EMMILA GITANA

mercredi 16 mai 2012

NOUS CHOISIRONS SOPHOCLE...Extrait

Voici nos jours
qui apparaissent pour nous assoiffer encore...
Dans la cohue des plaies anciennes,
nous n'avons pas reconnu notre blessure.
Mais ce lieu-saignement est désigné par nos noms.
Nous n'étions pas coupables d'être nés là
ni coupables... si tant d'envahisseurs
se sont, là, levés contre nous,
qui aimaient nos louanges du vin, nos légendes
et l'argenté de nos oliviers.
Nous n'étions pas coupables si les vierges
de Canaan ont suspendu leurs sarouals
aux têtes des bouquetins
pour que mûrissent les prunes des plaines
ni coupables... si d'autres conteurs
se sont emparés de notre alphabet
pour décrire notre terre,
tout comme nous, tout comme nous.
Voici nos voix
et les leurs qui se croisent au-dessus des collines,
même l'écho à l'écho.
Le ney se mêle alors au ney et le vent aboie et aboie en vain.
Comme si nos chants en automne
étaient leurs chants en automne.
Comme si ce pays nous soufflait nos mots...
Mais la fête de l'avoine nous appartient,
Jéricho nous appartient et nous appartiennent
nos traditions dans les louanges des demeures
et la culture du blé et de la marguerite des près.

Paix sur la terre de Canaan,
terre de la gazelle
et du pourpre.

 

(...)

Si cet automne est le dernier, demandons pardon pour le sac et le ressac de la mer, pour les souvenirs...
Pour ce que nous avons fait de nos frères avant l'âge du bronze.

Nous avons blessé tant de créatures avec des armes faites des os de nos frères,

pour devenir leurs descendants près des sources.

Demandons pardon à la harde de la gazelle pour ce que nous lui avons fait subir près des sources,

quand un filet de pourpre serpenta sur l'eau.

Nous ne savions pas que c'était notre sang qui consignait notre histoire dans les coquelicots de ce bel endroit.

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MAHMOUD DARWICH

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modotti2

 

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UNE PROMESSE

Nous avons traversé des orages, des tempêtes, les hautes solitudes, les profondes douleurs. Ne fût-ce que cela la vie ?

La mort, n’est-ce rien que cela. —Vers l’haut-delà ? Des joies, — l’éclair, du bonheur, — l’éblouissement. — Or, j’avance somnambule, entre rêve et réel. Et j’ai outrepassé le visible, — le cap vers l’inconnu, — l’invisible.Nous serions donc passés, comme des fantômes pressés.Pourquoi ce brouillard, ce perpétuel brouillard ?—Mais quoi, folie, pourquoi ce doute ? dit l’éveillé. Vois ! l’homme qui disparaît au seuil de l’embrasure. Que la nuit tombe enfin, pour que renaisse le jour ! Et le soleil victorieux,avec le mot amour réécrit, avec ces lèvres tremblantes, — avec ces lettres tremblées, avec ces corps lents de musique,de frais parfums, avec dans la bouche ce goût de fruit d’été. Une porte a été fracturée. — Une autre sera entr’ouverte. Ainsi tu voisl’homme dans son inachevé. Écoute les colombes et les rires s’envoler. — Une promesse. — Oui, rien qu’une promesse. — Juste une promesse !

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SERGE VENTURINI

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Brume_1

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POEME A CORDES

Donc
c'était moi ces tessons
glissant sous tes pieds nus
la pointe suraiguë
d'un sourire tranchant

Moi la saveur sauvage
des braises sur ta langue
qui te liaient au chant

Et c'était mon naufrage
ivresse innée des algues
qui t'attirait au fond

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JEAN-PIERRE  VALLOTTON

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JACOB_COLLINS

Oeuvre Jacob Collins

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PRIERE

Qu'on me laisse partir à présent
Je pèserais si peu sur les eaux
J'emporterais si peu de chose
Quelques visages le ciel d'été
Une rose ouverte

La rivière est si fraîche
La plaie si brûlante
Qu'on me laisse partir à l'heure incandescente
Quand les bêtes furtives
Gagnent l'ombre des granges
Quand la quenouille
Du jour se fait lente

Je m'étendrais doucement sur les eaux
J'écouterais tomber au fond
Ma tristesse comme une pierre
Tandis que le vent dans les saules
Suspendrait mon chant

Passants ne me retenez pas
Plaignez-moi
Car la terre n'a plus de place
Pour l'étrange Ophélie
On a scellé sa voix on a brisé le vase
De sa raison

Le monde m'assassine et cependant
Pourquoi faut-il que le jour soit si pur
L'oiseau si transparent
Et que les fleurs
S'ouvrent à chaque aurore plus candides
O beauté
Faisons l'adieu rapide

Par la rivière par le fleuve
Qu'on me laisse à présent partir
La mer est proche je respire
Déjà le sel ardent
Des grandes profondeurs
Les yeux ouverts je descendrais au coeur
De la nuit tranquille
Je glisserais entre les arbres de corail
Ecartant les amphores bleues
Frôlant la joue
Enfantine des fusaïoles
Car c'est là qu'ils demeurent
Les morts bien-aimés
Leur nourriture c'est le silence la paix
Ils sont amis
Des poissons lumineux des étoiles
Marines ils passent
Doucement d'un siècle à l'autre ils parlent
De Dieu sans fin
Ils sont heureux
O ma mémoire brise-toi
Avant d'aller troubler le fond
De l'éternité

Ainsi parle Ophélie
Dans le jardin désert
Et puis se tait toute douleur
La rivière scintille et fuit
Sous les feuilles
Le vent seul
Porte sa plainte vers la mer

.

