EMMILA GITANA

jeudi 21 septembre 2017

EMOTIONAL BLUES MUSIC

Merci Adélita mia...

 

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BRUNO RUIZ...Extrait

Je veux vivre une éternité de chat dans la soie des corbeilles, avoir des yeux immenses et verts, la souplesse du corps, l’agilité dans les pattes. Je veux dormir des heures entières dans les herbes, ronronner dans les bras de celle que j’aime, dormir sous ses broderies, rêver sur le mur quand le jour descend. Je veux me faire les griffes sur la bêtise des hommes, atteindre des cimes et m’incliner devant l'envol de l’oiseau. Je veux jouer avec les souris, m’enrouler aux balustrades, me frotter aux arbres, reconnaître mes maîtres, me cacher sous le lit quand j’ai peur. Je veux être un chat pour qu’on me caresse l’échine, me lisse les moustaches, me gratte la gorge, me chatouille les plumets. Je veux miauler pour n’être compris que de ceux qui m’aiment, miauler de trop attendre, de trop chercher, de trop de colère. Miauler pour montrer que je suis là, adopté dans les jambes du monde et parler enfin le langage du silence.

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BRUNO RUIZ

http://sitebrunoruiz.free.fr

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mila2,

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mercredi 20 septembre 2017

PIERRE DHAINAUT


" Idéologie, sublimation, comment de toute façon les éviter ? Si la poésie fait corps avec l’histoire, individuelle et collective, elle la traverse aussi. Tantôt nous voulons coïncider avec cette histoire, tantôt nous en évader, à tout prix.

 

La poésie ne consiste pas dans le seul dévoilement de sa nature : elle se désincarne alors. Elle ne consiste pas davantage en une incarnation qui exigerait qu’on lui sacrifie tout, qui l’ ampute et l’alourdit.

 

Traquée, la poésie fatalement se dérobe. Nous ne procédons que par force : textes qui ont la prétention d’être ainsi des poèmes, écrivains qui osent s’ appeler des poètes. Or la poésie n’existe pas, elle n’existe pas du moins comme pour nous y soumettre ou pour la soumettre, nous puissions abstraire. Son nom déjà n’est-il pas un obstacle ?
Elle nous surprend, nous la surprenons parfois.


Est-ce le réel ? Est-ce l’image ? Est-ce le langage ? Est-ce le silence ? Questions insolubles. En mettant l’accent ici puis là, nous sommes victimes inévitablement de ette conception, particulière à l’Occident, qui veut trancher, qui n’admet qu’ un sens: elle postule toujours l’innocence et l’unité, mais en quelque sorte a rebours.
Hier naïfs, actuellement crispés. Nous avons fui, nous piétinons : la belle affaire!
Prétendre après Breton que la poésie « porte en elle la compensation parfaite des misères que nous endurons » me paraît aussi néfaste, aussi faux, que de proclamer à la suite de Denis Roche : « Poésie, c’est crevé. » Accepter, renoncer : dilemme absurde. Nous ignorons la relation, cette oscillation qui donne vie à la houle, au souffle.
Que serait le temps sans l’éternité ? La poésie n’est pas plus l’éternité que le temps. De même, elle n’est pas plus le réel que l’image, le langage que le silence : elle nait de leurs rapports. Parfois donc, pourquoi pas sans cesse ? Les poèmes et les poétes ne sont pas seuls en cause. Tous, nous devrions apprendre à respirer.


Sommes-nous vraiment pauvres ?
Encombrés par les idées d’une civilisation qui entre oui et non ne nous a pas laissé le choix, nous étouffons.

 

Autant que des ombres, les mots sont des flammes. Les ombres ont été trop denses, les flammes trop légères : artificiellement nous avons séparé. Déchiré. La langue est semblable à l’air dont a besoin l’oiseau, dont il se joue: son vol, une connaissance, et pourquoi le poème n’en serait-il pas une aussi? L’ oiseau ne s’évade pas, prétendrons-nous qu’il est captif ?


La poésie ne nous sauve pas, elle éveille :

il n’y a point de malédiction, manque et plénitude ne sont pas des réalités indépendantes.

 

Je n’attends rien du parti pris (la nostalgie, l’avant-garde). Autant que de l’aveuglement je me méfie de la lucidité.

