EMMILA GITANA

samedi 26 novembre 2022

CHRISTIAN BOBIN...HOMMAGE

« L’âme est plus subtile que l’air : la main de la mort ne peut se refermer sur elle. »
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Mon cher Bobin des Bois,
le plus grand des poètes contemporains, tu viens de mourir.
« Je me demande où tu es. Le cimetière, la terre, le cercueil cela ne me suffit pas comme réponse. »
Double peine : je perds un humain que j’aimais, et un auteur que j’admirais, dont j’attendais chaque courrier et chaque livre, avec un cœur d’amoureux.
« La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord éclaboussures, affolements dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tous sens. Ensuite grands cercles sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence, comment dire : assourdissant. »
Désormais, nous ne pourrons plus t’imaginer en train d’écrire, quelque part, les lignes qui nous mettaient en joie. Il ne nous reste qu’à te relire : nous n’aurons plus de nouveaux trésors, mais ceux que tu nous laisses sont nombreux et merveilleux, et nous consolent déjà.
« Mon Dieu, pourquoi avez-vous inventé la mort, pourquoi avez-vous laissé venir une telle chose, elle est si douce la vie sur terre, il faudra que votre paradis soit éblouissant pour que le manque de cette vie terrestre ne s’y fasse pas sentir, il faudra que vous ayez du génie pour me donner une joie aussi pure que celle de l’air frais d’une matinée d’avril, oui il faudra que vous ayez beaucoup de talent donc d’amour pour que, dans votre paradis, ne vienne aucune nostalgie de cette vie-là, blessée, petite, muette. »
Je suis sûr que tu vas quand même te plaire au paradis…
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CHRISTOPHE ANDRE
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Christian Bobin

 

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 Frédéric Lenoir 

 

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dimanche 20 novembre 2022

SUR L'ATLAS DES MOTS... Extrait

Mes frères de l’ocre, des dunes et du sable
Mes frères de la jungle et du désert
Mes frères de l’argile et de la pierre taillée
Mes frères du pain nu et de l’eau salée
Mes frères du dromadaire et du cheval
Mes frères des canots et des pirogues
Mes frères de la joie et de la souffrance
Mes frères du langage psalmodié du bout des lèvres
Mes frères de voyage et des traversées périlleuses
Mes frères de la vie que l’on malmène
Mes frères du sein qui nous enfante
Mes frères du toit qui nous rassemble
Mes frères d’accueil et de cœur
Ah ! Mes chers frères et sœurs de l’humanité
Vous êtes si précieux à mes yeux. Je vous aime !…

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AHMED EL FAZAZI

Collection «Les 4 saisons»

 

 

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Ahmed El Fazazi

L'OCRE DES HOMMES... Extrait

Je pars du chaos de mes émotions
Les mots en moi prennent
La couleur de mes montagnes
De mes mers et déserts
Où sont mes trésors
Qui m’enchantent et m’inspirent
Cette part en moi
Inaccessible
Éclaire mon chemin
S’offre en transparence
Cette enfance présente
Dans mes pas maladroits
Force de ma fragilité
Je sais
Si proche
Si lointaine...
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©AHMED EL FAZAZI
en collaboration avec la faculté des sciences de Fès. Université Sidi Mohamed Ben Abdellah. Fès. 2022
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Ksar Aît Ben Hadou

Ksar Aît Ben Hadou..18 ème siècle (sud du Maroc)
Photographie Ahmed El Fazazi

samedi 19 novembre 2022

AHMED EL FAZAZI...HOMMAGE

Nous apprenons avec une très profonde tristesse le décès de notre ami " Poète Nomade ", Ahmed El Fazazi, à Rabat ( Maroc ) ...Que ton chemin se poursuive à travers les étoiles, au dessus du désert que tu aimais tant...Tu y retrouveras tes proches disparus...Que la terre te soit légère mon Ami...