ANNE  PERIER

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Carlos_Ewerbeck___Ophelia_at_the_River_s_Edge_1900

Oeuvre Carlos Ewerbeck

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NO ME CONFORMO, NO : ME DESESPERO

No me conformo, no: me desespero
como si fuera un huracán de lava
en el presidio de una almendra esclava
o en el penal colgante de un jilguero.

Besarte fue besar un avispero
que me clama al tormento y me desclava
y cava un hoyo fúnebre y lo cava
dentro del corazón donde me muero.

No me conformo, no: ya es tanto y tanto
idolatrar la imagen de tu beso
y perseguir el curso de tu aroma.

Un enterrado vivo por el llanto,
una revolución dentro de un hueso,
un rayo soy sujeto a una redoma.

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MIGUEL HERNANDEZ

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PACHE_E

Fotografia Philippe Pache


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mardi 15 mai 2012

ARRÊTEZ...

Arrêtez de célébrer les massacres

Arrêtez de célébrer des noms

Arrêtez de célébrer des fantômes

Arrêtez de célébrer des dates

Arrêtez de célébrer l’histoire

La jeunesse trop jeune à votre goût

Insouciante et consciente

Sait

 

Depuis le temps que vous battez le rappel

Des souvenirs le Soldat Inconnu le Mausolée de X

Le machin de Y le cimetière de Z

Depuis le temps que vous écrivez les jours

Du calendrier avec du sang coagulé

Délayé

Délayé par les circonstances de la Circonstance

Ce sang coagulé

Venin de la haine

Levain du racisme

Je suis né en Allemagne nazie et moi en Amérique

Noir et moi en Afrique basanée et moi je suis

Pied-noir et moi Juif et moi on m’appelait Bicot

On en a marre de vos histoires et vos Idées

Elles

Rebuteraient tous les rats écumeurs de poubelles

Elle

N’oublie jamais la jeunesse malgré

Sa grande jeunesse mais

Elle a horreur des horreurs

 

Et les enfants d’aujourd’hui

Et ceux qui naîtront demain

Ne vous demandent rien

Laissez-nous laissez-les vivre

En paix

Sur cet îlot de l’univers

L’univers seule patrie

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AHMED AZEGGAGH

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anne_dijon

Photographie Anne Dijon


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SILVIA PEREZ CRUZ - Corrandes d'exili de Lluis Llach

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lundi 14 mai 2012

OYATS

J'aurais seulement besoin
des oyats sur les dunes
éclairés par les lis
et d'une cuillerée d'amour
pour marcher sur les flots
agités d'une illusion de temps
et d'un safran de rire

Tant d'années sans eux les lis
le léger inconfort des étangs
les vieilles cabanes de pêcheurs
les canaux les roselières
l'ennui pour eux de n'être pas la mer
soudain un champ de saladelles
je gémis attachée au train
je guette le mistral les flamants roses
je veux les lis de mer
les lieux d'exil terre ni mer
où travaille l'instable le néant de l'être
fouetté par-dessus tête
des courtes vagues du désir
et tout ce poids du temps
réduit à rien

.

ANNIE SALAGER

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oyats_des_dunes__2__500x500

Oeuvre C. Lartigue

 

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LE CANTIQUE QUI EST A GABRIEL/LE...Extrait

Je n’ai plus connaissance sinon du seul silence qui là-bas m’a reconnu
J’aurais vécu en est le nom car je sais les noms de cette nuit qui est l’épair
Du ciel ici quand je te parle de guérir comme l’on meurt dans la mort de l’autre
Qui était l’étendue, le nom même des choses que l’on n’a pas connues
Or vois les salles d’ombre, le gréement disparu, le guet des parélies perdues,
Ô maitresse d’armes, je te dirai le cœur et le doute du cœur, d’autres preuves,
L’ancienneté du cœur, le miroir sur la table, le vin servi pour ce temps mort,
Et la grève de laves qui portera ton nom, ce qui est là, hasards, chimères,
Pour la mort que nous sommes à ce miroir, et l’orbe blanche où tu m’attends très blanche
Sous la lampe de fièvre parmi les autres qui te nient alors que tu n’es pas,
Or vois la courbure que le rêve anime dans le gel et le bleu des ogives
Et tout ce tremblement de l’âge qui nous guette, que je dois à ce qui sera
Puisque l’ailleurs n’est plus que l’immobile, l’attente de ce qui est, cette mise,
La forêt de jadis, de jamais plus, la manne de lèvres qui ont murmuré :
Est-ce ici que le rêve s’achève ? Que s’altèrent les îles de nos deux corps ?

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CHRISTIAN GABRIELLE LE GUEZ RICORD

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2008/11/christian-gabrielle-guez-ricordjaurais-v%C3%A9cu-en-est-le-nom.html

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SIBYLLE

Oeuvre Sybille Mathiaud

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C'EST BIEN ICI LA TERRE...Extrait

« Il y a un matin

où les grands ciels sont faits pour nous,

 

où les cailloux avancent avec nos marches,

 

où se disperse sans regret

ce qu’on ne saura jamais.

 

Rien

n’effraie plus les souffles qui respirent en passant.

 

Écoute :

les routes tremblent, même pour les chercheurs d’or,

nos défaites ont faim de nous

plus que nous le croyons,

mais sur ton cou, les colliers se changent un à un,

pour annoncer le jour qui vient, le jour qui  tourbillonne,

 

et ton rire lance sa première salve

en ouvrant grands les rideaux de survie. »

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DOMINIQUE SORRENTE

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FEMME_VOILES

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