Meknès...
Chaque fois que, le regard renversé vers ce qui n’a plus lieu que dans le culte, hanté, d’une chair abyssale où sommeillent vampires accrochés à la pierre, fange, ou archanges d’un âge inoublié, les cadavres qui là-ci-gisent inconsolés des années encavées agrippées à mes plaies, à l’envers de ma peau, suspendues à mes os, pendues court à mes maux et dont humides, avides, et comme froides morsures les lèvres ouvertes vulves à travers les barreaux ventousent amer mon sang, avatar, syzygie à contrecours du temps où s’abreuvent succions à l’estuaire des salves les mémoires roussettes bouches bées embouées qui butinent à rebours de moi le mascaret... Jusant... nostalgique... acétique... Mek... nès... Chaque fois que, le regard renversé mendiant suicide dans inaugurale virginale innocence, penché, sur moi, de l’autre côté de moi, j’invoque, Meknès, cette enfance essaimée harpail harde cadavres disséminéclatés dardés bris de miroir où là-ci-bas débris des bribes de mémoires m’entaillent, ensevelies à même mes entrailles où si froides leurs dents m’encriblent vaines semailles... infécondes... où plus rien ne plus rien ne plus rien ne prend vie qu’à l’envers de moi-même quand, Meknès, et dans quinte de temps de cornée secouée, mes prunelles incurvées raclant catarrhe les suaires dans le cloaque des stèles le cul obscur des cals exhument méconnaissables les destins ensablés feus, miens, destins irrassasiés enracinés en moi désastres sans épitaphe quand, Meknès, mes yeux renversées me renvoient cataracte visages désachevés mien visage cuterré dont je tente calgut de recoudre les traits qu’à présent les miroirs me refusent ou me brouillent qui me pleurent, liquéfiée, entre lacs entrelacs de blessures rétamées, ma peau entrefêlée où ci-dessous ma chair, surette venaison, macère dans le curare des années ampoulées d’antiques sèves mues amers âpres venins... Meknès... Comme un baiser, comme une fleur éclose douce entre mes lèvres quand, Meknès, le regard retourné à l’envers des paupières pendues poches où s’amassent désuètes pelotes fécales ou de cendres ou de sables stagnants... damnés irréversibles... ci quignons de vie gisent accrochés à mes cils... j’écarte les terres et libère les stèles et dépèce les suaires et d’un souffle profond fraye voie poitrinaire au reflux éruptif des spectres affranchis, à la houle furieuse des silences abolis, meute furibonde arrachée à la nuit et qui déferle aveugle, me traverse, me broie, me laboure les côtes me transperce la gorge et s’engouffre ruée d’abstinences en rut dans ma bouche où se cabrent se bousculent m’assaillent des années d’aphasies qui m’intiment parole... Meknès... s’acharnent sur mes lèvres mythique barricade qui résiste, vacille, dans une plainte cède, mmm... é... fissure brèche déchirante gerçure comme un baiser fleuri au creux d’une blessure, comme un aveu gémi au sein d’une agonie, comme un désir au monde omis par mes oublis, une perle d’eau rare pleuré par les déserts, le clin d’oeil érosif d’un rayon de soleil à l’embâcle des peurs, la pénombre des heures, décrépites et faillies, dilatées à présent dans une sourde prière ouverte blanche étoile où s’étiolent mes silences, étoilée blanc cristal où j’enduirai de nacre mes plus sombres hantises, ces noctules errantes qui tournent aveugles là, me battent le palais de leurs ailes perdues qui n’ont jamais connu que migrations larvées hivernales larvaires ci-bas au fond de moi et qui fouettent humides la paroi de ma chair, égarées, maintenant, sous les cribles croisés d’écholocations vaines quand... mmm... et comme écholalie échappée à soixante ans d’aphasie fermentées en moi aigres nostalgies, mmm...é... comme précieuse lie dérobée au calice des nuits, comme montée de fièvre, cet appel doux-amer, cette... obscure, caresse aux saveurs familières que j’étreins, que je palpe et que j’expire enfin, plainte, ouverte tendue vers le ciel... Mmmé... jamais les vampires n’ont bravé les lumières qui battent brusquement jugulaire... k... retraite, se replient dans ma glotte... k... m’étouffent m’entravent... kn... hoquet déflagré fulgurant jet de foudre au confluent des temps, au carrefour du jour et de mes amnésies... Mmmé...kn... essssthésie d’un seul souffle, exalté, comme écume expirée aux écluses des déserts, et ce mot révélé quand tout ne fait plus qu’un, ce désir insensé, impensé, ce murmure et soudain ce sursaut et ce soupir enfin: Meknès...

Il faudra bien que je te retraverse ou je mourrai... égaré... dans l’incurie de mes deuils imparlés.

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BOUTHAINA AZAMI

 

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MEKNES 2,,