EMMILA GITANA

jeudi 22 juin 2017

INSENSE....MAIS VRAI !

Voici le récit de la consultation complètement surréaliste que j'ai obtenue hier auprès d'un spécialiste , en milieu hospitalier...

Après un voyage épuisant de Corse à Paris, en pleine canicule ( 38° à 15h hier après-midi, plus d'une heure d'embouteillage ), j'arrive devant cet établissement hospitalier, péniblement , avec mes béquilles, mes deux orthèses aux genoux, ma petite valise roulante...Installée devant une secrétaire qui me demande mes radios....Radios ? Non, je n'ai que des IRM...

- Ah que des IRM ! Désolée Madame, mais le Dr M......ne veut que des radios; si vous aviez eu RV avec le Dr untel ou le Dr untel, de la même spécialité, pas de problèmes avec les IRM...Le Dr M......exigeant des radios, vous allez devoir les faire maintenant....

Direction la radiologie à travers les méandres des couloirs interminables...Pardon madame, la radiologie SVP....Il vous faut faire demi-tour, tout au fond vous passez devant la cafétéria, puis vous tournez à gauche, puis à droite, tout droit, encore à gauche, c'est indiqué.....Enfin, après une séance d'effeuillage ardue dans un espace surchauffé, une dizaine de clichés - pliez les genoux...un peu moins...un peu plus...tournez le droit, puis le gauche...et vlan ! A plat ventre....puis debout, de face, de profil, de dos - enfin le rhabillage, je retourne au secrétariat répondre au questionnaire afin d'obtenir le sésame pour atteindre la salle d'attente du spécialiste...Tout cela m'a pris trois quarts d'heure d'efforts, toujours avec mes béquilles, mes orthèses aux genoux et ma petite valise roulante que je finis par abandonner dans le bureau des secrétaires... Enfin , l'on m'introduit dans la salle de consultation - sachant que de chaque coté existent les mêmes salles, également occupées par des patients du Dr M....., et qui attendent, comme je le fais, l'arrivée du médecin...
Arrive le Dr M......, accompagné par son assistant...Examen des fameuses radios....

Lui - " Oui, votre genou droit ....pourrait éventuellement faire l'objet d'une pose de prothèse....bien que...En ce qui concerne le gauche, non ....pas assez usé..."

Manque de chance, c'est celui qui me fait le plus souffrir....Le martyre, plus de vie, handicapée depuis six ans, bientôt en chaise roulante....Mais pas assez atteinte...

Lui - " Madame pourquoi venez-vous me voir ? " ( Devant lui se trouvait la lettre de mon médecin qui lui expliquait le raison de ma présence )

Moi - " Je veux savoir si par rapport à la maladie qui me touche, une maladie infectieuse, la maladie de Lyme, l'on pourrait envisager une pose éventuelle de prothèses..."

Lui - " La maladie de Lyme ? Tiens, je l'ai eue....Paralysie demi-faciale, traitement antibiotique de quinze jours, depuis c'est terminé...Mais qui vous dit que vous l'avez ? "

Moi - " Les tests positifs et la constatation par mon médecin des atteintes que provoquent Lyme, dont l'arthrose de Lyme..."

Lui - " Ah bon ! la maladie de Lyme peut provoquer des atteintes articulaires ! ? Je ne connais rien à la maladie de Lyme....Ecoutez madame, que vous ayez la maladie de Lyme, je m'en fous, si je dois vous opérer, je vous opère....Mais ce n'est pas d'actualité, déjà il vous faut perdre du poids, c'est absolument indispensable " ( ce que je conçois, c'est la seule chose sensée qu'il m'aie dite )

Puis se tournant vers son collègue

Lui - " T'as été piqué plusieurs fois toi, mais avec quelques jours d'antibiotiques, c'est bon ! Ah ah ah !...."

Rigolo le Dr M......

Puis tout un " speech " sur les dangers des traitements antibiotiques au long cours...

Lui - " Vous venez de Corse ! Mais vous êtes bien en Corse! C'est beau la Corse ! "

puis se tournant vers son confrère

Lui - " Il faudrait que l'on organise une journée de consultation là-bas...Avec tous les corses qui viennent se faire soigner ici.....Ah ah ah ! Une journée de consultation et deux jours de vacances ensuite !

Rigolo le Dr M.......

Moi - " Mais les risques d'infection sur prothèses avec les bactéries de Lyme ? Vous pourriez vous concerter avec les infectiologues de l'établissement ?"

