EMMILA GITANA

lundi 29 août 2016

HORIZON BRÛLE...Extrait

  Chaque matin
                          Je recompose la poupée cassée
                          je recolle tous les morceaux
                          chaque matin
                          face à face
                          c'était donc toi ?

                         et chaque soir
                         je l'écrase et  la piétine
                         et lentement j'étouffe tout ce qui en sort :
                         oui, chaque soir .

                         Cependant,
                         ce coeur saigne et s'obstine à fabriquer des fleurs
                         ce murmure du sang allume des étoiles
                         que mes pieds coléreux ne peuvent effacer ;
                         je demeure toujours affamée de lumière
                         et de mots nourrissants

                        Que vienne le sommeil, le sommeil du dedans ...
                        Solitude attendue
                        par la fleur du silence !
                        Arrache, arrache un à un
                        tous ces pétales accouplés
                        avec un masculin !
                        Crache, crache au coeur du parfum
                        du pistil de l'amour !
                        Etrangle et fend le souvenir ,
                        dépèce-le
                        jette tous ces déchets
                        à la poubelle du matin ...

                        Les rats goûteront aux relents des extases !

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IRENE DE SAINT CHRISTOL

Editions Saint- Germain- des- Prés

http://www.irenedesaint-christol.com

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Femme-regardant-dans-un-miroir-brisé2

 

 

 

 


IL FAUDRAIT

Avant l'issue fatale il faudrait demeurer
sur le chemin qui va de l'interrogation
jusqu'au coeur.
Il faudrait croire à cette démarche verbale
et graphique pour ignorer rancoeur et peur.
Etreindre la foi sans exiger la réponse.
Demeurer entre le plaisir et la douleur
entre le bien et le mal, la lumière et l'ombre.
Réassembler sans fin, par l'instinct et la main
le puzzle délicat de ces éclats de coeur

 

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IRENE DE SAINT- CHRISTOL

http://www.irenedesaint-christol.com

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fleur

 

 

 

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dimanche 28 août 2016

A LA MEMOIRE DE WILLIAM B. YEATS...Extrait

Reçois, Terre, un hôte honoré ;

William Yeats va pouvoir dormir

Que le vase irlandais repose,

Vidé de sa poésie.

 

Dans le cauchemar des ténèbres

Tous les chiens d’Europe aboient,

Les nations vivantes attendent,

Chacune enfermée dans sa haine ;

 

Une disgrâce de l’esprit

Se lit sur chaque face humaine,

Et des océans de pitié

Sont enclos, glacés, dans chaque œil.

 

Va, poète, descends tout droit

Jusqu’au plus profond de la nuit,

Que ta voix qui nous laisse libres

Nous invite à nous réjouir.

 

Que la culture d’un beau vers

Fasse du juron un vignoble,

Chante les insuccès de l’homme

Dans une extase de détresse.

 

Fais, dans les déserts de son cœur,

Jaillir la source guérisseuse,

Dans la prison de ses journées

Instruis l’homme libre à louer.

 

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WYSTAN HUGH AUDEN

Traduction Jean Lambert

 

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Leszek Sokol2,

Oeuvre Leszek Sokol

 

samedi 27 août 2016

DYLAN THOMAS...Extrait

Alors j’allais jeune et souple sous les branches des pommiers
Prés de la maison mélodieuse et heureux comme l’herbe est verte,
     Comme la nuit par-dessus la vallée étoilée,
     Le temps me laissait crier et grimper
     Couvert d'or dans l’apogée de ses yeux,
Honoré parmi les chariots j’étais le prince de villes de pommes
Et en ce temps là je possédais majestueusement arbres et feuilles,
     Les chemins avec les marguerites et l’orge,
     La descente des rivières et le fruit de la lumière.

 

Alors j’allais vert et sans-souci, célébré parmi les granges,
Près du jardin heureux je chantais comme si cette ferme était ma demeure,
    Sous le soleil qui n’est jeune qu’une fois,
    Et le temps me laissa jouer et exister
    Couvert d’or dans la miséricorde de ses fins,
Et vert et or j’étais chasseur et berger, le troupeau répondait à mon cor,
Les renards des collines glapissaient clairs et froids,
     Et le sabbat sonnait lentement
     Sur les galets de la rivière sacrée.

 

Tout au long du soleil courait le foin délicieux,
Aussi haut que la maison, les mélodies des cheminées,
     C’était l’air, l’eau, et leurs jeux
     Le feu vert comme herbe.
     Et la nuit sous les simples étoiles
Tandis que je chevauchais vers le sommeil, les hiboux emportaient la ferme ailleurs,
Longtemps j’écoutais la lune, béni parmi les écuries,
     Les engoulevents voler parmi les meules,
     Et les chevaux ruer dans l’obscur.