 

Pourquoi des poètes ? Que la question reste en suspens, peu m’importe : nous n’avons que trop de réponses. Perdons notre fausse assurance, ou notre honte, et nous inventerons un art d’écrire, un art de vivre aussi bien, qui échappe à l’essence et à l’ordre.
Le rien subversif. »

 

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PIERRE  DHAINAUT

 

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DHAINAUT

 

 

ANDREE CHEDID...Extrait

Pour un coin d’eau de traces et d’herbe verte
Où l’oeil serait nu le cœur de rosée
Les mains feuilles ouvertes

Je vais
Aile au soleil
Marchant pour l’étoile
Son odeur de résine et de rêve d’enfant

C’est la route des fables la route des genêts
Que bordent les noirs sourires d’enracinés

Voici l’île la fleur la découverte

Voici l’oiseau chanteur
Voici les lendemains

Les mensonges aux yeux de mouettes.

 

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ANDREE CHEDID

 

 

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chedid

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REFLETS

Et le théâtre d’ombres, qu’en penses-tu,
Juste les silhouettes agrandies de lumière portée,
Le noir pour la nuit et le blanc du drap
Où tu caches ta peur quand tu ne dors pas
Le Montreur que l’on ne montre pas
Les fils disparus, dissimulés le long des ondes,
Ton téléphone intelligent sonnant le rappel,
Quand tu cours, un chien dressé, ventre à terre, et
Fais tes contes,
Ceux du héros Don Quichotte en compas sur sa selle et sa lance
Vierge d’ailes, les moulins immobiles sur leurs farines,
Le guerrier romain, le navire qui vient du Nord,
N’annonçant rien de de bon, la Diseuse des aventures
Empoisonnées,
Tout danse, mais
Aucun Chevalier ne s’arrête pour vous racheter
D’une partie d’échecs ou de dés
Les spectateurs se lèvent et les huées,
Vous partez, les unes après les autres,
La dernière éteindra derrière elle
La rampe
S’il vous plait
Qu’on revienne à l’obscurité et au silence
Qu’on range les poupées
Alignées, qui ne peuvent parler
Ni dire ce qu’elles ont vu

 

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ALEXO XENIDIS

 

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alexo

 


BIENS ÉGAUX

Je suis épris de ce morceau tendre de campagne, de son accoudoir de solitude au bord duquel les orages viennent se dénouer avec docilité, au mât duquel un visage perdu, par instant s’éclaire et me regagne.  De si loin que je me souvienne, je me distingue penché sur les végétaux du jardin désordonné de mon père, attentif aux sèves, baisant des yeux formes et couleurs que le vent semi-nocturne irriguait mieux que le main infirme des hommes.  Prestige d’un retour qu’aucune fortune n’offusque.  Tribunaux de midi, je veille.  Moi qui jouis du privilège de sentir tout ensemble accablement et confiance, défection et courage, je n’ai retenu personne sinon l’angle fusant d’une Rencontre.

     Sur une route de lavande et de vin, nous avons marché côte à côte dans un cadre enfantin de poussière à gosier de ronces, l’un se sachant aimé de l’autre.  Ce n’est pas un homme à tête de fable que plus tard tu baisait derrière les brumes de ton lit constant.  Te voici nue et entre toutes la meilleure seulement aujourd’hui où tu franchis la sortie d’un hymne raboteux.  L’espace pour toujours est-il cet absolu et scintillant congé, chétive volte-face?  Mais prédisant cela j’affirme que tu vis;  le sillon s’éclaire entre ton bien et mon mal. La chaleur reviendra avec le silence comme je te soulèverai, Inanimée.

 

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RENE CHAR

 " Fureur et Mystère "

 

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RENE CHAR

A LA RECHERCHE DES PAS PERDUS...

A Mila, Emma et Cesare

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Toi, l’enfant de mes enfants,
Toi qui, pendant ces premiers jours,
ne connaît des seins que la voie lactée,
un soir je t’apprendrai
à marcher dans les étoiles filantes
sans écraser les vœux qui les accompagnent.


Un jour je t’apprendrai
à saisir dans le vent
les verbes qui soignent leurs sujets
comme des rois bien aimés
et bercent leurs compléments directs
comme des enfants choyés.


Un matin, je t’apprendrai même
à forger le sens profond de l’insensé
avec la réponse des astres cueillie sur la rosée,…
avec les reflets tombés de tes exclamations
sur le bord d’un poème à composer.

