Les guitares jouent des sérénades
que j'entends sonner comme un tocsin
mais jamais je n'atteindrai Grenade
"bien que j'en sache le chemin."

Dans ta voix
galopaient des cavaliers
et les gitans étonnés
levaient leurs yeux de bronze et d'or ;
si ta voix se brisa
voilà plus de vingt ans qu'elle résonne encore
Federico García !

Voilà plus de vingt ans, camarades
que la nuit règne sur Grenade.

Il n'y a plus de prince dans la ville
pour rêver tout haut
depuis le jour où la guardia civil
t'a mis au cachot,

et ton sang tiède en quête de l'aurore
s'apprête déjà ;
j'entends monter par de longs corridors
le bruit de leurs pas.

Et voici la porte grande ouverte,
on t'entraîne par les rues désertées,
ah ! Laissez-moi le temps de connaître
ce que ma mère m'a donné.

Mais déjà,
face au mur blanc de la nuit,
tes yeux voient dans un éclair
les champs d'oliviers endormis,
et ne se ferment pas
devant l'âcre lueur éclatant des fusils
Federico García.

Les lauriers ont pâli, camarades
le jour se lève sur Grenade.

Dure est la pierre et froide la campagne
garde les yeux clos,
de noirs taureaux font mugir la montagne
garde les yeux clos,

et vous gitans, serrez bien vos compagnes
au creux des lits chauds,
ton sang inonde la terre d'Espagne
O Federico !

Les guitares jouent des sérénades
dont les voix se brisent au matin,
non jamais je n'atteindrai Grenade
"bien que j'en sache le chemin"...

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Paroles C.H. Vic, musique Jean Ferrat - 1968

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lorca