EMMILA GITANA

samedi 21 janvier 2017

DEFENESTRATION DES ANGES ...Extrait

Avant de l'écrire
va voir ton poème
il t'attend sur le seuil

pourquoi es-tu venu
il ne le sait pas
mets-le en confiance

lisez-vous sans hâte
face à face
ton poème et toi
lisez-vous
les yeux dans les yeux

ainsi font
au hasard des puits
les gens du désert
quand ils se croisent
sans avoir marché
longtemps

qu'il épelle bien
chacun de ses mots
pour la première lecture

car elle est l'inévitable
par quoi tu sauras
si les yeux de ton poème fuient
c'est qu'il est félon
égorge-le

si au contraire
tu sens une grande joie
parce que tu as reconnu
ton enfant
prends-le dans tes bras
étreins-le
promène tes doigts
sur son corps délicat
qu'il s'enchante jusqu'à l'extase
de découvrir
son propre poème

s'il tremble enfin
réjouis-toi
c'est un bon poème

 

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CHRISTIAN ERWIN ANDERSEN

 

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christian Arjonilla

Oeuvre  Christian Arjonilla

 

 


vendredi 20 janvier 2017

L'ÂME...Extrait

L'âme

c'est la rosée où se dissout la nuit,

une écharpe de laine sur les épaules du froid,

les mots et la musique,

du latin de Virgile au gospel des Noirs,

les parenthèses ouvertes sur le monde,

la respiration des virgules,

la magie dont on fait les baguettes,

de pain, de fée ou bien d'orchestre,

une rivière inventée au milieu du réel,

c'est l'énergie d'une poire,

un ours mangeant du miel,

un léger souffle sur la paille,

le premier pas du jour quand il quitte la nuit,

la terre pleine de temps,

les perles perdues de la rosée

comme des flammes dans du verre,

les plantes survivant à l'hiver,

les maisons, les collines, les fleurs,

une cartouche de sang dans la culasse des veines,

peu de chose enfin de compte en face du cosmos,

c'est ce qui agrandit ce que les yeux perçoivent

et donne un sens au monde

 

comme si écrivant sein on disait lait,

comme si écrivant plante on disait sève,

comme si écrivant cœur on disait sang,

comme si écrivant homme on disait vie.

 

L'âme

c'est continuer de vivre malgré la mort,

continuer d'aimer.

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JEAN-MARC LA FRENIERE

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âme

 

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AFRIQUE

Afrique

ta tiare solaire à coups de crosse enfoncée jusqu'au cou

ils l'ont transformée en carcan; ta voyance

ils l'ont crevée aux yeux ; prostitué ta face pudique ;

emmuselé, hurlant qu'elle était gutturale,

ta voix, qui parlait dans le silence des ombres.

Afrique,

ne tremble pas le combat est nouveau,

le flot vif de ton sang élabore sans faillir

constante une saison; la nuit c'est aujourd'hui au fond

des mares

le formidable dos instable d'un astre mal endormi,

et poursuis et combats - n'eusses-tu pour conjurer

l'espace que l'espace de ton nom irrité de sécheresse.

Boutis boutis

terre trouée de boutis sacquée

tatouée

grand corps massive défigure où le dur groin fouilla

Afrique les jours oubliés qui cheminent toujours

aux coquilles recourbées dans les doutes du regard

jailliront à la face publique parmi d'heureuses ruines,

dans la plaine

l'arbre blanc aux secourables mains ce sera chaque arbre

une tempête d'arbres parmi l'écume non pareille et les

sables,

les choses cachées remonteront la pente des musiques

endormies,

une plaie d'aujourd'hui est caverne d'orient,

un frissonnement qui sort des noirs feux oubliés, c'est,

des flétrissures jailli de la cendre des paroles amères

de cicatrices, tout lisse et nouveau, un visage

de jadis, caché oiseau craché, oiseau frère du soleil.

 

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AIME  CESAIRE

 

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l-afrique-en-1602,,

Carte de l'Afrique datant de 1602

 

 

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LA NUIT SE LEVE

Tout vous fait mal
Y compris la lune et son éclat de vierge
Miroirs trop aliénés
Pour réfléchir les rides du monde
Et ce que sait votre visage

Vous l’aviez invité à bien d’autres banquets
Il avait puisé dans votre bouche
Les mots qui étonnent la salive qui apaise
Paroles de sueur dans la transcription des mains
Vous aviez partagé le silence
Ce lit sans draps où se cacher

Balustrade des paroles chassées du plein soleil

La nuit se penche
En son corps s’exilent vos désirs apatrides

 

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GHYSLAINE  LELOUP

 

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leloup

 

 

