Adapté par l’artiste colombienne Violeta Cruz, le texte de Jean-Pierre Siméon, qui fait entendre la voix d’une femme qui n’en peut plus de la guerre et de la violence, est porté par Sophie Marceau et un orchestre dirigé par David Greilsammer.
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Un tremblement contenu
Une inquiétude
C’est le cri d’une femme. Au moins on peut dire ça. Le cri d’une femme qui a perdu son
fils. Je crois qu’on peut dire ça. Derrière le propos apparent, l’horreur et l’absurdité de
la guerre, le sujet principal semble être l’indignation féminine. L’indignation de celles
qui portent le monde dans leur ventre et n’ont pas les armes pour le diriger ensuite.
L’indignation de celle qui pleure pour donner naissance à son fils et enterrer son homme.
L’indignation d’une qui a abdiqué la nuit des temps et se réveille soudain un matin de
printemps. C’est une explosion solaire déchargeant son lot de rancoeur et de lâcheté.
Evoquant Rimbaud, la poésie est âpre, charnue, suinte par tous les pores de la comédienne
qui transpire son texte.
Avant même que le spectacle ne commence, elle tourne seule sur sa scène nue, comme un
lion en cage, comme un enfant dans son berceau, comme un de ceux qu’on refuse devant la
porte.
Et avant même que la lumière ne défaille elle commence à parler, nous rappelle que ça
arrive maintenant mais que ça aurait très bien pu arriver à un autre moment –avant ou
après – elle commence à parler, comme si pour rien, mais d’une ardeur que seules les plus
grandes légitimités savent octroyer.
Elle parle, elle tremble, elle cherche la bave et le lieu où cela rompt.
Le texte se compose d’éruptions successives ponctuées de lentes coulées de cendre. A la
fureur succède l’amertume ; à l’aigreur, l’ironie.
La lumière change sur nos couleurs, un grand rire fend nos ventres et l’horizon.
La convention théâtrale est très simple. Une adresse face public qui se balance entre
invective et récitation, laïus et coup de gueule. La cruauté de cette convention : une
comédienne mise au nu de son jeu, sans décor ni dispositif, seul pour affronter tous ces
yeux qui se dardent ; cela fait peur pour elle, vrai, et tout comme la mater furiosa du texte,
elle parle du lieu de celle qu’on veut faire taire, elle ne parle pas à son aise, on vous l’a dit,
elle tremble.
Un duende qui aurait fait pâlir Lorca. Arrivant par petites vaguelettes au bord du rivage"
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Sébastien Thévenet
Sur le site du " Souffleur "
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