EMMILA GITANA

lundi 22 août 2022

MEMOIRE...

" Même dans l'en-dehors du temps de l'amour
dans l'après-mémoire des corps et du cœur
je ne suis revenu ni de tout ni de rien
je n'ai pas peur de pleurer en d'autres fois
je suis un homme irrigué, irriguant
de nouveau je m'avance vers toi, amour,
je te demande
passage, amour je te demande demeure
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...
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Le temps mon amour le temps ramage de toi
continûment je te parle à voix de passerelles
beaucoup de gens me soufflent ton nom de bouquet
je sais ainsi que tu es toujours la plus jolie
et naissante comme les beautés de chaque saison
il fait un monde heureux foulé de vols courbes "
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Nous partirons de nuit pour l'aube des Mystères
et tu ne verras plus les maisons et les terres
et ne sachant plus rien des anciennes rancoeurs
des détresses d'hier, des jungles de la peur
tu sauras en chemin tout ce que je te donne
tu seras comme moi celle qui s'abandonne
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nous passerons très haut par-dessus les clameurs
et tu ne vivras plus de perfides rumeurs
or loin des profiteurs, des lieux de pestilence
tu entendras parler les mages du silence
alors tu connaîtras la musique à tes pas
et te revêtiront les neiges des sagas
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nous ne serons pas seuls à faire le voyage
d'autres nous croiseront parmi les paysages
comme nous, invités à ce jour qui naîtra
nous devons les chérir d'un amour jamais las
eux aussi, révoltés, vivant dans les savanes
répondent à l'appel secret des caravanes
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quand nous avancerons sur l'étale de mer
je te ferai goûter à la pulpe de l'air
puis nous libérerons nos joies de leur tourmente
de leur perte nos mains, nos regards de leurs pentes
des moissons de fruits mûrs pencheront dans ton coeur
dans ton corps s'épandront d'incessantes douceurs
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après le temps passé dans l'étrange et l'austère
on nous accueillera les bras dans la lumière
l'espace ayant livré des paumes du sommeil
la place des matins que nourrit le soleil
ô monde insoupçonné, uni, sans dissidence
te faisant échapper des cris d'incontinence
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nouvelle-née, amour, nous n'aurons pas trahi
nous aurons retrouvé les rites d'aujourd'hui
le bonheur à l'affût dans les jours inventaires
notre maison paisible et les toits de nos frères
le passé, le présent, qui ne se voudront plus
les ennemis dressés que nous aurions connus
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GASTON MIRON
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Maman et papa, 28 septembre 1955, après 9 ans de mariage et trois enfants ( Rabat - Maroc ) .....
Je fus la quatrième, mais bien plus tard...

 

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ANNA MARIA CARULINA CELLI, POEMES ...Extrait

Une ombre bleue descend le sentier
Sa voix se rompt sur l'écorce des pins
Est-ce sanglots ou chant de joie?
Les branches alanguies bercent une lumière trop lourde
Brûle et se répand l'encens des fenouils torréfiés
L'ombre porte un enfant sur ses bras
Embleuissant les rocs, elle va
L'ourlet de sa robe, à un endroit, pourpre
Les épines, les bois morts craquent sous son pas
Déjà planent les aigles
Sa voix se perd au bruit de l'eau
Est-ce une larme en son oeil dressée
Est-ce une larme ou l'éclat d'une lame ?
L'enfant qu'elle tient contre son sein âpre
Le petit ballot de chiffons ne pleure pas
L'ombre entre dans la rivière
Soudain l'onde s'azure
Elle marche à travers le froid, dessus les galets
Sa robe dessine des nuages sous la transparence
L'enfant disparait
Seul, son visage demeure à la surface du torrent
Vide et blanc
Sous ses paupières tremble une lueur
Est-ce douleur ou douceur?
Entre les bouillons des flots se vide sa couleur
Et puis s'écoulent les chairs et la vie
On dirait que contre la pierre cognent des os
Une ombre sort de l'eau
Une ombre blanche remonte le sentier
Ses mains sont vides et ses bras pendent
Sur l'écorce des pins se rompt sa voix
Il ne se peut, non il ne se peut
Que de ses lèvres s'élève un chant de joie

 

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ANNA MARIA CARULINA CELLI

 

