EMMILA GITANA

vendredi 18 août 2017

CINQUIEME MEDITATION...Extrait

Les arbres de l'infinie douleur,
Les nuages de l'infinie joie,
Se donnent parfois signe de vie,
À la lisière du vaste été.

Les alouettes passent à travers
Sans rien saisir de leurs paroles,
Une source les retiendra seule
Pour donner à boire aux morts.

 

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FRANCOIS CHENG

 

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THAM101

Photographie Thami Benkirane

 

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LE SIECLE DE LA PEUR

"Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer. Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l'homme, qui lui a toujours fait croire qu'on pouvait tirer d'un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l'humanité. Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n'était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu'ils étaient sûrs d'eux et parce qu'on ne persuade pas une abstraction, c'est-à-dire le représentant d'une idéologie. Le long dialogue des hommes vient de s'arrêter. Et, bien entendu, un homme qu'on ne peut persuader est un homme qui fait peur".

 

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 ALBERT CAMUS

 

 

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hiroshima2

 Hiroshima

 

 

 

 

 

 

 

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CASIDA DE LA MUJER TENDIDA

Verte desnuda es recordar la Tierra.
La Tierra lisa, limpia de caballos.
La Tierra sin un junco, forma pura
cerrada al porvenir: confín de plata.

Verte desnuda es comprender el ansia
de la lluvia que busca débil talle
o la fiebre del mar de inmenso rostro
sin encontrar la luz de su mejilla.

La sangre sonará por las alcobas
y vendrá con espada fulgurante,
pero tú no sabrás dónde se ocultan
el corazón de sapo o la violeta.

Tu vientre es una lucha de raíces,
tus labios son un alba sin contorno,
bajo las rosas tibias de la cama
los muertos gimen esperando turno.

 

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autógrafo
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williamrussellflint-original

Oeuvre William Russell Flint

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CASIDA DE LA FEMME ETENDUE

Te voir nue c'est se rappeler la terre.
La terre lisse, dégagée de chevaux,
la terre sans roseaux, forme pure
fermée à l'avenir : confins d'argent.

Te voir nue c'est comprendre l'envie
de la pluie à la recherche d'une taille fragile,
ou de la fièvre de la mer à l'immense visage
sans trouver la lumière de sa joue.

Le sang sonnera dans les alcôves,
et viendra avec l'épée flamboyante,
mais tu ne sauras où se cache
le cœur du crapaud ou la violette.

Ton ventre est une bataille de racines,
tes lèvres sont une aube sans contour,
sous les roses tièdes du lit,
les morts gémissent, attendant leur tour.

 

 

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FEDERICO GARCIA LORCA

 

 

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joseph henri lebasque2

Oeuvre Joseph Henri Lebasque

 

 

SANCTUAIRE ...Extrait

Tu sors, un matin

Tu sors, un matin du vieil août,

Dans la brume, fraîcheur d'automne :
Un soleil jaune sourd rayonne, enseveli,
D'un amas de nuées : troupeaux, troupeaux d'orages
Qu’un grand souffle harcèle !
Passant d'un horizon
Où fument des nuages
Au pis marbré d'éclairs,
Tout hérissé d’une pensée impatiente,
Je descends vers une saison
De mélancolie dont s’éloignent
Les oiseaux anxieux,
Où reviennent déjà les pluies du bout du monde ...
L'été majeur emporte au loin ses ailes pourpres !
Et meurent les midis vertigineux d'or blanc
Sur la mer écarlate !...
Je rangerai ma barque,
Les rames retombées, le crochet à cueillir
Les oursins (ô chair d'ambre
Ou de nèfle) parmi l'amitié de la mer.
Regarde : soulevant un désordre furieux
De songes comme goélettes,
La houle convulsée
Se divise, écume de l'Etre !
La terre seule est désormais le lot
Rétréci de l'âme aux tourbillons d’amertume.
Que m'importe les fruits si, la bouche agrippée
Aux raisins violets, je ne sens plus que filtre
La sève bleue du jour
Aux paupières poreuses,
Et vous, jardins, vos succulents pavois
Si je ne sens sur la basane de l'épaule
L’ample étendard du ciel !
Veuille l'Eté porte-lumière
Que s'en retourne les puissants béliers d'orage vers le nord
Afin que, saluant midi
De la splendeur de ma louange,
Je remette ma joie au sacre de la mer,
Dans l'univers lâchés les grands oiseaux du rire !

 

 

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TOUSSAINT MEDINE SHANGÔ

Carbinica, 1968

www.toussaint-medine-shango.com/poemes_epars/22

 

 

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mohamed Jaamati2

Oeuvre Mohamed Jaamati

 