Lui - " Les infectiologues de l'hôpital ne connaissent pas la maladie de Lyme...."

Rigolo le Dr M.......!!!

Moi - " Vous connaissez peut-êtres des chirurgiens orthopédistes qui connaissent la maladie de Lyme ? "

Lui - " Non, non, absolument pas, personne ne connait la maladie de Lyme à Paris et même en France parmi mes confrères ..."

Rigolo le Dr M.......!!!

Sur ce, tous deux se lèvent pour passer au patient qui est déjà installé dans la salle d'à côté...

Moi - " Excusez-moi, mais ma mutuelle m'a dit de vous demander de me faire une prise en charge pour les bons de transports jusqu'à l'hôtel ( le temps supplémentaire pour effectuer les nouvelles radios font que je peux plus prendre l'avion suivant et que je suis obligée de dormir à l'hôtel ) puis de l'hôtel à l'aéroport pour demain. "

Lui - " Moi !!! Ah mais non, pas question ! Après c'est moi qui paie, c'est pour ma pomme ! Non non..."

Moi - " Je ne vois vraiment pas le rapport entre vous et des bons de transports.....C'est ...."

Il me tend une main fine et molle par dessus le bureau, que j'ai eu la faiblesse de serrer, me souhaite un bon retour et s'éclipse en compagnie de son assistant
Je tiens à dire que le Dr M.....ne s'est pas donné la peine de m'examiner physiquement...La visite n'a été qu'un entretien oral !
Je suis sortie totalement effondrée, en pleurs, fatiguée, sur les genoux - c'est le cas de le dire - J'ai fait 1200 km pour entendre le discours d'un médecin qui m'a parlé dix minutes, qui se sert de son serment d'Hippocrate comme d'un fond de commerce, un homme pressé dont le manque total d'empathie aurait pu mener à un acte désespéré...Je suis repartie avec mes deux béquilles, mes orthèses aux genoux et ma petite valise roulante, plus vieille , cassée, désespérée....

Vous ne m'avez même pas prescrit d'anti-douleurs, rien, absolument rien !!!! Je vous remercie Dr Mouton....oui c'est son nom....et tiens ! Cela rime avec bouffon et avec beaucoup d'autres quolibets que je tairai ....

Pas rigolo le Dr M........ !!!!!

 

 

.

 

LeSerment

Posté par emmila à 00:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


vendredi 16 juin 2017

LETTRE A UNE POETE

Je t’envoie une lettre
Que l’écume des mers a brodé
Une lettre souveraine
Née des racines du cœur
Et de la parure de ton regard de femme
Une lettre titubante
Qui s’accroche à nos souvenirs
Enorme coulée du vivre
Quand le vivre se fait chair de lumière
D’errance en errance
Jusqu’au coquillage premier
Qui chante dans tes yeux
Là où je ne suis pas
Dans l’allaitement des étoiles
Je t’envoie une lettre écrite sur un papier cadeau
Ou sur les nuits blanches quand tes lèvres s’exilent
Un seul amour l’habite
Au carrefour de nous-mêmes
Une lettre phosphorescente
Qui scintille à l’heure des orchidées
Et qui tourne comme un derviche
Pour guérir les îles vagabondes
Je n’ai pu créer des images
Ni tracer des frontières
Mes mots ont uni toute chose au-delà de moi-même
Le sel de l’origine
L’argile âpre des rêves
La foudre et l’éclair du sang
Et la promesse des fiançailles
Je suis le chant sans équivoque
Ce feu et ce lieu
Qu’aucun printemps n’a pu définir
Ma patrie est faite de rires tièdes
Qui inventent l’espace qui nous manque
De caresses de nuages gonflés de ton ombre
D’appels qui vont boire au sein
Je t’envoie une lettre de cérémonies
Une lettre de frôlement
Une lettre peinte sur l’écaille des tortues
Où s’aventurent l’ombre et la lumière
Paroles en pointillé
Cavalcades de pensées
Fourche des rêves au galop
Mémoire des désirs
Je t’envoie une lettre de miroirs silencieux
Une lettre qui chevauche l’océan des reins
A la manière d’un oiseau migrateur
Cherchant le triangle obscur et le vertige sacré
Il n’y a à lécher que la surface du jour
Avec la symphonie des algues
Chevillée à ma lettre comme un troupeau de tisons

 

 

.

 

 

ERNEST PEPIN

 

 

.

 

ernest3

 

 

 

 

Posté par emmila à 22:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , ,

JE NE SUIS PAS VIEILLE

Je ne suis pas vieille, dit-elle
Je suis rare.
Je suis l'ovation debout
À la fin de la pièce.