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ABANDON

 

samedi 13 août 2022

ANNE DUFOURMANTELLE...Extrait

La sublimation a vécu.
La pulsion a trouvé un regain de toute-puissance dans un monde qui ne supporte aucune limite pour la satisfaire.
Immédiateté, vitesse, fluidité appellent une société sans frustration ni délai.
Que ce soit dans l’espace public (les actualités, les faits divers, la pornographie normative, les attitudes «décomplexées») ou sur le divan (patient déprimé, désaxé), la société post-industrielle et post-traumatique de l’après-guerre admet mal qu’on «sublime».
Il faut au sujet narcissique un champ opératoire simple et direct à ses pulsions, sinon, il se déprime. La frustration n’est plus supportable, trouvons-lui donc sans cesse de nouveaux objets à ses appétits. L’abstraction, le style, la précision sont passés à l’ennemi, toutes ces choses nous «ralentissent».
On ne possède pas un livre, ce n’est ni un investissement ni un instrument ; la lecture prend du temps, et ne produit rien d’autre qu’une capacité accrue à rêver et à penser. L’absence de style dans les productions culturelles est aussi préoccupante que le sont les vies sous pression, moroses et fonctionnelles - tellement plus nombreuses que des vies habitées, voulues.
Un monde qui parvient à sublimer est un monde qui prend une forme, qui n’est pas informe comme l’actuelle confusion générale destine le nôtre à l’être.
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 ANNE DUFOURMANTELLE

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ANNE D


mercredi 10 août 2022

JEAN LAVOUE...Extrait

Nous sommes d'une source
Qu'aucune pluie n'abreuve
Mais qui ne tarit pas
Nous sommes d’un matin
Arraché à la nuit
Par un autre soleil
Nous sommes d'une origine
Sans commune mesure
Sans étoiles certaines
Nous sommes d'un amour
Aussi vaste que le vent
Aussi nu qu'un désert
Nous sommes d'une communion
Dont nous sommes le centre
Et le cercle infini
Nous sommes d'une symphonie
L'instrument et l'archet
Et la main qui relève
Nous sommes d'un silence
Que nul chant nul feuillage
Ne sauraient contenter
Nous sommes d'un chemin
Sans bornes et sans tracé
Que visite l'Ouvert
Nous sommes d'une foi
Sans rives et sans frontière
Aux doutes traversés
Nous sommes d'une forêt
Dont nous sommes l'aubier
La racine et la cime
Nous sommes d'une mélodie
Que chaque chant d'oiseau
Consent à imiter
Nous sommes des moissons
Le couvert et le pain
La table partagée
Nous sommes de ce pays
Qui nous change à mesure
Où l'on n'arrive jamais
Nous sommes de cette voix
Qui murmure notre nom
Dans le souffle d’un été
Nous sommes de ce printemps
Dont les branches nous frôlent
Sans jamais nous toucher
Nous sommes d’une blessure
Dont le feu couve en nous
Elargit nos foyers
Nous sommes d'une parole
Non encore entendue
Toujours à écouter
Nous sommes pour chacun
L'eau du puits et le seau
La margelle où puiser
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JEAN LAVOUE
Timadeuc, le 8 août 2017
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JEAN

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ANNA MARIA CARULINA CELLI, POEMES ...Extrait

Terre couverte d'or
En offrande perpétuelle
À ciel ouvert, trésor
Pour tous, chacun, personne
Sans savoir à qui et pourquoi, elle donne
Ce qu'elle est
Elle est ce qu'elle a
Son sourire coule de source
Jamais ne ment son rire de rivière
Passagers brutaux de la maison mère
Voleurs de fleurs
Nous traversons ses jardins sacrés avec d'absurdes tintamarres
Et sur ses branches accueillantes, parmi les oiseaux
Nous sommes les plus lourds
Nous tombons aujourd'hui, le bec dans l'eau
En chute libre ainsi qu'une pluie
Une pluie de sable sec et de cailloux
Empreintes effacées de propriétaires
Qui n'étaient qu'emprunteurs
Je me lève entre les rives des montagnes
Mes cheveux sont encore mouillés
Parfumés de l'humus âcre doux des châtaigniers
Par l'entrebâillement des persiennes
Tremble un filament de miel
Que mon regard boit lentement
À lentes gorgées je savoure la couleur
Je suis l'homme au pays des Merveilles
Et ma joie n'est pas sans douleur
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ANNA MARIA CARULINA CELLI
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OCCI2

