J'ai dans la mémoire des monceaux d'éternité. Un ciel de pleine lune et l'étoile manquante du jour où je suis né. J'ai dans la mémoire le long couloir des chambres de l'amour. Des corps posés comme des toiles de maître dans la lumière furtive et nue. J'ai dans la mémoire la fulgurance des mots qui me traversaient alors que j'étais dans les initiales de l'écriture. J'ai dans la mémoire les initiations dans le jardin paisible du prétendant. Ma mémoire
est un grand hôtel où dorment les amis de tous les temps, présents ou absents. Chacun sa chambre et la clé bienheureuse de l'amitié entre des mains généreuses. J'ai dans la mémoire bien plus que je ne pourrais dire et tout au bout du chemin toutes ces richesses deviendront un champ de blé, une forêt profonde, une source et l'étoile d'un baiser.

 

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Avec mes doigts je chuchote à l'oreille du grand infini. Des traces de lune s'effacent sur mon clavier que je caresse comme une femme de mots. Je chuchote, je murmure, je susurre, je viens à votre porte, je dis la bonne aventure et la mélancolie des libellules. Je susurre, une bougie à la main dans la nuit ventée, je vais mon chemin. Je susurre des choses délicieuses à l'oreille des demoiselles de tulle mauve. Je dis des légendes ou la rumeur du temps. Je viens à la fenêtre du vivant et dans l'ombre des ombres. Avec mes doigts je murmure à l'oreille du grand infini. Je sais qu'il y a des milliers de vies qui frémissent dans chacune de vos vies, mes amis. Que la lumière soit douce et délicate dans le flux de vos histoires de coeur et de souffle. Que la vie soit toujours ce jardin des possibles sous le grand arbre et la tendresse de la lune.

 

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© PATRICK CHEMIN

(2011)
Texte inédit

 

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patrick