Je suis la rétrospective
De ma vie en tant qu'oeuvre d'art
Je suis les heures
Reliées comme des points
Dans l'ordre juste.
Je suis la plénitude
D'exister.

Tu crois que j'attends de mourir...
Mais en fait j'attends d'être trouvée
Je suis un trésor.
Je suis une carte.
Et ces rides sont
Les empreintes de mon voyage
Tu peux me poser n'importe quelle question ...

 

 

.

 

 

WENDY HUNTINGTON

 

 

.

 

raoul ubac2

Oeuvre Raoul Ubac

LA LUMIERE DU MONDE

Jamais le monde n’a été aussi fort. Le terrorisme tel qu’on le connaît historiquement ne réussit qu’à renforcer le système qu’il prétend attaquer, bien que certains de ses membres aient pu avoir des têtes d’anges. Jamais la négation de l’âme n’a été aussi forte et tranquille. L’esprit n’est plus même nié, c’est plus sournois qu’une négation. Nous sommes comme des prisonniers dont le corps seul aurait le droit de sortir.

L’âme va rester vingt-quatre heures sur vingt- quatre en prison : le reste, le clinquant, c’est seulement cela qui est libre. Cette société ne croit plus qu’à elle-même, c’est-à-dire à rien. C’est donc une lutte infernale de chacun contre tous, car s’il n’y a qu’un seul monde autant y être le premier : il y a presque une logique là-dedans. C’est le meurtre légal, accepté. Aujourd’hui, il n’y a plus d’obstacles. On est dans une sorte de progression négative dont on ne voit pas le terme et qui est comme d’avancer dans une nuit vide de tout. On a déclenché quelque chose qui est sans pitié, comme un fou qui aurait libéré sa folie. Il faudra que tout soit atteint pour qu’on commence à réfléchir. Le nihilisme porte un coup de boutoir à ce qui nous nourrit, et ce sont toutes les nourritures qui sont atteintes : on nous fait manger de mauvais mots, on nous fait avaler de terribles sourires. Il faudrait tout passer au jet, même les mots, même les religions (…)

La religion est devenue une nourriture fade, qui ne nourrit plus personne, et quand elle parle du cœur, c’est sans talent, parce qu’elle ne croit plus à ce mot. Seule la poésie garde un ferment actif de révolte. Je ne crois pas que les grands poètes nous parlent seulement de papillons quand ils en parlent : ils nous apportent aussi un premier secours.

 

 

.

 

 

CHRISTIAN BOBIN

 

 

.

 

igor morski2,

Oeuvre Igor Morski

 

 

 

JE COURS LES MAINS VIDES

J’ai l’intention de toucher à la larme des fleurs, à l’épaisseur du moindre souffle empoté comme une confiture de muguet. Certains creusent, d’autres amassent la terre du trou. La terre, notre terre est à chacun. Je glisse sur le dos du monde et mon corps avance tout seul. L’enfance que je n’ai pas eue se cache dans le foulard de son anniversaire. Je tiens la vie comme une culbute, comme une dégringolade du vertige que le chaos embrassait. Je porte en moi l’immense récipient de la foudre et des feuilles mouillées. Dans le parfum du sommeil, des arbres secoués par le vent inventent une seconde pluie plus fine. Je suis un migrateur inflexible, l’âge s’agite dans l’instable équilibre d’un chapeau de paille retourné. Je jubile et toute adversité s’envole. J’aime le verbe, il me donne à voir l’invisible. Je suis l’ami de ma chair pensante. 

Néanmoins. 

Un cri oublié se perpétue dans la trame commune. Des hommes et des oiseaux brisent les chaînes du ciel, le transpercent dans la pesanteur de l’instant qui n’a pas encore bu aux étoiles. L’heure est un aigle immense flottant sur les reflets de nos ajournements. J’ai reporté à demain la tristesse d’être venu au monde et la joie de dire : ici, c’est maintenant. Je cours les mains vides, je cloque comme un pâté de souffrance dans un silence inaccompli. Je ne verrai jamais la flambée de nuages s’éteindre dans la mousse de l’extrême incandescence. Ancré dans les eaux de la nuit, le bonheur est un souffle dont je ne peux m’emparer. Tout comme le vent s’habitue aux dédales de l’air, je me suis accoutumé aux tempêtes qui broussent mon sang. Je renonce à l’humidité qui rouille la clairvoyance de mon esprit. Les doigts moites de condescendance, j’écris mon corps avec le fer du grillage qui m’entoure.