Village abandonné d'Occi - Lumio

jeudi 4 août 2022

RETOUR AU FOYER

Aux artisans du premier Festival mondial
des arts nègres
Léopold Sédar SenghorAlioune Diop
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Cinq siècles
de voyages et d’enrichissement 
de mort et de résurrection
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Cinq siècles
pour veiller aux croisées du monde 
à toutes les gestations de l’univers.
Homme du Saint-Esprit, 
j’ai, dans tous les dialectes, prié les dieux lares des continents
sans jamais oublier d’avoir été grand prêtre
dans le temps messager de la bonne nouvelle
tisserand qui liait le ciel et la terre.
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Chez nous, point de tombeau de marbre 
de verrou à la Vie
Je suis la nuit des promesses
C’est pourquoi j’ai gardéL’ESPOIR 
de redonner force à toutes les mains mortes
d’en faire une guirlande pour notre globe
l’arc-en-ciel de la Réconciliation.
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Je me souviens d’avoir été
placé.
machine.
eunuque.
signet.
fou de cour.
monnaie.
d’avoir changé de couleur
avec les saisons et les modes.
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J’ai perdu mes titres de noblesse dans l’aventure.
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Quel parchemin brandir
lorsque j’ignore le mot de passe ?
Les sages tiennent un autre langage
afin que ne s’éteigne la Flamme
car pour fleurir les nouvelles têtes royales
tous les troupeaux sont décimés
et les peuples meurent de faim.
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Cinq siècles
Je n’ai pas pu changer cependant
et c’est aujourd’hui l’assomption des tams-tams
le retour au foyer déserté d’hier
le repas à prendre en commun
la prière redite ensemble sous le vieux baobab
à notre dieu de plein air,
de plénitude
sans bouclier et sans vieille garde.
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Apportez-moi donc
le kaolin et l’huile de palme de la première lune,
le poulet blanc et l’igname de la première récolte,
l’œuf de la première ponte.
Les dieux aiment les prémices,
et j’ai été grand prêtre.
Des milliers de lunes de veille,
de rêves,
de chants,
de danses
de COMBAT
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Cinq siècles
pour crier justice
au long du chemin
dans les bourgs et les hameaux
et je ne compte plus les compagnons lapidés
tombés sur les remparts
ensevelis
avec les tatas et les voiliers
emmurés
dans toutes les bastilles.
D’aucun pays, d’aucune couleur
Flambeaux sur notre route.
Ils reviennent
les soirs
rouvrir les prisons
à tous les matins
.
Hommes
Voici venue l’heure de Vérité
la Pâque
celle où nous nous présentons tous nus
dans la splendeur de notre couleur.
Je ne me croyais plus
fils d’Adam,
descendant de Noé,
moi aussi sauvé par le Christ
.
Tant
.
J’ai longtemps souffert de la faim et du froid
de la solitude.

.
Je porte encore les stigmates de la servitude
de la mort
Je tâtonne dans la nuit blanche
dans le jour noir
Je vous reviens cependant pour la fête,
la rencontre,
le nouveau foyer
apportant à l’autel du monde,
mes chants et mes espoirs.
.
Hommes
Frères que divisent
les vallons et les cours d’eau
les berceaux et les tombes
un accent
de langue
.
Revoici le vieux pèlerin
qui depuis l’aube court le monde
pour ramasser les miettes de rires et de rêves.
.
Pour replacer l’homme
sur son socle,
lui redonner valeur
intrinsèque
essuyer
les larmes des fiancées et des mères
Replantez-moi encore
à tous les carrefours
pour conjurer le mauvais sort
.
Car JE VEUX
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que les hommes chantent et dansent
à la lueur des toutes les étoiles.

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BERNARD DADIE
24 août 1965
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christian carolina,

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mercredi 3 août 2022

ANNA MARIA CARULINA CELLI, POEMES ...Extrait

Faire survivre à chaque instant
Recommencer le temps
Une maille endroit, une maille envers
Le tricot que l'on trame avec la chaîne de la peau
Incessamment nous dévêt
Tels les premiers hommes qui n'avaient pas
Rêvé à la pomme d'or
Nous errons d'un espace à l'autre
D'une heure à l'autre
Dans l'ignorance de notre nudité
Nous sommes nus
Nous sommes vus
Le méconnaître fait notre arrogance
A quel moment l'oignon fait-il oeuvre de dépouillement ?
Chaque couche, chaque strate, chaque masque
Est le reflet d'un vêtement transparent
Il nous révèle plus qu'il nous cache
Quand d'une ombre fugace nous couvrons notre tache
Quoi? Quelles sont les forces en présence?
De quel poids penchent les plateaux de la balance?
Les dieux rient de nos guerres et de nos larmes
L'aiguille du fléau glisse toujours du côté du vide
Etrangement
Les sillons que nous gravons sur la terre
A la lueur de la genèse de la première salve de vie
Ce presque rien qui tend à tout
Ne sont que des signes éphémères
Les mots d'une lettre par un absent adressée à une absente
Les mouchoirs blancs agités sur les quais
Avec le pressentiment qu'il n'y aura jamais aucun retour
Nous ressassons la même histoire
Depuis des milliers d'années de mémoire
Une maille envers, une maille endroit
Tout à l'heure, un mouchoir est tombé
Quelqu'un a pleuré, dormi, ne s'est plus réveillé
Faire survivre l'acquiescement à chaque instant
Recommencer le temps
Le temps d'un voyage sans espace
Puis, se recroqueviller de guerre lasse
Flétris, fanés, en nous semant aux quatre vents
Le vent
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ANNA MARIA CARULINA CELLI
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maurice sapiro

Oeuvre Maurice Sapiro

RARE BIRD - SYMPATHY

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