux et les victimes soient les mêmes. On ne nous fera pas croire ça. Beaucoup de gens racontent que nous sommes tous coupables, non, non, non, rien du tout. On ne me fera pas confondre le bourreau et la victime. 
Moi, je crois que, à la base de l'art, il y a cette idée ou ce sentiment très vif : une certaine honte d'être un homme qui fait que l'art consiste à libérer la vie que l'homme a emprisonnée.
L'homme ne cesse pas d'emprisonner la vie, il ne cesse pas de tuer la vie. La honte d'être un homme. 
L'artiste c'est celui qui libère une vie, une vie puissante, une vie plus que personnelle. Ce n'est pas "sa" vie. Libérer la vie, libérer la vie des prisons de l'homme. C'est ça, résister. 
On le voit bien avec ce que les artistes font. Il n'y a pas d'art qui ne soit une libération d'une puissance de vie. Il n'y a pas d'art de la mort d'abord. 
De plus, quand je parle de la honte d'être un homme, ce n'est même pas au sens grandiose de Primo Levi. Pour chacun de nous, dans notre vie quotidienne, il y a des événements minuscules qui nous inspirent la honte d'être un homme. On assiste à une scène où quelqu'un est vraiment un peu trop vulgaire, on ne va pas faire une scène, on est gêné. Gêné pour lui, gêné pour soi puisqu'on a l'air de le supporter. Là aussi on passe une espèce de compromis. Et si on protestait en disant "mais c'est ignoble ce que tu dis" ? On en ferait un drame. On est piégé. Alors ça ne se compare pas avec Auschwitz mais même à ce niveau minuscule, il y a une petite… honte d'être un homme. Si on n'éprouve pas cette honte, il n'y a pas de raison de faire de l'art."

 

 

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GILLES DELEUZE 
(Abécédaire, entretiens avec Claire Parnet)

 


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Federico Infante Tu

Oeuvre Federico Infante

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ANNE MARGUERITE MILLELIRI...Extrait

C'était un chemin de traverse 
dans l'enclos du rêve --

un message enclos
dans une bouteille jetée 
aux vagues grises
de la mer

C'était un chemin et c'était 
un bouton d'or 
qui s'ouvrait sur un rêve 
liseré d'azur

C'était la mer en ressacs
qui rugissait de froides larmes
griffant les joues

C'était un message 
délivré du temps --
que la mer a lavé.

 

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 ANNE MARGUERITE MILLELIRI

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bouteille2

 

 

QUI VIVE...Extrait

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ton haleine chaude sur le cou de la nuit
ou le petit matin naissant entre nos doigts
nous voici tout vivants plongés dans l'éphémère
d'une foudre sans lieu ni point d'impact au sol
hors chair de passage mais quelle voix appelle
inaudible aux entours et de sève gorgée
à toutes les saisons c'est dire d'où tu viens
beau fantôme perdu mais quel chant traduis-tu
le pays est désert et le cœur dévasté
car je n'existe pas tu restes sa demeure

 

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CHRISTIAN  ARJONILLA

 

 

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leonor-fini-4,

Oeuvre Léonor Fini

 

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vendredi 15 février 2019

NOCES A TIPASA

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jeudi 14 février 2019

LA RETRAITE SENTIMENTALE...Extrait

« Amoureuse, piètre mot pour exprimer tant de choses ! Imprégnée, voilà qui exprime mieux… Imprégnée, c’est cela tout à fait, imprégnée depuis la peau jusqu’à l’âme, car l’amour définitif m’est si entré partout que je m’attendais presque à voir mes cheveux et ma peau en changer de couleur. »

 

 

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COLETTE

 

 

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COLETTE33

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mercredi 13 février 2019

GAZA

Mère:Palestine
Père : le monde
Agée comme la Terre
Profession : survivre

Là-bas
chaque jour un homme
Et une femme qui voit en lui,
comme toutes les femmes de la Terr,
un être cher et beau,
un homme ensanglanté
qui gît sur une civière
au lieu de grandir et de vivre
comme tous les enfants de la Terre.

 

Gaza crie :
« Mon ventre, porteur de vie,
déchiqueté
comme le corps de mes parents,
le corps de mes frères
et de mes enfants.

