EMMILA GITANA

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

samedi 4 juillet 2009

LE SEL DE LA PERTE...Extrait

(…)

Penser à toi, c’est me tourner vers l’Orient. Le poème, ne se lève-t-il pas à l’est de notre vie ? N’est-il pas ce renouveau, ce baume sur notre part mutilée ? Je t’y associe, toi, le silencieux, le pèlerin du poème. Ton silence est plus mystérieux que tous les tapis d’Orient. Tissé de mots invisibles, de blancs et de calligraphies fertiles.

Ta main trace dans l’air des arabesques lisibles de moi seule. J’y accroche une voix, la tienne, un rire, le tien. Tes yeux sont mes yeux. Tout cela m’est donné par ta généreuse absence où le rien se pare du tout. C’est dire si tu me manques, si j’en suis désorientée... Mais qu’y faire ? J’ai résolu d’aimer l’absence comme on savoure une figue quand tout a l’air abandonné. Ma pensée va et vient de mon présent à ta fausse présence, de ma parole aux mots que tu ne diras jamais. Qu’importe ! Je n’oublie rien. Je thésaurise. Ton silence est un jade. Je vivrai dans cette attente comme si ma vie en dépendait. Cadeau du Destin.

Pour l’heure, face au jour qui se couche sur le pays moelleux, je t’appelle dans les limbes de la vie, et c’est comme si tu m’avais répondu : ces mots en sont la preuve. Au lasso de ta pensée, je me suis encordée. Et c’est ton Orient qui me fait progresser.                                        

(…)

On va dans l’absence comme dans une forêt pleine d’échos. Nommer les choses maintient en vie. Renforce un lien.  C’est comme un livre qui se lirait dans le noir. Auprès de quelle flamme ? Pentecôte de la lecture ! Elle éclaire ce qui s’évanouit. Derrière l’apparence : la vérité du non-dit. Je pourrais te toucher quand j’écris. Je pourrais.    

(…) 

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BEATRICE  LIBERT

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orient

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vendredi 3 juillet 2009

LE REVOLVER A CHEVEUX BLANCS...Extrait

On vient de mourir mais je suis vivant et cependant je n’ai plus d’âme. Je n’ai plus qu’un corps transparent à l’intérieur duquel des colombes transparentes se jettent sur un poignard transparent tenu par une main transparente. Je vois l’effort dans toute sa beauté, l’effort réel qui ne se chiffre par rien, peu avant la disparition de la dernière étoile. Le corps que j’habite comme une hutte et à forfait déteste l’âme que j’avais et qui surnage au loin. C’est l’heure d’en finir avec cette fameuse dualité qu’on m’a tant reprochée. Fini le temps où des yeux sans lumière et sans bagues puisaient le trouble dans les mares de la couleur. Il n’y a plus ni rouge ni bleu. Le rouge-bleu unanime s’efface à son tour comme un rouge-gorge dans les haies de l’inattention. On vient de mourir, – ni toi ni moi ni eux exactement, mais nous tous, sauf moi qui survis de plusieurs façons: j’ai encore froid, par exemple. En voilà assez. Du feu! Du feu! Ou bien des pierres pour que je les fende, ou bien des oiseaux pour que je les suive, ou bien des corsets pour que je les serre autour de la taille des femmes mortes, et qu’elles ressuscitent, et qu’elles m’aiment, avec leurs cheveux fatigants, leurs regards défaits! Du feu, pour qu’on ne soit pas mort pour des prunes à l’eau-de-vie, du feu pour que le chapeau de paille d’Italie ne soit pas seulement une pièce de théâtre! Allô, le gazon! Allô, la pluie! C’est moi l’irréel souffle de ce jardin. La couronne noire posée sur ma tête est un cri de corbeaux migrateurs car il n’y avait jusqu’ici que des enterrés vivants, d’ailleurs en petit nombre, et voici que je suis le premier aéré mort. Mais j’ai un corps pour ne plus m’en défaire, pour forcer les reptiles à m’admirer : des mains sanglantes, des yeux de gui, des bouches de feuilles mortes et de verre (les feuilles mortes bougent sous le verre; elles ne sont pas aussi rouges qu’on le pense, quand l’indifférence expose ses méthodes voraces), des mains pour te cueillir, thym minuscule de mes rêves, romarin de mon extrême pâleur. Je n’ai plus d’ombre non plus. Ah mon ombre, ma chère ombre. Il faut que j’écrive une longue lettre à cette ombre que j’ai perdue. Je commencerai par Ma chère ombre. Ombre, ma chérie. Tu vois. Il n’y a plus de soleil. Il n’y a plus qu’un tropique sur deux. Il n’y a plus qu’un homme sur mille. Il n’y a plus qu’une femme sur l’absence de pensée qui caractérise en noir pur cette époque maudite. Cette femme tient un bouquet d’immortelles de la forme de mon sang.
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ANDRE  BRETON