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ahmed par tono roxo2

 

Ahmed El Fazazi par Toño Roxo

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Voyager dans sa mémoire
Comme voyager dans le temps
Prendre des sentiers inexplorés
Aux abords des fleurs et des arbres.
Entre rochers et montagnes
Fouiller les archives des oasis
Qui étaient un jour nos repères
Comme celles des visages
Qui peut-être ne sont plus là
Mais que leurs sourires nous enchantent
Encore et encore
Comme un amour perdu.
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Il faut quelques branches
il faut du feu
il faut un peu d’eau
et aussi du sucre et de la menthe
il faut un peu de thé
mais il faut surtout
du sable fin
très doux
il faut du soleil
des dattes
il faut des sourires
et il faut bien sûr
une petite larme
il faut surtout de l’humour
beaucoup d’affection
ne pas oublier les fleurs
les plus sauvages
mais les plus belles
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Ahmed El Fazazi est né en 1955 à Douar Koudia, au milieu des montagnes du Rif, dans une famille très modeste. Docteur en chimie organique, il a enseigné à la faculté des sciences de Fès depuis 1984, et publie de nombreux articles scientifiques. Manifestant très jeune une passion pour la littérature, tant arabe que française, et encouragé par son entourage, il commence à écrire en 2014. «L’ivre des sables» est son deuxième recueil de poésie après le recueil «Sur l’Atlas, les mots» (Z4 Editions, collection Les 4 saisons)
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Ahmed2,,

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J’ai essayé d’écrire le silence

Sur le sable

Mais j’ai perdu mes mots.

Puis j’ai écrit le silence

Sur mes yeux

Sans les mots.

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Je suis adulte par la montagne
Fils du Rif et de l’Atlas
Où mes ancêtres ont bâti
Des logis de pierre et d’argile
Mes étendues sont mers et sable
C’est dans ce couffin d’amour
Que j’ai pu être enfant
Et au fond de moi, je le resterai toujours.
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Ahmed El Fazazi

 

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dimanche 23 octobre 2022

DON DELLILO...Extrait

 Il y a une vie dans cette vie. Un remplissage de vides. Il y a quelque chose entre les espaces. Je suis différent de cela. Je ne suis pas cela mais autre chose encore. Il y a en moi autre chose que je ne sais pas comment atteindre. Juste hors d’atteinte il y a autre chose qui appartient au reste de moi. Je ne sais pas comment l’appeler ni l’atteindre. Mais c’est là. Je suis bien plus que vous ne le savez. Mais l’espace est trop étrange pour être franchi. Je ne peux pas y parvenir mais je sais que c’est là pour qu’on y aille. De l’autre côté il y a ce qui est libre. Si seulement je pouvais me rappeler comment était la lumière dans cet espace avant que j’aie des yeux pour la voir. Quand j’avais du fluide à la place des yeux. Quand j’étais de chair ruisselante. Il y a quelque chose dans l’espace entre ce que je sais et ce que je suis et ce qui rempli cet espace, c’est ce que je sais qui n’a pas de mots pour l’exprimer.

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DON DELLILO

 

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GABON,,2

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LES PLANCHES COURBES...Extrait

Beauté et vérité, mais ces hautes vagues
Sur ces cris qui s’obstinent. Comment garder
Audible l’espérance dans le tumulte,
Comment faire pour que vieillir ce soit renaître
Pour que la maison s’ouvre, de l’intérieur,
Pour que ce ne soit pas que la mort qui pousse
Dehors celui qui demandait un lieu natal ?

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YVES BONNEFOY

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thierry raynaud

Photographie Thierry Raynaud

 

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LIBERTE GRANDE...Extrait

 

Il faut si peu pour vivre ici.

De ce balcon où penche la montagne à l'heure où le soleil est plus jaune,

il ne reste plus à choisir qu'à droite, la banquette ou l'herbe noircit sous les châtaigniers,

à gauche la Viadène au loin déjà toute bleue

A mi-pente, la journée respire.

