«... Ressentir d’une chose qu’elle est belle, comme nous le faisons sans que rien ne
nous y prépare ou encore moins oblige, c’est éprouver qu’elle éclaire plus loin qu’elle-même; c’est éprouver, à la fin des fins, qu’elle ouvre à n’en plus finir.
Par elle, je suis conduit vers la lumière qui a porté depuis des siècles tant de noms divins,
dont aucun n’est jamais parvenu à ne pas la voiler en partie

Par elle, je suis entraîné, comme par des sirènes non captieuses, dans un espace qui pourrait être de plus en plus ouvert ; comme il arrive qu’une main vous capture, vous entraîne, en
silence, horsdes plus sombres labyrinthes

Par elle pourrait commencer la réparation du plus haut ciel. A même la terre qui ne s’ouvrirait plus seulement à coups de bêches pour des tombes.

Paroles à la limite de l’ouïe, à personne attribuables, reçues dans
la conque de l’oreille comme la rosée par une feuille ...

....

 

...légère, frêle, presque invisible, apparemment sans force, exposée,
abandonnée, livrée, obéissante elle se lie à la chose lourde,
immobile; et une fleur s’ouvre au versant des montagnes. Cela est.
Cela persistecontre le bruit, la sottise, tenace parmi le sang et la
malédiction, dans la vie impossible à assumer, à vivre; ainsi,
l’esprit circule en dépit de tout, et nécessairement dérisoire, non
payé, non probant. Ainsi faut-il poursuivre, disséminer, risquer des
mots, leur donner juste le poids voulu, ne jamais cesser jusqu’à la
fin contre, toujours contre soi et le monde, avant d’en arriver à
dépasser l’opposition, justement à travers les mots qui passent la
limite, le mur, qui traversent, franchissent, ouvrent, et finalement
parfois triomphent en parfum, en couleur un instant, seulement un
instant...»

 

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PHILIPPE JACCOTTET

 

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Jean-Paul Neglot-Tolgen

Jean-Paul Neglot Tolguen