EMMILA GITANA


dimanche 22 juillet 2018

ANDRE HARDELLET...Extrait

Le mystère - c'est la voix étouffée des ramoneurs derrière les murs et le parcours de la Grange- Batelière sous l'Opéra.
La peur - c'est un roulement de tombereau, la nuit, dans un bois où ne passe aucune route.
La douceur - c'est un vol de chouette, sous le taillis, au crépuscule.
Le contentement - c'est l'odeur d'une blonde qui, lente, efface ses bas noirs.
L'angoisse - c'est la congestion, comme une émeute violette, sur le bitume où bouge un soleil ahurissant.
L'été - c'est l'ombre de la jarre qu'emperle son frais et cette parole qui traverse encore le dédale de vacances.
L'Île-au-Trésor - c'est la touffe de parfums entre tes cuisses - salées.
Le désir - c'est la flèche de rubis qui voie par-dessus l'Orénoque en flammes et décochée sans bruit.
L'amour - c'est ce pays à l'infini ouvert par deux miroirs qui se font face.
L'enfance - c'est la clef rouillée que cachent les buis - celle qui forcerait toutes les serrures.
Le rêve - c'est l'instant où tombe enfin la robe des clairières.
La plus belle récompense de l'homme - c'est encore son sommeil.
Et le mien tarde bien à venir.

 

.

 


ANDRE HARDELLET

 

 

.

maia sikorskaia

Oeuvre Margarita Sikorskaia

Posté par emmila à 09:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

CATHERINE ROSTAIN...Extrait

 Alors je vais te raconter
Face à ce menhir au coeur du Gévaudan
C'est la voix des pères et des grands-pères qui m'a accueillie
Leurs bras m'ont entourée, remplie d'amour, 
Et puis sur la grande pierre plate devant le menhir
J'ai commencé ce chant-prière avec mon tambour,
Et c'est la voix des mères et des grands-mères qui s'est élevée
Un chant puissant
Un chant d'exortation pour la paix entre les hommes et les femmes
Un chant d'amour, un chant exigeant, 
Elles disaient 
La haine et les combats entre les hommes et les femmes de cette génération doit cesser,
Elles disaient
Nous sommes responsables nous les femmes de la guérison des lignées,
Nous devons guider nos hommes et nos frères sur le chemin de l'apaisement,
Nous devons oeuvrer à l'amour, sans faillir, droites, engagées, femmes debout,
Les guerres, toutes les guerres doivent s'arrêter maintenant.
J'étais traversée par cet appel puissant de toutes les femmes 
Et j'ai entendu la survie de Gaïa, notre Terre mère, est en cause. »

 

 

.

 

 

CATHERINE ROSTAIN

http://cath-rostain.over-blog.com

 

 

.

maria dolores Cano2

 

Maria-Dolorès Cano

http://lartelier.eklablog.com/

Posté par emmila à 09:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , ,

samedi 21 juillet 2018

AGNES SCHNELL...Extrait

Voici que déjà mon nom
s’efface
et rompt avec la partition
que j’avais déroulée.

Je l’ai jouée à m’y perdre
a cappella 
à l’envers sans répit.

Voici que déjà s’amenuise
l’espace tel un feu 
que l’on couvre brusquement,
des pattes d’oiseaux
sur l’humidité du sable,
le fantôme d’un arbre
où le vent reste prisonnier.

 

 

.

 

 

AGNES SCHNELL

 

 

.

 

paul delvaux

Oeuvre Paul Delvaux

Posté par emmila à 19:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

L'ACCENT

A ma Joss

 

De l'accent! De l'accent! Mais après tout en-ai-je ?
Pourquoi cette faveur? Pourquoi ce privilège ?
Et si je vous disais à mon tour, gens du Nord,
Que c'est vous qui pour nous semblez l'avoir très fort
Que nous disons de vous, du Rhône à la Gironde,
"Ces gens là n'ont pas le parler de tout le monde !"
Et que, tout dépendant de la façon de voir,
Ne pas avoir l'accent, pour nous, c'est en avoir...
Eh bien non ! je blasphème ! Et je suis las de feindre !
Ceux qui n'ont pas d'accent, je ne puis que les plaindre !
Emporter de chez soi les accents familiers,
C'est emporter un peu sa terre à ses souliers,
Emporter son accent d'Auvergne ou de Bretagne,
C'est emporter un peu sa lande ou sa montagne !
Lorsque, loin du pays, le cœur gros, on s'enfuit,
L'accent ? Mais c'est un peu le pays qui vous suit !
C'est un peu, cet accent, invisible bagage,
Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage !
C'est pour les malheureux à l'exil obligés,
Le patois qui déteint sur les mots étrangers !
Avoir l'accent enfin, c'est, chaque fois qu'on cause,
Parler de son pays en parlant d'autre chose !...
Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent !
Je veux qu'il soit sonore, et clair, retentissant !
Et m'en aller tout droit, l'humeur toujours pareille,
En portant mon accent fièrement sur l'oreille! 
Mon accent ! Il faudrait l'écouter à genoux !
Il nous fait emporter la Provence avec nous,
Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages
Comme chante la mer au fond des coquillages! 
Ecoutez ! En parlant, je plante le décor
Du torride Midi dans les brumes du Nord !
Mon accent porte en soi d'adorables mélanges
D'effluves d'orangers et de parfum d'oranges;
Il évoque à la fois les feuillages bleu-gris
De nos chers oliviers aux vieux troncs rabougris,
Et le petit village où les treilles splendides
Éclaboussent de bleu les blancheurs des bastides !
Cet accent-là, mistral, cigale et tambourin,
A toutes mes chansons donne un même refrain,
Et quand vous l'entendez chanter dans ma parole
Tous les mots que je dis dansent la farandole !