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Oeuvre de Gustave Courbet

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LA VIE EN DANSANT...Extrait

Tout est départ.
Du mouvement il n’y a pas à démordre.
Du mouvement dans l’azur ou l’asphalte, les volcans ou les glaces.
Le moindre geste a semé des étoiles sur la terre.
Qui ne sent la cavalcade, le carnaval, la migration des corps et des pierres ?
Le moindre écart a jeté des outrages au ciel.
Qui n’accueille les cahots, les blasphèmes, les caresses et les traces ?
Le moindre pas a levé d’autres horizons.
Qui ne vit d’alertes, de temps anéantis, de souffles brûlants et d’ombres ?
Tout est dépense.
Tout est désert.
Au grand miroir de nos mains vides.
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ANDRE  VELTER

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CHANTS DE LA BALANDRANE...Extrait

Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux. Un moment nous serons l’équipage de cette flotte composée d’unités rétives, et le temps d’un grain, son amiral. Puis le large la reprendra, nous laissant à nos torrents limoneux et à nos barbelés givrés.
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RENE  CHAR
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LE POEME PALESTINIEN...Extrait

Il ne reste que le sable
Ni les arbres n’étendent leur ombre sur les dormeurs,
Ni le vent ne s’assouplit lorsqu’une femme le touche,
Ni nos âmes ne nous suffisent…
Nous sommes sortis de l’enfance comme des papillons
Nous avons brûlé autour du feu de la première femme
Et avec sa sagesse la cendre nous a rendus malheureux
Nous étions pressés
Alors nous n’avons pas tété le lait des mères
Nous n’avons pas reniflé l’odeur des pères

Et le ciel ne nous a pas parlé, comme nos parents le souhaitaient

Nous étions pressés
Nous sommes nés
Nous avons improvisé la mort, le sens
Et nous nous sommes improvisés nous-mêmes
Nous n’avons pas beaucoup rêvé
Nous n’étions pas sur la terre
Sur les murs nous avons seulement écrit nos cœurs

Nous étions pressés
Nous avons grandi comme une obsession dans la nuit
Embryons, nous avions égaré
Nos premiers corps et maisons
Et nos soucis

Pas de ciel pour nous ombrager
ni terre qui porte la nôtre
Alors nous avons empli la nuit de fantômes
Nous avons grandi
Et soudain nous nous sommes inclinés pour dire adieu aux choses
Avant de les quitter
Nous n’avons pas tété le lait maternel
Et la glaise n’a pas encore séché sur nos os
Il ne reste que le sable
Même les prophètes ont jeté les gouttes de lumière
Et se sont retirés dans leurs prières
Même le ciel est parti sans nous regarder.

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ZOUHIR  ABOU  CHAYEB

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jeudi 2 juillet 2009

LE NOIR DE L'AUBE

La porte que si longtemps personne n'avait ouverte
a soupiré doucement Il y a dans la pièce
une odeur de temps d'oubli oublieux

Il faut bouger faire grincer le plancher sous les pas
faire du bruit ouvrir les fenêtres
toucher les choses qui sont là

On a besoin d'un peu de vie de confusion de brouhaha
sinon dans le vide et le calme
dans la poussière des années

on pourrait entendre distinctement une voix très ancienne
dont on croyait avoir perdu le son
une voix égarée et pourtant restée là

prise dans l'absence et dans l'oubli
la voix de ce mort qu'on aima
parlant tout seul au bord du temps
au bord des larmes

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CLAUDE  ROY

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POESIES....Extrait

Le tumulte du vent les vagues de la mer
l'appel intermittent des sirènes du feu
le grand vent et le froid les neiges de l'hiver
tout me ramène à vous compagnons du grand jeu

 

Les bottes de Poucet oublieuses des guerres
tricotent leur chemin malgré les conquérants
L'amour et l'amitié ont d'autres planisphères
que les plaines de sang où crient les loups errants

 

Je vous entends la nuit je vous attends le jour
mes amis qui parlez dans vos prisons de vent
je tends vers vous mes mains mes doigts tremblants et gourds
mes mains que trop de morts disputent aux vivants

 

Les cités englouties mènent au fond des eaux
une lente et pesante et ténébreuse vie
J'entends sonner pourtant dans la plainte des flots
les cloches de Fingal encore inasservies

 

Les lames sans répit déferleront sur nous
qu'importe à celui-là dont le cœur est fidèle
Laissons glisser les eaux laissons hurler les loups
Liberté dans la nuit les cloches parlent d'Elle.