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AU SORTIR DU LABYRINTHE

Quand  détresse et désarroi et déchirure  
te  larguent en la brume et la peur  
lorsque tu es seule enveloppée de chagrins  
dans un monde décollé de la rétine  
alors ta souffrance à la mienne s'amarre, et pareils  
me  traversent les déserts de blancheur aiguë  
Toi qui es mon amour dans l'empan de ma vie  
ces temps nôtres sont durs parmi les nôtres
je tiens bon le temps  
je tiens bon l'espérance  
et dans cet espace qui nous disassemble  
je brillerai plus noir que ta nuit noire  
Ce qu'aujourd'hui tu aimes et que j'aime
comme hier habitée toujours tu m'aimeras  
comme désormais désertée je t'aimerai encore  
ensemble il nous appartient de tout temps à jamais  
maigri ton naufrage dans l'autre monde du monde  
je ne mourrai plus avec toi  
à la croisée de nous-deux  

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GASTON MIRON

 

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MIRON

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LA CARCASSE


L’eau elle aussi quitte le port

un reflet attend en lignes

pour partir

et là je suis

ce petit ce petit enfant

enfin seul avec l’énorme navire



Elle doit porter le nom de silence

cette baleine de fer

endormie sur le flanc

dans le port retenant son souffle

un nom rouillé sorti

d’une langue inconnue

inconnue



Et personne ne viendra

me donner à moi un nom

le bout des cordages semble d’eau

les parois sont couchées sur le dos

corps saupoudrés de lumière

je peux voguer si nous voguons

je peux errer pour toujours

à travers les couloirs qui rouillent

avec ma peur qui me tient par la main

par la main

et sans père

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WILLIAM STANLEY MERWIN

Traduit de l’anglais par Raymond Farina

 

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rusty-ship

 

 

LA NAISSANCE DU JOUR ...Extrait

Une petite aile de lumière bat entre les deux contrevents et touche, par pulsations inégales, le mur ou la longue, lourde table à écrire, à lire, à jouer, l’interminable table qui revient de Bretagne, comme j’en reviens. Tantôt l’aile de lumière est rose sur le mur de chaux rose, et tantôt bleue sur le tapis bleu de cotonnade chleuh. Vaisseliers chargés de livres, fauteuils et commodes ont fait avec moi, par deux ou trois provinces françaises, un grand détour de quinze années. Fins fauteuils à bras fuselés, rustiques comme des paysannes aux attaches délicates, assiettes jaunes chantant comme cloches sous le doigt plié, plats blancs épaissis d’une crème d’émail, nous retrouvons ensemble, étonnés, un pays qui est le nôtre. Qui me montrerait, sur le Mourillon, à soixante kilomètres d’ici, la maison de mon père et de mes grands-parents ? D’autres pays m’ont bercée, c’est vrai, – certains d’une main dure. Une femme se réclame d’autant de pays natals qu’elle a eu d’amours heureux. Elle naît aussi sous chaque ciel où elle guérît la douleur d’aimer.

 

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COLETTE

 

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colette2

 

 

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mardi 17 janvier 2017

NE PARLE PAS AUX SOLEILS GRIS

Ne parle pas d’amour
aux oiseaux des murs

Tiens-toi tranquille
ne dérange pas l’horizon du silence

Sois secret comme l’île
peuplée de totems et de lances

Retiens ce qu’il reste de nuit
sous tes paupières

En cas de détresse danse
danse danse

Jusqu’à ce que Mère Terre
écoute ta blessure

Danse jusqu’à ce que tes dents
blanches rient

Mais ne parle pas d’avenir infini
aux soleils gris
aux lunes de tristesse et d’errance.

 

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ANDRE LAUDE

 

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Qin Tianzhu,

Oeuvre Qin Tianzhu

FEDERICO GARCIA LORCA...Extrait

Chacun des poèmes que tu tiens
entre tes mains, lecteur,
correspond à un bourgeon nouveau
sur l'arbre musical
de ma vie en fleurs..."

 

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FEDERICO GARCIA LORCA

 

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inconnu3,

Artiste inconnu

dimanche 15 janvier 2017

ALEXO XENIDIS...Extrait

Braves gens braves gens de France
Ouvrez-moi vos portes tout grand
Je suis en 1942 je fuis sur la route je n’ai plus rien
Et je porte
Celui qui sera votre père
Dans mes bras
Et cet enfant a faim et froid et peur

Braves gens braves gens de France
Ouvrez-moi vos portes et vos cœurs
Je suis en 1856 je fuis sur la route je n’ai plus rien
Et je porte celle qui sera la mère de la mère de la mère
De votre grand-mère
Dans mes bras
Et cet enfant a faim et froid et peur

Braves gens braves gens de France
Ouvrez-moi vos portes et vos âmes
Je suis l’humanité
Je fuis sur ma route la faim le froid la peur la torture et l’oubli
Depuis l’éternité de tous les temps du monde
Braves gens braves gens de France
Serez-vous braves ?

 

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ALEXO XENIDIS

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moixart

Oeuvre Moixart

http://moixart.canalblog.com

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