 

 

.

 

 

 

BRUNO ODILE

 

 

.

 

IGOR MORSKI 5,

Oeuvre Igor Morski


MEDITATION

Merci Umar...
.
.
L'être n'est pas en quête de vérité mais d'une consolation. Il croit désirer la vérité mais, inscrit dans la subjectivité de sa chair, il ne peut y accéder. Ce n'est pas pour autant que la vérité absolue n'existe pas, que tout relève d'une opinion, mais qu'on ne peut la cerner. Sinon sous une forme mystique, dans la plénitude de la lumière du divin, mais le partage de l'ineffable, s'il existe seulement, est impossible. La consolation est cette ivresse qui nous permet d'oublier notre destin commun, la fragilité de nos vies, la certitude de la mort et nos âmes assaillies par toutes les tragédies possibles. Il nous arrive d'envier les autres, nous imaginons des vies plus complètes, plus cohérentes mais tous les humains, quels qu'ils soient, font face à la même absence. Et cette consolation est tout sauf rationnelle, elle se pare des manifestes de la raison mais elle est avant tout une émotion, - vive, excessive, comme une plaie qu'on ne peut refermer -, s'accrocher à quelque chose, qu'importe ce qu'elle est, qu'elle nous donne le sentiment d'appartenir, le sentiment du sens, qu'elle nous dise que la vie mérite d'être vécue alors que tout conspire à nous détruire. L'être a besoin de racines et sa méprise est sans doute de croire que celles qu'il choisit sont les racines exclusives du sens alors qu’elles sont la consolation à l'absence de sens. Est-ce à dire que toutes les consolations se valent ? Pas nécessairement. Certaines consolations sont généreuses et emplies de compassion, d'autres le sont moins, d'autres encore génèrent la haine et la violence. Il s’agit de choisir donc. Oublier les fanatismes de la certitude. Etre humble face à nos impasses. Choisir ce qui rend l'humain plus humain. Ainsi se consoler de la mort. Et savoir que cette consolation est peut-être l’unique sens possible à notre existence.
.
.
.
.
UMAR TIMOL
.
.
.

Bahram Dabiri

Oeuvre Bahram Dabiri

DONNE MOI LA FLÛTE ET CHANTE

Donne-moi la flûte et chante
Car le chant est le secret de l’existence
Et le sanglot de la flûte survivra
Quand aura péri, l’existence

As-tu comme moi fait de la forêt ta demeure et déserté les palais
Suivi les rivières et escaladé les rochers
T’es-tu purifié de parfum et imprégné de lumière
As-tu bu le nectar de l’aube dans des coupes sans corps

Donne-moi la flûte et chante
Car le chant est le secret de l’existence
Et le sanglot de la flûte survivra
Quand aura péri, l’existence

T’es-tu comme moi posé le soir dans les bras de la vigne,
caressé par des grappes en or,
T’es-tu la nuit couché sur l’herbe et couvert du ciel,
Oubliant le passé et ignorant le futur

Donne-moi la flûte et chante
Car le chant est l’essence des roses
Et le sanglot de la flûte survivra
Quand aura disparu, la flamme de l’existence

Donne-moi la flûte et chante
Et oublie mal et remède
Car les hommes sont des lignes, mais écrites avec de l’eau.

 

 

.

 

 

FAYROUZ

 

 

.

 

 

Bahram Dabiri Tutt'Art@ (65),

Oeuvre Bahram Dabiri

https://bahramdabiri.com/

 