 

 

.

 

 

MIGUEL ZAMACOÏS

 

 

.

 

Igor Shipilin,

Oeuvre Igor Shipilin

 

 

 

Posté par emmila à 18:21 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,


A MON PAYS RETROUVE

Je reviens en septembre, le mois de ma naissance, dans un camion presqu’animal, et la

phrase sourde du moteur comme une berceuse de l’enfance conte l’histoire d’un homme et

de son sac de sable.

Mon pays est plus vaste que mon bagage.

Le ciel encombré d’un nuage géant et le dos basculant de la terre que je vois respirent comme

un bœuf à l’énorme poitrail.

C’est un matin enluminé de fermes blanches et d’arbres aux feuilles filantes comme mes

pensées, et depuis l’appel du premier corbeau piquant du bec et de l’âme le reste ensoleillé

des blés qui ont marché partout, ma joie déborde comme la paille des granges.

Des voix longtemps éteintes m’attendent dans la complicité de l’air.

Une touffe d’herbe haute me dit que les morts ont grandi.

Ici, j’ai vécu plusieurs vies,

l’une chercheuse, presque matinale, parmi les fleurs des sous-bois à la tendresse ridicule,

l’autre abondante à midi dans la lumière ronde des tournesols,

et l’autre encore, douloureuse, comme un journal quotidien ou la trahison d’un outil mais

toutes rêvées sans lassitude comme on entend la nuit le bruit des moissonneuses.

Que mon pays soit mes années, mon chiendent, ma route, mon nuage et ma carte postale et

si partir traverse encore ma tête que ce ne soit qu’un apparent voyage comme les adieux faits

à un mort à qui l'on ferme les yeux dans une chambre au royal sourire.

 

 

.

 

 

JEAN LE MAUVE

 

 

.

 

serge fiorio2

Oeuvre Serge Fiorio

sergefiorio.canalblog.com

 

 

vendredi 20 juillet 2018

UMAR TIMOL...Extrait

Jamais l'Obscur en soi ne fut si parfait

car toutes les haines emmêlées

à la liasse des remords 

ont saccagé les derniers relents de la lumière

 

.

 

 

UMAR  TIMOL

 

.

 

 

Anselm-Kiefer-

Posté par emmila à 11:12 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

XAVIER LAINE ... Extrait

Je reste muet. Fumées et éclairs dans la nuit d’orient, hier comme aujourd’hui brilleront de leur mille feux. La frappe est aveugle, ne regarde rien de ces petites vies qui n’ont rien demandé. Que des hommes en ce triste été puissent plonger leurs mains dans le sang versé et s’en réjouir, voilà qui m’offre la nausée jusqu’au vertige. Qu’il se nomme Allah ou Yahvé, votre Dieu doit souffrir mille martyres, puisqu’en son nom, c’est de sang innocent dont vous vous abreuvez. En cela et quoi qu’en dise les couards, c’est la shoah qui se poursuit, puisque nous n’avons rien appris. Demain peut-être, vous viendrez interdire le lent défilé de mes mots, mais l’histoire dira un jour de quels crimes vous fûtes complices

 

 

.

 

 

XAVIER LAINE

 

 

.

.

.

Niraz Saeed

 Photographie Niraz Saeed

Niraz Saeed avait 23 ans lorsqu'il avait remporté le concours de l'UNRWA et de l'UE ( ONU ) . Sa photo en noir et blanc, intitulée "Les Trois rois", représentait trois frères en bas-âge, attendant une évacuation pour recevoir des soins médicaux. Sur le cliché, la tristesse et la douleur peuvent se lire sur leur visage. "J'ai toujours eu l'impression que dans chaque portrait d'une famille palestinienne, on peut voir l'ombre d'un absent, et c'est pour cela que mes photos sont faiblement éclairées"...Niraz Saeed est décédé sous la torture, dans les geôles syriennes du bourreau Assad, le 16 juillet 2018

 

 

mercredi 18 juillet 2018

NOSTALGIE

Pareilles à de grosses gouttes de miel les abeilles
les abeilles portent les ceps de vigne jusqu’au soleil
c’est de ma jeunesse qu’elles arrivent en volant
tout comme ces pommes
ces lourdes pommes
ce chemin à la poussière dorée
ces galets blancs tout au long de la rivière
et ma foi dans les chansons
et mon absence d’envie
de là aussi cette journée sans un nuage 
cette journée si bleue
et la mer couchée sur le dos toute nue et chaude
et cette nostalgie
et les dents lumineuses 
de cette bouche aux lèvres épaisses
avec les abeilles dans ce village du Caucase
comme de grosses gouttes de miel
me sont revenues de ma jeunesse
de ma jeunesse que j’ai laissée quelque part
sans avoir pu m’en rassasier…

 

.

 

 

NAZIM HIKMET

 

 

.

 

ABEILLE

 

 

IL NEIGE DANS LA NUIT ET AUTRES POEMES...Extrait

Enfant il n’a pas arraché les ailes des mouches
attaché des boîtes de conserve à la queue des chats
ni emprisonné les cafards dans des boîtes d’allumettes
ou détruit des fourmilières
il a grandi
et toutes ces choses on les lui fit
j’étais à son chevet quand il mourut
récite un poème dit-il
sur le soleil sur la mer
sur les cuves atomiques et les lunes artificielles
sur la grandeur de l’humanité

 

.

 

 

NAZIM HIKMET

 

 

.

 

 

 

Niraz Saeed,,

 

 Photo Niraz Saeed, mort ce 16 juillet 2018, sous la torture, dans une prison syrienne, après trois ans de détention.

 

.

 

 

 

niraz saeed2,

 

Niraz Saeed