 

Et puis au réveil la ferme comme un blafard voyageur errant avec la rosée revenait,
Un coq sur son épaule : tout était lumière,
     C’était Adam et la toute jeune fille,
     Le ciel se recueillait à nouveau
     Et le soleil s'arrondissait comme au premier jour.
C’était comme à la naissance de la simple lumière,
Pendant le tissage du lieu originel, les chevaux captivés sortant encore chauds
     Des hennissements de la verte écurie
     Pour les champs de la félicité.

 

Et honoré parmi les renards et les faisans près de la maison joyeuse,
Sous le nuage tout neuf et aussi heureux que le coeur était fort,
     Dans le soleil naissant et renaissant encore et encore
     Je courais mes chemins nonchalants,
     Mes désirs dévalaient de-ci de-là au travers de la haute demeure du foin
Et je ne me préoccupais pas, dans mon commerce avec le bleu du ciel
De ce que le temps n’accorde, dans son cycle mélodieux, que si peu de chants matinaux
     Avant que les enfants verts et dorés
     Ne le suivent dans sa chute hors de la grâce,

 

Et je ne me préoccupais pas, en ces jours blancs comme agneaux,
     De ce que le temps m’emporterait dans ce grenier peuplé
     D’hirondelles démultipliées par l’ombre de ma main,
     Dans la lune toujours montante,
Ni que dans cette chevauchée vers le sommeil,
Je l’entendrais voler par les champs immenses
Et m’éveillerais dans une ferme à tout jamais enfuie du pays des enfants.
Oh comme j’étais jeune et facile à vivre dans la miséricorde de ses fins,
     Et le temps me piégeait, vert et mourant,
     Alors que je chantais dans mes chaînes comme la mer.



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DYLAN THOMAS

 

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Julien-Dupre2

Oeuvre Julien Dupré


LE DROIT D'ASILE...Extrait

L’amour près du sommeil c’est l’ombre auprès de l’ombre
sacrifice des nuits les étoiles longtemp
sont neigé sur ton corps endormi parmi les roches brûlantes
Du ciel écroulé sur ton sourire secret

ton sommeil sous tes bras en mousses scintillantes
ton sommeil dans ta maison où tourne un astre familier
qui distille du songe au bord de l’oreiller
ton sommeil qui la tête sous l’aile
défend aux grands chevaux blancs de hennir
car il est une plante magique qu’il importe de ne pas réveiller
Arbres noirs de la nuit j’entends chanter vos oiseaux aveuglés
et TOI femme songe de pourriture et de cheveux dénoués
tu dors sur mon bras nu comme dorment au printemps

les nuages et à l’automne les raisins sous les feuilles
et l’hiver les anges fatigués et l’été
les grands incendies de montagne dont les journaux sont illuminés

Et tu t’en vas revoir tes rivières originelles
les meubles étonnants qui t’ont vue petite fille
et moi je reste là dans les draps
trompé par la forme de cadavre et par la lueur douce de tes bras

Les fantômes des morts de ta Maison
promènent sur ton front
leurs longs sourires – tristes mains d’ombre-
Je devine celui auquel le tien répond
C’est celui du beau capitaine tué par la foudre
le 23 juillet 1789

Alors pour écarter tous ces visages anéantis
qui viennent dérober ta figure à la mienne
Je m’endors, moi aussi, entouré des fumées
d’amour qui s’élèvent de tes yeux fermés

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ANDRE DE RICHAUD

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GUSTAVE MOREAU2

Oeuvre Gustave Moreau

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ALAIN DUAULT

« Être poète, c’est regarder le monde avec des mots. C’est être constamment sur le qui-vive — en
entendant : qu’ils vivent, les mots, les hommes, les oiseaux. C’est-à-dire : que la beauté les sauve et invente une langue qui ouvre ses portes vers des couloirs nouveaux, déplie les temps trop sages, brise la mer gelée des évidences.
Être poète, c’est avoir des oiseaux dans la bouche, courir le ciel, gravir le vent avec des semelles trouées comme un parapluie. C’est, guetteur mélancolique, être sujet aux langoureux vertiges. C’est vouloir découdre l’erreur des destins et des chemins défaits, prendre les rêves au sérieux, ne pas se retourner sur Eurydice pour s’arracher à une saison en enfer. Être poète, c’est écrire des poèmes pour résister à l’insoutenable poids de la nuit sur les roses.»

