AUPRES DES SAULES, DES ROSEAUX,TOURNE Ô MEMOIRE ETINCELANTE
Auprès des saules, des roseaux, tourne ô mémoire étincelante
Comme la grande roue lovée dans le jardin de Bou Jeloud,
Magnificence monotone
Ravivée d’un survol de pigeons bleuissants…
Les souvenirs montent, saisis dans les remous d’une onde obscure,
Sous la sveltesse immarcescible des cyprès,
Puis, vers de frissonnants miroirs sous les feuillages
Qui pétillent d’oiseaux, se perdent, font retour
Au fleuve originel longé de murs aveugles
Que voile un lait de chaux
D’un silence absolu, laissent l’immense conque
Liserée de remparts
De la Ville soumise
A l’onduleux sous l’immobile, à l’immuable sous le flux,
A l’heure de grand charme
Quand les femmes nacrées,
Les yeux profonds sous le koheul du crépuscule,
Daignent sur les patios
Mouillés paraître, dans une ombre
Alanguie de jasmins
Où se montre l’intime…
Chante ô mémoire accompagnée de frondaisons
Que frôle un souffle lent comme un plectre limpide,
Pareille et non la même à l’infini… J’entends,
Proche de lourds vantaux disjoints sur une salle
Aux vasques désertées, alors que la douceur
Cendrée de nostalgie d’une tourterelle module,
Sans cesse fuir et demeurer
Au lointain fastueux ce qui fut le royaume
D’enfance, inamissible et vaine Andalousie…
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TOUSSAINT MEDINE SHANGÔ
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Oeuvre Fabio Fabbi
VERT PARADIS....Extrait II
Dans l'eau des yeux, dort tout au fond, la salamandre du désir. Dans l'eau des yeux luit la flamme unique de chacun. Ses reflets viennent éclairer le miroir profond. C'est là que chacun vient chercher l'autre, sa propre vérité, ce qu'il est, ce qu'il pense, ce qu'il veut. C'est là que le regard de chacun vient se prendre comme une mouche dans la toile d'araignée. Les chaînes de l'amour sont des fils de lumière. Leur soie est plus rigide que le fer. C'est un jeu de miroirs qui se renvoient sans fin leur lumière. Et chacun se délecte de ce qui n'est que son reflet. Voici l'enchantement où tout commence. L'eau des larmes n'est que pour la fin.
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MAX ROUQUETTE
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Au fons de l'aiga deis uòlhs dormís la blanda dau desir. Dins l'aiga deis uòlhs lusís la flamba unenca de cadun. Sos rebats venon enlusir lo miralh fonsut. Es aquí que cadun ven quèrre l'autre, sa vertat, çò qu'es, çò que se pensa, çò que vòu. Es aquí que la mirada de cadun se ven prene coma la mosca a la telaranha. Las cadenas de l'amor son de fius de lutz. Sa seda es mai dura que lo fèrre. Aquò es un jòc de miralhs que sens fin se remandan sa lutz. E mai siá pas que son rebat cadun ne fai son mèu. Aquí l'encant ont tot acomença. L'aiga deis uòlhs es pas que per la fin.
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( Version Occitane )
VERT PARADIS...Extrait I
... Les premiers pas du souvenir avancent dans l’herbe rase qui désire vivre au plein soleil et se gorger des rêves humides de la nuit. L’herbe était notre compagne. Nous vivions toujours mêlés à sa fraîcheur, complices de l’humble vie qu’elle recelait. Nous arrachions les touffes frémissantes à pleines poignées, en traînant sur l’aire, devant la maison. Nos mains prenaient la couleur de l’herbe, nos pas en gardaient l’âcre parfum. Sous nos yeux patients, elle devenait forêt mystérieuse, quand nous suivions entre ses brins ténus le travail des fourmis affairées qui traînaient avec ardeur des fardeaux écrasants.
Nous étions les seigneurs de l’herbe ; le visage caressé par elle, notre plus léger souffle provoquait bourrasques et tempêtes et jetait un instant le trouble dans cette petite république d’insectes...
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MAX ROUQUETTE
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... Los primièrs passes del recòrd caminan dins l’èrba rasa que vòl viure au grand solelh e beure als sòmis banhats de la nuòch. L’èrba èra nòstra companha. Viviam sempre mesclats a sa frescor, amics de la vida umila que rescond. Las matas fernissentas, las arrapàvem a plen ponhat tot rebalant sus l’aire de davant mon ostau. N’aviam las mans verdas e nòstre pas n’aviá l’amar perfum. Per nòstre uòlh pacient s’enauçava au mistèri d’una sèlva, quand seguissiam entre sos fius lindes lo trabalh de las formigas afogadas que rebalavan arderosas de faisses que las escrachavan vint còps.
Erem los mèstres de l’èrba e, lo morre amanhagat per ela, fasiam bufar d’un tèunhe alen de brofoniás e de tempèris que desvariavan un temps aquela paura republica de bestiòlas...
( Version occitane )
DIRE...Extrait
L’année est dans ma main
poignée de figues-fleurs.
J’ai mordu l’épaule de la vigne
j’ai mordu l’amour à plein fruit.
La rose de Couchant
déchire la Cévenne.
Ma vie comme une source
où s’abreuve mon vieux peuple.
Pauvre peuple travailleur
j’ai mes mains entre tes mains
et je te rends ce que tu donnes
parce que je sais mieux que toi
que cette langue est à nous.