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MAURICE COUQUIAUD

 

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NASA2

dimanche 17 septembre 2017

JACKY MICAELLI...UMAGGIU

 

 

Jacky Micaëlli

 

 

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Cependant ce que je sais, et dont je peux témoigner, c’est que cette voix est unique, qu’elle vous bouleverse, et que quand elle vous surprend sur les bancs d’une église ou sur un strapontin, quelque-chose d’indéfinissable se joue, de l’ordre du viscéral, de l’intime résonance ; que quand sa note décroche dans le vertigineux abîme d’un mélisme hérité de nos plus anciennes traditions (et que beaucoup aujourd’hui négligent), c’est la voix de l’enfant affamé qu’on entend, le berger qui, avec son chien, a perdu son unique compagnon et qui pleure, et tout un territoire, dans l’espace et le temps. Ainsi, au-delà du récit des heures, des péripéties d’une carrière, des vicissitudes d’une personnalité trop entière dans un univers de compromis, ces instants passés avec elle m’ont fait comprendre ce qu’elle fait vraiment quand elle chante: faire vivre une identité (au-delà même des textes), une identité forcement complexe puisque méditerranéenne, et où chaque note, chaque inflexion de voix, est généalogie. ( Jean-Marc Graziani - Voix de corps- https://assomusanostra.wordpress.com/2017/09/11/jacky-micaelli-voix-de-corps-par-jean-marc-graziani   )

 

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Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée 
Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau 
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie, 
Elle allume aux lèvres le sourire. 

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles, 
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ? 
Elle dit "La peine sera de courte durée"
Elle dit "La belle saison est proche."

Ne l'entendez-vous pas ?

Robert Desnos - Contrée (1936-1940)

 

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J

Jacky Micaelli par Antoine Giacomoni

 

 

 

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mercredi 13 septembre 2017

MON AMOUR

La vérité, pour se dire,
Embrasse tes lèvres.
Le soleil, pour briller,
Doit, chaque jour, se lever,
Des rayons de ton ombre.
Les étoiles, en colliers, se bousculent sans nombre,
Pour venir, assoiffées, boire, à ton cou, les coupes de lumière
Sans lesquelles elles ne seraient que constellations sombres.
Quand leurs ailes se déploient,
Les oiseaux imitent ta voix,
Pour chanter mon amour pour toi,
Ses peines et ses joies.
Les dunes, en courbes, s’échinent dans tous les sens,
Pour imiter tes hanches qui, à chaque pas, dansent.
Jalouses de toi, toutes les mers, en colère, divaguent
Et des fléaux de leurs vagues,
Fouettent rageusement les cieux
Qui ont caché, dans l’écrin de tes yeux,
Les diamants les plus précieux.
Et moi, mon amour,
Depuis toujours,
De tous les joyaux de la terre,
C’est ton cœur que je préfère !

 

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© MOKHTAR EL AMRAOUI

 « Le souffle des ressacs »

 

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DUNES

Dunes désert

HOMMAGE A LA TUNISIE...Extraits (2015)

 

Je me souviens des bouquets de jonquilles serrées en une grosse tête jaune
des tabounas dans des paniers d’osier sur le trottoir et des œufs durs pour les accompagner
de la baie largement ouverte et la seule violence était celle de la lumière derrière la brume
de l’avenue de fleurs sous le tournoiement bruyant des martinets
du pavillon sur pilotis au bord de la plage
des graines du marchand qui criait à la sortie du lycée, « Je suis là, j’ai besoin de sous »
des arrivages inattendus de bananes
du pétrole bleu dans le poêle au milieu de la maison
du chameau qui faisait tourner la noria
de l’épicier-droguiste qui n’avait qu’un mot « ça manque »

 

Et maintenant rien ne manque et surtout pas le sang.

 

 

...

 

Autrefois et aujourd’hui les tapis lavés dans l’eau salée l’odeur des beignets et celle de l’ambre dans la boutique obscure les portes cloutées et les bougainvillées fleur blanche au cœur de la fleur mauve sur le blanc des façades le bruit de l’eau dans le narguilé le thé dans les verres dorés l’abeille qui bourdonne sur le gâteau gluant
Aujourd’hui comme autrefois et malgré la folie des hommes le bleu immobile
mouvant*

 

*Extrait légèrement modifié de "Dans le silence des mots"

 


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JOËLLE GARDES

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TUNISIE

 

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