mercredi 16 août 2017

LES AUBES SONT CERTAINES

Marche allègre et vive sur les passerelles de l’aube
Le sang dormant s’ébroue
L’écriture coule drue
Verticale
La pluie a ravivé les feuilles
J’ai troqué mon pays contre le rire immense
De chutes de cascades de torrents vers la mer
J’ai traversé des fleuves qui n’avaient pas de nom
J’ai reconnu le ciel au tremblement des feuilles
Troqué des cimetières contre des chemins d’or
J’ai tenu tête à l’âme elle s’en est souvenue
J’ai marché sans compter sans mesurer mes pas
J’ai senti le pollen de mes aurores vives
J’ai bougé des écluses dans le sens des astres
Changé des hirondelles contre des nids cendrés
J’ai bu à toutes sources le vin des venaisons
En toutes traces vives je respirai ta voie
Tout était délivrance rien n’était damnation
J’ai vu des cormorans dans le vent silencieux
Bleuir toutes leurs ailes dans le sens des courants
Comme ces étendards dans les houles de Dieu
J’ai ouvert des carrières
Là où l’espoir de l’homme n’avait pu pénétrer
J’ai cru je vous le jure voir la langue tanguer
Comme un buisson en flammes
J’ai bu tous les tourments je les ai transmués
La saison du poème fut trouée d’oriflammes
De pervenches sonores de grappes de jonquilles
D’oliviers feux roulant jusqu’au bord de l’extase
De nappes suspendues au plafond des Sixtine
J’ai recouvert l’écrin où la raison chavire
D’un grand drap de patience pour débusquer sa voix
J’ai toléré des arbres beaucoup plus hauts que vifs
Alors qu’ils n’avaient plus d’armes pour le combat
Je suis las de ces ors des brancards pourrissants
C’est un chant qu’il me faut puissant et sans scories
Un affluent de sève
Un matin délivré aux vigueurs végétales
Un palmier où pivote la racine du monde
Un tombeau dont le jour ruisselle d’eau de vie
Et s’il ne reste rien de ces bouquets de noces
Je porterai moi-même leurs couronnes au néant
Ecris encore mon âme délivrée des peaux mortes
Ne garde que ta soif sur les versants du jour
Et ne soit que désir vers les flots du couchant

 

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JEAN LAVOUE

 

 

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claude monet2

TEMPS A AUTRE...Extrait

Il y a ce train têtu qui avance
à travers les paysages,
à travers la foule.

Quelques arrêts pour laisser
  monter un fol
pour ajouter un tiroir,
une lettre, une musique.

Il y a les autres qu’on laisse
au bord de la voie
ceux qui nous disent
on vous rattrapera

et ceux qui n’en peuvent
plus, qui se couchent sur le
talus, font un signe avec la
main   résignés.

Il y a ces souvenirs qui
disparaissent, déposés sur
le quai, estampillés révolus.
Alléger poursuivre aller
de l’avant vers un horizon
qu’on ignore
pas toujours plus beau
pas toujours nouveau

et tant pis si nous ne
regardons pas le défilé des
images aux fenêtres : elles
sont un trésor ténu à saisir
au vol, cartes fantoches
d’un jeu de mémory.

Il y a la locomotive conduite
par le vent,
les wagons couverts
de graffitis dessins
mots d’amour ou de haine
tapis d’herbes folles.

Dans des valises en carton
des choses minuscules
que nous avons aimées
des sons chansons
parfums
tous ces petits bonheurs
 indéchiffrables.

 

 

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LUCIE PETIT

 

 

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Maria Guilbert

Oeuvre Maria Guilbert

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REGARDS DE FEUILLAGES

Regard des peuples dont la guerre se souvient
Regard des histoires mortes sous l’écorce des défaites
Qu’un pont de mémoire rassemble leurs vignes
Et leurs vagues aux crêtes du sang humain

Regard de vive vallée où la rivière déplie son rêve
Regard fertile des peuples du désert
Quand le vent lève l’ondulation des femmes
Regard d’un outre-monde à la croisée des couleurs
Délivre-nous des murailles et des digues
Contre les racines de l’arc-en-ciel
Regard des antilopes et des gazelles
Où l’amour prend sa source et sa gorgée de bleu
Où le poème prélève son huile et le feu de son rhum
Regard des découvreurs, des prophètes et des fous
Faisant du monde un seul troupeau
Un seul vaisseau luisant d’étoiles
Habille les terres de voiles multicolores
Et de courants fraternels

Poète de la vigie, du minaret, de la tour de Babel
Tressant les langues au fleuve de toute vie
Sache que même la haine a besoin du regard.
Regard du vertige de l’autre et du graffiti des miroirs

Regard du mensonge de la sève pure
Regard des cavaliers tenant la bride de l’éclair
Ouvre la terre aux rayons de l’amour
Comme un soleil à partager.

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ERNEST PEPIN

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AFRIQUE

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LE COEUR RIANT

Ta vie c’est ta vie
ne la laisse pas prendre des coups dans une moite soumission.
guette.
il y a des issues.
il y a une lumière quelque part.
ce n’est peut-être pas beaucoup de lumière mais
elle brise les ténèbres.
guette.
les dieux t’offriront des chances.
connais-les.
prends-les.
tu ne peux pas battre la mort mais
tu peux battre la mort en vie, parfois.
et plus tu apprendras à le faire,
plus il y aura de lumière.
ta vie c’est ta vie.
sache-le pendant qu’elle t’appartient.
tu es merveilleux
les dieux attendent de se réjouir
en toi.

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CHARLES BUKOWSKI

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William Daniell (1769-1838

Oeuvre  William Daniell

 

 

 

 

 

 

 

mardi 15 août 2017

LES PLANCHES COURBES...Extrait

Passant, ce sont des mots. Mais plutôt que lire
Je veux que tu écoutes : cette frêle
Voix comme en ont les lettres que l'herbe mange.

Prête l'oreille, entends d'abord l'heureuse abeille
Butiner dans nos noms presque effacés.
Elle erre de l'un à l'autre des deux feuillages,
Portant le bruit des rayures réelles
À celles qui ajourent l'or invisible.

Puis sache un bruit plus faible encore, et que ce soit
Le murmure sans fin de toutes nos ombres.
Il monte, celui-ci, de sous les pierres
Pour ne faire qu'une chaleur avec l'aveugle
Lumière que tu es encore, ayant regard.

Simple te soit l'écoute ! Le silence
Est un seuil où, par voie de ce rameau
Qui casse imperceptiblement sous ta main qui
cherche
À dégager un nom sur une pierre,

Nos noms absents désenchevêtrent tes alarmes,
Et pour toi qui t'éloignes, pensivement,
Ici devient là-bas sans cesser d'être.

 

 

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YVES BONNEFOY

 

 

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Fatat bahmad-00

Oeuvre Fatat Bahmad