EMMILA GITANA

vendredi 11 octobre 2019

LORAND GASPAR...HOMMAGE

Une grande figure de la poésie et de l'humanisme vient de disparaître...Lorand Gaspar 

 

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lorand-gaspar-

 

https://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article102

 

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Avoir conscience de ma vie finie.
De l’infinité infinie immanente des mondes.
De la relativité de toute connaissance.
Le plaisir et le déplaisir parfois de regarder,
d’entendre de sentir de penser
les choses, humaines et non humaines,
l’obscurité et la lumière.

Trouver des mots pour essayer de dire.
Écrire ce quelque chose qu’on appelle un poème,
sachant qu’on ne sait pas
ce que c’est –

 

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Tenir ferme, ne jamais abandonner aux marchands de rêves ce qui dans notre figure démembrée, saccagée, reste notre part d’allégresse.

 

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je suis tout juste un peu d’air qui passe
air où naviguent mes amis oiseaux
air qui pénètre les poumons de la vie,
(celui qu’ils rejettent, que respirent les feuilles)
un peu d’air qui passe sans heurt sur les rochers,
que traversent les sabres, les poings et les balles
j’accueille les rayons du soleil
et le noir invisible de la nuit
j’entoure la présence de la mort
son inconnaissance peut-être –

mes longs bavardages avec la mer
le sable, les cailloux, les herbes et les arbres

 

 

...

 

Je ne sais où commence le ciel
où se termine la mer.
Désirs bleus et gris
se croisent en haute étendue
et se boivent –

Couché dans le mouvement
une lame d'acier cru
plus avare encore de mots.
Comment séparer ce qui danse
dans ta vue et le frisson ou la paix
d'un muscle de lumière ?

Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes

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SCULPTEUR D'ECUME...

Il était sculpteur d'écume. La mer était son marbre, son burin, un rayon. Il éternisait les vagues où des rêves de mousse venaient à se baigner.
Quelques sirènes aussi que l'on voyait à peine tant que le soleil brillait encore à rejoindre l'horizon.
Et la princesse de l'écume dans sa robe blanche qui dansait, langoureuse, sur la mélodie du ressac et l'on disait parfois, dans le secret des océans, que le marteau du sculpteur battait la mesure comme s'il lui parlait.
Il était sculpteur d'écume et ciseleur de mots. Et jamais il ne signait ses œuvres. Il laissait le vent emporter ses statuts pour les partager avec les voiles.
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JOËL GRENIER
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ecume2

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jeudi 10 octobre 2019

MARIE- JOSE NAT...HOMMAGE

Grande peine, ce soir, en apprenant le décès de l'actrice Marie-José Nat... Je l'avais rencontrée à de nombreuses reprises, elle me parlait toujours, me demandait comment j'allais, comme si nous nous étions reconnues, alors que nous ne nous connaissions pas...Nous avions certainement quelque chose en commun, mais qui demeurera un mystère...Merci Madame, vous étiez lumineuse ...Toujours aimable, attentionnée, simple et accessible, Marie-José Nat berça ma tendre adolescence dans " Les gens de Mogador ", saga familiale où sa beauté et son talent rayonnaient...Que la terre vous soit légère , Madame, et que l'étoile que vous ajouterez aux cieux brille de mille feux...

 

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marie josé

 

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marie jose,

 

 

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MJ

 

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"Car chaque fois, et chaque fois singulièrement, chaque fois irremplaçablement, chaque fois infiniment, la mort n’est rien de moins qu’une fin du monde. Non pas seulement une fin parmi d’autres, la fin de quelqu’un ou de quelque chose dans le monde, la fin d’une vie ou d’un vivant. La mort ne met pas un terme à quelqu’un dans le monde, ni à un monde parmi d’autres, elle marque chaque fois, chaque fois au défi de l’arithmétique l’absolue fin du seul et même monde, de ce que chacun ouvre comme un seul et même monde, la fin de l’unique monde, la fin de la totalité de ce qui est ou peut se présenter comme l’origine du monde pour tel et unique vivant, qu’il soit humain ou non.

Alors le survivant reste seul. Au-delà du monde de l’autre, il est aussi de quelque façon au-delà ou en deçà du monde même. Dans le monde hors du monde et privé du monde. II se sent du moins seul responsable, assigné à porter et l’autre et son monde, l’autre et le monde disparus, responsable sans monde (weltlos), sans le sol d’aucun monde, désormais, dans un monde sans monde, comme sans terre par-delà la fin du monde ».


 

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JACQUES DERRIDA

 

Le dialogue ininterrompu : entre deux infinis, le poème ( 2003).

 

 

 

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mercredi 9 octobre 2019

A L'INFINI...

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Le bruit de l'eau.... Le chant de la rivière,le grondement du torrent, le souffle d'une cascade ....oui... Mais c'est en écoutant les vagues qu'Elle est comblée.

Composé d'instruments inconnus qui déroulent une fluide mélodie, une chevauchée diabolique, ou un drame effroyable , avec la puissance qu'aucun Wagner n'a égalée, ce concert marin l'enivre.  A l'infini la mer dispense son dialogue, ses plus belles histoires ,les plus tristes aussi, y sont contées.

Galion, Capitaine, équipage, tempête ,ces mots jaillissent des flots comme autant d'aventures vécues . Un énorme rouleau engloutit le récit ..... lui succéde une farandole de sirènes, d'étoiles de mer, de coquillages nacrés portés par une nouvelle musique . Un spectacle incomparable qui emmène à l'extase.