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Claude Roy

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Shore_break_Backwash

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DISCOURS DE L’HOMME ROUGE


" Ainsi, nous sommes qui nous sommes dans le Mississippi. Et les reliques d’hier nous échoient. Mais la couleur du ciel a changé et la mer à l’Est a changé. O maître des Blancs, seigneur des chevaux, que requiers-tu de ceux qui partent aux arbres de la nuit ? Elevée est notre âme et sacrés sont les pâturages. Et les étoiles sont mots qui illuminent … Scrute-les, et tu liras notre histoire entière : ici nous naquîmes entre feu et eau, et sous peu nous renaîtrons dans les nuages au bord du littoral azuré. Ne meurtris pas davantage l’herbe, elle possède une âme qui défend en nous l’âme de la terre. O seigneur des chevaux, dresse ta monture qu’elle dise à l’âme de la nature son regret de ce que tu fis à nos arbres. Arbre mon frère. Ils t’ont fait souffrir tout comme moi. Ne demande pas miséricorde pour le bûcheron de ma mère et de la tienne. ( … )

Nos noms sont des arbres modelés dans la parole du dieu et oiseaux qui planent plus haut que les fusils. Ne coupez pas les arbres du nom, vous qui venez guerre de la mer. Et ne lancez pas vos chevaux flammes sur les plaines. Vous avez votre dieu, et nous, le nôtre. Vos croyances, et nous, les nôtres. N’ensevelissez pas Dieu dans des livres qui vous ont fait promesse d’une terre qui recouvre la nôtre. Ne faîtes pas de Lui un huissier à la porte du roi.
Prenez les roses de nos rêves pour voir ce que nous voyons de joie ! Et sommeillez au-dessus de l’ombre de nos saules, pour vous envoler mouettes et mouettes, ainsi que s’élancèrent nos pères bienveillants avant de revenir paix et paix. Il vous manquera, ô Blancs, le souvenir de l’adieu à la Méditerranée et vous manquera la solitude de l’éternité dans une forêt qui ne débouche point sur un abîme, et la sagesse des brisures. Et il vous manque une défaite dans les guerres. Et un rocher récalcitrant au déferlement du fleuve du temps véloce.
Et il vous manquera une heure pour une quelconque contemplation, pour que grandisse en vous un ciel nécessaire à la tourbe, une heure pour hésiter devant deux chemins. Euripide un jour vous manquera, et les poèmes de Canaan et des Babyloniens, et les chansons de Salomon à Shulamit. Et vous manquera le lys sauvage pour la nostalgie, et vous manquera, ô Blancs, un souvenir qui apprivoise les chevaux de la démence et un cœur qui racle les rochers afin qu’ils taillent dans l’appel des violons.
Et il vous manque et manque l’hésitation des armes. Et s’il faut nous tuer, ne tuez point les êtres qui avec nous d’amitié se lièrent et ne tuez pas notre passé. Et il vous manquera une trêve avec nos fantômes dans les nuits stériles, un soleil moins enflammé, une lune moins pleine, pour que le crime apparaisse moins fêté sur vos écrans. Alors prenez tout votre temps pour la mise à mort de Dieu. ( … )

Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Et il y a des morts qui éclairent la nuit des papillons, qui arrivent à l’aube pour prendre le thé avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonnèrent. Laissez donc, ô invités du lieu, quelques sièges libres pour les hôtes, qu’ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les défunts. "

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MAHMOUD  DARWICH

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SUR UNE CONFIDENCE DE LA MER GRECQUE

NI la chaux
ni le figuier qui resplendit,
ni même le temple aux cent portes
-- tu ne pus les compter
ce sont les portes de toi-même devant le souffle de la mer
-- ni même la
lumière qui martèle
                l'enclume de ce jour
ni la peau éclatante de ce corps
ne connaîtront la durée
pauvres fragments brisés contre le ciel.

NON pas un point immobile
dans le temps indivis
mais le point incandescent de l'instant qui tourne,
la somme peut-être d'instants dans le multiple,
dans une convergence de temps, de durée
-- c'était le point que tu vis sur les eaux brillantes
           du midi tout entier, face à Naxos.

Un troupeau de brebis sur la plage
redoublait sur le sable la mer innombrable.


Les eaux te répétaient encore
leur parole ignorée.

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ANDRES  SANCHEZ  ROBAYNA

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mercredi 1 juillet 2009

HENRI MESCHONNIC

la vie a
ta voix
et cette voix
n'a pas d'âge

Je n'ai pas tout entendu

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HENRI  MESCHONNIC

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Posté par emmila à 23:31 - Poésie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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