Il y a quelque chose d’obscène
Nous qui
sommes tout entier recroquevillés dans nos rêves
nous savons que
Il y a quelque chose d’obscène dans les rêves d’autrui
Il y a quelque chose d’obscène
qui consiste dans le fait que les rêves d’autrui sont / absurdement /
et épouvantablement
pareils aux nôtres
et dévoilent la honte
de nos rêves privés
leur petitesse infantile
leur caractère honteusement (pour nous) préfabriqué
et puisque ils sont tous pareils nous sommes jaloux d’eux
et nous les haïssons quand nous savons qu’ils sont rêvés par
d’autres personnes
trouvant obscène que d’autres personnes rêvent nos propres choses
intimes,
et découvrant chez les autres notre propre honte privée
qui est rendue publique par le fait que les autres peuvent connaître
minutieusement notre rêve
nous voudrions qu’il soit seulement le nôtre et que personne d’autre
ne puisse le connaître
même si nous en avons fait l’acquisition avant-hier au supermarché
de la conscience
où l’on soldait un stock avarié
qui nous a attirés avec son offre facile.
Et comme l’amant qui préfère tuer celle qu’il aime et qui le fuit
ou le mythique héros de la Grèce antique
qui solde pour trois fois rien un tremblement de terre de fines
herbes
nous, comme le Minotaure, nous nous fracassons la tête dans le
labyrinthe anguleux,
en nageant heureux dans les gorges de l’immense galaxie
où nos esprits se sont égarés dans un enchevêtrement aveugle

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CARLO BORDINI

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