Posté par emmila à 09:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , , ,

LETTRES A UN JEUNE POETE...Extrait

« Vous avez eu de nombreuses et grandes tristesses qui sont passées. Et vous dites que même le fait qu’elles aient passé vous a été pénible et fut débilitant. Mais demandez-vous, je vous en prie, si ces grandes tristesses ne vous ont pas traversé plutôt qu’elles n’ont passé ? Si bien des choses en vous ne se sont pas transformées, si vous-même quelque part, en quelque endroit de votre être, vous n’avez pas changé tandis que vous étiez triste ? Seules sont dangereuses et mauvaises ces tristesses que l’on porte avec soi parmi les gens afin de couvrir leur propos. Telles des maladies, traitées superficiellement et de manière aberrante, elles ne font que reculer pour faire d’autant plus irruption après une courte rémission ; et elles s’accumulent en vous, constituent une forme de vie non vécue, méprisée, gâchée, une forme de vie dont on peut mourir.
S’il  nous était possible de voir au-delà des limites où s’étend notre savoir, et encore un peu plus loin au-delà des contreforts de nos intuitions, peut-être alors supporterions-nus nos tristesses avec plus de confiance que nos joies. Elles sont, en effet, ces instants où quelque chose de nouveau a pénétré en nous, quelque chose d’inconnu ; nos sentiments font silence alors, obéissant à une gêne effarouchée, tout en nous se rétracte, le silence se fait, et ce qui est nouveau, que personne ne connaît, se tient là, au centre, et se tait.
Je crois que presque toutes nos tristesses sont des moments de tension que nous ressentons comme une paralysie car nous sommes désormais sourds à la vie de nos sentiments devenus étranges. Nous sommes seuls, en effet, face à cette étrangeté qui est entrée en nous ; car, pour un temps, tout ce qui nous est familier, tout ce qui nous est habituel nous est ravi ; nous sommes, en effet, au cœur d’une transition où nous ne savons pas nous fixer. C’est aussi la raison pour laquelle la tristesse est passagère : ce qui est nouveau en nous, l’adjuvant de ce que nous étions, est allé jusqu’à notre cœur, a pénétré en son lieu le plus intime, mais n’y est pas non plus resté : il a déjà passé dans le sang. Et nous ne savons pas ce que c’était. Il serait facile de nous persuader qu’il ne s’est rien passé ; mais nous avons pourtant bien changé, comme change une maison où un hôte est entré. Nous sommes incapables de dire qui est entré, nous ne le saurons sans doute jamais, et pourtant bien des signes témoignent du fait que c’est ainsi peut-être que l’avenir pénètre en nous pour s’y modifier longtemps avant qu’il n’arrive lui-même. Voilà pourquoi il est si important d’être solitaire et attentif lorsqu’on est triste : l’instant apparemment immobile où, semble-t-il, rien ne se passe, cet instant où l’avenir pénètre en nous est en effet beaucoup plus proche de la vie que cet autre moment arbitraire et patent où l’avenir nous arrive pour ainsi dire de l’extérieur. (…)
L’avenir est fixe, cher monsieur Kappus, mais c’est nous qui nous déplaçons dans l’espace infini. »

 

 

.

 

 

RAINER MARIA RILKE

 

 

.

 

 

rilke

 

HYMNE A LA NUIT...Extrait

"Un jour que je laissais couler des larmes amères, que mon espérance, décomposée, s’anéantissait en douleur et que je me tenais solitaire près du tertre aride qui dérobait en son étroite et sombre dimension la Figure de ma vie - solitaire comme nul solitaire encore ne le fut, étreint par une angoisse indicible - sans force, n’étant plus qu’une pensée de détresse. - Comme je cherchais une aide des yeux, que je ne pouvais ni avancer ni reculer, et que je m’agrippais avec un regret infini à la vie fuyante qui s’éteignait : - alors m’arriva des lointains bleutés - des hauteurs de mon bonheur passé, un frisson crépusculaire - et d’un seul coup se rompit le lien, le cordon natal - la chaîne de la Lumière. Disparut la splendeur terrestre et mon deuil avec elle - la nostalgie s’épancha en un monde nouveau, insondable - toi, ferveur de la Nuit, sommeil céleste, tu vins sur moi - le paysage s’éleva doucement dans les airs ; au-dessus du paysage planait mon esprit libéré, renaissant."
.

NOVALIS

 

 

.

 

 

odilon redon2

Oeuvre Odilon Redon

 

Posté par emmila à 00:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

jeudi 15 juin 2017

MA VALISE

À mon ami, Aziz Farès

.

.

J'ai dans ma valise des souvenirs
Une broche kabyle de ma mère
Le henné qui fleurait sa main
Et le souak de ses lèvres embaumées

J'ai aussi une pierre muette
Des ruelles discrètes de la Casbah
Criblées des traces de mes rires
Et de mes chroniques d'enfant

J'ai dans ma valise des larmes
De la pluie qui tombe sur Alger
Et celles des justes râlants
Sur la hampe d'un drapeau brûlé

Dans le dessous de ma valise
S’étend l’injuste addition de l’exil
Que je règle de mes pleurs d’apatride
À l’émotivité déchue

Au fond de ma valise roulent encore
Les sarcasmes des galopins militaires
Et les prêches funestes et lugubres
Des exégètes furieux et méchants.

Je garde donc ma valise fermée.

 

.

 

 

DJAFFAR BENMESBAH

 

.

 

wasma al agha

Oeuvre Wasma Al Agha