A la place des cadeaux

sous le sapin,
leurs corps
empaquetés dans le papier cadeau de la 
mort.

A la place des guirlandes qui illuminent
les rues du monde, 
mes rues sont éclairées
par les bombes.

A la place de l’eau,
des robinets,
coule le sang de mes adolescents.

Même les rats, dans ma maison,
ont faim et soif.

Destruction,
destruction,

hurlements,
hurlements,

Mais ils ne parviennent pas
aux oreilles du Ciel,
en congé pour les Fêtes.

Ni aux yeux des prophètes,
en train de regarder
un match de foot.

Et moi,
j’agonise,
j’agonise

et personne ne s’en soucie. »

 

 

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MARAM AL-MASRI

 

 

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Mahmoud-Al-Kurd-17,

Photographie Mahmoud Al- Kurd 

ERNEST PEPIN...EXTRAIT

Le beau songe qui s’éparpille
Dans l’arc-en-ciel des ans
A tire d’aile s’envole en reliant nos vies
Et nous voilà
Archet et violon d’un orchestre sublime
Qu’on appelle l’amour
Quand nous frôle la douceur
Des souvenirs endormis
Sous nos paupières fragiles
D’avoir pu exister et entrevoir
Cette lumière bénie par le temps
Et qui nous gratifie de blessures inconsolées
Nous voilà
Ecorce des choses neuves
Fiers d’offrir au jour
Sa part de tendresse
Cri muet d’un éclair
Que le toujours du toujours foudroie
Au point de chavirer nos chairs

Ivresse des douceurs
Sous le joug impérieux
Des sentiments inoubliables
Nous y sommes attelés
Tels mer et rivage
Les rêves peuvent s’en aller
Comme s’éclaboussent les lucioles
Il restera 
En nous deux
Le miroir accordé à notre soif

 

 

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Ernest Pépin
Faugas/Lamentin

Le 31 Janvier 2018

 

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ernest3,

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ET MOI, JE MARCHE

Le corps droit je marche, tête haute je marche
Le corps droit je marche, tête haute je marche
dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil

Mon cœur est une lune rouge, mon cœur est un jardin
il y a des lyciums et du basilic

Mes lèvres sont un ciel qui pleut
un feu parfois et de l’amour des fois

Dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil
et moi je marche et moi je marche et moi je marche et moi et moi et moi je marche

Le corps droit je marche, tête haute je marche
Le corps droit je marche, tête haute je marche

Dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil
et moi je marche et moi je marche et moi je marche et moi et moi et moi je marche

 

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SAMIH AL-QASSIM

 

 

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Frida_Kahlo-The_Dream

 Oeuvre Frida Kahlo

 

 

PALESTINE, APARTHEID, MASSACRE, CA SUFFIT !!!

Je perdrai peut-être – si tu le désires – ma subsistance
Je vendrai peut-être mes habits et mon matelas
Je travaillerai peut-être à la carrière comme porte faix, balayeur des rues
Je chercherai peut-être dans le crottin des grains
Je resterai peut-être nu et affamé
Mais je ne marchanderai pas
O ennemi du soleil
Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines
Je résisterai.

 

Je résisterai

Tu me dépouilleras peut-être du dernier pouce de ma terre 
Tu jetteras peut-être ma jeunesse en prison 
Tu pilleras peut-être l’héritage de mes ancêtres 
Tu brûleras peut-être mes poèmes et mes livres 
Tu jetteras peut-être mon corps aux chiens 
Tu dresseras peut-être sur notre village l’épouvantail de la terreur 
Mais je ne marchanderai pas 
O ennemi du soleil 
Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines 
Je résisterai.

 

Tu éteindras peut-être toute lumière dans ma vie 
Tu me priveras peut-être de la tendresse de ma mère 
Tu falsifieras peut-être mon histoire 
Tu mettras peut-être des masques pour tromper mes amis 
Tu élèveras peut-être autour de moi des murs et des murs 
Tu me crucifieras peut-être un jour devant des spectacles indignes 
O ennemi du soleil 
Je jure que je ne marchanderai pas 
Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines 
Je résisterai.

Je résisterai

 

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SAMIH AL-QASSIM

 

 

 

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