Plus calmes, les vagues de soie bleutée à frou- frou blanc d'un bord de mer, diffusent une douce symphonie en duo avec le vent, il faudrait écrire le mot "fin" sur le sable, pour parachever le chef d'oeuvre, mais Eole l'emporterait, pour les laisser chanter éternellement ...

 

 

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JOSIANE

 

 

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 Dominique Baot Photographie

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LA CHUTE...Extrait

« Il faut bien que quelqu’un ait le dernier mot. Sinon, à toute raison peut s’opposer une autre on n’en finirait plus. La puissance, au contraire, tranche tout..."

 

 

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ALBERT CAMUS

 

 

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chute

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lundi 7 octobre 2019

IL N'Y A PAS D'AMOUR HEUREUX

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
À quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux.

 

 

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   LOUIS ARAGON

 

 

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AFIN QU'IL N'Y SOIT RIEN CHANGE


Tiens mes mains intendantes, gravis l'échelle noire, ô dévouée ; la volupté des graines fume, les villes sont fer et causerie lointaine.


Notre désir retirait à la mer sa robe chaude avant de nager sur son cœur.


Dans la luzerne de ta voix tournois d'oiseaux chassent soucis de sécheresse.


Quand deviendront guides les sables balafrés issus des lents charrois de la terre, le calme approchera de notre espace clos.


La quantité de fragments me déchire.
Et debout se tient la torture.


Le ciel n'est plus aussi jaune, le soleil aussi bleu.
L'étoile furtive de la pluie s'annonce.
Frère, silex fidèle, ton joug s'est fendu.
L'entente a jailli de tes épaules.


Beauté, je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid.
Ta lampe est rose, le vent brille.
Le seuil du soir se creuse.


J'ai, captif, épousé le ralenti du lierre à l'assaut de la pierre de l'éternité.

«Je t'aime », répète le vent à tout ce qu'il fait vivre.
Je t'aime et tu vis en moi.

 

 

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RENE CHAR

 

 

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line murray2

Oeuvre Line Murray

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ENTRE DEUX

 

Où serons-nous quand ces fleurs deviendront des fruits
dans l’étroit entre deux, où la fleur n’est plus une fleur
et le fruit n’est pas encore un fruit.
Quel merveilleux entre deux
nous formions l’un pour l’autre, entre nos corps,
entre nos yeux, entre l’éveil et le sommeil.
Entre chien et loup, ni jour ni nuit.

Ta robe de printemps a pris si vite
les couleurs de l’été, elle flotte déjà
à la brise de l’automne.
Ma voix n’est plus ma voix
Mais déjà, presque prophétie.

Quel merveilleux entre deux nous étions, comme la terre
entre les fissures du mur, brin de terre têtue
sous la mousse vivace, le câprier épineux
dont les fruits âpres
rendaient plus doux ce que nous mangions ensemble.

Voici les derniers jours des livres
avant que ne viennent les derniers jours des mots.
Vienne le jour où tu comprendras.

 

 

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YEHUDA AMICHAI

 

 

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Margot Reding-Schroeder2

Oeuvre Margot Reding-Schroeder

 

 

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LES ÎLES OU LE VOYAGE...Extrait

Du bleu pour ma Joss...

 

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l’île du bout du monde - celle qui est sur l’arc de l’horizon - 
l’origine de l’homme est une île - l’enfance est une île - les îles, 
les îles - dans l’île toute espérance est permise et tout amour : c’est 
dans le couple-île que s’accomplit le mystère de l’amour - attraction 
des îles, attraction des sources - les îles-oasis - chaque fille est 
une île, chaque ville est une île, aborder les îles, aborder les 
filles - entrer dans les îles, entrer dans les filles - aborder les 
villes, entrer dans les villes - entrer dans le miroir trouver l’île 
de l’autre côté du miroir - une « île si petite un oiseau sur la mer » 
- îles les mots - îles les morts dans la nuit qui n’appartient 
qu’à eux - Isles désertes de la mer du Sud …


les îles, les îles, les îles,


les îles, tant de voyages  -

Il est exclu que j’écrive si je ne sais pas d’abord que je suis océan 
et oiseau - le voyage d’île en île est toujours intérieur - purifiant - 
l’île  chose naturelle et spirituelle - la Terre - mais aussi le nom 
« île »  à  la merveilleuse seule syllabe, et ce point affleurant, 
disparaissant, affleurant, dans cette cime, dans ce mât, l’accent 
circonflexe -  mot naviguant  - mot avec un innombrable mouvement 
circulaire autour de lui  -  mot ricochet qui fait tant d’ondes sur 
l’eau  -  île - un point de force - voici le mot - hélice immobile et 
mobile dans le vocabulaire, il navigue ancré - il file à l’horizontale 
et à la verticale  -  mot maritime  -  île  - on n’a jamais en un seul 
nom écrit plus beau poème de la mer.

 

 

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PIERRE GARNIER

 

 

 

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thierry raynaud2

 

Photographie Thierry Raynaud

https://thierry-raynaud.com/ 

 

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LE PIRATE

Et lui dort-il sous les voiles

il écoute le vent son complice

il regarde la terre ferme son ennemie sans envie

et la boussole est près de son cœur immobile

Il court sur les mers

à la recherche de l'axe invisible du monde

Il n'y a pas de cris

pas de bruits

Des chiffres s'envolent

et la nuit les efface

Ce sont les étoiles sur l'ardoise du ciel

Elles surveillent les rivières qui coulent dans l'ombre

et les amis du silence les poissons

Mais ses yeux fixent une autre étoile

perdue dans la foule

tandis que les nuages passent doucement

plus forts que lui

lui

lui

 

 

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PHILIPPE  SOUPAULT

 

 

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mon cris2

 

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