 

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ALAIN DUAULT

 

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parkes

Oeuvre Michael Parkes

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DU FOND D'UN PAYS DE SILENCE...Extrait

Les rêves échoués desséchés font au ras de la gueule des

rivières

de formidables tas d’ossements muets

les espoirs trop rapides rampent scrupuleusement

en serpents apprivoisés

on ne part pas on ne part jamais

pour ma part en île je me suis arrêté fidèle

debout comme le prêtre Jehan un peu de biais sur la mer

et sculpté au niveau du museau des vagues et de la fiente

des oiseaux

choses choses c’est à vous que je donne

ma folle face de violence déchirée dans les profondeurs

du tourbillon

ma face tendre d’anses fragiles où tiédissent les lymphes

c’est moi-même terreur c’est moi-même

le frère de ce volcan qui certain sans mot dire

rumine un je ne sais quoi de sûr

et le passage aussi pour les oiseaux du vent

qui s’arrêtent souvent s’endormir une saison

c’est toi-même douceur c’est toi-même

traversé de l’épée éternelle

et tout le jour avançant

marqué du fer rouge de choses sombrées

et du soleil remémoré

 

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AIME CESAIRE

 

 

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CESAIRE

 

 

 

 

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LES IMPARDONNABLES...Extrait

En poésie, comme dans les rapports entre les personnes, tout meurt dès qu’affleure la technique. Ma véritable éducation de l’esprit n’eut jamais d’autre fin, depuis l’aube du monde, que la mort de la technique, de ce triste savoir-vivre que les adultes fournissent un jour à l’enfant, lui à qui tout réussit avec le plus grand naturel. À cet artisanat du vivre, chaque homme est arraché sur le seuil de son innocence – comme jadis les princes, attirés loin de la maison paternelle par les fleurs jaspées ou par la biche aux abois. C’est un voyage nécessaire, qui devra cependant conduire bien au-delà de la rose ou du cerf, au fond des gouffres et des terreurs, là où le savoir-vivre, dans un contact réel et métaphorique avec les quatre éléments, commencera de fondre comme cire.

Et pourtant j’aime le temps où je vis car c’est le temps où tout s’évanouit et que c’est peut-être, justement pour cela, le vrai temps du conte. Certes, je ne fais pas allusion ici à l’ère des tapis volants, des miroirs magiques, détruits par l’homme pour toujours dans l’acte même de les construire, mais à l’ère de la beauté en fuite, de la grâce et du mystère sur le point de disparaître, comme les apparitions et les arcanes du conte : tout ce à quoi certains hommes ne renonceront jamais, portés par une passion encore plus profonde quand cette présence semble vouée à la perte, à l’oubli. Tout ce vers quoi l’on part pour le retrouver, fût-ce au péril de sa propre vie, comme la rose de la Belle en plein hiver. Tout ce qui chaque fois se dissimule sous une carapace de plus en plus impénétrable, au fond de labyrinthes où s’exaspère l’effroi.

 

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CRISTINA CAMPO

Traduction de l'italien par Gérard Macé,

Francine de Martinoir et Jean-Baptiste Para

 

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Oleg Tchoubakov,2

Oeuvre Oleg Tchoubakov

CHANTS DE L'AUTRE RIVE...Extrait

        Heure bénie parmi les heures, celle où la clameur du
            large consent au silence son royaume,
        Celle où l'enfant cède à contrecœur au fil du sommeil, 
        Où l'on n'entend plus qu'un grillon solitaire et le
            grincement indécis d'une persienne mi-close.
 
        Dans le bassin de marbre blanc, l'eau retrouve son
           calme et plus rien n'effraie les créatures du fond.
 
        C'est l'heure de toutes les solitudes!
 
        Celles conquises de haute lutte dans la verdure
inattendue d'un pays de soif,
        Celles qu'on enfouit telle gemme improbable dans
            la blessure encore vive d'une chair immémoriale,
        Et celles qu'on croyait à jamais perdues et qu'on retrouve
            soudain au beau milieu d'une foule qui gronde.
 
         Ô grandes solitudes de ces temps d'une autre race!
      
         Ce fut un cri.
         Un seul et unique cri sorti du cœur d'un olivier millénaire,
             remportant dans l'onde de son souffle inédit tout un
             ordre de choses finies.
 
         Oui, grande fut la méprise
         Et immense sera le tribut.
 
        Combien de temps, encore, l'outrage?
        Combien de fois, encore, faudra-t-il mourir?
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MOËZ MAJED
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mo_z