Pauvre peuple peuple roi
nous te sauverons ta couronne
de verveine de verte joie
nous te conduirons avec notre langue
sur les routes de jeunesse
Parce que je sais mieux que toi
que le matin est à nous.
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ROBERT LAFONT
Sur le site " Cendre et Braise "
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L’annada es dins ma man
ponhada de borraus.
Ai mossegat l’espatla de la vinha
ai mossegat l’amor a bèlei fruchas.
La Ròsa de Ponent
estrifa la Cevena.
Ma vida aicí coma una fònt
ont s’abeure mon vièlh pòble.
Paure pòble atrabalhit
ai mei mans dedins tei mans
e te tòrne çò que balhas
perque sabe mieus que tu
que la lenga es de nosautres.
Paure pòble pòble rei
te sauvarem ta corona
de verbena de verda gaug
te menarem amb nòstra lenga
sus l’estrada dei mainadas.
Perque sabe mieus que tu
que lo matin es de nosautres.
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Oeuvre Sergueï Toutounov
LE RÊVE DE GRAMSCI...Extrait
Je reste calme comme un homme
debout dans la crasse humide
Je survivrai certainement
si vous m'envoyez quelques lignes
et des nouvelles des enfants
mes enfants ont-ils un visage encore ?
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RAYMOND FARINA
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VACUOLES...Extrait
« J’écris du désir comme du désert : où l’on s’enfonce sans avancer, où l’on contourne sans approcher, où l’espace vous traverse sans que vous puissiez le retenir, où le temps se précipite en vous qui vous précipitez sans lui - et claquent ces lambeaux de néant que sont les mots, dont la trace s’efface et dont le bruit s’éteint. La page est tournée contre le sol et rien n’a été conquis. »
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CLAUDE-LOUIS COMBET
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AU DERNIER SOIR SUR CETTE TERRE...Extrait
Les violons pleurent avec les gitans qui partent pour l’Andalousie
Les violons pleurent les Arabes qui sortent de l’Andalousie
Les violons pleurent un temps perdu qui ne reviendra pas
Les violons pleurent une patrie perdue qui peut-être reviendra
Les violons enflamment les forêts de cette obscurité lointaine, si lointaine
Les violons ensanglantent les couteaux et hument mon sang dans ma veine jugulaire
Les violons pleurent avec les gitans qui partent pour l’Andalousie
Les violons pleurent les Arabes qui sortent de l’Andalousie
Les violons, chevaux sur une corde de mirage et une eau qui geint,
Les violons, chant de lilas sauvages qui s’éloigne et revient
Les violons, monstre que torture l’ongle d’une femme qui l’effleure et s’éloigne
Les violons, armée qui édifie un cimetière de marbre et de nahawand
Les violons, anarchie de cœurs qu’affole le vent dans les pas de la danseuse
Les violons, essaims d’oiseaux qui s’échappent de la bannière inachevée
Les violons, plainte de la soie ridée dans la nuit de l’amante
Les violons, voix du vin lointain sur un désir révolu
Les violons me suivent, ici et là-bas, pour se venger de moi
Les violons me recherchent pour m’occire, où qu’ils me trouvent
Les violons pleurent les Arabes qui sortent de l’Andalousie
Les violons pleurent avec les gitans qui partent pour l’Andalousie
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MAHMOUD DARWICH
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NIZAR QABBANI
Je porte le temps brûlé dans mes yeux et je voyage vers vous. Je porte Beyrouth, poème poignardé, sur la paume de ma main et je présente son corps à tous comme le témoignage d'une époque arabe qui fait profession d'assassiner les poèmes.
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NIZAR QABBANI
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Photographie A. Vigneau
CHEMIN DE RONDE...Extrait
Tous ces papiers – lettres, brouillons, manuscrits – tel un rempart que tu construis depuis tant d’années, une digue contre le Temps. Et l’âpre illusion de te croire protégé... Ce ne sont que grains de sable dans l’allée d’une vie, fétus de papier sur une décharge privée, ou dans l’humeur d’une saison qui se joue de notre âme comme d’un cerf-volant. Mais peut-être partages-tu cette illusion avec le martin-pêcheur, qui tisse son nid d’un matériau léger, lequel ne rompt pas. Ainsi de tes échafaudages autour de toi, dans ta chambre : barrières de livres, lettres oubliées, pages de journal, carnets écornés, bloc-notes soigneusement perdus entre des classeurs, des dossiers sans titre ni référence. Alors que le vieil hibiscus déplumé monte la garde dans son pot de faïence, tel un flamant vert à qui il ne manque que le bec, pour jeter l’alarme. Au milieu des mots. Des milliers de mots assoupis dans ces pages et qui ne demandent qu’à vivre, à vibrer comme ils l’ont fait sous la plume de ceux qui, une première fois, les ont appelés...
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JEAN-CLAUDE WALTER
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COMMUNE PRESENCE...Extrait
Montagne des grands abusés,
Au sommet de vos tours fiévreuses
Faiblit la dernière clarté.
Rien que le vide et l'avalanche,
La détresse et le regret!
Tous ces troubadours mal-aimés
Ont vu blanchir dans un été
Leur doux royaume pessimiste.
Ah! la neige est inéxorable
Qui aime qu'on souffre à ses pieds,
Qui veut que l'on meure glacé
Quand on a vécu dans les sables.
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RENE CHAR
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Oeuvre Giorgio de Chirico

