De cette galerie ample et couverte où glisse la route de gravier

rose au-dessus du Causse gris-perdrix,

on voit mûrir très bas les ombres longues dans la lumière couleur de prune.

Tout commande de faire halte à ce reposoir encore tempéré

où la terre penche, pour respirer l'air luxueux de parc arrosé,

la journée qui s'engrange dans les rais du miel et la chaleur de l'ambre,

jusqu'à ce que l'oeil gorgé revienne à la route rose qui monte sous le soleil

avant de tourner dans l'ombre d'un bois de sapins, et que ta main

déjà fraîchisse avec le soir – ta main qui laisse filtrer le bruit plus clair du torrent,

ta main qui me tend les colchiques de l'automne.

Nous monterons plus haut.

Là où, plus haut que tous les arbres, la terre nappée de basalte hausse

et déplisse dans l'air bleu une paume immensément vide,

à l'heure plus froide où tes pieds nus s'enfonceront dans la fourrure respirante,

où tes cheveux secoueront dans le vent criblé d'étoiles

l'odeur du foin sauvage,

pendant que nous marcherons ainsi que sur la mer vers le phare de lave
noire,

par la terre nue comme une jument. 

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JULIEN GRACQ

Éditions José Corti, 1946) 

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Oeuvre Marc Chagall

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HUITIEME ELEGIE DE DUINO...Extrait

Car proche de la mort on ne voit plus la mort
et la vue se fixe "au-delà", peut-être en un grand regard animal.
Les amants, si ce n'était l'autre, qui
barre la vue, en sont proches et s'étonnent.
Comme par surprise cela leur est ouvert
derrière l'autre...
Mais nul ne franchit l'autre
et pour l'amant c'est à nouveau le monde.

 Vers la création toujours tournés, nous ne
Voyons en elle qu’un reflet du Libre,
Obscurci par notre ombre. Ou qu’une bête,
Une sans voix, regarde, calme, à travers nous.
C’est cela que le mot destin veut dire : être en face,
Rien d’autre que cela, toujours en face.

Y aurait-il une conscience pareille à la nôtre
Dans la bête assurée qui avance vers nous
Orientée autrement, elle nous entraînerait
Dans son orbite. »

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RAINER MARIA RILKE

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rilke

samedi 22 octobre 2022

ALEXANDRE JOLIEN ...Extrait

La vie est bien trop courte pour perdre son temps à se faire une place là où l’on en a pas, pour démontrer qu’on a ses chances quand on porte tout en soi, pour s’encombrer de doutes quand la confiance est là, pour prouver un amour à qui n’ouvre pas les bras, pour performer aux jeux de pouvoir quand on n’a pas le gout à ça. La vie est bien trop courte pour la perdre à paraître, s’effacer, se plier, dépasser, trop forcer. Quand il nous suffit d’être, et de lâcher tout combat que l’on ne mène bien souvent qu’avec soi, pour enfin faire la paix, être en paix. Et vivre. En faisant ce qu’on aime, auprès de qui nous aime, dans un endroit qu’on aime, en étant qui nous sommes.

Vraiment.

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.ALEXANDRE JOLIEN 

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JOLIEN

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LES CHANTS DE MALDOROR - CHANT 1er

« Oui, je sens que mon âme est cadenassée dans le verrou de mon corps, et qu'elle ne peut se dégager, pour fuir loin des rivages que frappe la mer humaine, et n'être plus témoin du spectacle de la meute livide des malheurs, poursuivant sans relâche, à travers les fondrières et les gouffres de l'abattement immense, les isards humains. Mais, je ne me plaindrai pas. J'ai reçu la vie comme une blessure, et j'ai défendu au suicide d'en guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C'est le châtiment que je lui inflige. »
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ISIDORE DUCASSE, COMTE DE LAUTREAMONT 
1869
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Ferdinand Knab2

Oeuvre Ferdinand Knab

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